Les menstruations, un phénomène féminin naturel, rythment la vie des femmes de la ménarche à la ménopause, soit environ 40 ans. Partout dans le monde, les femmes connaissent cette réalité, mais au cœur du XXIe siècle, des inégalités criantes persistent. Alors qu’en Europe, les mentalités évoluent et que le sang se colore enfin de rouge dans les publicités, qu’en est-il ailleurs, notamment en Afrique ? Cet article se penche sur les multiples facettes des menstruations, en explorant les défis et les réalités auxquels les femmes sont confrontées à travers le monde.
Un Phénomène Biologique Universel
Avoir ses règles est un processus biologique complexe qui se produit chaque mois chez les femmes en âge de procréer. Ce cycle menstruel, d'une durée moyenne de 28 jours, est régi par des hormones qui préparent l'utérus à une éventuelle grossesse. En l'absence de fécondation, la muqueuse utérine, appelée endomètre, se désagrège et est expulsée par le vagin, entraînant les saignements menstruels.
Tabous et Traditions : Un Fardeau Culturel
Dans de nombreuses cultures, les menstruations sont entourées de tabous et de croyances ancestrales. En Afrique, par exemple, il est souvent impensable d'évoquer ses saignements en public. Dans certaines familles, les jeunes filles découvrent l'existence des menstruations le jour même où elles surviennent pour la première fois, comme au Malawi. Les informations glanées sont souvent teintées de coutumes et de traditions éloignées de la réalité, alimentant peurs et fantasmes.
Dans certaines contrées, le quotidien des femmes pendant leurs règles est synonyme de honte et d’exclusion. Les pertes de sang sont considérées comme sales, et la femme menstruée est jugée impure. Certaines sont éloignées de leur foyer et des hommes de leur famille, tandis que d’autres ne partagent pas leur lit avec leur conjoint. Ces exclusions, bien que fréquentes en Afrique, ne sont pas exclusives à ce continent et sont souvent liées à des croyances religieuses présentes dans le monde entier.
Impact sur l'Éducation : Une Déscolarisation Inquiétante
Les statistiques de l’Unicef sont alarmantes : en Afrique, une fillette sur 10 serait déscolarisée pendant ses règles. 83 % des jeunes filles restant en classe seraient angoissées par cette situation. Les douleurs menstruelles, la honte et le manque de moyens d’hygiène menstruelle dans les écoles sont les principaux responsables de cette déscolarisation. L’absence de toilettes et d’eau courante contraint certaines fillettes à parcourir de longues distances pour rentrer chez elles et se changer, tandis que d’autres préfèrent tout simplement ne pas aller à l’école.
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Initiatives et Solutions : Lutter Contre le Tabou et la Précarité
Face à ce problème, des associations se mobilisent pour lutter contre le tabou des règles. L’ONG Care France a lancé en 2019 une campagne de sensibilisation avec le hashtag #RespectezNosRegles. Des missions éducatives sont également mises en place dans les écoles, comme au Burkina Faso où l’Unicef collabore avec le gouvernement pour instruire les jeunes filles sur la menstruation, l’hygiène intime et l’éducation sexuelle.
La précarité menstruelle, due au prix élevé des serviettes hygiéniques et des tampons, est un autre fléau auquel les femmes africaines doivent faire face. Conscients de cette réalité, plusieurs gouvernements africains ont supprimé la TVA sur les protections périodiques. Cependant, dans de nombreuses régions, les femmes doivent recourir à des solutions de fortune, comme des morceaux de vieux vêtements ou des feuilles, ce qui engendre des problèmes sanitaires.
Des initiatives locales se développent pour proposer des alternatives durables et abordables. Au Burkina Faso, Emilie Kyedrebeogo a créé Palobdé, une entreprise qui commercialise des kits de serviettes hygiéniques lavables en coton biologique traditionnel. Au Cameroun, Olivia Mvondo a fondé KmerPad, qui fabrique et vend des serviettes lavables à partir de matières premières locales.
L'Évolution de l'Âge des Premières Règles
Les Françaises ont leurs règles quatre ans plus tôt qu'en 1750. L’âge des premières règles n’a rien d’anodin, car on sait désormais prédire quelles maladies la jeune fille risque de développer à l’âge adulte. L’institut national d’études démographiques (Ined) estime qu’il y a près de trois siècles, les premières règles arrivaient en France plutôt autour de 16 ans. Et au fil des années, l’âge moyen n’a cessé de diminuer. Les dernières données officielles datent de 1994 : les premières règles arrivaient en moyenne chez les filles à 12 ans et demi. En 2023, l’association Règles élémentaires a réalisé un sondage. Parmi les jeunes filles interrogées, les règles arrivaient à 12 ans et deux mois.
