L'Afrique, souvent désignée comme le berceau de l'humanité, est un continent d'une richesse biologique et historique inégalée. Des découvertes paléontologiques majeures aux adaptations uniques de sa faune, l'Afrique continue de fasciner et d'instruire sur l'histoire de la vie sur Terre. Cet article explore les multiples facettes de cette affirmation, en s'appuyant sur les découvertes scientifiques récentes et les recherches en cours.
La Vallée du Rift et Autres Sites Clés : Des Fenêtres sur le Passé
Si on interroge le grand public sur les origines de l’homme, la réponse sera probablement que celles-ci sont africaines, plus spécifiquement dans la vallée du Rift est-africain ou encore en Afrique équatoriale. La vallée du grand rift, aussi appelé « berceau de l’humanité » est un lieu de recherche privilégié des ancêtres de l’Homme. C’est un ensemble géologique s’étirant sur plusieurs milliers de kilomètres où les plaques tectoniques africaine et somalienne s’écartent. De nombreux hominidés ont vécu depuis des millions d’années dans cette région riche en rivières et en lacs. Grâce à des phénomènes géologiques, le rift a permis une sédimentation rapide et continue. Les ossements humains ont été fossilisés rapidement et dans de bonnes conditions.
Les fossiles d’homininés ont passé des millions d’années dans ces couches sédimentaires en attendant d’être découverts. Et on a trouvé beaucoup de fossiles d’homininés à cet endroit aussi parce que les scientifiques y ont cherché beaucoup !
Cependant, le continent africain est vaste et seule une infime partie en a été prospectée ; les scénarios établis sont donc voués à être modifiés. Ainsi, il apparaît que d’autres régions que le Rift est-africain méritent d’être considérées. Des découvertes hors de ce cadre, des fossiles humains ont été mis au jour hors de la vallée du rift, en Afrique centrale ou en Afrique de l’ouest, même si les conditions de conservation en milieu tropical sont nettement moins propices à la fossilisation. Le crâne fossile de Toumaï, appartenant à l'espèce Sahelanthropus tchadensis, considérée comme une des premières espèces de la lignée humaine, a été retrouvé au Tchad.
L'Aire Fossilifère de Bolt’s Farm : Un Site Exceptionnel en Afrique du Sud
L’aire fossilifère de Bolt’s Farm couvre des millions d’années d’histoire, dont des phases de changement climatique qui ont affecté les premiers hominidés et leur environnement. Afin d’étudier ce site, des chercheurs du CNRS et de la Fondation nationale pour la recherche d’Afrique du Sud se sont associés dans le projet Homen. L’Afrique du Sud est cependant l’autre point chaud sur ces questions. Depuis 2019, et après des années de coopération sous différentes structures, des paléoanthropologues, paléontologues et géologues se sont rassemblés au sein du projet Homen. Ce partenariat entre le CNRS et la Fondation nationale pour la recherche d’Afrique du Sud (NRF) prend la forme d’un International research laboratory. Dominique Gommery et Nonhlanhla Vilakazi, chercheuse à l’Institut de paléo-recherche (PRI) de l’université de Johannesburg, sont les deux pendants de cette équipe focalisée sur une portion du plateau du Highveld, où se trouve le « cradle of humankind », soit le « berceau de l’humanité ».
Lire aussi: La grossesse: perspective animale
Classée par l’Unesco depuis 1999 et située à moins de cent kilomètres de Prétoria et de Johannesburg, cette vallée est marquée par la présence de nombreux sites karstiques, c’est-à-dire de structures géologiques, comme des grottes ou des fissures, où des roches riches en carbonates ont subi une forte érosion. « Nous y avons déjà trouvé des Australopithecus africanus, dits “australopithèques graciles” et cousin de l’espèce à laquelle appartient Lucy, et des paranthropes, dits “australopithèques robustes”, souligne Dominique Gommery. Le périmètre du projet Homen s’étend sur la période du Plio-Pléistocène, qui commence il y a cinq millions d’années et se termine 800 000 ans avant notre ère. Ces périodes ont été parcourues par de nombreux changements environnementaux qui ont affecté les hominidés anciens. Sur le site de Bolt’s Farm, qui s’étend sur plusieurs propriétés, l’érosion fait affleurer tout un réseau de gisements fossilifères. « Bolt’s Farm est l’équivalent d’une mégapole où des archéologues devraient explorer plusieurs faubourgs différents, décrit Dominique Gommery.
