Introduction : L'Eugénisme et ses Dangers
L'eugénisme, terme créé en 1883 par le scientifique anglais Francis Galton, vise à améliorer "les qualités héréditaires" des humains par le contrôle de la procréation. Favorisant la reproduction des "meilleures lignées", il soulève des questions éthiques fondamentales et des inquiétudes quant à la sélection des individus et à la réduction de la diversité humaine. Cette pratique, interdite en France par l'article 16-4 al 2 du code civil et condamnée par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en 2000, a connu une application particulièrement sinistre sous le régime nazi.
L'Eugénisme Nazi : Une Politique Raciale Abjecte
Lorsque les nazis ont pris le pouvoir en Allemagne en 1933, ils ont mis en œuvre un ensemble de lois visant à autoriser la stérilisation contrainte de personnes jugées inférieures (maladie mentale, malformation congénitale grave, alcoolisme…) et à promouvoir la fécondation de personnes jugées "supérieures" afin de créer une élite humaine. Environ 400 000 personnes auraient été stérilisées dans le cadre de ce programme entre 1933 et 1945. Cette politique s'est également traduite par l'euthanasie des enfants nés handicapés.
L'Eugénisme Positif et la Notion de Race Supérieure
On parle "d'eugénisme positif" lorsqu'il s'inscrit dans un objectif d'amélioration de la race humaine, destiné à favoriser la fécondité de personnes considérées comme physiquement ou moralement supérieures. "Une telle idée, déjà évoquée par Platon, avait aussi été envisagée au début du XIXème siècle par divers scientifiques (comme en France Alexis Carrel, Charles Richet, tous deux prix Nobel de médecine)", précise le Pr. Wemeau.
Le Projet Lebensborn : Fontaines de Vie pour la Race Aryenne
Au cœur de cette idéologie raciale se trouvait le projet Lebensborn, lancé par Heinrich Himmler en 1935. Ce programme visait à créer une "race supérieure de germains nordiques", censée régner sur le monde durant mille ans. Des maternités spéciales furent créées, où des femmes enceintes d'un membre de la SS ou d'un soldat allemand, après avoir subi une "sélection raciale", donnaient le jour à des enfants "parfaits", blonds, aux yeux bleus.
Le Fonctionnement des Maternités Lebensborn
Les mères accouchaient dans un anonymat absolu, l'identité du père était occultée et le nouveau-né était inscrit dans un registre d'état civil secret. Les bébés pouvaient être abandonnés au Lebensborn, pour être ensuite adoptés par des familles dites "modèles". Environ 20 000 enfants sont nés dans ces maternités SS : 10 000 en Norvège, 9000 en Allemagne, quelques centaines dans d'autres pays occupés, dont plusieurs dizaines en France et en Belgique.
Lire aussi: Tout savoir sur la crèche Rocambole
L'Expansion du Lebensborn et l'Évaluation Raciale des Enfants
Les nazis considéraient initialement les Français comme un peuple "abâtardi" et "racialement non valable". Cependant, en raison du nombre croissant d'enfants nés d'un père allemand et d'une mère française, Leonardo Conti écrivit à Himmler en 1942 : "A mon avis, les enfants (français) ne sont pas mauvais, pas plus mauvais que ceux (…) nés en Norvège. (…) Je propose que le Lebensborn s'en occupe énergiquement." Une maternité SS ouvrit alors à Lamorlaye, dans l'Oise, en 1944. En Belgique, dès mars 1943, le château de Wégimont, près de Liège, accueillit une maternité du Lebensborn.
Le Destin des Enfants du Lebensborn
À l'approche des forces alliées, les SS évacuaient souvent les maternités, emmenant les enfants avec eux. Après la guerre, les enfants abandonnés ou kidnappés par le Lebensborn furent recueillis par une équipe spécialisée des Nations Unies. Certains furent rendus à leur mère après de longues recherches, tandis que d'autres furent rapatriés vers leur pays d'origine, confiés à l'assistance publique ou adoptés par une nouvelle famille.
