La manifestation du 6 octobre à Paris, organisée par un collectif d'associations incluant La Manif pour tous, Alliance Vita, et les Associations familiales catholiques, marquait l'opposition à l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA). Cet événement s'inscrit dans un contexte de débat sociétal intense autour des lois de bioéthique et témoigne des clivages persistants au sein de la société française.
Contexte et Préparatifs
Sept ans après les mobilisations contre le mariage pour tous, les opposants à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes ont défilé à Paris, demandant au gouvernement de renoncer à cette promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Les organisateurs, réunis au sein d'un collectif d'une vingtaine d'associations dont la Manif pour tous, avaient donné rendez-vous à 13h00 près du Sénat, où une commission spéciale devait se pencher à partir du 15 octobre sur le projet de loi bioéthique.
Pour mobiliser un maximum de participants, les organisateurs n'ont pas lésiné sur les moyens. Plus de trois millions de tracts ont été distribués, des milliers d'affiches placardées, plus d'une centaine de cars complets et deux TGV affrétés pour transporter les manifestants venant de toute la France.
Déroulement de la Manifestation
Le cortège devait suivre un court trajet jusqu'à la Tour Montparnasse. La présidente de la Manif pour tous, Ludovine de la Rochère, a souligné que "le déroulement et l'ambiance de la manifestation sont aussi importants que son ampleur", sans avancer de chiffre de "réussite" de la mobilisation.
Les slogans affichés sur les banderoles, tels que "Liberté, égalité, paternité", "Tous nés d'un père et d'une mère voilà l'égalité", et "Privés de papa, de quel droit ?", ciblaient la "PMA sans père", mot d'ordre des opposants à l'extension de la PMA aux lesbiennes et aux femmes célibataires. Ludovine de la Rochère a résumé les enjeux de la manifestation en dénonçant "l'absence volontaire de père, le détournement de la médecine, la marchandisation de l'humain et, bien sûr, de la démocratie".
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Participation et Ambiance
Alors que la contestation contre le mariage pour tous avait drainé jusqu'à 340.000 personnes dans les rues selon la police - jusqu'à 1,4 million selon les organisateurs -, il était difficile d'anticiper la participation à la manifestation du 6 octobre. Pascale Morinière, présidente des AFC, a pronostiqué que "ce ne sera pas ridicule" et que la participation serait "sans doute comparable aux chiffres de la première manifestation de 2012, autour de 100.000 personnes". Selon le cabinet indépendant Occurrence, 74.500 personnes ont marché dans Paris, tandis que les organisateurs revendiquaient 600.000 participants.
L'ambiance de la manifestation était un élément clé pour les organisateurs. Ils espéraient créer un événement mobilisateur et porteur de leurs valeurs, tout en évitant les crispations et les divisions qui avaient pu marquer les débats sur le mariage pour tous.
Réactions et Positions
Plusieurs dignitaires catholiques ont appelé à manifester contre l'extension de la PMA à toutes les femmes. L'archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit a déploré "l'attitude dédaigneuse, voire arrogante" du gouvernement vis-à-vis des opposants au texte. D'autres évêques, comme ceux de Luçon et du Puy-en-Velay, ont également exprimé leur opposition.
Cependant, la Conférence des évêques a adopté une position médiane et n'a pas donné de consigne aux catholiques de se rendre à la manifestation, tout en estimant qu'il était de leur "devoir" de le faire "s'ils pensent que c'est un moyen utile pour se faire entendre".
Certains catholiques se sont montrés "résignés", considérant que "depuis 40 ans et les lois Neuwirth puis Veil, l'Eglise a enregistré une succession de défaites". D'autres ont jugé la manifestation "contre-productive" et ont craint que leur parole soit "discréditée au nom de leur ancrage religieux".
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Le Point de Vue des Féministes
En marge de la manifestation, quelques militantes féministes du Corp (Collectif pour le respect de la personne) se sont réunies à la terrasse d'un café près de la Sorbonne. Ces militantes, qui luttent pour l'abolition internationale de la GPA, ont tenu à marquer leur présence, malgré les pressions et les risques d'être qualifiées de "fascistes".