Un riche patrimoine qui a cependant été gravement endommagé au XIXe siècle et au début du XXe à cause de l’exploitation de mines d’or à proximité, mais qui a heureusement été classé depuis que sa valeur scientifique a été comprise. Alors que l’Afrique de l’Est est parcourue par l’Équateur, le plateau du Highveld se situe bien plus au sud et à une altitude d’environ 1 500 mètres. La zone est ainsi davantage affectée par les changements climatiques, en particulier par les épisodes de refroidissement en provenance de l’Antarctique. Ces conditions ont favorisé différents échanges de biodiversité au fil des millénaires. Certaines espèces ont migré vers des cieux plus cléments, d’autres sont restées là où elles étaient et ont soit évolué, soit se sont éteintes. Par chance, les dépôts de Bolt’s Farm couvrent une large plage temporelle. Si la séquence chronologique n’est pas complète, elle livre tout de même une importante partie de l’histoire que les chercheurs du projet Homen remontent. Cela aide aussi à mieux replacer les autres sites de la région, dont les fossiles proviennent de périodes plus brèves. Cette abondance de restes paléontologiques vient principalement de l’action de prédateurs, tels que de grands félins et des chouettes, qui ont amené leurs proies dans des grottes ou y ont régurgité leurs pelotes. On retrouve également divers animaux tombés par accident dans des crevasses.
Le rôle des prédateurs est d’autant plus important que le fossile emblématique de Bolt’s Farm est un crâne complet, mandibule comprise, d’un Dinofelis barlowi : un puissant félin à dents de sabre. D’imposants ancêtres du lion, de la taille d’un gros tigre, ont également été retrouvés. Ils sont cependant plus proches des lions des cavernes européens que des espèces qui vivent actuellement en Afrique. Les fossiles doivent en effet être extraits de blocs de sédiments, ce qui passe soit par des outils mécaniques pour les gros ossements, soit par des traitements chimiques pour les plus petits.
Une partie des trouvailles est depuis présentée au Muséum national d’histoire naturelle du Ditsong dans 300 m² d’exposition semi-permanente, que les chercheurs du Projet Homen ont aidé à monter.
L'Évolution Humaine : Un Puzzle Multirégional
Dans un article publié cet été par la revue « Trends in Ecology & Evolution », un groupe de scientifiques spécialistes de l'évolution humaine, de génétique et des climats du passé, affirme qu'au cours des 300.000 dernières années, c'est une dynamique complexe de connexions, de séparations et de métissages entre les différentes lignées et cultures de nos ancêtres qui aurait engendré, à la manière d'un puzzle, la diversité de notre espèce.
Lire aussi: Apprendre avec les chansons d'animaux
De sérieux doutes ont commencé à faire trembler les fondements de la théorie du berceau unique l'année dernière, avec la découverte au Maroc des restes d'un représentant d'Homo sapiens. Et pas des moindres : dans l'ancienne mine saccagée de Djebel Irhoud, à l'ouest de Marrakech, où il a pu dégager le site, le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin et son équipe ont libéré les plus anciens ossements connus de notre espèce, plus vieux de 100.000 ans que les premiers ossements reconnus comme anatomiquement modernes découverts en Ethiopie. « La découverte marocaine repose la question de l'enracinement initial d'Homo sapiens », explique le directeur de l'équipe de recherche.
A l'époque, de nombreuses régions aujourd'hui inhospitalières d'Afrique, telles que le Sahara, étaient humides et vertes, traversées par des réseaux entrelacés de lacs et de rivières, et il n'existait aucune frontière géologique sur le continent. Inversement, certaines régions tropicales étaient arides. La nature changeante de ces zones a conduit à des subdivisions au sein des populations humaines, qui ont donc vraisemblablement traversé de nombreux cycles d'isolement et de mélanges, conduisant à des adaptations locales et à des périodes de mélanges génétiques et culturels.
« L'évolution des populations humaines en Afrique était multirégionale. Notre ascendance était multiethnique et l'évolution de notre culture matérielle était bien multiculturelle », résume le docteur Eleanor Scerri, archéologue au Jesus College de l'université d'Oxford et chercheuse à l'Institut Max-Planck , qui a cosigné l'étude publiée dans la revue « Trends in Ecology & Evolution ».