Elles interviennent de plus en plus jeune, même si, durant ces vingt à trente dernières années, cet âge s’est à peu près stabilisé, comme dans la plupart des pays industrialisés. Pourquoi les jeunes filles ont leurs règles plus tôt qu’avant ? Les chercheurs soupçonnent un lien avec l’alimentation, qui s’est améliorée durant ces derniers siècles, ou peut-être plutôt parce que les filles ont pris un peu plus de poids.
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Facteurs Influençant l'Âge des Premières Règles
Qu'est-ce qui détermine l’arrivée des règles ? Le mystère n’est pas totalement éclairci. L’alimentation joue ainsi certainement un rôle. Une étude américaine parue en mai 2025 a montré, par exemple, que les jeunes filles mangeant sainement avaient leurs règles plus tard, celles qui sont en surpoids plus tôt. L’exposition aux perturbateurs endocriniens, les hormones, le stress ont probablement également une influence sur l’arrivée des règles. En 2023, des chercheurs français ont aussi émis l’hypothèse de la géographie. Les filles de la moitié sud de la France ont leurs premières règles trois à quatre mois plus tôt que celles du Nord. L'exposition au soleil, aux UV, est soupçonnée de modifier les taux de certaines hormones, comme la mélanine. Mais il reste encore beaucoup de travail pour comprendre tous ces mécanismes.
Conséquences sur la Santé à Long Terme
Avant 10 ans ou après 15 ans, l'âge a son importance. Les premières règles sont une période-clé de la vie des femmes. Elles peuvent désormais enfanter. Mais l’âge des premières règles entraînera aussi de nombreuses conséquences sur leur santé à l'âge adulte. Une arrivée des règles avant 10 ans ou après 15 ans est liée à de nombreux risques de maladies, comme l'a montré il y a quelques jours, une étude brésilienne présentée lors du congrès annuel d’Endocrine Society, organisé à San Francisco (États-Unis). Les scientifiques ont interrogé des milliers de femmes, leur ont demandé à quel âge elles avaient eu leurs règles et se sont penchés sur leur santé actuelle. Celle qui ont eu leurs règles précocement, avant 10 ans, ont développé, par rapport aux autres femmes, plus de diabète, d’obésité, de maladies cardiovasculaires, d'hypertension artérielle et de pré-éclampsie (une maladie de la grossesse). Dans ce cas, disent les chercheurs, il peut être intéressant de tenter de retarder l’arrivée des règles. Inversement, les femmes qui avaient eu leurs règles tardivement, après 15 ans, étaient moins obèses, mais développaient davantage de maladies cardiaques. Par le passé, il a déjà été montré qu’elles risquaient aussi plus d’ostéoporose et de fractures. Il reste pour les chercheurs beaucoup à découvrir sur le fonctionnement des règles et des cycles hormonaux chez la femme. Mais déjà, ces connaissances représentent une mine d’informations. Elles vont permettre à l’avenir aux médecins d’identifier les femmes adultes qui ont un risque accru de développer ces maladies. Et c’est aussi le but, de prévenir ces pathologies ou d’en surveiller l’apparition.
Préparer les Jeunes Filles à la Ménarche
Les premières règles Vais-je avoir mal ? Quand et comment ça va se passer ? Qu’est-ce que je vais ressentir ? Avoir ses premières règles ça peut être angoissant… Surtout lorsqu’on ne sait pas trop à quoi s’attendre ! Quand vais-je les avoir ? Les premières règles apparaissent au moment de la puberté, entre 10 et 15 ans. Mais cela peut varier d’une personne à l’autre. Pour certaines, les règles peuvent apparaitre avant 10 ans et pour d’autres ce sera après leur 18 ans, pas d’inquiétude, il n’y a pas de « règles », et chaque corps est différent . Les premières règles surviennent généralement deux ans après le début du développement de la poitrine et de l’apparition des poils pubiens - au niveau de ton sexe et sous tes bras. Bien que ton corps soit « prêt », les règles ne surviennent pas forcément tout de suite après ces changements. La puberté se fait progressivement, en plusieurs étapes. On peut parfois ressentir de l’inquiétude ou de l’impatience. Il peut y avoir différents facteurs de retard, et au-delà de 16 ans, si les règles n’arrivent pas, on te conseille quand même de prendre rendez-vous chez ton médecin traitant, un gynécologue, une sage-femme ou au planning familial.
