Naissance et Origines Familiales
Marcel Bleustein voit le jour le 21 août 1906 à Enghien-les-Bains, dans le Val-d'Oise. Il est le benjamin d'une famille de neuf enfants. Son père, Abraham Bleustein, est un négociant en meubles d'origine russe installé à Paris, tandis que sa mère, Élise Gross, est également d'origine russe. La famille Bleustein est ancrée dans le commerce de meubles, avec des liens familiaux solides, notamment avec son oncle Maurice Goss, fondateur des Galeries Barbès, et ses beaux-frères Lévitan.
Jeunesse et Premiers Pas dans le Commerce
Marcel est décrit comme un élève dissipé, peu intéressé par les cours traditionnels. Autodidacte, il suit d'abord les pas de son père en tant que vendeur de mobilier au 49 boulevard Barbès, dès l'âge de quatorze ans. Il est influencé par sa mère, très impliquée dans des associations caritatives. Sa rencontre avec le courtier en publicité Bernachon, qui venait chercher les annonces rédigées par Marcel pour son beau-frère, éveille son intérêt pour la publicité.
La Création de Publicis : Une Révolution Publicitaire
Subjugué par le monde de la publicité, alors appelée « réclame », Marcel Bleustein se lance rapidement dans ce domaine. En 1926, à seulement 20 ans, il fonde avec son frère Georges l'agence Publicis dans un petit appartement situé au 17, faubourg Montmartre, au-dessus d'une boucherie. Il commence par démarcher ses proches, comme le fourreur Jacques Brunswick, pour qui il crée le slogan « Brunswick, le fourreur qui fait fureur », et ses beaux-frères Lévitan, avec les ritournelles radiophoniques « Bien l'bonjour, m'sieur Lévitan, vous avez des meubles, vous avez des meubles ».
Marcel Bleustein a l'idée d'ouvrir une agence de publicité. En 1926, il crée une SARL au capital de 50 000 Francs, 17 rue du Faubourg Montmartre, à Paris. Publicis, contraction de « Publi », comme publicité et 6 comme « 1926 » vient de naitre. Avec le désir pour moteur et l'éthique pour valeur fondatrice, la construction du 3ème Groupe mondial de communication est lancée !
L'objectif de Marcel Bleustein est clair : ériger la publicité en un véritable métier et en faire un acteur économique de poids.
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L'Aventure Radio : Radio Cité et l'Innovation Radiophonique
En 1935, Marcel Bleustein achète la station de radio privée Radio LL, qu'il rebaptise Radio Cité. Il permet à Édith Piaf, amenée par Jacques Canetti, alors directeur artistique de la station, de chanter à la radio pour la première fois de sa carrière. C'est aussi l'homme qui invente les slogans chantés pour la radio. Il devient peu à peu régisseur de dix-huit stations radiophoniques régionales et rachète une radio privée parisienne, rebaptisée Radio-Cité, financée par la publicité.
1934, marque le 1er coup dur pour Publicis : suppression de la publicité sur les radios d'État. Amputé de 50% des revenus de son Groupe, Marcel Bleustein riposte en lançant sa propre station : « Radio Cité ». Les standards de la radio moderne sont nés : Musique et Infos en continu, Jeux et direct, entrecoupés de « Pubs ».
Dès 1935 l'essor de Publicis se poursuit avec l'acquisition de salles de cinéma qui diffusent notamment les bulletins d'infos de Radio Cité. En 1935, il s'associe à Havas pour fonder « Cinéma et Publicité », première régie media française qui devient le leader du secteur.
La Seconde Guerre Mondiale : Résistance et Exil
L'arrivée des Allemands à Paris en juin 1940 marque un tournant dans la vie de Marcel Bleustein. Il perd Publicis et Radio Cité, expropriées par les Allemands au nom de l'« aryanisation » des biens. Sa tête est mise à prix. Il s'enfuit à Londres, où il s'engage dans la Résistance intérieure puis dans les Forces françaises libres (FFL), sous le nom d'emprunt de Blanchet. Il est mobilisé comme officier aviateur. Cet engagement lui vaut la Croix de guerre 1939-1945 et le grade de chevalier de la Légion d'honneur.