Ana Deram, l'une des responsables du Corp, a déploré que "c'est quand même incroyable, alors qu'on veut défendre le droit des femmes à résister au marché". Marie-Jo Bonnet, l'une des fondatrices des Gouines rouges dans les années 1970, a assumé son opposition à la GPA, comme à l'extension de la PMA, tout en contestant les panneaux "Liberté, égalité, paternité" brandis par les manifestants.
Ces militantes féministes ont tenu à garder leurs distances avec La Manif pour tous, en raison de leurs divergences idéologiques. Elles ont souligné que leur opposition à la GPA et à la PMA ne reposait pas sur une morale sexuelle, mais sur la nécessité de ne pas ouvrir un marché du vivant.
Divergences et Convergences
Dans le champ de la bioéthique, un fossé semble s'être creusé entre les militants des différents bords. Des collectifs se revendiquant de gauche ont publié des tribunes dans Le Monde et Libération pour s'inquiéter de la modification génétique des embryons à des fins de recherche, une disposition du projet de loi également critiquée par La Manif pour tous.
Le philosophe Dominique Bourg, signataire du texte publié dans Le Monde, a insisté sur le fait qu'il n'avait "rien à voir avec La Manif pour tous". Il a expliqué que "c'est une question d'ancrage : ils fondent leurs positionnements sur une morale sexuelle, alors que nous fondons la nôtre sur la nécessité de ne pas ouvrir un marché du vivant".
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Hélène Le Gardeur, formatrice en bioéthique et ancienne élue EELV, a regretté que le sujet "ne soit pas abordé sous son angle écologiste" et que "la PMA, sujet purement sociétal, prenne toute la place". Elle a également souligné la "peur d'être assimilé à un groupe qui ne porte pas nos valeurs, comme le droit à l'avortement", qui empêche un rapprochement avec d'autres opposants, classés à droite.
Philippe de Roux, l'un des fondateurs des Poissons Roses, courant qui se revendique chrétien et à gauche, a constaté que "ils ne viennent pas avec nous parce qu'ils ne veulent pas être assimilés à La Manif pour tous". Il a cependant relativisé cette absence de convergence, en soulignant que "en termes d'efficacité militante, une tribune sur ces sujets dans Libération vaut 50 tribunes dans Le Figaro. Chacun parle de là où il est, et c'est très bien ainsi".
Contexte Politique et Opinion Publique
"Il est difficile d'anticiper ce qui va se passer dimanche, mais l'opinion est beaucoup moins crispée sur la PMA que sur le mariage", analyse Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop. Selon le dernier sondage de l'institut en septembre, une très large majorité de Français soutient l'ouverture de la PMA aux femmes seules (68%) et aux lesbiennes (65%), un "niveau record".
Le contexte politique a également changé depuis les manifestations contre le mariage pour tous. "En 2013, descendre dans la rue, c'était aussi pour dire non à François Hollande et une politique jugée antifamille", rappelle M. Dabi. Depuis, le clivage gauche-droite s'est "affadi", souligne le politologue.
Conséquences et Perspectives
La manifestation du 6 octobre a eu lieu dans un contexte de débat parlementaire intense sur le projet de loi bioéthique. Depuis le mardi 21 janvier et le début de l'examen par les sénateurs du projet de révision des lois de bioéthique, entre 200 et 300 manifestants se réunissaient chaque soir, en face du Sénat, à l'appel du collectif « Marchons enfants ! » pour réclamer le retrait du texte.
L'examen du texte était prévu jusqu'au jeudi 30 janvier, avant un vote solennel organisé mercredi 4 février. La loi a déjà été votée à l'Assemblée nationale, et pourtant ils persévèrent. Les opposants à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes espéraient mobiliser lors d'une marche dimanche 6 octobre à Paris autant que lors des manifestations contre le mariage pour tous en 2012-2013.
La manifestation du 6 octobre a permis aux opposants à l'extension de la PMA de faire entendre leur voix et de rappeler leurs préoccupations éthiques et sociétales. Cependant, l'opinion publique semble majoritairement favorable à l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux lesbiennes, ce qui rend difficile pour les opposants de faire reculer le gouvernement sur ce projet de loi.
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