Caractéristiques des Premières Règles
Les premières règles, comment sont-elles ? Un jour tu remarqueras des petits saignements dans ta culotte ou au moment d’aller aux toilettes, ce sont tes premières règles. Ces pertes de sang sont différentes du sang qui s’écoule lorsque tu te blesses au bras par exemple. Ces saignements peuvent avoir une texture plus ou moins visqueuses, et leur couleur, aller du rouge au marron. Ne t’inquiète pas de la couleur, cela n’a pas d’importance - la couleur, quelle qu’elle soit, n’a pas d’influence sur ta santé. Tu remarqueras peut-être également des sécrétions vaginales blanches ou jaunâtre. Au début, les règles peuvent être très irrégulières et apparaitre de manière très rapprochée, ou au contraire, être absentes pendant plusieurs mois. Il n’y a pas de quoi s’inquiéter, c’est normal. Au bout d’un certain temps (cela peut prendre des années), elles seront régulières.
Une Étape Importante dans la Vie d'une Femme
J’ai mes règles : une étape importante ! Si l’idée d’avoir « des pertes de sang de ton vagin » peut être impressionnante, sache qu’il s’agit d’une étape tout à fait naturelle de la vie d’une femme. Cela signifie que tu peux désormais tomber enceinte, si tu as un rapport sexuel non protégé. Attention : certains mythes ont la peau dure et une femme peut tomber enceinte dès le premier rapport sexuel, si celui ci n’est pas protégé par une contraception. Est-ce que je vais avoir mal ? D’une personne à l’autre, d’un cycle à l’autre, le vécu des règles peut varier. Généralement, les premières règles sont peu ou pas douloureuses, bien entendu, chaque corps est différent. Il arrive de ne rien sentir du tout, mais il arrive également de ressentir différentes douleurs (plus ou moins intenses) : ballonnements, spasmes dans le ventre, douleurs dans la poitrine, acné, maux de tête ou de dos…. Les symptômes ne sont pas seulement physiques, tu peux parfois te sentir plus nerveuse, plus fatiguée, plus irritable voire triste … Tu peux durant tes règles ressentir un inconfort général ou ne pas te sentir bien dans ton corps. Ces symptômes peuvent aussi apparaître quelques jours avant tes règles et peuvent varier d’un cycle à l’autre. En revanche, si cet inconfort prend trop de place, que les douleurs sont trop envahissantes dans ton quotidien, n’hésite pas à en parler avec tes proches, tes ami.es, un adulte de confiance, l’infirmier.e du lycée ou à consulter ton médecin. Il est là pour trouver des solutions adaptées, naturelles ou médicamenteuses si nécessaire.
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Conseils et Soutien
Vers qui me tourner pour demander conseil ? Tu peux parler de tes inquiétudes à une personne en qui tu as confiance. Il n’est pas toujours facile de parler de son intimité à un proche mais sache que c’est naturel et qu’il n’y a rien de honteux ni de sale à avoir tes règles. Des femmes qui t’entourent ont pu ressentir les mêmes choses que toi, être passées par des questionnements similaires et seront là pour te rassurer. Il est généralement plus facile de parler de son intimité avec une personne qui a eu ses règles mais ce n’est pas toujours possible. Les hommes de ton entourage peuvent également t’aider si tu le souhaites, dans ton établissement scolaire, au planning familial, au sein de ta famille, tes amis, ou avec nous sur Fil santé. Peut-être que tu as peur d’avoir tes règles pour la première fois dans un lieu public (à l’école par exemple) mais ne t’inquiète pas, il y aura toujours une personne de confiance qui pourra t’aider. Tu peux aussi, pour te rassurer, avoir dans ton sac une protection hygiénique au cas-où. Tu en trouveras à disposition dans l’infirmerie de ton collège ou de ton lycée. On imagine l’inquiétude d’avoir une « tâche de sang », mais si tu te protèges bien, il n’y a pas de raison que cela se voit. Tu peux choisir la ou les protections hygiéniques qui te conviennent ; protections hygiéniques jetables (serviettes, tampons) ou mieux, réutilisables, comme la culotte, string, cup (coupe) menstruelles , tu as l’embarras du choix. N’hésite pas à nous partager ton expérience ou tes inquiétudes en commentaire.
Remèdes de Grand-Mère : Mythes et Réalités
Les « remèdes de grand-mère » : mythes et réalités Internet regorge de conseils et de « remèdes de grand-mère » censés déclencher les règles. Si certains peuvent sembler inoffensifs, leur efficacité n’est généralement pas prouvée scientifiquement, et certains peuvent même présenter des risques. L’équipe de Marguerite & Cie tient à vous mettre en garde contre ces pratiques non validées.