En 1940, Radio Cité est réquisitionnée par les nazis et les locaux de Publicis sont mis sous scellés. Publicis recensée comme entreprise juive, doit fermer. Marcel Bleustein s‘engage dans la Résistance sous le nom de « Blanchet ». En 1943, il rejoint le Général de Gaulle à Londres.
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Marcel BLEUSTEIN-BLANCHET est arrêté en Espagne lors de sa tentative de rejoindre l’Angleterre. Il est emprisonné pendant plusieurs mois avant de réussir à s’évader et à rejoindre Londres via Gibraltar. Au sein des Forces aériennes françaises libres, il est nommé chef des services de presse du général de Gaulle. Parmi ses compagnons de Résistance, on compte Lazare Rachline, avec qui il partage l’expérience de l’arrestation en Espagne et l’engagement dans les Forces françaises libres.
La Reconstruction de Publicis : Un Nouveau Départ
La guerre terminée, Marcel Bleustein-Blanchet, qui est autorisé à ajouter son pseudonyme de résistant le 2 septembre 1954 par un décret du gouvernement Mendès France, retrouve Publicis et prend lui-même le téléphone pour appeler ses anciens clients et en prospecter de nouveaux. Tous l'assurent de leur soutien et promettent de revenir « dès qu'ils auront quelque chose à vendre ». Marcel les convainc de communiquer dès lors pour ne pas courir le risque de voir leur concurrents prendre leur place dans le cœur du consommateur.
Le 1er Janvier 1946, Marcel Bleustein-Blanchet est prêt pour la 2ème naissance de Publicis. Entouré de ses anciens salariés, il installe le nouveau Publicis au 65 Champs-Elysées.
Si bien que c'est lui, le petit vendeur de meubles du boulevard Barbes, qui est l'initiateur de la publicité moderne : une technique de communication fondée sur une science et qu'on enseigne désormais en Sorbonne. Car Marcel Bleustein-Blanchet a rencontré, connu et souvent assisté de ses conseils de technicien de l'opinion des hommes comme Daladier, Blum, Pinay, Guy Mollet, Mendès.
Après la Libération, Marcel BLEUSTEIN-BLANCHET retrouve son agence Publicis, qu’il reconstruit avec détermination. Il réinvente la publicité en France, introduisant des concepts novateurs tels que les sondages d’opinion et les slogans publicitaires mémorables. Il est également à l’origine de la création du Publicis Drugstore sur les Champs-Élysées en 1957.
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Vie Privée et Familiale
Marcel épouse Sophie Vaillant (1916-1999), successivement professeure d'anglais à Milan, salariée chez Elle, et animatrice sur Radio Luxembourg. Elle est la petite-fille d'Édouard Vaillant, ingénieur, médecin, surtout connu comme homme politique socialiste et élu de la Commune de Paris (1871).
De cette union naissent deux filles :
- Marie-Françoise, née en 1940 et décédée dans un accident de voiture en 1968. Elle fut l'épouse du poète Michel Rachline, dont elle divorce en 1964.
- Michèle, née en 1946, épouse Paul Belaiche Daninos, écrivain lauréat de l'Académie française.
La Fondation de la Vocation : Un Engagement pour la Jeunesse
Si l’on connaît Marcel Bleustein-Blanchet pour avoir été l’homme qui offrit à la publicité un déploiement hors du commun, il est aussi celui qui en 1959 a initié un formidable élan de solidarité au service des jeunes en créant la Fondation de la Vocation.
L’idée de sa création lui était apparue, lors des heures sombres de la guerre, alors que l’agence de « réclames » qu’il avait construite s’écroulait dans une société en guerre. Il se faisait alors une promesse qui allait être la première pierre posée de l ‘édifice de la Fondation de la Vocation : créer un réseau d’entraide pour permettre à de jeunes passionnés d’atteindre leur rêve professionnel.
