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Line Papin : Témoignages poignants sur la fausse couche et l'avortement dans « Une vie possible »

Line Papin, une écrivaine talentueuse et audacieuse, a publié un livre intitulé « Une vie possible », dans lequel elle partage des expériences intimes et bouleversantes de sa vie : une fausse couche en 2020 alors qu'elle attendait des jumeaux, et une décision d'avorter un an plus tard. A travers son récit, elle explore les émotions complexes et les tabous entourant ces événements, offrant une perspective nouvelle et touchante sur la maternité, la féminité et la construction de soi.

L'audace d'écrire sur l'intime

Dans son livre, Line Papin ose écrire sur deux événements intimes qui lui sont arrivés, qui ont bouleversé sa vie et que l’on préfère taire d’habitude même s’ils touchent de nombreuses femmes. Elle fait une fausse couche en 2020 alors qu’elle attend des jumeaux. Double peine. Et chagrin puissance quatre. Car un an plus tard, alors qu’elle retombe enceinte, elle prend la décision d’avorter. C’est un drame bien sûr. Alors elle écrit pour tenter de comprendre ce qui lui arrive.

La genèse d'un livre nécessaire

Line Papin a commencé à écrire après avoir vécu à 25 ans une seconde interruption de grossesse qui a fait écho en moi à la première interruption. La première interruption de grossesse que j’ai subie était involontaire: j’ai fait une fausse couche à deux mois de grossesse en 2020 lors du premier confinement, alors que j’attendais des jumeaux. La deuxième interruption de grossesse a été volontaire. J’ai pris la décision d’avorter un an après avoir fait une fausse couche. J’ai tout de suite ressenti la nécessité de poser sur le papier ce qui m’arrivait. Pas dans l’idée de le raconter mais pour l’interroger. Qu’est-ce que sont ces évènements qui me traversent et pourquoi on n’en parle pas ? Pourquoi existe-t-il si peu de livres, de films et de paroles autour de ces évènements que vivent les femmes? J’explique dans le livre que je me suis mise à écrire sur l’avortement parce que j’ai rencontré un sentiment de culpabilité à l’intérieur, un silence à l’extérieur. L’un s’ajoutait à l’autre pour conformer une forme de honte.

Elle n’avait pas prévu de publier ce livre fort et très émouvant, à paraître le 2 mars 2022 aux éditions Stock sous le titre Une vie possible. Elle avait encore moins prévu de se confier aux médias. Elle pensait laisser parler le livre. Et puis finalement elle nous a fait la confiance d’accorder à Femme Actuelle cette interview exclusive. Rencontre avec une écrivaine aussi talentueuse qu’audacieuse.

La fausse couche : une épreuve douloureuse et souvent passée sous silence

Comme 1 femme sur 4, la romancière Line Papin a subi une fausse couche. Elle avait alors 24 ans et était enceinte de jumeaux. Dans son nouveau livre «Une vie possible», l'écrivaine Line Papin révèle avoir fait une fausse couche en 2020 alors qu'elle attendait des jumeaux. Des confidences très personnelles pour lever le tabou sur ce que vivent douloureusement les femmes dans l'intimité.

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Elle explique avoir été sidérée d'apprendre qu'elle n'était plus enceinte lors d'une échographie, après avoir attendu des jumeaux. Elle décrit la violence de passer en un instant du corps maternel glorifié au corps malade, et la rapidité avec laquelle les instructions médicales sont données, sans laisser de place aux questions.

Line Papin souligne également le manque d'information et de sensibilisation autour de la fausse couche, et la banalisation de cette expérience par le corps médical. Elle dénonce les maladresses et les incohérences de la prise en charge, comme la question intrusive d'un médecin sur le caractère désiré de la grossesse, ou le long couloir rempli de berceaux et de femmes enceintes qu'il faut traverser après avoir appris sa fausse couche.

