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Pénurie d'Auxiliaires de Puériculture et d'Éducateurs de Jeunes Enfants : Causes et Solutions

L'accueil des jeunes enfants en France est confronté à une crise majeure : une pénurie croissante d'auxiliaires de puériculture (AP) et d'éducateurs de jeunes enfants (EJE). Cette situation alarmante met en péril la capacité des établissements d'accueil du jeune enfant (EAJE) à répondre aux besoins des familles et aux exigences de qualité définies par les pouvoirs publics. Cet article analyse les causes de cette pénurie et explore les pistes de solutions envisageables.

Un Constat Alarmant : Pénurie de Diplômés et Places d'Accueil « Gelées »

Une enquête approfondie sur le recrutement et le « turn-over » dans les EAJE a révélé un manque criant de professionnels diplômés, notamment d'auxiliaires de puériculture et d'éducateurs de jeunes enfants. Ce constat est partagé par les gestionnaires de structures d'accueil, quel que soit leur statut ou le type d'établissement. Cette pénurie entrave la création de places d'accueil supplémentaires, pourtant indispensables pour répondre à la demande des familles.

Élisabeth Laitier, co-présidente du groupe petite enfance de l'AMF, souligne que cette pénurie touche particulièrement les professionnels diplômés qui doivent représenter 40% du personnel selon le décret de 2010. Elle cite l'exemple de Rueil-Malmaison, où la maire adjointe à la petite enfance a dû geler 80 berceaux faute de personnel qualifié pour ouvrir la structure.

Auxiliaires de Puériculture : Une Profession Essentielle en Crise

Les auxiliaires de puériculture concentrent les difficultés et les frustrations liées à la pénurie de personnel. Ces professionnelles sont indispensables au bon fonctionnement de la plupart des EAJE, à l'exception des micro-crèches. La formation d'AP est relativement courte (10 mois), mais les écoles sont trop peu nombreuses et inégalement réparties sur le territoire, ce qui limite l'accès à la profession.

Réingénierie du Diplôme d'AP : Une Solution Potentielle

La réingénierie du diplôme d'AP est en discussion depuis plusieurs années, en lien avec les diplômes d'aide-soignante et d'infirmière-puériculture. Un consensus semble émerger parmi les acteurs et spécialistes de la petite enfance pour créer une formation d'AP à deux options :

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  • Une option axée sur les postes en maternité ou services de pédiatrie.
  • Une option spécifique aux modes d'accueil du jeune enfant.

Ces deux filières seraient dotées de passerelles pour faciliter la mobilité professionnelle. Cette approche permettrait de résoudre la question des stages obligatoires en milieu hospitalier (maternité et pédiatrie), qui posent problème en raison du manque de places disponibles.

Sylvianne Giampino, présidente du Conseil de l'enfance et de l'adolescence du HCFEA, défend cette solution depuis des années. Elle propose une formation commune pour les AP, avec un module spécifique pour l'hôpital et un module spécifique pour les modes d'accueil. Edouard Carle, co-président de Babilou et vice-président de la FFEC, souligne que cette approche permettrait de former davantage de professionnels, comme c'est le cas en Allemagne avec des diplômes exclusivement dédiés aux crèches.

Des Obstacles Persistants : Choix des Élèves et Lieux de Stage

Malgré le consensus apparent sur la nécessité d'une réingénierie du diplôme d'AP, des obstacles persistent. Monique Peuvot, directrice adjointe de l'IFAP ABC puériculture de Paris, souligne que la plupart des élèves choisissent cette formation pour travailler en maternité. Elle s'interroge sur l'attractivité d'une filière dédiée à l'accueil du jeune enfant. De plus, elle confirme que les lieux de stages hospitaliers sont saturés.

En Île-de-France, les auxiliaires de puériculture fraîchement diplômées sont souvent attirées par les établissements de la Ville de Paris, qui proposent des salaires plus élevés que le secteur privé lucratif ou associatif. Cette situation met en difficulté les structures d'accueil qui ne peuvent pas s'aligner sur ces niveaux de rémunération.

Évolution de Carrière Limitée : Un Frein à l'Attractivité

Même si le diplôme d'AP est un diplôme d'État de catégorie 1, les perspectives d'évolution de carrière sont limitées. Les AP sont les seules diplômées de catégorie 1 qui ne peuvent pas prétendre à des postes à responsabilités. La seule possibilité d'évolution est de s'engager dans une VAE d'EJE, un processus long et difficile qui exige beaucoup d'efforts. Les gestionnaires regrettent que l'expérience professionnelle ne soit pas davantage valorisée et récompensée.

