Introduction
Le soin relationnel en pédiatrie représente une dimension cruciale de la prise en charge de l'enfant malade. Il transcende la simple administration de soins techniques pour englober une approche globale centrée sur le bien-être émotionnel et psychologique de l'enfant et de sa famille. Cet article explore la définition du soin relationnel en pédiatrie, en soulignant son importance, les défis qu'il pose, notamment en termes de fatigue compassionnelle chez les soignants, et les stratégies pour le promouvoir et le soutenir.
Définition du Soin Relationnel en Pédiatrie
Le soin relationnel en pédiatrie se définit comme une approche de soin qui place la relation entre le soignant, l'enfant et sa famille au cœur du processus thérapeutique. Il implique une écoute active, une communication empathique, une prise en compte des besoins émotionnels et psychologiques de l'enfant, ainsi qu'une collaboration étroite avec les parents. L'objectif est de créer un environnement de confiance et de sécurité dans lequel l'enfant se sent rassuré, compris et respecté.
L'importance de la relation triangulaire : infirmière, enfant et parents
À l’hôpital, la prise en charge d’un enfant implique l’intégration des parents. Leur présence durant un soin invasif est une ressource majeure pour l’équipe soignante. Ils connaissent le mieux l’enfant et ils représentent la sécurité affective pour ce dernier. Toutefois, pour l’enfant, le soin invasif est source d’anxiété et de peur. Les parents anxieux peuvent transférer leurs émotions à leur enfant et augmenter ses craintes. La relation triangulaire entre l’infirmière, l’enfant et les parents est indispensable à la qualité du soin. Au-delà de la technicité du soin invasive, l’infirmière doit s’adapter à l’enfant et à ses parents afin de créer un cadre rassurant. Elle doit favoriser la relation enfant/parent.
Créer un environnement rassurant
Soucieuse du bien-être des patients, l'équipe infirmière se mobilise au quotidien pour dynamiser le service et offrir un environnement rassurant. « Nous mettons tout en œuvre pour favoriser le confort des patients et les aider à se sentir bien dans cette unité. Les équipes œuvrent également pour innover dans les pratiques de soins.
Le rôle des outils de médiation
Les poupées Bil & Bilette illustrent bien les pratiques innovantes. Ce sont deux poupées ventriloques qui vivent les mêmes épreuves que les enfants. L'enfant peut ainsi facilement s'identifier à Bil et Bilette, ce qui favorise la relation de confiance et les échanges autour de la maladie. « Le rôle de la poupée pédagogique est d'aider l'enfant à comprendre sa maladie, le rassurer notamment en lui rappelant que les effets secondaires sont passagers, répondre à toutes ses interrogations et lui préciser que le personnel soignant va tout faire pour qu'il n'ait pas mal. Ces poupées sont très plébiscitées par les infirmières » poursuit Sylvie Mercier.
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Enjeux du Soin Relationnel en Pédiatrie
Le soin relationnel en pédiatrie est essentiel pour plusieurs raisons :
- Réduction de l'anxiété et de la douleur : Un enfant qui se sent en confiance et soutenu est moins susceptible de ressentir de l'anxiété et de la douleur lors des soins.
- Amélioration de l'observance thérapeutique : Une bonne relation avec le soignant favorise l'adhésion de l'enfant et de sa famille au traitement.
- Développement de l'autonomie : En encourageant l'enfant à exprimer ses besoins et ses émotions, le soin relationnel contribue à son développement et à son autonomie.
- Prévention des traumatismes : Une expérience de soin positive peut aider à prévenir les traumatismes psychologiques liés à la maladie et à l'hospitalisation.
Les Défis du Soin Relationnel : La Fatigue Compassionnelle
Si la compassion est un aspect attendu lors du soin de la personne soignée, les soignants n’ont pas toujours conscience d’un besoin de mise à distance face à la routine empathique. Les soins relationnels induisent une empathie naturelle mais qui devrait être limitée, formalisée dans le projet de soins. Les soins compassionnels impliquent une réflexion déontologique, éthique pour prévenir l'épuisement professionnel, compassionnel.
Définition et manifestations de la fatigue compassionnelle
Dans la presse, la fatigue compassionnelle est un sujet de plus en plus développé. Les lecteurs y découvrent une facette de la réalité de cette expression utilisée en période pandémique. La fatigue compassionnelle s’inscrit bien dans un effort usant et répété sur le lieu de travail, chez les soignants, comme en soins palliatifs ou dans un service d’oncologie, où le contact prolongé avec la souffrance des autres (patients, famille, proche) accentue une charge émotionnelle. Pour le psychosociologue Philippe Zawieja, la fatigue compassionnelle est l’une des issues possibles d’un processus de stress compassionnel, où le contact prolongé avec la souffrance d'autrui dépend des caractéristiques des interactions empathiques.
