L'apprentissage de la lecture est une étape fondamentale dans le parcours scolaire d'un enfant, notamment en Cours Préparatoire (CP). Le choix de la méthode de lecture est donc crucial et peut influencer la réussite de l'élève. Cet article propose un tour d'horizon des différentes méthodes de lecture utilisées en CP, en s'appuyant sur les recherches scientifiques, les recommandations officielles et l'expérience de terrain.
L'importance de la méthode de lecture au CP
Apprendre à lire est un processus complexe qui consiste à créer une nouvelle voie dans les zones du langage parlé par le biais de la vision. Comme l'énonce le neuroscientifique Stanislas Dehaene, président du Conseil scientifique de l'Éducation nationale, « La lecture est une activité complexe où le cerveau passe d’un code à un autre. » L'enfant doit établir une connexion entre les lettres et les sons. Cette initiation à la lecture, qui prend une forme institutionnalisée au CP, est souvent soutenue par l'utilisation d'un manuel. Le choix du manuel est donc déterminant, car il peut conditionner la réussite des élèves.
Les différentes approches : Globale, Syllabique et Mixte
Lorsqu'on aborde la question des méthodes de lecture en CP, on se retrouve souvent face à la traditionnelle querelle entre les partisans des méthodes globale, syllabique et mixte. Il est donc essentiel de bien comprendre les spécificités de chacune de ces approches :
La méthode globale : L'élève mémorise visuellement les mots dans leur entier, sans les décortiquer. Il reconnaît les mots globalement.
La méthode syllabique : L'élève apprend les lettres et les sons qu'elles produisent, puis il forme des syllabes et des mots. C'est le fameux "b.a.-ba".
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La méthode mixte ou semi-globale : Elle combine les deux approches précédentes. Lorsque le décodage syllabique est insuffisant, l'élève fait appel à la reconnaissance visuelle, notamment pour les mots-outils (dans, des, elle, mon, c'est, et, etc.).
La méthode syllabique : une approche privilégiée
Aujourd'hui, la recherche scientifique s'accorde sur la nécessité de privilégier la méthode syllabique. Une étude réalisée par le CEA (Centre à l’énergie atomique) de Saclay en 2018 a démontré que les apprentis lecteurs utilisant la méthode globale activent l'hémisphère droit de leur cerveau, tandis que ceux utilisant la méthode syllabique activent l'hémisphère gauche, siège des aires du langage parlé. Cette dernière méthode favorise un apprentissage durable, permettant de décoder les nouveaux mots tout en consolidant le vocabulaire acquis.
Il existe trois variantes de la méthode syllabique :
La méthode syllabique graphémique : Elle part de la lettre vers le son qu'elle produit (ex. : méthode Boscher).
La méthode syllabique phonémique : Elle part du son pour aboutir aux différentes écritures possibles.
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La méthode syllabique gestuée : Elle associe des gestes aux sons (ex. : méthode Borel-Maisonny).
Les recommandations du ministère de l'Éducation nationale préconisent l'approche syllabique graphémique comme méthode de lecture au CP.
Critères de choix d'un manuel de lecture CP
Le choix d'un manuel de lecture est une étape cruciale. Voici les principaux critères à prendre en compte, selon les recommandations de l'Éducation nationale :
- Correspondances graphèmes-phonèmes (CGP) régulières et fréquentes : Le manuel doit proposer les CGP les plus régulières et les plus fréquentes dès le début de l'année.
- Rythme d'apprentissage adapté : L'apprentissage des CGP doit être suffisamment rythmé les premières semaines (14 ou 15 CGP étudiées pendant les 9 premières semaines).
- Activités de décodage : L'ouvrage doit contenir de nombreuses activités de décodage pour permettre à l'élève de s'entraîner et d'automatiser le code grapho-phonologique et la combinatoire.
- Structures syllabiques progressives : La progression doit se faire par étapes : consonne-voyelle (CV), puis VC, CVC, et enfin CCV.
- Textes déchiffrables : Le manuel doit proposer des textes déchiffrables, reprenant les CGP étudiées.
- Connaissances orthographiques et grammaticales : Il doit apporter des connaissances orthographiques et grammaticales par des dictées, notamment.
- Diversité des textes : En cours d'année, le manuel doit proposer des textes de plus en plus complexes et de genres diversifiés.
Exemples de manuels de lecture CP plébiscités
Plusieurs manuels de lecture CP sont particulièrement appréciés par les enseignants :
Pilotis (Hachette) : Cette méthode associe l'étude du code de manière syllabique et une progression en compréhension. Elle propose également un travail en grammaire et vocabulaire. Le fichier de compréhension se base sur l'étude d'albums jeunesse authentiques.
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Taoki et compagnie (Istra) : Cette méthode allie l'apprentissage du code, l'expression orale, l'étude de la langue, la compréhension de textes et la production d'écrits. Elle s'appuie sur les aventures du dragon Taoki et de deux enfants, Lili et Hugo.
Calimots (Retz) : Cette méthode englobe plusieurs domaines du français à aborder au CP : décoder, comprendre, rédiger, s'exprimer à l'oral, écrire et copier. Elle se compose de manuels (code et compréhension) et de fichiers d'exercices.