L'Anti-Élitisme Nazi : Une Supercherie Perverse
L'anti-élitisme est aujourd'hui à la mode et constitue l'un des présupposés idéologiques les plus importants des discours politiques contemporains, en particulier dans les idéologies populistes d'extrême droite. Pour les nazis, les élites étaient inévitablement associées au pouvoir des sociaux-démocrates, des Juifs et des communistes. Il s'agissait de rendre ces élites responsables de la décadence politique et morale de l'État ainsi que du déclin social généralisé à l'époque de la Grande Dépression.
L'Instrumentalisation de l'Anti-Élitisme
Une des plus grandes supercheries du fascisme fut précisément de faire croire que la montée au pouvoir de cette idéologie et de ses leaders mettrait fin à l'existence des élites en créant un ordre social basé sur l'uniformité et l'unité sociale parfaite. Le fascisme se présenta ainsi comme un projet égalitaire, ce que les nazis exprimèrent en particulier dans le concept de "communauté du peuple". Dans celle-ci, les distinctions sociales traditionnelles devaient être abolies et remplacées par une conscience forte de la collectivité nationale. L'anti-élitisme impliquait la critique de l'individualisme bourgeois et exigeait de l'homme une soumission totale à l'autorité de l'État.
Les Élites Bénéficiaires du Nazisme
Pourtant, certaines élites ne furent jamais aussi florissantes que sous le nazisme. Celles qui bénéficièrent le plus de celui-ci furent ainsi les élites économiques, comme le prouvent les profits énormes engrangés par les usines d'armement telles les usines Krupp à l'époque, sans oublier les activités tout aussi lucratives du secteur automobile, vouées en particulier à la construction de véhicules militaires pour le Troisième Reich. Par opposition, l'élite qui eut le plus à souffrir du nazisme fut l'élite intellectuelle allemande, marxiste ou simplement progressiste.
Lire aussi: Conseils température idéale pour bébé
L'Anti-Élitisme Perverti : Un Outil de Contrôle et de Destruction
On peut dès lors comprendre que le fascisme engendra une conception perverse de l'anti-élitisme qui visait en fait à renforcer le pouvoir économique du grand capital tout en détruisant toute forme de pensée critique et de contradiction philosophique et idéologique à l'intérieur de la société. Il en fut de même dans les pays occupés par l'Allemagne nazie, dont la France. Car le grand capital français fut l'un des principaux bénéficiaires de l'Occupation, qui lui permit de s'enrichir considérablement. De L'Oréal à Michelin, ses dirigeants appuyèrent ainsi sans ambiguité la collaboration économique et aussi politique.
Le Droit Germanique et la Primauté de la Race
Le droit germanique prend donc la race pour principe et pour fin. Droit pleinement naturel, en ce sens qu'il transcrit les commandements de la nature et sert ses fins, il s'oppose à toute anti-nature : celle du christianisme, du droit civil et des préjugés bourgeois. Dans les colonnes de la revue Deutsches Recht, un juriste s'intéresse ainsi au « concept de Sippe [famille, tribu] dans le droit germanique ». Il rappelle ainsi que, au rebours de l'article 1589 du BGB allemand qui ne reconnaît à l'enfant naturel aucun lien avec la famille du père, « la loi norvégienne du 10 avril 1915 a rétabli dans ses droits les conceptions sociales des anciens Germains dans la mesure où elle a décidé que „l'enfant illégitime jouit […] du même statut juridique par rapport au père que par rapport à la mère“ ».
La Valeur Biologique du Mariage
Ce qui se joue dans ce débat autour de l'enfant illégitime et de son statut n'est rien moins que la valeur du mariage comme institution sociale. Que le mariage soit affecté d'une valeur sacrale par des Églises ne peut entrer en ligne de compte : ce qui importe est la valeur biologique de cet acte juridique. Le droit ne peut et ne doit pas entrer en contradiction avec la nature. S'il l'entrave, il doit être réformé. « Le mariage est un instrument dont se sert la nature pour projeter la race dans l'éternité. La nature se moque du droit, elle veut […] un acte biologique. Tout le reste n'est qu'œuvre humaine, certes nécessaire, mais artificielle. Quiconque s'interroge sur la signification profonde du mariage ne peut donc jamais partir que de l'essence et de la volonté de la nature ».
Lire aussi: Choisir les meilleures couches avec La Maison des Maternelles
tags: #maison #de #fecondation #nazi #definition