L'avortement : un choix difficile et culpabilisant

Retombée enceinte une année plus tard, la jeune femme de 26 ans a pris la décision d'avorter. Line Papin raconte effectivement dans le livre que lors de sa première grossesse désirée, la narratrice suit de près tous les changements physiques de son corps qui se dédouble puis elle découvre avec joie qu’elle attend des jumeaux. La fausse couche balaie toutes ses certitudes sur ce chemin qu’elle pensait évident. Le récit bascule et les choses deviennent troublantes un an plus tard. Quand on a désiré une grossesse qui s’interrompt, il semblerait naturel d'en mener à bout une seconde. Mais quand je suis retombée enceinte un an plus tard, j’ai eu la sensation que la réalité n’était plus prête à accueillir mes désirs anciens, mon rêve de maternité. Les circonstances n’étaient plus les mêmes. Il y a eu tant de chamboulements en moi, tant de blessures, que ce n’était plus le moment. Pour moi il était devenu impossible de devenir mère. C’était techniquement, biologiquement possible mais humainement impossible. C’est difficile à expliquer et à comprendre. Qu’il s’agisse de la fausse couche ou de l’avortement : il y a dans les deux cas une volonté mais une impossibilité. Et les deux un déchirement.

Elle explique dans le livre que je me suis mise à écrire sur l’avortement parce que j’ai rencontré un sentiment de culpabilité à l’intérieur, un silence à l’extérieur. L’un s’ajoutait à l’autre pour conformer une forme de honte. Elle n’ai jamais pensé faire ce choix, un jour. Et devoir le faire a été plus que bouleversant. On a énormément diabolisé l’avortement. C’est aussi un sujet littéraire et philosophique passionnant sur lequel j’avais envie d’écrire. C’est une chose de vouloir un enfant et une autre de pouvoir en avoir un. Il faut être dans la sérénité pour faire éclore une vie et je n’étais pas dans cette sérénité.

Line Papin remet en question le mot « volontaire » associé à l’IVG, soulignant que c’est la question de l’impossibilité qui se pose réellement. Elle dénonce la culpabilisation des femmes et l’absence de bienveillance autour de ce sujet. Elle raconte qu’avorter a été un drame, et qu’il a fallu faire le deuil de cet enfant qu’elle avait imaginé grandir.

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L'impact des mots et du regard des autres

Line Papin évoque toutes les phrases méchantes angoissantes et catastrophées que vous avez entendues puis écoutées, sur votre compte, celui de votre couple qui ont, dites-vous "envahi le terrain de l’amour". Vous comparez ces paroles à des mauvaises herbes. Ce bébé dans mon ventre était entouré de mauvaises herbes, ces mauvaises herbes ont étouffé l’enfant à venir, écrivez-vous. Cela veut-il dire que les mots sont des couteaux, que la méchanceté des gens et du monde vous a conduite à avorter ?

Le livre raconte aussi la mue d’une jeune fille qui tombe enceinte et ne se sent pas prête, pas assez forte pour affronter le monde et élever son enfant, le défendre contre les éventuelles agressions que l’on vit tous sur cette terre. Cette jeune fille devient une femme et reprend possession de tout ce qui lui échappe. Peut-on élever un enfant dans la force et la joie quand on s’en sent dépourvue lors d’un moment de faiblesse et de vulnérabilité ? Et puis qu’allaient-ils dire de mon ventre rond tous ceux qui disaient tant de mal de notre couple, ceux à qui ça ne plaisait pas que deux personnes puissent s’aimer si fort, ceux-là ne déposeront-ils pas des crachats et des insultes sur mon ventre ?, écrivez-vous. C’était donc si difficile de faire abstraction des on-dit ? Il faut être dans la sérénité pour faire éclore une vie et je n’étais pas dans cette sérénité.

La solitude et le besoin de se reconstruire

Après son avortement, Line Papin a pris la décision de vivre seule. Elle se demande dans le livre pourquoi être seule ? Afin de faire le point, peut-être d’écrire, de faire tomber cette peau morte. J’ai besoin d’être seule comme un chat qui lèche ses blessures. Ou bien était-ce autre chose : j'ai besoin de partir de notre appartement, à cause de cette chambre destinée aux enfants jamais nés, avec ce néon rose, life is beautiful, à cause des autres chambres d'enfants, celles de ceux qui sont nés, mais pas de moi, à cause des rêves, à cause des déceptions….

