Introduction
L'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes célibataires a connu une évolution significative en Europe, notamment en France avec la révision de la loi en 2021. Cette loi a ouvert la PMA à toutes les femmes cisgenres, indépendamment de leur situation conjugale, suscitant des débats passionnés sur le thème des "familles sans père". Cet article se penche sur les profils et les trajectoires des femmes qui choisissent de recourir à la PMA pour concevoir un enfant seules, en explorant les motivations, les défis et les évolutions sociétales qui sous-tendent ces choix.
Diversification des Formes Familiales et Maternités Solo
Les sociétés occidentales connaissent depuis plusieurs décennies une diversification et une complexification des formes familiales et parentales, incluant les familles recomposées, homoparentales et monoparentales. Ces familles ne sont plus considérées comme "déviantes", mais plutôt comme des "variantes" ou des "familles modernes". Les maternités solo, issues d'un choix délibéré d'engendrer un enfant seule, contribuent à cette pluralisation, se distinguant des familles monoparentales résultant majoritairement d'une séparation ou d'un deuil.
Maternités Solo : Une Minorité Transgressive
Bien que les mères solo représentent une minorité parmi les femmes qui accouchent hors d'un contexte conjugal, elles sont confrontées à des risques de stigmatisation en raison de leur transgression de la norme sociale dominante de la "norme procréative". Cette norme privilégie la conception d'un enfant au sein d'un couple, idéalement hétérosexuel. Les maternités solo contreviennent à cette norme intraconjugale de la parentalité et à l'hétéronormativité de la famille.
Études Européennes et Trajectoires Similaires
Les maternités solo issues de la PMA ont fait l'objet d'études en Europe depuis les années 2000, y compris en France. Ces études révèlent des trajectoires similaires : les mères solo sont principalement des femmes hétérosexuelles issues des classes moyennes supérieures, pour qui la maternité solo représente un choix de seconde intention, faute d'avoir trouvé le partenaire idéal. La PMA a lieu généralement autour de la quarantaine, reflétant l'attente du partenaire jusqu'aux dernières limites de la fertilité féminine. De plus, ces études soulignent que la monoparentalité est souvent vécue comme une forme familiale provisoire, le couple demeurant l'horizon désirable.
Maternités Solo en France : Évolution des Profils et Impact de la Révision Légale
La révision de la loi en France a-t-elle modifié les profils des mères solo et leur projet parental ? Bénéficient-elles de davantage de légitimité ? Pour répondre à ces questions, une étude a été menée auprès de femmes ayant eu recours à l'aide médicale pour engendrer en solo.
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Méthodologie de l'Étude AMP-sans-frontières
Entre juin et décembre 2022, des entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de personnes ayant participé à l'enquête AMP-sans-frontières (AMPsf). Cette enquête vise à identifier et analyser les parcours d'aide à la procréation qui se déroulent en dehors du cadre légal et/ou médical français, incluant les PMA à l'étranger, les PMA illicites et les recours artisanaux en France. Les données ont été recueillies grâce à un questionnaire en ligne diffusé d'octobre 2021 à septembre 2023. Les personnes répondantes étaient invitées à laisser leurs coordonnées pour un entretien plus approfondi. Sur les 300 personnes contactées, 69 entretiens ont été réalisés, dont 25 concernaient des femmes ayant réalisé un parcours solo d'aide à la procréation.
Profils des Femmes Interrogées
Les 25 femmes interrogées sont toutes cisgenres, certaines se déclarant hétérosexuelles, d'autres homo ou bisexuelles. Elles avaient entre 33 et 49 ans au moment de l'entretien et entre 29 et 46 ans lors de leur première tentative de PMA. Douze femmes n'avaient pas encore d'enfants, mais trois étaient enceintes. Les autres avaient un ou deux enfants. Elles étaient toutes célibataires à l'état civil. La plupart occupaient un emploi, majoritairement cadres ou exerçant une profession intellectuelle supérieure. Elles résident sur l'ensemble du territoire métropolitain français, en milieu urbain et rural. Leurs profils sont similaires en termes de classe sociale et d'âge à ceux des autres études menées auprès de cette population en France.
Recours à la PMA : Cadre Médicalisé et Dons Artisanaux
Pour réaliser leur projet parental, les femmes interrogées ont eu recours à un don de sperme dans un centre médical ou à un don de sperme "artisanal". Les dons médicalisés ont eu lieu principalement en Espagne et en France, mais aussi en Allemagne, en Belgique, au Danemark, en Grèce, au Luxembourg, aux Pays-Bas et au Portugal. La moitié des femmes ont réalisé une PMA dans au moins deux pays différents.
Désir d'Enfant et Transgression des Normes
La plupart des femmes interrogées ne s'imaginent pas une vie future sans enfant. Certaines parlent d'un désir "viscéral" présent depuis l'adolescence. Elles justifient leur choix et témoignent de son caractère transgressif en ce qu'il déroge au modèle normatif de la parentalité et de la famille. Dans le même temps, elles montrent une intériorisation des normes de genre à travers l'injonction à la maternité. Certaines décrivent des "conjugalités chaotiques" qui ne leur ont pas permis de fonder une famille, la rupture avec le partenaire étant parfois la condition pour mener ce projet.
Évolution de l'Âge et "Plan B"
Si l'âge constitue souvent un élément déclencheur, il semblerait que la mise en œuvre de ce "plan B" soit aujourd'hui envisagée à un âge plus jeune qu'auparavant. Le récit de Viviane, mère de deux enfants ayant débuté son parcours solo à 19 ans, illustre ce nouveau profil de femmes pour qui la maternité solo est la forme familiale choisie d'emblée. Certaines femmes ont commencé leur parcours bien avant leurs 40 ans, voire avant 35 ans, ce qui contraste avec les études plus anciennes.
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Évolution des Représentations et Acceptation de la Transgression
Le fait d'envisager un projet solo à un plus jeune âge témoigne d'une évolution des représentations de la famille et de la parentalité, les femmes acceptant plus rapidement de transgresser le modèle dominant. Décider de se lancer dans un projet solo avant 40 ans apparaît comme une évolution significative des mentalités.
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