Diversité des Hominidés et Climats Changeants
Le genre Homo, auquel nous appartenons, est apparu sur Terre il y a 2,8 millions d’années. L’homme ainsi que ses proches parents, les grands singes, appartiennent à la superfamille des Hominoidea (hominoïdes), dont l’histoire s’est déroulée sur trois continents : l’Afrique, l’Europe et l’Asie. Pour comprendre nos origines, il est fondamental de se consacrer aux périodes antérieures à celles où les premiers hominidés (voir encadré), ancêtres de ce que nous sommes, ont été reconnus. Un champ immense d’investigation s’ouvre à nous, engendrant un débat qui reste ouvert aujourd’hui : origines eurasiatiques ou africaines ? Et si les origines semblent africaines, où chercher en Afrique ?
Les Théories sur l'Origine de l'Homme Moderne
Selon la théorie la plus communément admise pour décrire l’origine des populations humaines actuelles, l’homme moderne serait sorti d’Afrique environ 60 000 ans avant notre ère. Dans ce modèle, l’actuelle Arabie Saoudite n’aurait été qu’un simple lieu de passage foulé par Homo sapiens gagnant l’Europe, l’Asie et le reste du monde.
Lire aussi: Idées chambre bébé nature
S’il existe plusieurs théories de l’expansion des Homo vers l’homme moderne, la plupart des scientifiques se rejoignent sur quelques points de repère. Tout d’abord, l’Homo habilis, notre plus vieil ancêtre identifié (3 millions d’années), est situé dans le berceau africain. Il est suivi de l’Homo erectus qui a émigré une première fois de l’Afrique vers l’Asie il y a 2 millions d’années… puis une deuxième fois fois vers l’Europe 1 million d’années plus tard. Entre - 500 000 et -200 000 ans on constate que les fossiles retrouvés en Afrique sont tous en voie de disparition. Dans le monde plusieurs espèces se développent comme Homo luzonensis, Homo floresiensis… qui présentent certains caractères d’Homo erectus. Il y a 300 000 ans les premiers Homo sapiens sont trouvés au Maroc au Djebel Irhoud. Puis c’est en Asie et au Moyen-Orient que l’on trouve ce type d’évolution vers l’Homo sapiens.
La Théorie "Out of Africa"
La théorie « Out of Africa », selon laquelle le berceau de l'humanité serait le résultat d'une expansion démographique partie de l'Afrique subsaharienne, vient de subir de nouveaux coups de boutoir.
La Théorie Multirégionale
Proposée en 1947 par Franz Weidenreich, cette théorie bénéficie également d’un nombre impressionnant de dénominations ! De manière identique à la première, la théorie multi-régionale reprend l’hypothèse d’une migration importante il y a 2 millions d’années. Les Homo erectus migrent donc à partir de l’Afrique vers l’Europe et l’Asie une première fois. Devant l’antinomisme et quelques incohérences des deux précédentes théories, quelques anthropologues ont cherché une voie intermédiaire.
L'Arabie Saoudite : Un Nouveau Regard sur l'Évolution Humaine
Dans son édition du 21 août, l’hebdomadaire New Scientist fait la part belle aux découvertes archéologiques en Arabie Saoudite, pays désertique longtemps considéré comme un lieu mineur dans l’histoire de l’humanité.
Ce n’est qu’en 2018 que les scientifiques ont découvert les premiers restes d’hominines en Arabie Saoudite, dans le désert du Nefoud. Il s’agissait d’une phalange de doigt datée d’il y a 85 000 ans. Et l’os était de premier choix : il appartient à Homo sapiens. Un nombre croissant d’indices a par la suite suggéré une installation ancienne d’hominines dans la péninsule arabique. Parmi elles, des traces de pas datées de 121 000 ans et attribuées à Homo sapiens, dans le paléolac d’Alathar, situé dans le désert du Nefoud, des outils en pierre de 300 000 ans à An-Nasim, ou encore des os d’animaux gravés à Ti’s Al-Ghadah, âgés entre 300 000 et 500 000 ans - une activité attribuée à l’homme de Neandertal.
Les Migrations Humaines : Un Voyage Continu
Les plus anciennes traces de présence humaine hors d’Afrique ont été retrouvées en Géorgie. Datées de 1,8 million d’années, elles indiquent que des mouvements de population ont probablement commencé vers 2 millions d’années. En Europe, il existe d'autres traces des tout premiers peuplements mais elles sont rares. Pour la plupart des chercheurs et chercheuses, Homo erectus africain (aussi nommé Homo ergaster par une partie de la communauté scientifique) a été le premier à migrer. Certains pensent toutefois qu’Homo habilis fait un tout aussi bon candidat et pourrait être le premier migrant.
