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Le Pavillon des Enfants Fous: Histoire d'une Adolescence Révoltée

À treize ans, Valérie Valère est internée au pavillon des enfants fous d'un grand hôpital parisien. Son expérience, consignée dans un récit poignant écrit à l'âge de quinze ans, offre un aperçu saisissant du monde hospitalier psychiatrique de l'époque, des traitements infligés aux malades mentaux, et surtout, du cri pathétique d'une adolescente confrontée à l'anorexie. Son livre n'est pas seulement une vision du monde hospitalier, des traitements pour les malades mentaux, le cri pathétique d'une adolescente de treize ans qui, un jour, a refusé toute nourriture : elle prend conscience des raisons profondes qui l'ont amenée au comportement suicidaire qu'est l'anorexie.

Une Précocité Étonnante Face à l'Abîme

La précocité de Valérie Valère est frappante. À l'âge d'être en troisième, elle a déjà une compréhension aiguë du monde, de ses "mensonges et ses masques", qui la conduit à une forme de "folie". Elle perçoit la réalité avec une intensité brute, sans les barrières psychiques que développent les adultes. Cette absence de "filet" la place face à un "abîme", comme Rimbaud, sans compromis ni concession, la consumant de l'intérieur. Elle ne peut supporter ce qu'elle voit, ce qu'elle ressent, et elle devient un immense cri de rage et de désespoir.

L'Anorexie: Un Refus de Vivre

L'anorexie de Valérie est une manifestation de son profond dégoût du monde. Elle veut mourir, ou du moins, ne pas vivre dans un monde qu'elle rejette viscéralement. Ce rejet de l'existence, de soi, des autres, du mensonge et de l'hypocrisie, se traduit physiquement par une incapacité quasi mécanique d'avaler. La nourriture devient "l'abject contrat que l'on passe avec la vie", et son refus, "l'ultime forme de résistance". Ce malaise profond révèle, selon Valérie, l'aveuglement du monde qui l'entoure.

Les Horreurs du Traitement Psychiatrique

Le récit de Valérie Valère dépeint des conditions épouvantables dans les hôpitaux psychiatriques de la fin du XXe siècle. Elle décrit les méthodes brutales utilisées pour la forcer à manger, allant jusqu'à l'ouverture de sa bouche de force. Elle est enfermée à clé dans sa chambre, privée de toute distraction, avec l'obligation de finir son plateau-repas. À moins de prendre cinq kilos, elle n'a pas le droit de lire, ni de dessiner, ni même d'écrire, et surtout : elle n'a le droit de communiquer avec personne. Sauf le personnel. Ces traitements inhumains, loin de l'aider, ne font qu'exacerber sa colère et son désir de mourir. Valérie Valère est sortie détruite de cet internement.

Folie et Lucidité: Qui est le Vrai Fou?

Valérie est traitée de "folle", mais elle se sent plus lucide que ceux qui l'entourent. Elle ne délire pas, elle voit clair. Elle est finalement déclarée "guérie" lorsqu'elle prend quelques kilos, mais cette guérison est superficielle. Elle finit par plier devant la violence des soignants. La question qui se pose est : qui est réellement fou? Valérie, qui refuse un monde qu'elle juge absurde, ou ceux qui l'enferment et la forcent à se conformer?

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Un Cri de Colère Authentique

Le texte de Valérie Valère est d'une authenticité bouleversante. C'est un cri de colère, de douleur et de désespoir complet. Elle ne mâche pas ses mots, elle expose sa souffrance avec une franchise effrayante. Les enfants "fous", comme Rimbaud et Valérie, sont souvent des écrivains puissants, mais ils paient le prix fort de leur sensibilité. Ils ne jouent pas, ne rient pas, n'ont aucune ironie, aucune garde ni défense, aucun masque. Leur cœur mis à nu l'est réellement, et fragile comme du cristal.

