Introduction
La "Manif pour tous" a été un mouvement de contestation important en France, particulièrement actif entre 2012 et 2013. Il s'est opposé à la réforme du Code civil ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Au-delà de cette question, le mouvement a cristallisé des inquiétudes et des débats plus larges concernant la Procréation Médicalement Assistée (PMA), la Gestation Pour Autrui (GPA), et plus généralement les évolutions sociétales liées à la famille et à la filiation. Cet article vise à explorer les définitions, les enjeux et les controverses associés à ce mouvement, en tenant compte des arguments avancés par ses partisans et ses opposants.
Les Origines et le Contexte de la Manif pour Tous
Au cours des années 2012 et 2013, le projet de réforme du Code civil français visant l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe a fait l’objet d’une importante controverse et a rencontré une forte opposition, notamment représentée par La Manif pour tous. Dès l’annonce du calendrier législatif par la garde des Sceaux en septembre 2012, cette réforme a suscité des débats passionnés dans les espaces publics médiatiques. La presse, en particulier les quotidiens nationaux les plus marqués à droite comme Le Figaro et La Croix, a activement relayé la dynamique de contestation.
La Manif pour tous, plateforme déclarant fédérer une trentaine d’associations, est devenue à la fois le symbole de l’opposition d’une partie de la société française à la réforme et le porte-drapeau d’une revendication de retour aux structures sociales de la première modernité, marquée par un modèle familial nucléaire et une forte division sexuée des rôles sociaux et du travail.
Le mouvement s’est appuyé sur une formation discursive défendant une conception rigide de la « différence des sexes » par la revendication d’un modèle familial strictement nucléaire et d’une division sexuée des rôles sociaux. La presse de gauche et centre-gauche (L’Humanité, Libération, Le Monde) a relaté de son côté les débordements verbaux et troubles à l’ordre public qu’elle a occasionnés, pointant la « radicalisation » du mouvement et la « convergence des droites ».
La PMA et la GPA au Cœur des Débats
La Manif pour tous s'est positionnée contre l'extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, ainsi que contre la GPA, qu'elle considère comme une marchandisation du corps de la femme et une atteinte aux droits de l'enfant.
Lire aussi: Habillage pluie Loola Bébé Confort : Test complet
PMA : Procréation Médicalement Assistée
La PMA est un ensemble de techniques médicales permettant à un couple infertile ou à une femme seule de concevoir un enfant. Elle comprend différentes méthodes, telles que l'insémination artificielle, la fécondation in vitro (FIV), et le don de gamètes (ovocytes ou spermatozoïdes).
Les opposants à l'extension de la PMA mettent en avant le risque de priver l'enfant d'une figure paternelle, ainsi que les questions éthiques liées à la sélection des gamètes et à la marchandisation potentielle du corps humain. Ils soulignent également que la PMA peut être perçue comme une réponse à un désir d'enfant plutôt qu'à un besoin médical.
GPA : Gestation Pour Autrui
La GPA est une pratique par laquelle une femme porte un enfant pour le compte d'un couple ou d'une personne seule. Elle est interdite en France, mais autorisée dans certains pays.
Les opposants à la GPA dénoncent l'exploitation du corps de la femme, en particulier dans les pays où cette pratique est peu réglementée et où les femmes sont souvent issues de milieux défavorisés. Ils mettent également en avant le risque de créer un lien de filiation complexe et potentiellement conflictuel entre l'enfant, la mère porteuse et les parents intentionnels.
Les Arguments et les Inquiétudes de la Manif pour Tous
Au-delà des questions de la PMA et de la GPA, la Manif pour tous a exprimé des inquiétudes plus larges concernant les évolutions sociétales et les remises en question des modèles familiaux traditionnels.
Lire aussi: Santé veineuse et grossesse
La "Théorie du Genre"
La Manif pour tous a souvent dénoncé la "théorie du genre", qu'elle perçoit comme une idéologie visant à déconstruire les identités sexuelles et à nier la différence biologique entre les hommes et les femmes. Cette théorie serait, selon ses détracteurs, diffusée à l'école et dans les médias, avec pour objectif de déstabiliser les enfants et de remettre en cause les valeurs familiales.