Elle passe alors d'un appartement meublé, avec trois chambres d'enfants et l'agitation d'une famille nombreuse, à la solitude d'un deux-pièces vide. Le changement a été grand. Je suis passée du personnage de la femme qui va avoir un enfant à la figure de la femme seule, artiste. Je l’ai vécu comme une plage de silence nécessaire. Il fallait ce lieu, cet espace à soi de l’écriture sans tout le reste pour pouvoir faire le deuil.

Line Papin explique avoir eu besoin d'être seule comme un chat qui lèche ses blessures. Elle a pansé mes blessures grâce à l’écriture du livre et aux lectures des réflexions d’autres écrivains et philosophes. Panser mes blessures, c’était une des fonctions de l’écriture de ce livre.

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Le rôle de l'écriture et l'éveil féministe

L’écriture en elle-même a été très naturelle puisqu’elle est la prolongation de ma pensée. Il y avait une fonction un peu thérapeutique, un besoin de mettre tout ça à distance, de combler le vide. On écrit toujours pour laisser une trace, là c’était une manière de créer un lieu où faire le deuil de ces échecs de grossesse. Un lieu où elles existent malgré leur disparition. Dans un deuxième temps, j’ai hésité à publier ce roman. Ce qui m’a décidée finalement, c’est le vide autour du sujet. J’ai l’habitude, lorsque je vis des choses, de me nourrir en lisant des livres qui font écho à ce que je traverse parce que ça m’aide. Là, j’ai cherché et il n’y avait presque rien, notamment d’un point de vue littéraire et poétique. L’énorme solitude dans laquelle j’étais après ma fausse couche et mon avortement a été épaissie par le fait que c’est très peu abordé dans les arts, la littérature ou le cinéma.

En lisant le livre de Line Papin, on comprend que cette première grossesse vous a éveillée au féminisme. Je suis née en 1995, pour moi, la pilule ou le droit à l’avortement étaient des acquis. Je ne me sentais pas reléguée au statut féminin, je n’avais jamais ressenti la spécificité de ma féminité, ni vécu de discriminations. Quand je suis tombée enceinte, j’ai pris conscience de tout ce qui se déroule à partir du ventre de la femme.

Elle s'est nourrie des voix d'auteures féministes telles que Gisèle Halimi, Annie Ernaux ou Simone de Beauvoir pour comprendre ce qui lui arrivait et donner une dimension sociétale et philosophique à son récit. Elle souligne l'importance de penser ces questions au-delà du corps des femmes, en termes de champ des possibles et de place dans le monde.

Un témoignage courageux et bouleversant

Line Papin, l'épouse de Marc Lavoine, a vécu de terribles épreuves. Dans son dernier roman, "Une Vie Possible", l'écrivaine de 26 ans raconte la joie d'une grossesse, la douleur d'une fausse couche et le déchirement d'un avortement. Dans « Une vie possible » (Editions Stock), son cinquième ouvrage, l’écrivaine Line Papin, épouse du chanteur Marc Lavoine, revient sur le drame qui l’a frappée voilà deux ans : sa fausse couche alors qu’elle attendait des jumeaux, puis sa décision d’avorter, un an plus tard, alors qu’elle était retombée enceinte.

Le récit est aussi courageux que bouleversant. Comme elle le confesse dans une interview accordée à Femme Actuelle le 18 février, ce livre lui a servi d‘exutoire pour comprendre ce qui lui était arrivé : « Qu’est-ce que sont ces évènements qui me traversent, et pourquoi on n’en parle pas ? Pourquoi existe-t-il si peu de livres, de films et de paroles autour de ces évènements que vivent les femmes ? J’explique dans le livre que je me suis mise à écrire sur l’avortement parce que j’ai rencontré un sentiment de culpabilité à l’intérieur, un silence à l’extérieur. L’un s’ajoutait à l’autre pour conformer une forme de honte », explique-t-elle.

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