Plantes et Épices : Une Efficacité Non Prouvée
De nombreuses plantes sont citées pour leurs propriétés « emménagogues », c’est-à-dire censées favoriser le flux menstruel. Parmi elles, on retrouve le persil (souvent en infusion), la sauge, l’armoise, la menthe pouliot, l’achillée millefeuille, l’angélique, le framboisier. Des épices comme le gingembre, le curcuma et la cannelle sont également mentionnées. Bien que ces éléments soient naturels, leur capacité à déclencher les règles n’est pas étayée par des études scientifiques rigoureuses. De plus, certaines plantes peuvent être dangereuses, surtout en cas de grossesse ou de conditions médicales préexistantes. L’automédication à base de plantes est fortement déconseillée sans avis médical.
Vitamine C : Une Approche à Manier avec Précaution
La vitamine C est parfois présentée comme un moyen de déclencher les règles, en raison de son rôle supposé dans l’augmentation des œstrogènes et des contractions utérines. Cependant, cette affirmation manque de preuves scientifiques solides. Une consommation excessive de vitamine C, notamment sous forme de suppléments, peut entraîner des effets secondaires indésirables tels que des diarrhées, des nausées, des vomissements et des douleurs abdominales. Elle est également contre-indiquée pour les personnes souffrant de calculs rénaux, d’insuffisance rénale grave ou d’hémochromatose, et formellement déconseillée pendant la grossesse.
Chaleur et Activité Physique Modérée : Des Aides au Bien-Être, Pas des Déclencheurs
L’application de chaleur (bains chauds, bouillottes) sur le bas-ventre peut aider à détendre les muscles utérins et à améliorer la circulation sanguine, ce qui peut soulager les crampes et favoriser une sensation de bien-être. De même, des exercices physiques doux et le yoga peuvent contribuer à la relaxation et à une meilleure circulation. Cependant, ces méthodes ne sont pas des déclencheurs de règles à proprement parler. Elles peuvent accompagner le processus naturel du corps, mais ne le forceront pas si le corps n’est pas prêt. Il est important de noter qu’une activité physique intense peut, à l’inverse, retarder les règles.
La Légende du Coca-Cola et Autres Fantaisies
Des rumeurs persistantes évoquent l’efficacité du Coca-Cola ou d’autres boissons pour déclencher ou arrêter les règles. Il s’agit là de mythes sans aucun fondement scientifique. Ces boissons n’ont aucune influence prouvée sur le cycle menstruel et ne devraient en aucun cas être utilisées à cette fin.
L’Importance du Mode de Vie et de l’Alimentation
Un mode de vie sain et une alimentation équilibrée jouent un rôle déterminant dans la régulation du cycle menstruel. Des déséquilibres hormonaux peuvent être influencés par le poids (insuffisance ou surpoids), des régimes alimentaires restrictifs, ou un stress important. Une alimentation riche en fruits, légumes frais, et aliments anti-inflammatoires et antioxydants contribue au bien-être général et, par extension, à la santé de votre cycle. Choisir des produits plus sains - en optant pour des tampons biologiques ou des alternatives lavables par exemple - participe également à une approche plus respectueuse du corps et de l’environnement.
Quand Solliciter une Expertise Médicale ?
Si vos règles sont en retard ou si vous vous interrogez sur leur régularité, la première étape est de réaliser un test de grossesse pour écarter cette possibilité. Ensuite, il est fortement recommandé de consulter une professionnelle de santé (médecin généraliste ou gynécologue). Un retard ou une absence de règles peut être le signe de diverses conditions médicales, telles que le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), des problèmes de thyroïde, un stress important, la préménopause, ou encore l’allaitement. Seule une professionnelle pourra poser un diagnostic précis et vous proposer une prise en charge adaptée, qu’il s’agisse de conseils, de modifications de votre mode de vie, ou de traitements médicaux si nécessaire. N’oubliez jamais que l’automédication peut être dangereuse et masquer des problèmes de santé sous-jacents.
Métaphores Culturelles et Tabous Linguistiques
Dans bien des langues, l’arrivée des règles est assimilée à celle de toutes sortes de visiteurs : en anglais, c’est la “tante Flow” qui vient toquer à la porte, et on parle de la “tante de Moscou” en polonais. Curieusement, ce sont même parfois à des visiteurs masculins que les menstruations sont associées, comme “Andrés” en espagnol, “Chico” en portugais ou “Kalle” en finnois.
Congés Menstruels : Une Reconnaissance Nécessaire ?
Pendant les règles, pourtant, nombre de femmes se verraient bien rester terrées chez elles sans voir personne : ne pas aller au travail, ni affronter la société et le regard des autres lorsqu’elles se tortillent de douleur sous l’effet des crampes. Plusieurs pays accordent d’ailleurs à celles qui le souhaitent des congés menstruels : c’est le cas du Japon, de l’Indonésie, de la Zambie ou encore de la Corée du Sud. En Europe, l’Espagne est le premier pays à l’envisager, bien que la loi ne soit encore qu’à l’état de projet.
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