Marie-Thérèse Charlotte de France, plus connue sous le nom de Madame Royale, est une figure emblématique de l'histoire de France. Née au cœur du château de Versailles, elle a traversé la tourmente révolutionnaire, devenant un symbole de la royauté déchue et de la souffrance innocente. Son histoire, marquée par les fastes de la cour et les horreurs de la prison du Temple, fascine encore aujourd'hui.
Une Naissance Royale à Versailles
Marie-Thérèse Charlotte de France voit le jour le 19 décembre 1778 au château de Versailles. Fille aînée de Louis XVI et Marie-Antoinette, elle est baptisée le jour même dans la chapelle du château. Sa naissance met fin aux rumeurs de stérilité du couple royal, suscitant l'émoi et l'enthousiasme à la cour. Surnommée "Madame Royale" et affectueusement appelée "Mousseline" par sa mère en raison de ses cheveux blonds, elle reçoit une éducation princière, entourée de soins et de privilèges.
La naissance d'un enfant royal, et surtout d'un héritier mâle, était un événement profondément politique en Europe. La coutume de l'accouchement public visait à prouver la légitimité de l'enfant et à éviter toute suspicion de substitution. Pour Marie-Antoinette, cette pratique était un véritable calvaire, contraire à sa pudeur.
Les Premières Années : Entre Faste et Tensions à la Cour
Marie-Antoinette, princesse autrichienne et épouse de Louis XVI, est arrivée à la cour de France à l'âge de quinze ans. Son mariage avec le futur Louis XVI, célébré dans la Chapelle royale du château le 16 mai 1770, est en partie l’œuvre du duc de Choiseul, secrétaire d’État des Affaires étrangères et l’un des principaux artisans de la réconciliation franco-autrichienne. Cette union suscite pourtant quelques réticences dans l’opinion publique, qui conserve le souvenir des luttes séculaires contre la maison d’Autriche.
Éprise de sa femme, Louis XVI lui laisse prendre à la Cour une place que les deux reines précédentes, Marie-Thérèse d’Autriche et Marie Leszczinska, n’avaient jamais eue. Appréciant les divertissements, la Reine intervient dans le choix des spectacles de la cour, encourage les artistes, s'engoue pour les bals de la Cour. Comme son rôle l’y oblige, elle tient aussi régulièrement son cercle dans son appartement et montre un penchant très vif pour le billard et les jeux de cartes, qu’elle pratique souvent avec excès, perdant et gagnant tour à tour des sommes considérables, au point que le Roi s’en émeut et fait interdire certains jeux trop hasardeux qui engloutissaient de véritables fortunes. Musicienne, Marie-Antoinette joue de la harpe et du clavecin. Elle sait également chanter. Elle favorise les compositeurs qu’elle affectionne, comme Grétry, Gluck ou Sacchini. Son goût très sûr lui fait protéger bon nombre d'artistes, comme la peintre Élisabeth Vigée Le Brun qui exécute une trentaine de portraits de la souveraine et lui doit, en grande partie, le succès de sa carrière.
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La Reine consacre également beaucoup de temps à la mode, au grand dam de sa mère qui la chapitre régulièrement à ce sujet. Dès son arrivée à Versailles, Marie-Antoinette occupe l’appartement de la Reine dans lequel elle doit se soumettre aux obligations de sa fonction : lever, toilette, audiences, repas publics… Mais, habituée au cérémonial simple des palais autrichiens, elle supporte mal les contraintes de l’étiquette versaillaise, et s'efforce de rechercher une vie plus intime.
En 1778, après huit longues années de mariage, elle donne enfin naissance à son premier enfant, Marie-Thérèse. Sous l’influence de sa mère, Marie-Antoinette tente avec maladresse de jouer un rôle politique, mais elle est peu appréciée par la Cour. Madame Adélaïde, tante de Louis XVI, qui ne tolère pas la moindre fantaisie - même la plus innocente - dans le comportement de la Reine, lui donne le surnom péjoratif d’« Autrichienne » qui l’accompagnera jusqu’à sa mort. Malgré une opinion qui lui est d’abord très favorable, la Reine devient peu à peu la cible des pamphlets, libelles et caricatures qui redoublent à partir de 1785 avec l’affaire du Collier, escroquerie dont elle n’est pourtant que la victime. Ses dépenses sont scrutées, souvent exagérées et elle est accusée d'épuiser toujours davantage les finances du royaume. Son attitude ambigüe au moment de la Révolution française - elle donne l’image d’une reine hésitant entre fuite et conciliation - accélère sa fin tragique.
