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L'embryon in vitro : Développement scientifique et considérations éthiques

Introduction

La fécondation in vitro (FIV) a révolutionné le traitement de l'infertilité, offrant une lueur d'espoir à de nombreux couples désireux de fonder une famille. Cette technique complexe soulève cependant d'importantes questions scientifiques, éthiques et juridiques, en particulier concernant le statut et le devenir des embryons ainsi créés. Cet article explore le développement scientifique de l'embryon in vitro, les facteurs influençant sa qualité et sa sélection, ainsi que les enjeux éthiques liés à son utilisation et à sa conservation.

Le temps in vitro frais : un statut transitoire

L'embryon in vitro, avant sa congélation ou son transfert, se trouve dans un état transitoire, qualifié de « temps in vitro frais ». Durant cette période, les professionnels de la reproduction, biologistes et techniciens de laboratoire, jouent un rôle crucial dans la détermination de son statut. Ils sont responsables de sa culture, de son évaluation et de sa sélection en vue d'un transfert ou d'une congélation.

Le projet parental : pierre angulaire du statut de l'embryon

En France, le statut de l'embryon in vitro est intrinsèquement lié à la notion de « projet parental ». La loi exige que la conception de l'embryon s'inscrive impérativement dans le cadre d'un tel projet, formulé par un couple hétérosexuel, vivant, en âge de procréer et dont l'infertilité a été médicalement diagnostiquée. La dissolution de ce couple entraîne l'impossibilité de transférer les embryons ou de maintenir leur conservation.

Le projet parental détermine donc le devenir de l'embryon : futur enfant, matériau de recherche ou « rebut » d'un processus biotechnique. Les acteurs responsables de la détermination du statut de l'embryon varient selon son « état », les professionnels de laboratoire assumant une large part de cette responsabilité avant la congélation ou le transfert.

Les étapes de la Fécondation In Vitro (FIV)

La FIV est un processus complexe qui comprend plusieurs étapes clés :

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  1. Stimulation ovarienne : La femme reçoit un traitement hormonal pour stimuler la maturation de plusieurs ovocytes.
  2. Ponction ovocytaire : Les ovocytes sont prélevés par aspiration du liquide folliculaire. Le nombre d'ovocytes recueillis peut varier considérablement.
  3. Recueil du sperme : L'homme fournit un échantillon de sperme, généralement frais, mais du sperme congelé peut également être utilisé.
  4. Fécondation : Les ovocytes et les spermatozoïdes sont mis en contact dans un milieu de culture (FIV classique) ou un spermatozoïde est injecté directement dans l'ovocyte (ICSI).
  5. Culture embryonnaire : Les embryons sont cultivés en laboratoire pendant deux à six jours, jusqu'au stade de l'implantation dans l'endomètre.
  6. Sélection embryonnaire : Les embryons sont sélectionnés en fonction de leur qualité, en vue d'un transfert, d'une congélation ou d'une destruction.
  7. Transfert embryonnaire : Les embryons sélectionnés sont transférés dans l'utérus de la femme.

Chaque laboratoire de biologie de la reproduction possède ses propres protocoles en matière de culture, de sélection, de congélation et de transfert embryonnaire.

La sélection embryonnaire : un processus subjectif

L'accès technique aux embryons a rendu nécessaire l'introduction de normes et de critères de sélection pour augmenter les chances de grossesse et de naissance vivante. La sélection « naturelle » des embryons qui s'opérait dans le corps de la femme se retrouve entre les mains des professionnels, qui ont la responsabilité de les sélectionner selon trois finalités : le transfert, la congélation ou la destruction.

Critères de classification embryonnaire

Les classifications embryonnaires utilisées dans les laboratoires reposent sur des critères visuels standardisés : nombre et régularité des cellules, forme, degré de fragmentation. Ces critères permettent d'établir un « score embryonnaire ».