Il est important de noter que la "théorie du genre" est un concept complexe et souvent mal compris. Elle désigne un ensemble de travaux de recherche en sciences sociales qui analysent la construction sociale des identités sexuelles et les rapports de pouvoir entre les sexes. Il ne s'agit pas d'une idéologie visant à nier la réalité biologique, mais plutôt d'une approche critique qui cherche à comprendre comment les normes sociales et culturelles influencent nos perceptions et nos comportements en matière de genre.
L'Ordre Social et la Nature
Derrière les crispations, derrière les discours de bonne comme de mauvaise foi, une question de fond habite ces débats : l’ordre social est-il ancré dans la nature (cosmique, biologique) ou dépend-il des décisions humaines, et d’elles seules ? Cette interrogation vient de loin. C’est aux sophistes de la Grèce antique qu’on peut attribuer son invention. Ces penseurs (notamment Protagoras, Gorgias, Antiphon) valent bien mieux que cette mauvaise réputation de beaux parleurs marchands d’astuces que leur a faite Platon, et qui fut reprise, au fil des siècles, par l’enseignement officiel. Car ils ont créé la distinction capitale entre « phusis » et « nomos », prototype de notre opposition entre « nature » et « culture ». D’un côté, le monde tel qu’il est donné, l’ordre du cosmos, de la vie biologique - végétale, animale - avec ses régulations spécifiques, indépendantes de nos décisions comme de nos interventions. De l’autre, la loi (nomos), au sens d’une convention instaurée par les décisions collectives - coutumes, règles de parenté, organisation du pouvoir.
Ce qui a changé, c'est que le scénario n'est plus jugé immuable. Tout a bougé, après que la contraception a dissocié sexualité et procréation, après que la congélation du sperme et des ovocytes a brouillé la succession des générations. Ces avancées médicales ont rencontré les revendications de l’individu à la satisfaction de ses désirs, enfin affranchis des limites anciennes. Pour certains, désormais, il s’agit même de se libérer de toutes les contraintes naturelles, de modifier l’ADN, et finalement la structure du corps, en créant une « humanité 2.0 », comme dit Ray Kurzweil, l’un des fondateurs du transhumanisme. A terme, il s’agirait donc d’un auto-engendrement de l’humain, rompant avec son inscription immémoriale dans la nature.
L'Analyse des Discours sur Twitter
Sur la base d’un corpus de tweets collectés durant le printemps 2013, il est possible de proposer une réflexion à la fois méthodologique et théorique sur les enjeux et modalités du déploiement des discours relatifs à la controverse au sein de cette plateforme de sociabilité numérique. En interrogeant la dimension affective de l’usage des hashtags (mots-clés choisis par les usagers pour indexer un message), nous tentons de rendre compte de l’activation en ligne de rapports de force au travers desquelles se constitue et s’exerce l’identité des acteurs collectifs de la controverse.
Lire aussi: Pourquoi chanter des berceuses à votre bébé ?
Durant les années 1990, la question du renouvellement du débat démocratique, voire de l’émergence d’une « hyperdémocratie », a été au cœur de l’appréhension des pratiques numériques par les sciences sociales. Le passage au web 2.0 (ou web social) dans les années 2000, transformant les logiques d’usage et impliquant une extension relative des rôles de producteur et prescripteur de contenus, a quant à lui été appréhendé comme un tournant à la fois « participatif » et « expressiviste ».
Le site Twitter constitue ainsi un espace non seulement fragmenté, mais distribuant une visibilité personnalisée des tweets. En tant qu’ils agencent des soliloques, dialogues, discussions collectives ou parallèles, ces ensembles thématiques tendent à produire un effet conversationnel. De la même façon, on peut considérer que l’emploi d’un hashtag, en tant qu’il dénote une volonté de mise en relation, peut être considéré comme une pratique conversationnelle en soi.
