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La Maternité Suisse d'Elne : Un Havre de Paix au Cœur de la Tourmente

Au cœur des Pyrénées-Orientales, la maternité suisse d'Elne se dresse comme un symbole poignant de paix, de courage et de fraternité. Ce lieu de mémoire, autrefois un château bâti en 1900, a servi de refuge humanitaire durant la Seconde Guerre mondiale, offrant un havre de sécurité et de dignité à des femmes et des enfants fuyant les horreurs de la guerre et de la persécution. Son histoire, marquée par l'oubli puis la redécouverte, témoigne de l'importance de la solidarité et de l'entraide dans les moments les plus sombres de l'histoire.

Contexte Historique : La Retirada et les Camps d'Internement

En 1939, la Retirada, ou la Retraite, a poussé des centaines de milliers de républicains espagnols sur les routes de France, fuyant la dictature de Franco. Ces réfugiés, évalués entre 450 000 et 500 000 personnes, ont été parqués dans des conditions horribles sur les plages des Pyrénées-Orientales, notamment à Saint-Cyprien, Argelès et au Barcarès, puis internés dans des camps comme Rivesaltes et Gurs. La fatigue de l'exil, la dureté des conditions de vie, le manque de soins et de nourriture ont entraîné une mortalité importante.

C'est dans ce contexte de crise humanitaire qu'Elisabeth Eidenbenz, une jeune institutrice suisse, a décidé d'agir. Collaboratrice du Secours Suisse aux Enfants, elle a créé une maternité au château d'En Bardou à Elne, destinée à accueillir les mères internées dans ces camps.

La Fondation et le Fonctionnement de la Maternité

La maternité suisse d'Elne n'appartient pas pleinement à la typologie de l'architecture hospitalière. En effet, la vocation de maternité apparaît dans cet édifice pendant les années de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le château abandonné, situé à proximité des camps de réfugiés espagnols installés en hâte sur les plages du Roussillon, est reconverti en lieu d’accueil pour les mères internées.

Dès décembre 1939, la maternité a ouvert ses portes et, jusqu'à sa fermeture par les Allemands en avril 1944, elle a accueilli près de 600 enfants et un millier de femmes. Ces femmes, souvent issues de 15 nationalités différentes, vivaient dans la clandestinité ou subissaient les dures restrictions de la guerre. Elles étaient juives, espagnoles, françaises, tsiganes, et toutes avaient en commun la détresse et la peur.

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Elisabeth Eidenbenz se déplaçait dans les camps pour aller chercher les femmes sur le point d’accoucher. Elle contribuait également à l’amélioration des conditions de vie, faisant construire des baraques plus confortables où était distribuée l’aide alimentaire.

Le personnel médical était composé d’une à quatre jeunes infirmières suisses volontaires, appelées « sœurs », qui se relaient tous les 3 mois. Elles étaient aidées ponctuellement par une sage-femme locale rémunérée pour les accouchements. Le personnel d’entretien de la maternité était constitué d’une dizaine de personnes venues des camps, qui s’occupaient également du grand jardin potager créé devant le château et des convois alimentaires.

Un Havre de Paix et de Dignité

Au-delà des soins médicaux, la maternité offrait un soutien psychologique essentiel à ces femmes en détresse, séparées de leurs maris et de leurs autres enfants. La maternité était une véritable enclave de paix et de joie, avec la célébration des fêtes religieuses et des anniversaires. L’architecture du château jouait ici pleinement son rôle : la lumière omniprésente et l’élégance de la construction contribuaient au bon moral des pensionnaires. Propreté et ordre étaient majeurs pour la survie des enfants et le moral des mères.

L’agencement de la maternité était efficace et simple, à la manière suisse : le bâtiment s’y prêtait parfaitement. Les quatre ailes, dont deux octogonales, sont assemblées autour d’un noyau central occupé par l’escalier. Une coupole de verre s’élève au centre du toit terrasse. À l’origine, chaque palier central était pavé de dalles de verre qui laissaient passer la lumière de la verrière jusqu’au rez-de-chaussée. Les déplacements sont faciles entre les pièces, disposées autour de l’escalier central. Le rez-de-jardin est réservé aux cuisines et aux logements des hommes. Le rez-de-perron abrite les salles de regroupement, deux salles à manger et une pièce pour les enfants convalescents. La chambre des accouchées. Les berceaux installés devant les fenêtres au sud : utiliser les bienfaits de l’ensoleillement était un des atouts de l’édifice.