Quelle que soit l’espèce qui a franchi le pas, ses membres n’ont pas décidé de quitter l’Afrique un beau matin, en suivant une carte ou un plan établi. Il s’agit plutôt de déplacements sur quelques kilomètres, et probablement d’allers-retours. C’est pourquoi les scientifiques ne parlent pas d’une sortie d’Afrique mais de sorties plurielles.
Homo sapiens est le premier à occuper toutes les régions du monde. Selon la science qui étudie la génétique des populations, en particulier avec l’aide de la datation moléculaire, tous les humains qui vivent aujourd’hui à la surface de notre planète sont issus d’une série de sorties d’Afrique qui se seraient produites il y a 50 000 à 70 000 ans. C’est donc Homo sapiens qui va s’étendre sous toutes les latitudes, altitudes, climats et environnements, preuve de sa capacité à s’adapter aux écosystèmes les plus diversifiés.
Ainsi, à la différence des continents africain et asiatique déjà fréquentés par d’autres espèces avant la nôtre, l’Australie (au moins vers 65 000 ans), l'Amérique (au moins vers 25 000 ans) ou encore les îles lointaines du Pacifique (il y a 3 000 ans) vont connaître leurs toutes premières occupations humaines. En témoignent les faisceaux d’indices - outils, restes osseux, restes humains, etc. - exploités par les préhistoriens.
Rencontres et Métissages entre Espèces Humaines
Avant et pendant les migrations d’Homo sapiens, au moins quatre ou cinq espèces humaines sont présentes sur les territoires nouvellement fréquentés par lui. Une cohabitation qui s’avère un casse-tête pour les préhistoriens ! En effet, comment attribuer des découvertes matérielles comme des outils lithiques ou des reliefs de repas à l’une ou l’autre de ces espèces en l’absence d’ossements humains auxquels les associer ? Il faut à ce jour se contenter d’hypothèses.
L’étude des génomes a permis des avancées significatives en attestant d’épisodes de métissages, preuve de la cohabitation de différences espèces. Ainsi, il y a bien des gènes communs entre Homo sapiens et Homo neanderthalensis, ainsi qu'entre ces deux derniers et les Dénisoviens, plus à l’Est de l’Europe actuelle. Et probablement pour lesquelles les fossiles n’ont pas encore été retrouvés ou identifiés !
En ce qui concerne Homo sapiens et Néandertal, le séquençage de l'ADN de fossiles qui leur sont attribués et dont les génomes ont été comparés avec ceux de populations humaines actuelles montre un métissage indubitable. Il reste toutefois impossible de préciser où a eu lieu leur rencontre : en Europe ou sur le chemin qui y conduit, potentiellement au Proche-Orient dont les traces archéologiques montrent qu’il est occupé en alternance par les deux espèces sur une période comprise entre 100 000 et 50 000 ans…
Lorsque Homo sapiens arrive en Europe, vers 50 000 ans, celle-ci est déjà habitée par Homo neanderthalensis. Difficile toutefois de déterminer la chronologie exacte de l’arrivée des premiers et de l’extinction des seconds, et donc de leur potentielle rencontre. La question alimente les débats depuis des décennies.
Les Capacités du Genre Homo et les Motivations des Déplacements
Mais qu’est-ce qui motive ces déplacements de proche en proche ? Les préhistoriens privilégient plusieurs hypothèses, mettant notamment en avant la bipédie stricte comme facteur déclenchant. Alors que la station debout et la marche sur deux membres inférieurs existent chez différents animaux, elles restent occasionnelles, comme chez les primates non-humains, ou peu efficientes, comme chez les australopithèques.
C’est seulement à compter d’Homo habilis et Homo erectus africain, que l’on voit apparaître un parfait bipède endurant, comme nous le sommes aujourd’hui. Une capacité qui a pu être un facteur décisif pour commencer à arpenter le monde.
Une autre des conditions envisagées par les chercheurs et qui aurait incité nos ancêtres à se déplacer est le fait que ces derniers se transforment progressivement de charognards en chasseurs. En suivant peu à peu les troupeaux, les voici qui changent de territoire probablement sans s’en apercevoir. De courtes distances en courtes distances, ils traversent des continents entiers - l'Afrique puis l'Asie, sur quelques générations.
tags: #les #animaux #en #afrique #berceau #de