Appréhender de tels énoncés requiert cependant d’éviter toute réification de la dimension technique de la plateforme qui tendrait à la faire passer pour neutre, autonome et prescrivant une expérience homogène. Selon cette position, le dispositif ne prescrit jamais intégralement les usages de l’appareillage technique. Au contraire, la prégnance de ce dernier est sans cesse déstabilisée et renégociée dans les usages eux-mêmes, l’état stabilisé relevant plutôt d’un équilibre des forces en présence.
Compris en ce sens, les usages ne visent pas tant la mise en circulation d’une information ou l’engagement d’une interaction, que la production de rapports d’affection. Rendre compte de la pratique d’un dispositif, et des tensions qu’elle suscite, requiert ainsi de ne pas faire l'impasse sur les expériences et les existences qu’elle affecte. Affecter c’est exercer une force au sein d’un champ de relations. Appréhender les réseaux sociaux numériques comme le lieu de rapports d’affection permet de considérer que les échanges en leur sein dessinent des lignes de tension et de partage aussi bien au niveau des sociabilités que des discours.
À partir de la dizaine de hashtags utilisés pour constituer le corpus de tweets, il a été possible d'identifier 3 types de hashtags, définis en fonction du nombre de leurs occurrences, de la variété des cooccurrences qui les incluent et de leur fonction dans les tweets qui les contiennent. Les hashtags à fort rendement conversationnel ont une fonction d’index collectif des messages et sont utilisés de façon quasi systématique par les usagers. Les deux hashtags #mariagepourtous et #manifpourtous ont clairement joué ce rôle dans ce débat. Les hashtags à rendement conversationnel moyen servent principalement au référencement des tweets dans des sous-conversations ou sous-thématiques plus spécifiques. Les hashtags à faible rendement conversationnel ont quant à eux un rôle restreint à quelques tweets et sont utilisés à d’autres fins que celle de l’indexation : comme moyen d’appuyer sur un mot ou de matérialiser une intonation.
L’étude des hashtags fait émerger un problème intéressant : bien qu’on leur attribue une fonction de métadonnée, ils font pourtant partie intégrante du message et expriment le plus souvent sous la forme de mots ordinaires une signification allant au-delà de la fonction indexicale. Les hashtags peuvent ainsi être considérés comme des opérateurs d’intensification discursive, en ce sens qu’ils peuvent faciliter la mise en tension d’énoncés dans le cadre d’un réseau de relations. Cette plateforme permet de produire ou d’amplifier des rapports d’affection en rendant tangibles et visibles des forces habituellement disséminées dans le champ social.
Les Classes Lexicales en Tension
Le décompte des hashtags ne permet pas de tirer de conclusion quant au contenu des tweets. Les rapports d’affection en jeu dans cette controverse peuvent cependant être mis en relief au travers du type d’analyse discursive proposée par la méthode « Alceste » implémentée dans le logiciel IRaMuTeQ. Cette méthode de statistique textuelle propose de « rendre compte de l’organisation interne d’un discours » en identifiant en son sein les classes lexicales en tension.
Une première classe représentant près de 22 % du corpus regroupe des contenus marqués par le lexique de l’action de rue et de la révolte. On y trouve les traces du positionnement discursif des collectifs qui se sont mobilisés à l’encontre de la réforme en suivant la voie tracée par La Manif pour tous (notamment Les Veilleurs, Hommen et Le Printemps français). Une deuxième classe, représentant la même proportion du corpus, assemble pour sa part des termes relevant du commentaire des évènements et du débat en cours. Une troisième classe, qui représente près de 20 % du corpus, se concentre sur l’information politique suivant les standards de la presse et des journaux télévisés. Une quatrième classe, qui représente environ 12 % du corpus, recouvre le lexique propre à la délibération parlementaire. Enfin, une cinquième classe, représentant autour de 5 % du corpus, apparaît plus hybride.
tags: #media #pour #tous #mnif #pma #définition