La Révolution : Emprisonnement et Deuil
Le 6 octobre 1789, la famille royale est contrainte de quitter Versailles pour s'installer au palais des Tuileries à Paris, sous la pression du peuple. Cet événement marque le début d'une période sombre pour Marie-Thérèse Charlotte, qui voit son monde basculer.
À l'été 1792, la famille royale est emprisonnée à la prison du Temple. Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793, Marie-Antoinette le 16 octobre suivant. Le Dauphin, quant à lui, meurt de maladie en juin 1795. Marie-Thérèse Charlotte est la seule survivante de sa famille.
Le 10 août 1792, à l’âge de 13 ans, Marie-Thérèse est incarcérée avec ses parents Louis XVI et Marie-Antoinette, son petit frère Louis-Charles et sa tante Madame Elisabeth à la prison du Temple à Paris. Au départ les conditions de la détention du souverain et de sa famille dans cette tour sont relativement acceptables. Bien sûr, leurs appartements n’offrent pas le confort auquel ils étaient habitués et ils sont privés de liberté, mais au moins ils sont ensemble.
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Le 9 mai 1794, Marie-Thérèse se retrouve seule. Son père a été guillotiné le 21 janvier 1793. Sa mère, qui avait été transférée le 2 août 1793 à la Conciergerie, a connu un sort identique le 16 octobre de cette même année. Le Dauphin, séparé de sa mère, de sa sœur et de sa tante en juillet 1793, vit dans une autre pièce de la tour du Temple. «Les deux enfants restent les seuls captifs de la tour, chacun à son étage, sans contact. Celle qu’on surnommera l’orpheline du Temple dira plus tard la solitude, le froid, l’ennui», rappelle Marie-Hélène Baylac. Et de citer Marie-Thérèse elle-même: «Les gardes ne voulurent plus me donner que des livres de piété, de voyages que j’avais lus mille fois et un tricot qui m’ennuyait beaucoup [… Ils] étaient souvent ivres; cependant nous restâmes tranquilles, mon frère et moi, chacun dans notre appartement, jusqu’au 9 thermidor».
Une captivité de trois ans, quatre mois et cinq jours. Ce 9 thermidor an II (le 27 juillet 1794) signe la chute de Robespierre et, en ricochet, l’amélioration des conditions de détention de Louis-Charles -que les royalistes considèrent comme le roi Louis XVII depuis la mort de son père- et de sa grande sœur. A propos de celle-ci, Marie-Hélène Baylac précise que, dès lors, la jeune fille «ne manque plus de linge, ni de nourriture, ni de feu». «Ses gardiens la traitent - de ses propres mots - "avec honnêteté". Au début du printemps, ils l’engagent à monter sur la plate-forme de la tour pour prendre l’air», ajoute-t-elle. Et le 13 juin 1795, le Comité de sureté générale décide de placer auprès d’elle une femme pour lui tenir compagnie. Celle-ci se nomme Madame de Chanterenne et est la fille d’un gentilhomme poitevin ruiné. C’est elle qui révélera à Marie-Thérèse que sa mère comme sa tante ont été exécutées, ce qu’elle ignorait. C’est elle aussi qui lui réapprendra à parler.
L'Orpheline du Temple : Captivité et Libération
Pendant son emprisonnement, Marie-Thérèse Charlotte subit l'isolement, la perte de ses proches et l'incertitude quant à son propre sort. Elle est surnommée "l'Orpheline du Temple", un titre qui témoigne de son statut tragique.
Elle n’adresse plus la parole à ses gardiens, sombre dans une profonde dépression et écrit des graffitis sur les murs de sa cellule, criant son chagrin : “Vive ma bonne mère que j’aime bien et dont je ne peux savoir des nouvelles.Ô mon père, veillez sur moi du haut du ciel !Ô Mon dieu, pardonnez à ceux qui ont fait mourir mes parents !”À la mort de Robespierre, sa tristesse commence à s’apaiser : ses conditions de détention s’améliorent et ses gardiens tentent de lui redonner le moral. Oui mais voilà : le malheur s’acharne sur Marie-Thérèse de France, qui perd son frère le 8 juin 1795 à l’âge de 10 ans de la tuberculose. La princesse apprend cette nouvelle de la dame de compagnie qu’elle vient d’obtenir, Madame de Chanterenne, qu’elle surnomme Rénette. Seule rescapée de la famille royale, Madame Royale devient célèbre et on parle partout en France de “l’Orpheline du Temple”.
