Introduction
La procréation médicalement assistée (PMA) a révolutionné la manière dont les individus et les couples peuvent concevoir des enfants, offrant de l'espoir à ceux qui luttent contre l'infertilité. En France, la PMA a connu une évolution significative, tant en termes d'accès que de techniques utilisées. Cependant, cette avancée soulève des questions importantes quant à ses conséquences sur la société, notamment en ce qui concerne la santé des enfants nés de PMA, l'évolution des normes procréatives et les inégalités d'accès. Cet article vise à explorer ces différentes facettes, en s'appuyant sur les données scientifiques et les études récentes.
L'Évolution de la PMA en France
L'essor de la PMA
Depuis la naissance du premier bébé français issu d’une fécondation in vitro (FIV) en 1982, la proportion d’enfants conçus par PMA a augmenté de manière continue et régulière. En 2023, 3,9 % des naissances en France sont obtenues grâce à une PMA. Cette croissance est facilitée par la prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie des traitements de PMA, dans la limite de six inséminations artificielles et de quatre FIV pour une grossesse.
Évolution législative et accès à la PMA
Jusqu’en 2021, les conditions légales d’accès à la PMA étaient restrictives, réservant cette possibilité aux couples hétérosexuels, vivants, en âge reproductif et avec une infertilité médicalement constatée. Cette restriction reflétait la « norme procréative », définissant socialement qui, avec qui, comment et quand avoir des enfants. La loi de bioéthique de 2021 a marqué un tournant en ouvrant l’accès à la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes lesbiennes, tout en levant le critère d’infertilité médicale et en assouplissant l’anonymat des donneurs et donneuses de gamètes.
Impact de la loi de 2021 sur la justice reproductive
La loi de 2021 a permis une approche plus inclusive des projets parentaux dans leur diversité. Cependant, pour que cette inclusivité soit effective, des travaux scientifiques montrent que les évolutions législatives devraient être accompagnées d’une réorganisation du système de soins, en particulier pour le don de gamètes, et d’une réflexion sur la déconstruction de la norme dominante de la « bonne maternité ». Des études mettent en évidence des délais d’attente inégaux pour bénéficier d’un don de gamètes et une prise en charge médicale variable selon la situation conjugale, le poids, l’âge ou la race.
Les limites de la loi : GPA et PMA à l'étranger
Malgré ces avancées, la gestation pour autrui (GPA) demeure interdite en France, empêchant les couples d’hommes, les femmes sans utérus et celles avec un utérus ne permettant pas une grossesse, de réaliser leur projet parental. Ces discriminations et exclusions expliquent, en partie, pourquoi la PMA à l’étranger persiste malgré le changement législatif, avec toutes les inégalités et difficultés que revêtent ces recours.
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Les Risques Potentiels pour la Santé des Enfants Nés de PMA
Études scientifiques et risques accrus
La recherche scientifique sur la santé des enfants nés de PMA a considérablement progressé ces dernières années. Un nombre important d’études scientifiques internationales font état de risques médicaux accrus chez les enfants conçus en laboratoire en comparaison des fécondations naturelles. Une étude publiée dans Andrology en 2018 souligne que « des différences importantes en matière de santé physique générale, et en particulier de santé métabolique et reproductive, ont été décrites, notamment une qualité de sperme plus faible chez les jeunes hommes adultes conçus par ICSI [l’injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde est une technique de PMA] par rapport aux enfants conçus spontanément. »
Troubles périnataux et anomalies congénitales
Une méta-analyse de l’Université chinoise de Zhejiang, publiée en mai 2013, explique que si « la plupart des enfants conçus après un traitement en vue d’une PMA sont normaux », il est cependant de plus en plus apparent que « les enfants conçus par PMA encourent un risque plus élevé de troubles périnataux, d’anomalies congénitales et de désordres épigénétiques, et le ou les mécanismes à l’origine de ces changements n’ont pas été élucidés. »
Impact sur le développement psychologique
Une autre étude des mêmes chercheurs chinois s'est penchée sur le bien-être psychologique des enfants nés de PMA. Les conclusions révèlent que « Bien que la majorité des études ne trouve aucune différence sur les développements cognitifs, moteurs et du langage, en revanche des scores de QI inférieurs, une plus faible capacité motrice, de développement locomoteur et de compétence du langage réceptif ont été mis en évidence dans le groupe d’enfant nés par PMA. […] En ce qui concerne les problèmes de comportement, une prévalence plus élevée de troubles de comportement existait chez les enfants nés par PMA ; plus encore, les enfants nés par ICSI présentaient un risque d’autisme plus élevé que la population en général. »
Syndrome de Beckwith-Wiedemann et autres risques épigénétiques
Dès 2003, des chercheurs australiens avaient tenté de comprendre pourquoi les bébés éprouvettes étaient neuf fois plus susceptibles de contracter une maladie rare, le syndrome de Beckwith-Wiedemann, un syndrome de croissance excessive prédisposant au développement de tumeurs embryonnaires. Des chercheurs français faisaient concomitamment la même observation avec des chiffres moins importants. L’une des pistes évoquées pour expliquer ces facteurs de risque importants était que le processus de fécondation soit lui-même en cause.
