L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes. Il existe deux méthodes principales pour réaliser une IVG : la méthode médicamenteuse et la méthode chirurgicale. Cet article se concentre sur les risques associés à l'IVG médicamenteuse, en particulier ceux liés à l'utilisation du misoprostol (Misoone), ainsi que sur les risques de l'IVG chirurgicale. Il est essentiel de bien comprendre ces risques pour prendre une décision éclairée et assurer un suivi médical approprié.
IVG Médicamenteuse : Une Fausse Couche Provoquée
L’IVG médicamenteuse est une méthode d’avortement qui peut se pratiquer jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles. Cette méthode consiste à provoquer une fausse couche en prenant deux médicaments différents : la mifépristone (MYFEGINE) et le misoprostol (GYMISO ou Misoone). La mifépristone interrompt le développement de la grossesse, tandis que le misoprostol provoque l'expulsion de la grossesse. L’IVG médicamenteuse est pratiquée par un ou une médecin ou sage-femme d’un cabinet de ville, d’un centre de santé, ou d’un centre de planification ayant signé une convention avec un établissement de santé.
Étapes de l'IVG Médicamenteuse
- Consultation initiale : Le professionnel de santé évalue la situation de la patiente et recherche d'éventuelles contre-indications. Il est demandé à la patiente de signer une confirmation de demande d’IVG lors de cette consultation.
- Prise de Mifépristone : La mifépristone (Mifégyne) est administrée en premier lieu. Ce médicament bloque l'action de la progestérone, l'hormone nécessaire au maintien de la grossesse, favorise les contractions de l'utérus et l'ouverture du col utérin. A l'issue de cette première étape, il peut survenir des saignements plus ou moins importants. Exceptionnellement, la grossesse peut être déjà arrêtée à ce stade.
- Prise de Misoprostol : De 36 à 48 heures plus tard, le misoprostol (Gymiso ou MisoOne) est administré. Ce médicament augmente les contractions et provoque l'expulsion de l'œuf. Les contractions utérines provoquent des douleurs ressemblant à celles des règles, parfois plus fortes. Des antalgiques, qui agissent contre la douleur, sont le plus souvent prescrits. Les saignements peuvent parfois se produire très vite après la prise du misoprostol, mais parfois plus tardivement : le plus souvent, l'avortement (expulsion de l'œuf) se produit dans les 2 à 4 heures suivant la prise du misoprostol; plus rarement, l'avortement aura lieu dans les 24 à 72 heures suivant la prise du misoprostol. Les saignements vont durer en général une dizaine de jours.
- Consultation de Contrôle : Une consultation de contrôle obligatoire est programmée entre le 14e et le 21e jour après la prise du premier médicament (mifépristone) : le professionnel de santé réalise alors un examen clinique, complété par un dosage sanguin des hormones hCG et/ou une échographie de contrôle. Ces vérifications sont absolument essentielles pour s’assurer que la grossesse est bien arrêtée et qu’il n’y a pas de complications.
Saignements et Douleurs : Que Faut-il Savoir ?
Les saignements sont un élément normal de l'IVG médicamenteuse. Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer. Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements. S’il n’y a pas de saignement à 24h, il faut contacter le ou la médecin ou sage-femme pour avoir une appréciation de la situation. Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre.
Pratiquer une IVG par médicaments peut entraîner des douleurs plus ou moins fortes et qui sont très variables selon les femmes. Ces douleurs sont liées aux contractions que fait l’utérus pour expulser l’œuf. Le rapport à la douleur est variable selon les femmes et pour une même femme selon les situations. Des anti-douleurs (antalgiques de la famille des anti inflammatoires non stéroïdiens couplet avec des anti-douleurs de niveau 2 disponible eux sur ordonnance) sont prescrits systématiquement par le ou la médecin ou sage-femme qui suit l’IVG et la prise de ces cachets est recommandée en prévention de la douleur 30 mn avant la prise de misoprostol.