Dans la nuit du 17 au 18 décembre 1795, le jour de ses 17 ans, Marie-Thérèse Charlotte quitte la tour du Temple. Elle est échangée avec l'Autriche contre des prisonniers politiques.
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L'Exil et le Mariage
Après sa libération, Marie-Thérèse Charlotte s'installe en Autriche, où elle est accueillie par sa famille. En 1799, elle épouse son cousin Louis Antoine d'Artois, duc d'Angoulême, en Lettonie. Ce mariage la rapproche de la branche aînée des Bourbons et renforce sa position au sein de la noblesse européenne.
Madame Royale partage l’exil de Louis XVIII à partir de juin 1799, au château de Mittau, dans l’actuelle Lettonie. Il l’érige en figure de martyre et elle devient très populaire, passant plus de temps avec son oncle qu’avec son mari. Elle est la figure de proue des royalistes, qui voit en elle l’assurance d’un avenir monarchique.
Le Retour en France et la Restauration
Le retour des Bourbons en France en 1814 marque une nouvelle étape dans la vie de Marie-Thérèse Charlotte. Elle revient à Paris et devient une figure importante de la cour, aux côtés de son oncle Louis XVIII.
Marie-Thérèse rentre à Paris le 3 mai 1814, après la chute de Napoléon. Physiquement marquée ( elle s’est légèrement affaissée et a une infection aux yeux, qui lui vaut le surnom de “la princesse aux yeux rougis” ), son retour est triomphant : Louis XVIII ne cesse de la mettre en avant, les femmes s’évanouissent sur son passage lorsqu’elle se promène, elle est l’emblème de la France, on voit en elle quelqu’un de modéré qui réconcilie les français alors que c’est tout le contraire : elle est plus monarchiste que Louis XVIII, influencé par son beau-père, le duc d’Artois et futur Charles X. À 36 ans, son passé au Temple lui colle à la peau et elle est presque une héroïne romantique. Son image est instrumentalisée par les journaux, mais en réalité on ne sait pas grand chose de sa vraie personnalité.
Elle subit cependant un autre revers : elle n’arrive pas à avoir d’enfant avec son mari, le duc d’Angoulême. Elle soutient les ultraroyalistes et s’occupe de plusieurs oeuvres caritatives, en subventionnant la Société de charité maternelle, l’infirmerie Marie-Thérèse, le pensionnat de Versailles. Son implication dans ces dernières lui vaut un retour en grâce aux yeux du peuple français et lui vaut une nouvelle réputation : celle de sainte royale.
En 1824, Louis XVIII meurt, laissant sa place sur le trône à son frère, Charles X, beau-père de Marie-Thérèse de France. Elle devient alors Dauphine de France à 46 ans.
L'Exil Définitif et la Mort
La Révolution de 1830 contraint Charles X à abdiquer. Marie-Thérèse Charlotte et son mari s'exilent à nouveau. Elle passe les dernières années de sa vie en Autriche, où elle décède en 1851, à l'âge de 72 ans.
Charles X prévoit d’abdiquer en 1830 suite à une énième révolution. Laissant à penser que le duc d’Angoulême, mari de Madame Royale, prendra sa place sous le nom de Louis XIX, et que celle-ci pourra donc devenir reine. Mais Charles X choisit d’abdiquer en faveur de son petit-fils, Henri d’Artois, et c’est finalement Louis-Philippe qui arrive au pouvoir. N’ayant pas eu d’enfant, Marie-Thérèse s’attache à éduquer les enfants de France, ses petits neveux, le duc de Bordeaux et Louise d’Artois. Elle tente également une ultime fois de soulever l’Ouest de l’Europe en faveur de sa cause, mais c’est un échec.
La mort de son beau-père Charles X fait d’elle la reine de France et de Navarre auprès des légitimistes de la branche aînée des bourbons, mais elle finit par prendre avec son époux les noms de comte et comtesse de Marnes. En 1843, le duc de Blacas achète et donne à la famille royale le château de Frohsdorf en Autriche, qui y reconstitue un semblant de cour à échelle miniature. Ce sera la dernière demeure de Marie-Thérèse, qui meurt à 73 ans en 1851 d’une pneumonie. Sa mort retentit en France auprès des royalistes comme auprès de ses détracteurs : l’Orpheline du Temple n’est plus, et avec elle c’est une partie de l’Histoire de France qui s’en va.
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