Stress cellulaire et manipulations en laboratoire
« On comprend facilement en quoi une manipulation mécanique des gamètes comme des embryons in vitro est distincte d’une manipulation biologique et occasionne un stress cellulaire », commente Alexandra Henrion-Caude, généticienne, directrice de Recherche à l’Inserm. « Il en est de même des différences thermiques non physiologiques subies par les cellules embryonnaires dans un laboratoire. En France comme à l’étranger, des études de cohorte portant à la fois sur le suivi d’enfants nés de PMA et sur des registres de malformations, montrent que le risque d’avoir un enfant atteint de certaines maladies épigénétiques était multiplié par 3 ou 4 selon les études. »
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Risques spécifiques liés à la FIV
Les risques posés par les grossesses obtenues après FIV sont bien documentés : augmentation de la prématurité et du nombre de bébés de faible poids, l’hypotrophie, (ces risques sont à relier à l’infertilité elle-même), une plus grande fréquence de grossesses multiples (environ 25 % de grossesses gémellaires, 3 % de grossesses triples et plus).
Troubles du neurodéveloppement et du comportement
Sur le plan des troubles du « neurodéveloppement », c’est-à-dire les troubles moteurs, les déficits intellectuels, les troubles du spectre autistique (TSA), les troubles de l’apprentissage, de la communication, l’hyperactivité, les troubles obsessionnels compulsifs, les troubles de comportement ou l’anxiété, les études internationales se contredisent. L’Académie Nationale de la Médecine conclut que la conception par FIV ou par ICSI ne semble pas avoir d’effet négatif sur le neurodéveloppement, hormis bien entendu les séquelles dues à la prématurité. De nouvelles études devraient décrire plus précisément ces troubles, en lien notamment avec le contexte socio-familial.
Risques cardiovasculaires
Depuis plusieurs années, des études suggèrent des troubles cardiovasculaires chez les enfants nés de FIV, et ce, dès le plus jeune âge. En 2017, un groupe de chercheurs chinois après avoir étudié les travaux d’une vingtaines d’autres équipes de recherche, confirmaient une « augmentation mineure mais statistiquement significative de la pression artérielle systolique et diastolique », c’est-à-dire de la pression du sang lorsque le coeur se contracte et de la pression du sang dans les artères quand le coeur se relâche. L’augmentation de la pression artérielle chez l’enfant pourrait engendrer plus tard de l’hypertension artérielle et donc plus de maladies cardiovasculaires, car le coeur est plus fatigué. En cause dans ces études, le stress oxydant (une agression des constituants des cellules). Le stress oxydant pourrait être induit par les manipulations des gamètes et de l’embryon lors de la FIV/ICSI, ou plus simplement, viendrait des parents (infertilité, âge avancé, obésité, hygiène de vie). Au sujet de ce risque cardiovasculaire qualifié de « modéré », l’Académie Nationale de Médecine s’interroge sur « un suivi précoce préventif avec des mesures d’hygiène et diététiques adaptées » et rappelle l’importance d’avoir plus d’études sur le sujet.