Les méthodes globales : une approche à éviter ?
La méthode de lecture globale propose à l'enfant de "lire" des phrases entières dès le début du CP. Ensuite, les enfants sont amenés à analyser la phrase, identifier les mots, les syllabes et enfin les lettres et le "bruit" qu'elles font.
Les défenseurs de cette méthode ont longtemps mis en avant le fait que le sens doit être au cœur de l'apprentissage.
Stanislas Dehaene explique que la reconnaissance globale des phrases et des mots stimule l’hémisphère droit du cerveau, une zone qui sert généralement à la reconnaissance des images et des formes. Le siège de la lecture se situe dans la zone occipito-temporale ventrale gauche.
Désavantages des méthodes de lecture d’approche globale
Les désavantages de cette approche sont très nombreux ! Premièrement, la grande majorité des enfants peine à apprendre de cette manière.
L’empan visuel des enfants de CP (p1) n’est que de 3 ou 4 lettres. Les bons lecteurs adultes peuvent voir de 7 à 9 lettres en une saccade. Pour les enfants de CP (p1), l’empan visuel est de 2 ou 3 lettres par saccade. Reconnaître une phrase par cœur doit donc faire appel à d’autres stratégies. Pour ce faire, l’enfant utilise donc son cerveau droit et retient les phrases et les mots comme des images ou des formes.
L’enfant dyslexique ne doit pas utiliser cette approche.
Pour les enfants de milieux défavorisés ?
Pour eux, une approche globale est encore plus néfaste ! Les études ont démontré que les méthodes mettant l’accent sur la correspondance graphème/phonème leur sont nettement plus favorables.
En effet, ces enfants défavorisés ne peuvent « s’accrocher » à leurs connaissances générales ni à une aide efficace à la maison.
Les méthodes mixtes : un compromis ?
Les méthodes mixtes rassemblent une approche globale (reconnaissance de phrases et de mots "par cœur") et une approche syllabique (apprentissage du code, de la correspondance lettre/bruit ou graphème/phonème).
Pour les enfants qui ont une bonne mémoire visuelle et une bonne mémoire auditive, les méthodes mixtes fonctionnent relativement bien. Je reste cependant persuadé qu’elles ne représentent pas le meilleur choix.
Si la majorité des enfants peut apprendre à lire avec une méthode mixte, pour les enfants dyslexiques, c’est une autre histoire. Une histoire de souffrance, de frustration, de brimades et de dévalorisation.
Pour ces enfants, l’utilisation d’une méthode syllabique est indispensable. De plus, il faut ajouter à cette méthode de nombreux moyens d’aide efficaces pour les aider.
Méthodes de lecture réputées
Nos grands-parents ont appris avec de vieilles méthodes syllabiques qui ont fait leurs preuves.
La méthode Boscher
Cette méthode existe depuis plus de cent ans et elle a fait ses preuves. Cependant, les images sont vieillottes, le vocabulaire est désuet, la typographie est difficile à lire. Tout est écrit en petit.
Elle a le mérite d’être une méthode syllabique. Hormis ça, elle est loin d’être enthousiasmante. Je la déconseille pour les enfants dyslexiques.
La méthode de Borel-Maisonny
Cette méthode syllabique et gestuelle a été créée par Madame Borel-Maisonny, une des fondatrices de l’orthophonie en France.
Les gestes aident grandement les enfants à mémoriser les correspondances lettre/bruit.
Comme pour la méthode Boscher, je reproche à cette méthode son aspect triste, peu motivant pour les enfants.
Les méthodes utilisées actuellement
Les méthodes dont j’entends souvent parler sont : Taoki (méthode syllabique), Sami et Julie (méthode syllabique), Léo et Léa (méthode syllabique), Ratus (méthode mixte) et les Alphas.
Ces méthodes ont toutes des forces et des faiblesses. C’est à chaque enseignant, à chaque parent, de juger et de choisir en fonction de ses goûts et de sa sensibilité.
Conseils et astuces pour accompagner l'enfant dans son apprentissage
- Pratique régulière : Pour apprendre à lire, le secret est la pratique régulière.
- Supports visuels : Utiliser des supports visuels pour apprendre à lire, tels que des affiches de vocabulaire, des images et des dessins.
- Lecture d'histoires : Se faire lire des histoires par l’enseignant ou par leurs parents.
- Lecture à voix haute : Pratiquer la lecture à voix haute.
- Lecture à la maison : Encourager la lecture à la maison en fournissant des livres adaptés à leur niveau de lecture.
- Rythme individuel : Rappelez-vous que chaque enfant va à son propre rythme, et que le plus important est que l’enfant se sente à l’aise et serein lors de son apprentissage de la lecture.
- Environnement favorable : En créant un environnement favorable à son apprentissage, l’enfant aura plus de chance d’apprécier et de progresser rapidement !
- Manipulation de cartes graphèmes-phonèmes.
- Validation des essais d’écriture en autonomie grâce au répertoire LexiMini.
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