Par exemple, selon la classification de la Fédération des biologistes des laboratoires d'étude de la fécondation et de la conservation de l'œuf (BLEFCO), un embryon de très bonne qualité sera classé 411. Le premier chiffre correspond au nombre de blastomères, le deuxième à leur taille et le troisième au pourcentage de fragments.

Subjectivité et variabilité

Cette méthode de sélection est considérée comme étant hautement « subjective » dans la littérature scientifique. Les professionnels admettent qu'elle est soumise à une variabilité intra-observateur (évolution de l'évaluation faite par le même biologiste dans le temps) et inter-observateur (variations entre plusieurs biologistes). L'observation doit s'effectuer rapidement afin de réduire au maximum le temps que passe l'embryon dans un milieu peu favorable à son développement (lumière, température).

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Plasticité embryonnaire et contextualisation

La classification est compliquée par la « plasticité » de l'embryon, qui peut passer par des stades difficiles à évaluer avant de redevenir régulier. Les biologistes et les techniciens doivent considérer l'ensemble du développement embryonnaire. Deux embryons qui semblent similaires à un instant donné peuvent avoir un score différent en fonction de leur développement antérieur.

De plus, les classifications embryonnaires dépendent de la cohorte embryonnaire, ce qui suppose une contextualisation. Un embryon classé comme « pas très beau » et non transféré dans une cohorte d'embryons présentant un score élevé pourra l'être dans une cohorte comprenant des embryons présentant un score plus faible.

Incertitudes et paradoxes

Les professionnels préfèrent transférer un embryon dont la qualité n'est pas optimale lorsqu'ils n'ont pas d'autres choix plutôt que de perdre une chance. La littérature médicale rapporte de nombreux cas où des « embryons moches produisent des bébés en bonne santé ».

Responsabilité et expertise des professionnels

L'ensemble de ces éléments amène les professionnels à prendre des décisions sur la seule base de leur connaissance et de leur expertise, dont l'issue n'est pas certaine. La corrélation entre la classification et le résultat (une grossesse) ne peut être assurée.

Les classifications embryonnaires et les choix opérés déterminent le futur possible des embryons. Dès lors que ces derniers sont classés, ils sont investis d'un sens différent et traités de manière différente, passant d'êtres humains potentiels à des « déchets ». Les « beaux » embryons bénéficient de tous les soins et attentions, tandis que les autres sont écartés du processus.

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Enjeux éthiques et perspectives d'avenir

La fécondation in vitro soulève d'importantes questions éthiques concernant le statut de l'embryon, son utilisation à des fins de recherche, la sélection embryonnaire et le devenir des embryons non utilisés. Ces questions sont au cœur des débats sur la bioéthique et nécessitent une réflexion approfondie.

Recherche sur l'embryon

La recherche sur l'embryon est un sujet sensible, encadré par des lois strictes. Elle vise à améliorer les techniques d'AMP, à comprendre le développement embryonnaire et à développer des thérapies cellulaires. Cependant, elle soulève des questions éthiques concernant le respect de la dignité de l'embryon et les limites de son utilisation.

Amélioration des techniques d'AMP

L'amélioration des techniques d'AMP est un enjeu majeur. Les recherches actuelles portent sur l'identification de biomarqueurs associés à une meilleure chance de nidation et de développement, ainsi que sur le développement de nouvelles techniques de congélation et de culture embryonnaire.

Modèles embryonnaires à usage scientifique (MEUS)

La création de modèles embryonnaires à usage scientifique (MEUS) est une piste prometteuse pour la recherche. Ces modèles permettraient d'étudier le développement embryonnaire sans utiliser d'embryons humains.

Évaluation préimplantatoire de l'aptitude développementale des embryons (EPADE)

L'évaluation préimplantatoire de l'aptitude développementale des embryons (EPADE) pourrait améliorer les chances de succès de la FIV en sélectionnant les embryons ayant le plus de potentiel. Cependant, elle soulève des questions éthiques concernant la sélection embryonnaire et le risque de discrimination.

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