Absence de lien avec les cancers pédiatriques
Les études publiées à ce jour n’ont pas trouvé de différence du taux de cancer chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement. Une large étude est en cours en France pour mesurer la survenue de cancers chez les enfants conçus par FIV et spécifiquement pour étudier la différence entre les embryons issus d’un transfert d’embryons congelé ou frais.
Fertilité des adultes nés par PMA
En ce qui concerne la santé des adultes nés par PMA, les données manquent également. Notamment en ce qui concerne leur fertilité. Mais, on note « une baisse relative du nombre de spermatozoïdes chez certains hommes nés après une ICSI ». Cependant, aucune étude n’a démontré que les techniques d’AMP étaient délétères sur la fertilité des enfants ainsi conçus. D’ailleurs, Amandine, le premier « bébé-éprouvette » a donné naissance en 2017 à une petite fille conçue de manière tout à fait naturelle. C’est aussi le cas de Louise Brown née en 1978 qui, en 2006, a eu un enfant en parfaite santé par « fécondation naturelle ».
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Implications Psychologiques et Sociales
Enfant désiré et surprotection
Sur un point de vue psychologique, les « bébés éprouvettes » sont des enfants qui ont longtemps été désirés et qui sont issus d’un long combat contre l’infertilité. Après de nombreuses années d’essais, de traitements, d’échecs et de fausses couches, les parents ont eu tout le temps de se préparer à l’arrivée de ce bébé, souvent surnommé « bébé miracle ». Ces enfants sont alors généralement surprotégés et plus investis par leurs parents, mais leur devenir psychologique ne varie pas, comparé aux enfants conçus naturellement.
Adolescence et questionnement identitaire
Cependant, ces études ne s’appuient que sur des enfants âgés de 0 à 5 ans, seules quelques-unes commencent à s’intéresser aux périodes de la pré-adolescence et de l’adolescence. Malgré le faible recul et le peu de chiffres disponibles, les différences notées ne sont pas statistiquement significatives. Les relations parents-enfants autour de l’adolescence laissent apparaître certaines difficultés psychoaffectives, mais aucun trouble psychologique grave ne paraît relatif au mode artificiel de conception. Cette période délicate qu’est l’adolescence laisse en effet penser que l’enfant se pose davantage de questions sur son existence et sa venue au monde et que selon ces mêmes études, seuls 8,6 % des adolescents conçus par FIV étaient au courant de leur origine génétique.
PMA sociétale : vers quels risques ?
Dans le cadre de la révision des lois de bioéthique, le rapport Touraine propose de s’affranchir du cadre de la PMA pour infertilité avérée chez des couples hétérosexuels. De plus, il recommande l’accès à la PMA pour femmes seules ou après le décès d’un des conjoints. Le rapport préconise aussi l’allongement de la durée de culture de l’embryon, dont on commence pourtant à percevoir les risques de défauts épigénétiques liés à la culture en laboratoire. Enfin, le rapport demande la levée des interdits sur la création d’embryons transgéniques, ouvrant la porte à un inconnu scientifique total. Seuls les chinois ont tout récemment osé cette transgression.
Mises en garde de la communauté médicale
Pourtant, la collégialité des médecins est unanime : il faut mettre un point d’arrêt aux évolutions abusives d’une PMA sociétale. Le professeur Wolf lui-même, directeur du CECOS, Centre d’Etudes et de Conversation des Œufs et du Sperme humain à l’hôpital Cochin, disait en 2018 dans une tribune du Figaro : « Ce n’est pas parce qu’un PMA business s’est développée en Belgique en Espagne ou ailleurs qu’il faut faire pareil ». Plus de trois cents médecins se sont d’ailleurs désolidarisés de l’Ordre des médecins de Conseil sur ces extensions de la PMA en septembre dernier après que celui-ci, auditionné par l’Assemblée nationale, a déclaré ne pas être opposé à la légalisation de la PMA pour les femmes seules et pour les couples de femmes.
Principe de précaution et santé publique
Les propositions actuelles du gouvernement d’avancer à tout prix se font au mépris du principe de précaution qui a toujours prévalu en médecine. Ces propositions imposeraient l’éventualité de la création de toutes pièces de pathologies imprévisibles et inconnues dont parents et enfants auraient grandement à pâtir. Il est encore temps de s’arrêter, et d’éviter que la PMA ne devienne le genre humain.
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