La Nouvelle-Zélande, souvent perçue comme un pays progressiste et précurseur en matière de droits des femmes, a franchi une étape importante en dépénalisant l'avortement. Cette réforme, adoptée par le Parlement le mercredi 18 mars, a mis fin à une loi datant de 1961 qui considérait l'interruption volontaire de grossesse (IVG) comme un délit passible de quatorze ans d'emprisonnement. Cette avancée significative, promesse de campagne de la Première ministre Jacinda Ardern, vise à reconnaître l'avortement comme une question médicale et à faciliter l'accès des femmes aux soins de santé reproductive.
Un contexte historique et juridique complexe
Jusqu'à récemment, la législation néo-zélandaise sur l'avortement était régie par le Contraception, Sterilisation and Abortion Act de 1977 et le Crimes Act de 1961. L'IVG n'était légale qu'en cas d'inceste, d'« anomalie mentale », d'anomalie fœtale ou de risque pour la santé physique ou mentale de la femme enceinte. Dans la pratique, c'est ce dernier argument qui était invoqué dans 97 % des cas, obligeant les femmes à potentiellement "mentir à un médecin pour avoir accès à un soin médical", selon Terry Bellamak, présidente de l'association Abortion Law Reform Association of New Zealand (ALRANZ).
L'Organisation des Nations unies (ONU) avait d'ailleurs dénoncé à plusieurs reprises la législation néo-zélandaise, la qualifiant d'« alambiquée » et soulignant qu'elle rendait les femmes « dépendantes de l’interprétation bienveillante d’une règle qui annule leur autonomie ». Cette situation paradoxale persistait malgré l'image progressiste du pays, où les femmes ont obtenu le droit de vote dès 1893 et où l'écart salarial hommes-femmes est l'un des plus faibles au monde.
La réforme de 2020 : une avancée majeure
La dépénalisation de l'avortement en mars 2020 marque un tournant décisif. Désormais, les avortements sont considérés comme une question médicale, et les femmes n'ont plus à surmonter les obstacles juridiques et administratifs qui entravaient leur accès aux soins. Le ministre de la Justice, Andrew Little, a souligné que cette réforme permettra aux femmes d'obtenir « plus rapidement des conseils et des traitements ».
Le projet de loi adopté par le Parlement prévoit également la création de « zones de sécurité » de 150 mètres aux abords des cliniques pratiquant l'avortement, afin de protéger les femmes des manifestants pro-vie. Cette mesure vise à garantir que les femmes puissent accéder aux soins en toute tranquillité et sans être soumises à des pressions ou à des intimidations.
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Cependant, la nouvelle loi n'est pas sans ambiguïtés. Au-delà de 20 semaines de grossesse, l'avortement reste soumis à des conditions spécifiques. La loi exige qu'il soit « cliniquement approprié », en tenant compte de l'âge du fœtus, de la santé physique et mentale de la femme enceinte, ainsi que de son « bien-être général ». Cette dernière notion laisse une marge d'appréciation importante au médecin, qui doit également recueillir l'avis d'un deuxième médecin, sans que cet avis soit contraignant.
Les défis persistants et les paradoxes
Malgré cette avancée significative, des défis persistent en matière de droits des femmes en Nouvelle-Zélande. Le pays détient de tristes records en ce qui concerne les violences faites aux femmes, avec une femme néo-zélandaise sur trois déclarant avoir subi au moins une agression physique ou sexuelle par l'un de ses partenaires au cours de sa vie. De plus, la « Conscientious Objection », ou objection de conscience, autorise légalement les médecins à refuser de fournir aux patients des services de santé légitimes, notamment en matière de contraception et d'avortement.
Cette situation met en lumière un paradoxe : bien que la Nouvelle-Zélande se présente comme un pays égalitaire, les femmes ne sont pas toujours libres de disposer de leur corps et peuvent être confrontées à des obstacles importants pour accéder aux soins de santé reproductive.
Jacinda Ardern : une figure emblématique du féminisme
Jacinda Ardern, Première ministre de Nouvelle-Zélande de 2017 à 2023, a joué un rôle clé dans la dépénalisation de l'avortement. Elle est rapidement devenue une icône féministe, notamment grâce à sa réponse à la question d'avoir ou non des enfants. Elle a déclaré qu'il était « totalement inacceptable, en 2017, d’affirmer que des femmes devraient répondre à cette question sur leur lieu de travail ».
Son engagement en faveur des droits des femmes et sa capacité à gérer des crises majeures, telles que l'éruption volcanique meurtrière de 2019 et la pandémie de Covid-19, ont fait d'elle une figure politique respectée et admirée dans le monde entier.
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