Risques et Complications Potentielles de l'IVG Médicamenteuse
Bien que l'IVG médicamenteuse soit généralement sûre, il est important de connaître les risques et complications potentiels :
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- Échec de l'IVG : Le risque d’échec de cette IVG médicamenteuse existe (5% des cas). Ce risque augmente quand le protocole n’est pas respecté (non-respect des doses ou du délai d’administration des médicaments) ou lorsque l’IVG est réalisée à un stade avancé de la grossesse. Les saignements qui apparaissent après la prise des comprimés ne témoignent pas systématiquement de l'expulsion totale de l’embryon ; ils ne doivent donc pas être perçus comme une preuve absolue de réussite de la procédure d’interruption de grossesse. Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.
- Hémorragie : Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie.
- Infection : Il peut arriver dans certains cas, que des complications surviennent parfois jusqu’à 1 mois après l’IVG. Ces complications peuvent se présenter sous formes de symptômes d’infection (fièvre à 38°qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur.
- Effets Indésirables du Misoprostol : Il peut survenir également des effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h. Dans ce cas, la femme doit se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG que la personne professionnelle de santé lui a donné.
- Risque Tératogène : si vous choisissez de poursuivre votre grossesse jusqu’à son terme, un suivi particulier du futur enfant devra être effectué. En effet, les médicaments utilisés dans l’IVG médicamenteuse sont tératogènes c’est-à-dire qu’ils peuvent provoquer des malformations graves chez les enfants exposés pendant la grossesse (au niveau des membres, de la face, du cerveau). En effet, l’exposition prénatale au misoprostol ou à la mifépristone a été associée à une augmentation du risque malformatif multipliée par trois par rapport aux enfants dont les mères n’ont pas été exposées à l’une de ces molécules pendant la grossesse. Ces malformations graves peuvent notamment toucher les membres, la face, le cerveau.
- Complications Graves Rares : De très rares cas de choc toxique et de choc septique graves ou fatals (causés par Clostridium sordellii ou perfringens, Klebsiella pneumoniae, Escherichia coli, Streptococcus groupe A), pouvant être ou non accompagnés d'une fièvre ou d'autres symptômes évidents d'infection, ont été rapportés suite à une administration vaginale non autorisée de comprimés de misoprostol destinés à l’utilisation orale. Les cliniciens doivent connaitre cette complication potentiellement fatale.
Contre-indications de l'IVG Médicamenteuse
Y a-t-il des contre-indications à l’IVG médicamenteuse ? Le professionnel de santé que vous consultez pour l’IVG évaluera si vous présentez des contre-indications lors de la première consultation pour vous proposer la méthode d’IVG adaptée à votre situation. La méthode médicamenteuse est contre-indiquée si on a diagnostiqué une grossesse extra-utérine (situation dans laquelle la grossesse se développe en dehors de l’utérus, par exemple dans une trompe). La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. Elle peut être repérée aux signes cliniques ainsi qu’avec la surveillance du dosage des BHCG. Cependant, en l’absence de facteurs de risque et de symptômes, une grossesse de localisation indéterminée ne contre-indique pas la prise des médicaments pour l’IVG. D’autres situations peuvent contre-indiquer cette méthode : les femmes présentant une allergie à l’un des deux médicaments utilisés, les femmes souffrant d’insuffisance rénale chronique ou de porphyrie héréditaire. Enfin, il existe d’autres contre-indications à pratiquer une IVG médicamenteuse comme les corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.
Effets Psychologiques de l'IVG
Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n’en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel. Après une IVG, parler, se sentir écoutée et soutenue peut s'avérer essentiel. N’hésitez pas à vous confier à une personne de confiance ou à en parler avec un professionnel de santé ou un psychologue.
IVG Chirurgicale : Une Intervention Médicale
L'IVG instrumentale (ou chirurgicale) est une autre méthode d'interruption de grossesse, réalisée par un médecin, ou sage-femme sous certaines conditions, en établissement de santé, ou dans certains centres de santé. Elle peut être pratiquée jusqu'à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée. Au cours d’une courte hospitalisation : introduction d’une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus. L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé.