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Éducateurs de Jeunes Enfants : Des Difficultés Similaires

La pénurie d'EJE est tout aussi préoccupante, compte tenu de leur double rôle sur le terrain et en matière de direction. Les centres de formation sont trop peu nombreux, et certaines régions sont particulièrement sous-dotées. De plus, ces centres ne sont pas tous remplis, en raison du manque d'attractivité du métier, mais surtout du coût et du financement des études.

Parcoursup : Un Impact Incertain sur le Recrutement

L'intégration des EJE dans Parcoursup représente une nouveauté. Auparavant, chaque centre de formation organisait ses propres épreuves de recrutement. Désormais, les écoles établiront une liste de candidats en fonction des places ouvertes et de leur financement. Les épreuves écrites sont interdites, et les écoles organiseront des entretiens oraux.

Manuel Pélissié, directeur général de l'IRTS paris Île-de-France - Parmentier, souligne que Parcoursup apportera plus de volumétrie et de volatilité. Il craint que cette nouvelle procédure n'entraîne un nombre important d'abandons en cours de formation, comme c'est le cas dans les IUT. Il estime que les centres de formation essuieront les plâtres pendant au moins un ou deux ans.

Financement de la Formation : Un Enjeu Crucial

Le financement de la formation est un enjeu crucial pour les AP et les EJE. Le coût des études en formation initiale, hors apprentissage, constitue un frein important. À l'IFAP ABC puériculture, la formation d'auxiliaire de puériculture coûte environ 4 000 €, et 4 900 € à l'école centrale de puériculture Paul Strauss.

Pour la filière EJE, la formation en 3 ans coûte environ 18 000 €. Manuel Pélissié souligne que les étudiants trouvent facilement un emploi à l'issue de leur formation. Cependant, Élisabeth Laithier estime que ces niveaux de prix sont comparables à ceux des écoles de commerce, sans garantir un salaire équivalent.

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Pistes de Solutions : Diversifier les Profils et Valoriser l'Expérience

Face à cette situation préoccupante, plusieurs pistes de solutions sont envisagées.

Assouplir les Normes d'Encadrement : Une Question Sensible

Certains acteurs proposent d'assouplir le décret qui fixe les normes d'encadrement et le ratio 40%-60% de personnel qualifié. L'idée serait d'intégrer d'autres diplômes dans les 40%, d'ouvrir les crèches à des profils moins spécifiques, ou de créer des certifications valorisant l'expérience.

Cependant, cette option suscite des divergences. L'AMF et Sylvianne Giampino estiment qu'il est essentiel de maintenir un personnel formé et qualifié pour s'occuper des jeunes enfants. Ils craignent qu'une baisse des exigences en matière de qualifications n'altère la qualité de l'accueil.

Valoriser l'Expérience : Un CAP Bonifié

D'autres acteurs militent pour la mise en place d'un CAP bonifié, qui permettrait d'endiguer la pénurie d'auxiliaires de puériculture. L'idée serait de faire évoluer certains CAP AEPE, en leur offrant une formation en alternance qui déboucherait sur un diplôme de catégorie 1. Cette approche permettrait de reconnaître l'expérience et d'ouvrir des perspectives d'évolution à des professionnels bloqués sur des postes sans responsabilités.

Édouard Carle estime que cette formation d'un an environ aboutirait à une certification bénéficiant d'une reconnaissance nationale. Il s'agirait d'une VAE accélérée, destinée exclusivement aux professionnels de catégorie 2.

Au-Delà des Diplômes : Améliorer les Conditions de Travail et les Salaires

Pour lutter contre la pénurie de personnel dans les crèches, il est impératif d'agir sur plusieurs leviers :

  • Revaloriser les salaires : Les salaires des professionnels de la petite enfance sont trop bas, ce qui nuit à l'attractivité des métiers. Il est nécessaire d'augmenter les salaires et d'attribuer des avantages aux professionnels, comme une place en crèche et un logement social.
  • Améliorer les conditions de travail : Il est essentiel de revoir à la hausse le taux d'encadrement, afin de réduire la charge de travail des professionnels. Il faut également lutter contre les a priori et valoriser l'image des métiers de la petite enfance.
  • Ouvrir des places en formation : Il est nécessaire d'ouvrir davantage de centres de formation et de garantir l'accès à la formation continue pour tous les professionnels.

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