En homme de parole, il crée la Fondation de la Vocation et met toute son énergie à réunir un jury d’exception, des donateurs et amis engagés qui partagent avec lui sa conviction et sa générosité. Le 11 décembre 1959 la Fondation de la Vocation voit le jour. Depuis 1959, plus de 1700 lauréats ont pu bénéficier du soutien indéfectible de donateurs. Tous ont bénéficié du coup de pouce nécessaire pour « y arriver ».
La Fondation de la Vocation a soutenu de nombreux talents dans des domaines variés, tels que :
- Philippe Genty (marionnettiste)
- Philippe Taquet (paléontologue)
- Michel Siffre (spéléologue)
- Jacqueline Dubut (pilote de ligne)
- Guillemette Andreu (égyptologue)
- Didier Burggraeve (initiateur des « 5 gestes qui sauvent »)
- Yves Coppens (paléoanthropologue)
- Philippe Petit (funambule)
- Sylvie Girardet, Claire Merleau-Ponty et Anne Tardy (créatrices du Musée en Herbe)
- Chantal Fabre (infirmière pour lépreux)
- Michel Costa (sériciculteur)
- Pierre Heitz (fondateur du « Rideau attelé »)
- Laurence Zitvogel (cancérologue)
- Richard Schmoucler (violoniste)
- Amélie Nothomb (écrivaine)
- Lâm Duc Hiên (artiste)
- François Azambourg (designer)
- Didier Van Cauweleart (écrivain)
- Alexis Mabille (couturier)
- Christophe Julien (compositeur)
- Fatoumata Kebe (astrophysicienne)
- Josza Anjembe (réalisatrice)
- et bien d'autres encore.
Héritage et Postérité
Marcel Bleustein-Blanchet décède le 11 avril 1996. Sa fille, Élisabeth Badinter, lui succède à la tête du conseil de surveillance de Publicis.
En 2008, Marcel Bleustein-Blanchet reçoit la reconnaissance mondiale de ses pairs en étant le premier non-américain à entrer au panthéon de la publicité américaine, le « Hall of Fame de l'American Advertising Federation ».
Son parcours exceptionnel, marqué par la création de Publicis, son engagement dans la Résistance et sa fondation pour la jeunesse, font de Marcel Bleustein-Blanchet une figure emblématique de la publicité et un homme engagé pour les générations futures.
Chronologie des Principales Étapes
- 1906 : Naissance de Marcel Bleustein à Enghien-les-Bains.
- 1926 : Fondation de l'agence Publicis.
- 1935 : Achat de Radio LL et création de Radio Cité.
- 1940 : Perte de Publicis et Radio Cité, entrée dans la Résistance.
- 1946 : Reconstitution de Publicis.
- 1954 : Autorisation d'ajouter le pseudonyme "Blanchet" à son nom.
- 1959 : Création de la Fondation de la Vocation.
- 1996 : Décès de Marcel Bleustein-Blanchet.
- 2008 : Intronisation au Hall of Fame de l'American Advertising Federation.
Les Petits-Enfants de Marcel Bleustein-Blanchet
Bien que l'article ne fournisse pas de détails spécifiques sur les petits-enfants de Marcel Bleustein-Blanchet, on sait qu'il avait deux filles, Marie-Françoise et Michèle. Marie-Françoise a eu des enfants de son mariage avec Michel Rachline avant leur divorce. Michèle a épousé Paul Belaiche Daninos. Les descendants de ces unions sont les petits-enfants de Marcel Bleustein-Blanchet.
Élisabeth Badinter prend la Présidence de la Fondation en 1996.
Elle préfère déjeuner le mercredi avec les aînés de ses quatre petits-enfants.
Dans son antre décoré d’une oeuvre de Niki de Saint Phalle. Avec ses importants moyens, elle aide de nombreuses associations dont la Bourse de la vocation créée en 1960 par son père. Elle intimide par son sérieux, ses raisonnements implacables, et ses combats forcent l’admiration.
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