L'Évolution d'une Révolte

Au fil des pages, la rage initiale de Valérie commence à évoluer. Elle se remet en question, elle doute de sa méthode de résistance ("Plutôt mourir de faim que de me laisser faire!"). Elle réalise qu'une approche plus "pacifiste" serait peut-être préférable. La jeune fille commence à faire des efforts, à prendre sur elle pour manger, à lutter contre les nausées qui la prennent, à se battre pour gagner quelques gammes. Elle ne le fait pas pour sa santé, elle le fait pour quitter cet endroit et retrouver sa liberté.

L'Incompréhension du Corps Médical

Paradoxalement, les efforts de Valérie ne sont pas accueillis avec l'encouragement qu'ils méritent. Au lieu de féliciter l'héroïne, de l'encourager et d'éviter de la brusquer, ils se permettent de faire des remarques complètement anti-pédagogiques : « Tu n'as pris que 500 grammes cette semaine. Tu ne fais pas assez d'efforts pour lutter contre tes nausées ! T'as qu'à penser à autre chose quand tu manges ! de toute façon tu ne sortiras pas d'ici tant que tu ne feras pas quarante kilos ! » Elle en pleure, cette enfant qui s'acharne à retrouver ses droits, elle se fait violence, elle se promet d'y arriver. Cette attitude du personnel médical, plus soucieux du poids que du bien-être psychologique de Valérie, est révoltante.

L'Anorexie: Une Quête de Mort, Pas de Minceur

Valérie Valère est une anorexique atypique. Elle n'a jamais cherché à maigrir. Son but est seulement de se tuer à petit feu. Elle recherche la mort, elle refuse le monde des adultes et jamais elle n'éprouve de complexe vis-à-vis de son apparence ou d'obsession par rapport à la nourriture. Son anorexie est une tentative de suicide, une manière de faire souffrir son entourage.

Le Rejet du Monde Adulte et de la Sexualité

Valérie éprouve un mépris profond pour les adultes, en particulier pour ses parents. Elle a l'impression d'être la "propriété" de sa mère, et que cette possession donne du plaisir à cette dernière. Pour elle, les parents n'aiment leurs enfants que parce qu'ils sont à eux, leur propriété, leur bien. C'est terriblement triste, de croire une telle chose pour une enfant. Car chaque manifestation d'amour de la part de sa mère est automatiquement fausse à ses yeux et renforce son mépris pour elle. La sexualité est également source de dégoût pour Valérie. Non pas l'acte en lui-même, mais les désirs concupiscents des adultes, leurs regards torves lorsque passe une jolie fille ou un joli garçon, leurs pensées sales et secrètes (pas si secrètes que ça, d'ailleurs). L'omniprésence du sexe dans la société l'agace. Il est partout : dans les regards et dans les pubs (que dirait-elle de notre époque ?). Ce rejet est probablement la conséquence du fait que ses parents ne se gênaient pas pour avoir de nombreux amants. Avec ou sans sa présence.

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Un Témoignage Brut et Bouleversant

Valérie Valère a écrit son livre à quinze ans, en trois mois, en ne se relisant qu'une seule fois. Malgré ces conditions d'écriture, le résultat est étonnamment mature et noir. Il parait même qu'elle a refusé de le relire dans un premier temps, tant cette expérience fut douloureuse, même si elle n'a écrit tout ceci que quelques années après les faits. Elle s'était replongée totalement dans cette atmosphère et ses sensations de l'époque. Un retour vers son enfer. Les corrections qu'elle y a apporté ensuite furent de pure forme car elle a souhaité que volontairement y reste les répétions de termes et certaines maladresses de style. C'est un témoignage fort et peu importe en fait alors l'enrobage. On se rend vite compte qu'elle est dans un environnement qui ne peut pas vraiment l'aider. Il y a le décalage des époques, mais quand même. L'anorexie est une maladie, cependant devait-on la traiter de la sorte ? Certes non. On tourne en rond comme Valérie dans cet univers si peu fait pour elle. On se transforme en bête sauvage enfermée qui attend la première occasion pour s'échapper. Seulement voilà, on n'abandonne pas l'anorexie comme cela. Faute de soins, de suivis adaptés, c'est trop souvent le drame qui nous rattrape.