L’usure compassionnelle implique la gestion des tensions, l’écoute des autres et de soi, la confusion entre la souffrance des autres et la sienne. Le corps, lui aussi, se fatigue. Il réagit, alerte, s’use au fil des souffrances véhiculées. La raison maintient l’ordre, mais le corps indique nos limites. Le processus mis en place par le stress compassionnel conduit au sentiment d’impuissance.
La fatigue compassionnelle est très proche du concept du burn-out. Le diagnostic est implacable, les symptômes édifiants : l’usure émotionnelle, la perte de sommeil, le mal de dos, l’envie constante de pleurer… Ces signes peuvent conduire un sujet à subir des dégradations mentales, provoquant des troubles (alimentaires, addictifs …), des confusions cognitives, des altérations relationnelles….
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Facteurs de risque de la fatigue compassionnelle
Philippe Zawieja évoque deux facteurs de risque supplémentaires, par exemple le travail auprès d’enfants en souffrance expose à des récits de scènes éprouvantes plus crus et directs… Ensuite, les failles préexistantes des soignants, par exemple une tendance anxio-dépressive ou des traumatismes personnels passés non résolus, que la souffrance de la personne aidée vient rouvrir et actualiser.
Impact sur les soignants et la qualité des soins
Quand la motivation vient à manquer, quand l'accompagnement n’est pas distancié, la fatigue est alors de nature empathique. Elle est caractérisée par le découragement, le sentiment d’incapacité à effectuer normalement son travail. Le soignant peut devenir hypersensible et irritable ; puis arrive le moment où il ne pourra plus cacher un état émotionnel défaillant. Les repères sont bouleversés et les risques de dépression deviennent visibles. Pour Cyril Hazif-Thomas, la fatigue d’empathie pose le délicat problème de la distance relationnelle dans le soin, le soignant perdant peu à peu sa liberté de profiler le bon soin en fonction de ses capacités et des justes besoins du malade.
Le traumatisme vicariant
Les soignants peuvent y être exposés indirectement en assurant leurs fonctions auprès de patients eux-mêmes traumatisés. La psychologue Marion Borenstein évoque ici un traumatisme vicariant, c’est-à-dire résultant de l’exposition indirecte, mais de façon répétée, à des patients traumatisés. Les soignants entendent des descriptions détaillées de scènes traumatisantes. Ici, le traumatisme vicariant peut conduire à l’évitement, à nier l'évidence ; le trauma de l’autre devient mon expérience.
Stratégies pour Promouvoir et Soutenir le Soin Relationnel
Plusieurs stratégies peuvent être mises en place pour promouvoir et soutenir le soin relationnel en pédiatrie, tout en prévenant la fatigue compassionnelle chez les soignants :
- Formation et sensibilisation : Il est essentiel de former les soignants aux techniques de communication empathique, à la gestion des émotions et à la prévention de la fatigue compassionnelle.
- Soutien psychologique : Les soignants doivent avoir accès à un soutien psychologique régulier pour les aider à gérer le stress et les émotions liés à leur travail.
- Supervision : La supervision clinique permet aux soignants de réfléchir à leur pratique, de partager leurs difficultés et de trouver des solutions. Les soins supervisés sont absents des politiques de santé. Ils induisent une participation sociale basée sur la motivation individuelle.
- Organisation du travail : Il est important d'organiser le travail de manière à limiter la charge émotionnelle des soignants, en favorisant la rotation des tâches, les temps de pause et les moments de partage entre collègues.
- Reconnaissance : La reconnaissance du travail des soignants, tant sur le plan financier que symbolique, est essentielle pour maintenir leur motivation et leur engagement.
- Développement personnel : Encourager les soignants à développer des activités personnelles et des centres d'intérêt en dehors du travail peut les aider à mieux gérer le stress et à prévenir la fatigue compassionnelle.
- L'attitude bienveillante : L’attitude bienveillante des soignants peut contenir l’attention sur le fait qu’elle mobilise les sens, le poids des émotions, les affects . Mais, la bienveillance et l’empathie sont des pratiques professionnelles invisibles au regard des actes de soins.
- La singularité de chaque personne : Chaque personne prise en charge représente une singularité. Chaque relation avec les personnes soignées représente une attention particulière, unique. Elle est porteuse d’échanges plus ou moins marquants. La relation ne s’arrête pas au simple regard, ni à la simple connaissance du recueil de données. La relation empathique implique une responsabilité envers l’autre, cela fait partie de la démarche de soins. L’histoire d’une personne soignée impact la perception des soignants. Il est possible que les professionnels en santé se laissent déborder.
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