Matthieu Croissandeau est une figure importante du paysage médiatique français. Directeur de la rédaction de L'Obs, il a également marqué les esprits par ses interventions à la télévision et son rôle dans la révélation d'informations politiques sensibles. Cet article explore divers aspects de sa carrière et les controverses auxquelles il a été confronté.
Un Parcours Journalistique Riche et Varié
Matthieu Croissandeau a débuté sa carrière journalistique en 1997 au sein du service Économie de L'Obs. Après quatorze années passées au sein du groupe, il a pris la direction du service politique du Parisien en 2011, avant de revenir à L'Obs en 2014, où il occupe actuellement le poste de directeur de la rédaction.
Outre son travail de direction à L'Obs, Croissandeau a également fait des apparitions remarquées à la télévision. Il a été éditorialiste à la matinale de BFMTV pendant cinq ans. En 2020, Marc-Olivier Fogiel, alors patron de BFM, a pris un risque en le plaçant dans la matinale, car il venait de la presse écrite et non de la télévision. Plus récemment, il a animé l'émission quotidienne d'actualité "Pour tout dire" sur T18, une nouvelle chaîne de la TNT lancée par Laurent Ruquier. Croissandeau explique que son émission se veut une discussion animée où l'on parle de tout, sans sujets tabous. Il souhaite un débat courtois, sans coups bas, et met l'accent sur la réflexion plutôt que sur la surenchère d'opinions.
Révélations Politiques et Faits d'Armes
L'un des faits d'armes les plus marquants de Matthieu Croissandeau remonte à son passage au Parisien. Lors de la campagne présidentielle de 2012, il a révélé que François Hollande qualifiait son adversaire Nicolas Sarkozy de "sale mec". Cette révélation a fait grand bruit et a contribué à forger sa réputation de journaliste politique influent.
Autre fait marquant, il a été l'un des trois journalistes choisis pour arbitrer le premier débat de la primaire à gauche en janvier 2017, aux côtés de Gilles Bouleau et Elizabeth Martichoux, ce qui témoigne de sa crédibilité et de sa reconnaissance dans le milieu journalistique. Il avait d'ailleurs déjà animé un débat lors de la primaire socialiste de 2011.
Lire aussi: L'Hypnose Régressive selon Matthieu Monade
L'Affaire Aude Lancelin : Une Polémique Autour d'un Licenciement
Le nom de Matthieu Croissandeau est également associé à une controverse : l'affaire du licenciement d'Aude Lancelin, son adjointe à la rédaction de L'Obs. Ce licenciement a suscité de vives réactions et a été perçu par certains comme une purge politique.
Aude Lancelin a attaqué L'Obs aux prud'hommes pour licenciement abusif, estimant qu'il était motivé par des raisons politiques. Elle réclamait 460 000 euros de dommages et intérêts. Selon elle, son éviction était due à des pressions exercées par des actionnaires mécontents de ses opinions et de ses choix éditoriaux, notamment l'ouverture des pages Débats à des intellectuels critiques envers le pouvoir. Elle affirmait que ce licenciement était un exercice de "police de la pensée".
De nombreux intellectuels et journalistes ont dénoncé ce licenciement, y voyant une atteinte à la liberté d'expression et une intervention du pouvoir politique dans les médias. Une tribune signée par 40 intellectuels accusait le sommet de l'État d'être derrière cette éviction. Les sociétés de rédacteurs du groupe Le Monde ont également dénoncé la "connotation politique assumée par un actionnaire" et la "méthode inédite" employée.
Léa Salamé a interrogé Aude Lancelin sur ses accusations. Lancelin a souligné que Claude Perdriel, fondateur de L'Obs et actionnaire minoritaire, avait publiquement exprimé des raisons politiques à son éviction, affirmant qu'elle transgressait la charte social-démocrate du journal. Lancelin a également mentionné que Matthieu Pigasse, un autre actionnaire, avait semblé la soutenir, mais qu'il n'avait pas pu empêcher son licenciement.
Matthieu Croissandeau, quant à lui, a déclaré que le licenciement était une décision purement managériale, justifiée par le fait qu'Aude Lancelin ne faisait pas le travail de directrice adjointe et se concentrait uniquement sur ses pages Débats. Il a affirmé que Lancelin n'adhérait pas au plan de redressement de l'entreprise.
Lire aussi: Maternité inattendue pour Laure et Matthieu
Lors de l'audience aux prud'hommes, l'avocat d'Aude Lancelin a plaidé la nullité du licenciement en raison de l'atteinte à la liberté d'expression. Il a souligné le caractère exceptionnel de l'affaire et l'absence de griefs spécifiques dans la lettre de licenciement. Il a également mis en avant les nombreuses attestations d'anciens et actuels salariés de L'Obs soutenant Aude Lancelin.
L'avocate de L'Obs a contesté la thèse du licenciement politique, rappelant le montant des demandes d'Aude Lancelin et soulignant que c'était elle qui avait insisté pour revenir travailler à L'Obs. Elle a affirmé que le licenciement était justifié par le manque d'adhésion d'Aude Lancelin au plan de redressement du journal, qui subissait d'importantes pertes financières.
Plusieurs éléments troublants ont été soulevés lors de l'audience. L'avocat d'Aude Lancelin a évoqué une rencontre entre Xavier Niel, actionnaire de L'Obs, et François Hollande, au cours de laquelle le président se serait inquiété des voix dissidentes dans les médias. En contrepartie du renouvellement d'un contrat d'itinérance pour le groupe Free de Xavier Niel, Aude Lancelin aurait été évincée.
L'avocat a également souligné la fragilité de Matthieu Croissandeau et la proximité d'Aude Lancelin avec le philosophe Frédéric Lordon. Une motion de défiance avait été votée par la rédaction contre Matthieu Croissandeau peu avant le licenciement.
Aude Lancelin a déclaré avoir été marquée au fer rouge par cette affaire et avoir eu du mal à retrouver du travail. Elle a évoqué la dimension de misogynie dans cette affaire.
Lire aussi: Matthieu Chedid : Famille et Enfants
Matthieu Croissandeau a simplement déclaré qu'il y avait eu un manque d'adhésion au redressement de l'entreprise et qu'il ne pouvait pas porter ce redressement seul.
L'affaire Aude Lancelin a mis en lumière les tensions et les enjeux qui traversent le monde des médias, entre liberté d'expression, pressions politiques et contraintes économiques. Elle a également révélé les fragilités et les contradictions de L'Obs, un journal historique de la gauche française.
Analyse de Son Style et de Ses Positions
Matthieu Croissandeau se présente comme un journaliste soucieux de la qualité du débat et de la pluralité des opinions. Il affirme vouloir éviter les clashs et les antagonismes stériles, et privilégier la courtoisie et la réflexion. Il se dit conscient des enjeux économiques et politiques qui pèsent sur les médias, mais il se défend de toute compromission.
Son parcours, de L'Obs au Parisien en passant par BFMTV et T18, témoigne d'une volonté d'explorer différents formats et différents publics. Il semble à l'aise aussi bien dans la presse écrite que dans l'audiovisuel, et il a su s'adapter aux évolutions du paysage médiatique.
Cependant, l'affaire Aude Lancelin a jeté une ombre sur son image et a soulevé des questions sur son indépendance et sa capacité à résister aux pressions. Certains lui reprochent d'avoir sacrifié la liberté d'expression au nom de la discipline et de la rentabilité. D'autres estiment qu'il a simplement fait son travail de directeur de la rédaction, en cherchant à redresser un journal en difficulté.
tags: #matthieu #croissandeau #vie #privée