Une Fin Tragique Annoncée

Malheureusement, le récit de Valérie Valère prend une dimension tragique lorsqu'on apprend sa mort prématurée à l'âge de 21 ans, des suites d'une overdose médicamenteuse. Ce suicide est presque annoncé par la fin du livre, qu'elle avait écrit six ans plus tôt. Car de retour dans le monde, Valérie est écoeurée. Tout l'angoisse, tout la repousse : les hommes qui reluquent les femmes dans la rue, les femmes qui glissent un oeil sur les fesses d'un homme dans le métro, les faux sourires, l'hypocrisie, l'indifférence, les mesquineries Tout est faux – comme le dit si bien la chanson de Minimum Serious. Elle accuse ces gens qui sont totalement épris de cet « univers de vente » (« société de consommation », dirait-on plus facilement à notre époque), si plein d'une frivole inutilité. « Ils perdent du temps à s'occuper des autos ? "Dehors", ils sont donc futiles ?

Un Livre Qui Pousse à la Remise en Question

La lecture du "Pavillon des Enfants Fous" est une expérience bouleversante qui amène à s'interroger sur le monde qui nous entoure et sur notre propre rôle. Est-ce que moi aussi je fais partie de ces adultes qu'elle décrit, maintenant ? Est-ce que je suis tout aussi futile qu'eux ? Tout aussi indifférente, hypocrite, orgueilleuse et fausse ? D'un langage cru relevant d'une colère énorme du mal être, Valérie Valère pousse ici un grand cri où la vie l'étouffe dans ce vaste monde. Elle veut tout simplement qu'on la laisse mourir, elle ne demande rien sinon que sa mort, elle va sombrer dans l'anorexie raison pour laquelle elle sera internée dans un centre psychiatrique. Dans cette rage d'une adolescente mal dans sa peau fulmine plusieurs questions d'existence notamment de la relation entre le moi et autrui. Un livre très bouleversant et qui nous fait penser à un moment quelle grande douleur peut se cacher derrière un sourire…

Un Témoignage Toujours Actuel

Bien que le récit de Valérie Valère se déroule dans les années 70, son témoignage reste d'une actualité brûlante. L'anorexie est une maladie qui continue de faire des ravages, et les conditions de traitement dans les hôpitaux psychiatriques, bien qu'ayant évolué, ne sont pas toujours optimales. Il faut pour le comprendre savoir que Valérie Valère s'est mise un jour derrière sa machine à écrire et a tapé d'une traite ce témoignage. Les corrections qu'elle y a apporté ensuite furent de pure forme car elle a souhaité que volontairement y reste les répétions de termes et certaines maladresses de style. C'est un témoignage fort et peu importe en fait alors l'enrobage. On se rend vite compte qu'elle est dans un environnement qui ne peut pas vraiment l'aider. Il y a le décalage des époques, mais quand même. L'anorexie est une maladie, cependant devait-on la traiter de la sorte ? Certes non. On tourne en rond comme Valérie dans cet univers si peu fait pour elle. On se transforme en bête sauvage enfermée qui attend la première occasion pour s'échapper. Seulement voilà, on n'abandonne pas l'anorexie comme cela. Faute de soins, de suivis adaptés, c'est trop souvent le drame qui nous rattrape. La rage, la fureur de l'auteure transparait dans chaque phrase, chaque mot, en cela on ressent complètement son état mental. On se rend très rapidement compte à quel point Valérie VALERE est intelligente et elle aime en jouer avec le personnel hospitalier ou avec sa mère. Ce récit, c'est aussi un état des lieux de la prise en charge de l'anorexie dans ce cadre psychiatrique très contraignant. En tout cas, malgré ses défauts, c'est sûrement un des récits qui permet le mieux de comprendre ce qui peut se passer dans la tête de ces malades.

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