Risques et Complications Potentielles de l'IVG Chirurgicale
Comme pour toute intervention médicale, l'IVG chirurgicale comporte des risques, bien que minimes :
- Lésions Utérines ou du Col : Des lésions au niveau du col de l’ ou de la paroi utérine liées à l’intervention sont des complications très peu fréquentes.
- Complications Anesthésiques : Des complications liées à l’anesthésie peuvent survenir (allergies aux produits d’anesthésie par exemple) tout comme pour toute autre intervention. Ces complications sont rares et la consultation d’anesthésie préopératoire permet de réduire considérablement ces risques.
- Hémorragie et Infection : Les complications après l’intervention sont les mêmes que pour l’IVG médicamenteuses : une hémorragie, une infection ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs.
Quand Consulter Après une IVG Chirurgicale ?
Ainsi, dans les jours suivant l’IVG, si vous présentez l’un ou plusieurs de ces symptômes/signes, vous devez alors rapidement contacter le professionnel de santé qui vous a suivie pour l’IVG, car cela peut être un signe de complication: • de la fièvre, avec une température supérieure à 38 °C ;• des pertes très abondantes de sang qui peuvent être le signe d’une hémorragie ;• un malaise ; • de très fortes douleurs abdominales qui persistent malgré la prise des antidouleurs. Afin de s’assurer de l’absence de complications post IVG, une consultation de contrôle est programmée 15 à 21 jours suivant l’IVG.
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Comparaison IVG Médicamenteuse et IVG Instrumentale
| IVG médicamenteuse | IVG instrumentale | |
|---|---|---|
| Jusqu'à quand ? | 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée. | 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée. |
| Avec quel professionnel ? | Médecin ou sage-femme. | Médecin, ou sage-femme sous certaines conditions. |
| Où ? | En cabinet, En centre de santé sexuelle, En centre de santé, En établissement de santé. | En établissement de santé, Dans certains centres de santé. |
| Comment ? | Prise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle en présence du professionnel de santé (au sein du cabinet ou de la structure où exerce le professionnel ou lors d’une téléconsultation) ou seule à votre domicile. | Au cours d’une courte hospitalisation : introduction d’une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus. |
| Et la douleur ? | Pas d'anesthésie mais prescription d'anti-douleurs systématique. | Anesthésie locale ou générale selon votre souhait et en accord avec le professionnel de santé qui réalise l’intervention. En cas d’anesthésie générale il sera nécessaire de réaliser préalablement une consultation avec un médecin anesthésiste. |
| Quelle durée totale ? | Variable. A partir de la prise du second médicament la grossesse est évacuée dans les 4h dans environ 60% des cas. Dans 40% des cas l’évacuation de la grossesse aura lieu dans les 24 à 72h. | L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé. |
| Consultation de suivi ? | 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. | 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. |
| Taux de succès | 95% | 99,7% |
| Quels sont les effets indésirables ? | Douleurs plus intenses que des douleurs de règles liées aux contractions utérines, généralement après la prise du second médicament. Possible troubles gastro-intestinaux. Saignements plus abondants que des règles habituelles pendant quelques jours. | Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention. Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours. |
| Certaines étapes sont-elles réalisables en téléconsultation ? | Toutes les étapes sont réalisables en téléconsultation. | Les étapes préalables à l’IVG et la consultation de suivi sont réalisables en téléconsultation. A noter que toutes les étapes préalables à l’IVG sont les mêmes quelle que soit la méthode. |
Que Faire en Cas de Problèmes ?
Saignements, troubles digestifs, fièvre, douleurs… Au cours ou après une interruption volontaire de grossesse médicamenteuse ou instrumentale, certains effets indésirables ou complications peuvent survenir. Les connaître permet de savoir comment réagir.
- En cas de saignements trop abondants, de crampes abdominales, de malaise ou de fièvre persistante après une IVG, rendez-vous aux urgences de l’hôpital le plus proche.
- En cas de coup de blues, n’hésitez pas à en parler à un proche, un professionnel de santé ou à une association.
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