É. Eidenbenz a pris environ 800 clichés, qu’elle envoyait à sa hiérarchie pour convaincre les donateurs du bon fonctionnement de l’établissement.

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L'Oubli et la Redécouverte

Après la fermeture de la maternité en avril 1944, son histoire est tombée dans l'oubli pendant plus de cinquante ans. L'édifice, redevenu « château », a été occupé par les nazis, puis par des troupes de résistants à la fin de la guerre. Abandonné et inhabité, il s'est dégradé au point qu'une des ailes s'est effondrée dans les années 1980.

En 1997, François Charpentier, un maître-verrier, a acheté le château en ruine et a entrepris de le restaurer patiemment, sans connaître son histoire. Sa rencontre fortuite avec Guy Eckstein, né à la maternité, a marqué le début de la redécouverte de ce lieu de mémoire. Avec l’association DAME (Descendants et amis de la maternité d’Elne), Guy Eckstein a retrouvé Élisabeth Eidenbenz, qui vivait près de Vienne, en Autriche : elle est revenue à Elne en 2002 et a rencontré de nombreuses personnes nées à la maternité.

La Reconnaissance et la Transformation en Musée

En 2005, la commune d'Elne a acquis l'ancienne maternité dans le but de l'ouvrir au public et d'y créer un musée. En 2009, la municipalité a demandé la protection au titre des monuments historiques, afin d’ancrer ce lieu dans le patrimoine national. En effet, géographiquement et historiquement, le lien est fort avec le camp de Rivesaltes, dont les baraquements, inscrits en 2000 comme lieu de mémoire de l’internement des réfugiés espagnols, constituent un élément majeur de l’histoire catalane et de la Retirada.

Le 14 janvier 2013, le dossier, examiné par la Commission nationale des monuments historiques, fit l’objet d’un assez long débat. Deux points de vue s’opposaient : l’intérêt national éminent du lieu de mémoire de l’action humanitaire d’Élisabeth Eidenbenz contre le faible intérêt architectural du bâtiment lui-même (ainsi que sa future dénaturation par un projet architectural jugé médiocre).

Considérée comme l’acte I de la renaissance de la maternité suisse d’Elne, l’inauguration eut lieu le 16 février 2014, au cours de laquelle le maire Nicolas Garcia annonça avec émotion le classement à la population et aux descendants des « enfants d’Elne ».

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Aujourd'hui, la maternité suisse d'Elne est un musée qui retrace cette page remarquable de l'histoire. L'exposition permanente, renouvelée en 2019, met en lumière l'histoire d'Elisabeth Eidenbenz et des centaines de femmes et d'enfants qu'elle a aidés. La visite guidée offre un aperçu intime des conditions de vie de l'époque, à travers des expositions de photos d'époque, de documents et de témoignages bouleversants. Chaque pièce, chaque objet exposé raconte l'histoire de courage, de solidarité et d'espoir.

La maternité suisse d'Elne est plus qu'un site historique ; c'est un lieu de mémoire et d'inspiration, rappelant l'importance de la compassion et de l'engagement envers les autres.

Elisabeth Eidenbenz : Une Juste Parmi les Nations

Elisabeth Eidenbenz a été reconnue pour son courage et son dévouement. Elle a reçu le titre de « juste parmi les nations » par l’État d’Israël. En 2006, la reine d’Espagne lui a remis la Médaille d’or de l’Ordre social et de la Solidarité, puis la Generalitat de Catalunya l'a décorée de la Croix de Sant Jordi. Enfin, elle a reçu la Légion d’honneur en 2007.

La Maternité Suisse d'Elne Aujourd'hui : Un Lieu de Mémoire Vivant

La maternité suisse d'Elne est aujourd'hui un lieu de mémoire vivant, qui incarne les valeurs de bienveillance, de courage et de fraternité. Elle est un témoignage poignant de l'entraide, du dévouement et de la détermination de jeunes volontaires d'associations humanitaires.

La maternité Suisse d’Elne est le premier des deux sites classés à obtenir le label national Qualité Tourisme TM ainsi que la marque régionale Qualité Tourisme Occitanie Sud de France.

La maternité Suisse est actuellement fermée en raison des travaux pour une durée d'un an et demi.

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