L'attaque contre la maternité de Marioupol en mars a mis en lumière la brutalité de la guerre en Ukraine. Cet événement tragique a non seulement causé des pertes humaines et des destructions, mais a également été le point de mire d'une campagne de désinformation russe persistante.
Marioupol : Une Ville Martyre
Marioupol, une ville industrielle et stratégique du sud-est de l'Ukraine, a été rapidement ciblée par des frappes aériennes russes dès le début de la guerre. Le siège de la ville a duré près de trois mois, la détruisant à 90 % et la transformant en une ville martyre. Les autorités ukrainiennes ont estimé qu'au moins 20 000 personnes ont péri.
Le Bombardement de la Maternité : Un Crime de Guerre
Le 9 mars, une frappe a touché une maternité. L'explosion a été qualifiée de « crime de guerre » par l'Union européenne. L'attaque a marqué un tournant dans le conflit, signalant une phase plus destructrice visant les populations civiles.
Témoignages et Preuves
Peu de journalistes étaient présents lors de l'attaque. Deux journalistes de l'agence américaine Associated Press (AP), Evgeniy Maloletka et Мstyslav Chernov, ont documenté les événements. Chernov a décrit la scène : « J’ai vu la boule de feu durant une fraction de seconde, avant que la douleur vrille mon oreille interne, ma peau, mon visage. La fumée s’élevait au-dessus d’une maternité. Quand nous sommes arrivés, les secours retiraient encore des femmes enceintes ensanglantées des décombres. »
Les journalistes d'AP ont filmé les dégâts : matelas ensanglantés, un cratère profond, personnel et femmes enceintes évacués. Les autorités ont rapporté que dix-sept personnes avaient été blessées et trois étaient mortes. Parmi les victimes, une femme enceinte blessée a été transportée sur un brancard vers un autre hôpital; sa photo a fait le tour du monde. Ni elle ni son enfant n'ont survécu. Une autre femme, blessée lors de l'attaque, a pu accoucher d'un enfant en bonne santé.
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Le reportage des journalistes d’AP a été salué. Le photographe Evgeniy Maloletka a reçu le Visa d’or News au festival Visa pour l’image de Perpignan.
La Propagande Russe et la Désinformation
La Russie a nié son implication dans le bombardement, affirmant que la maternité abritait un bataillon nationaliste et que les soignants avaient été expulsés. Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que « Elle n’abritait plus de patients, mais des extrémistes. Elle avait été saisie par le bataillon Azov et d’autres radicaux. Tous les soignants avaient été expulsés ».
Face à l'indignation mondiale suscitée par les photos de femmes enceintes ensanglantées, Moscou a qualifié la frappe de « mise en scène dont le seul but est de maintenir l’agitation antirusse dans l’opinion publique occidentale ». Le Kremlin a ciblé Marianna Vishegirskaya, une jeune femme photographiée par un journaliste d'AP lors de son évacuation. La propagande prorusse affirmait qu'elle n'était pas enceinte ou qu'elle était déguisée pour jouer la comédie. Ces affirmations ont été contredites par le reportage d'AP du 14 mars, qui montrait la jeune femme avec son bébé quelques heures après son accouchement.
Malgré ces preuves, la désinformation a persisté. Des ambassades russes ont relayé en ligne des arguments niant la présence de patients et de personnel dans la maternité au moment de la frappe.
Le Cas de Marianna Vishegirskaya
Le témoignage de Marianna Vishegirskaya sur une chaîne Youtube prorusse, réfutant toute attaque aérienne de la Russie et critiquant les journalistes d'AP, a semé le trouble. Des spécialistes de l'Ukraine estiment qu'elle a été manipulée pour témoigner sous la contrainte, une technique courante de désinformation russe.
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Vishegirskaya est réapparue dans une vidéo relayée par les sphères pro-Moscou, où elle distribue des ballons aux couleurs de la Russie à des écoliers. Ces images ont été utilisées pour propager le récit alternatif selon lequel elle serait « vivante et en pleine forme » et serait devenue « prof des écoles dans Marioupol débarrassée des néonazis ukrainiens ».
Autres Attaques Contre des Maternités et des Infrastructures Médicales
Le bombardement de la maternité de Marioupol n'est pas un incident isolé. D'autres attaques contre des établissements de santé ont été signalées en Ukraine.
- Zaporijjia : Une frappe russe a touché une maternité, faisant au moins six blessés. Des images montrent des salles de consultation médicale dévastées.
- Kherson : La maternité de l'hôpital aurait été visée par une frappe russe. Cinq femmes venaient d'y accoucher. Miraculeusement, personne n’a été blessé.
L'Ukraine a enregistré plus de 700 attaques contre des établissements de santé depuis le début du conflit. Des centaines d'hôpitaux et d'établissements de santé ne sont ainsi plus pleinement opérationnels.
Réactions Internationales et Condamnations
Le bombardement de la maternité de Marioupol a suscité une vive indignation internationale.
- L'Union européenne a qualifié l'attaque de « crime de guerre ».
- Le président français, Emmanuel Macron, a condamné « un acte de guerre indigne ».
- Le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, a qualifié le bombardement de « crime de guerre odieux ».
- La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré : « C'est un acte « inhumain, cruel et tragique. Je suis convaincue qu'il peut s'agir d'un crime de guerre : il faut mener une enquête approfondie ».
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