Introduction
La langue maternelle irlandaise, souvent appelée gaélique irlandais, occupe une place particulière dans l'identité et l'histoire de l'Irlande. Bien que minoritaire en termes de locuteurs quotidiens, elle est un symbole fort de la culture et du patrimoine irlandais. Cet article explore la définition de la langue maternelle irlandaise, son contexte historique et sociolinguistique, ainsi que les politiques mises en œuvre pour sa promotion et sa préservation.
Définition de la Langue Maternelle Irlandaise
La langue maternelle irlandaise se réfère à l'irlandais (gaélique irlandais) appris dès l'enfance et utilisé comme principale langue de communication au sein du foyer. Cependant, la réalité est plus complexe, car, bien qu'une minorité d'Irlandais parle l'irlandais comme langue de foyer, les enquêtes montrent régulièrement qu'une majorité de personnes nées en République irlandaise connaissent au moins un peu d'irlandais grâce à son enseignement obligatoire tout au long de la scolarité.
Contexte Historique et Sociolinguistique
Une Langue Minoritaire en Concurrence avec l'Anglais
La situation actuelle de l’irlandais présente de nombreux parallèles avec d’autres langues minoritaires en Europe et dans le monde, surtout là où les États ou les pouvoirs publics ont essayé d’intervenir dans les situations de langues en contact pour produire un résultat social différent de ce que la dynamique déjà en place aurait assuré sans une telle intervention.
Politique Linguistique et Idéologie
Dans son étude de l’interaction de la politique de la langue et de sa reproduction sociale en Irlande, Pádraig Ó Riagáin constate que le pays se distingue de la plupart de ces autres États et territoires à deux égards. Tout d’abord, la politique de la langue irlandaise est en opération pour une période beaucoup plus longue que dans ces autres territoires, ce qui rend l’expérience du pays utile pour tester les effets à long terme de l’interface État-communauté dans la gestion des langues, notamment à l’égard de la politique scolaire.
L’idée qu’une langue minoritaire appartient non seulement à ses locuteurs et à leurs descendants, mais aussi au territoire et donc à tous ses habitants contemporains, peu importe leurs origines, semble bien ancrée dans l’idéologie des militants des langues minoritaires en Europe. Si la langue minoritaire est devenue langue nationale, il est implicite que la minorité de la population qui a toujours utilisé l’irlandais comme langue maternelle et langue du foyer ne pouvait plus être considérée par l’État comme étant un groupe culturel distinct du reste de la population.
Lire aussi: Diagnostic de la Protrusion Linguale
Soutien Public et Usage de la Langue
Les enquêtes montrent régulièrement que la majorité des personnes nées en République irlandaise connaissent l’irlandais, au moins un peu, grâce à son enseignement obligatoire tout au long de leur scolarité, ce qui est un résultat de la politique désignant l’irlandais comme langue nationale. La grande majorité, environ 80 %, des Irlandais, soutient l’enseignement obligatoire de l’irlandais à l’école, et la politique nationale en faveur de la langue (subventions socio-économiques pour la Gaeltacht, émissions de télévision et radio, signalisation en irlandais, etc.), du moins depuis que l’on a commencé de les sonder régulièrement dans les années soixante-dix. La compétence passive dans la langue se révèle, par exemple, par le fait que le quart de la population regarde les émissions de télévision en irlandais (quoique sous-titrées en anglais) de temps à autre.
Données Démographiques
D’après le recensement de 2011 il y a 1 774 437 locuteurs, soit 40,6 % de la population de la république. Le nombre de locuteurs est en progression depuis la création de l’État (sauf 1946), même si le pourcentage de locuteurs dans la population a plafonné autours de 41 % depuis 1996 (voir tableau 1), suite en partie à une forte immigration depuis les années 2000.
Lors du recensement de 2011, il a été demandé à la population de décrire la fréquence avec laquelle elle parle l’irlandais et aussi si ces locuteurs au quotidien ou hebdomadaires le parlaient en dehors de l’école (pour éviter d’inclure les écoliers et leurs maîtres qui ne l’utilisent qu’à l’école, où la langue est obligatoire). Seulement 77 185 personnes ont répondu qu’ils parlent l’irlandais quotidiennement en dehors du système éducatif, soit 1,8 % de la population.
Un quart de ces locuteurs au quotidien ont moins de 18 ans, et la démographie (âge, profil social) des locuteurs réguliers correspond à peu près au profil de la population générale sauf quant au sexe. 44,9 % des femmes s’auto-évaluent comme locuteurs de l’irlandais contre 37,9 % des hommes.
Rôle des Enseignants et des Régions Gaeltacht
En fait, 3 249 des locuteurs quotidiens sont eux-mêmes des instituteurs et 2 074 sont des professeurs de collège/lycée. L’État a bien favorisé le recrutement d’enseignants d’irlandais chez les habitants de la Gaeltacht, notamment de 1927 à 1960 avec la création des Coláistí Ullmhúcháin « collèges préparatoires ». Néanmoins le métier d’enseignant est bien vu et prisé par beaucoup de gens de la Gaeltacht et le pourcentage de professeurs d’école parmi les gens en activité demeure relativement élevé dans ces régions. Par contre, étant donné l’image populaire des locuteurs d’irlandais comme paysans et pêcheurs, il est intéressant de noter qu’il n’y a que quelque 1 033 agriculteurs parmi les locuteurs quotidiens.
Lire aussi: Traitement Langue Blanche Bébé
Les régions définies comme ayant une population irlandophone, la Gaeltacht, comptaient 96 628 personnes en avril 2011, dont 69 % se disaient irlandophones. Seulement 23 175 de ces gens confirment qu’ils parlent l’irlandais quotidiennement.
L'Irlandais en Irlande du Nord
En Irlande du Nord, on acquiert les données linguistiques sur la base d’autres questions dans le recensement. Lors du recensement de 2011, il a été demandé aux gens de dire s’ils se sentaient capables de comprendre, parler, lire et/ou écrire l’irlandais (et/ou l’Ulster Scots) et aussi quelle était leur « langue principale ». 184 898 ont répandu qu’ils avaient au moins une des compétences décrites en irlandais (10,65 % de la population). Nous apprenons en outre que l’irlandais est en quatrième place dans la liste des « langues principales » en Irlande du Nord, après l’anglais (97 %), le polonais et le lituanien, avec 4 164 locuteurs (0,24 % de la population).
Défis et Perspectives
Communauté Linguistique et Soutien
Il faut se poser quelques questions sur la nature de cette population qui pratique l’irlandais, une population qui est entourée d’une plus grosse population à diverses compétences linguistiques et qui dépend de la volonté de la population générale de soutenir les services, les écoles, les médias, l’édition, etc. en irlandais. À quel point la minorité irlandophone est-elle une communauté à part, une bounded community, et comment peut-on devenir irlandophone aux yeux et aux oreilles des irlandophones de naissance ou de choix ?
Politiques Linguistiques et Nationalisme
L’État irlandais a donc choisi de protéger et de promouvoir sa langue minorisée comme partie intégrante de la politique nationale dès la fondation de l’État indépendant (de 1916 à 1922), en faisant de l’irlandais la seule langue « nationale » et par conséquent première langue officielle d’État, à côté de l’anglais, langue majoritaire mais placée au deuxième rang par la Constitution de 1937.
Convergence des Politiques Linguistiques
Les causes du nationalisme restent controversées. Cependant, elles peuvent être analysées dans le cas de politiques convergentes promouvant l'enseignement de l'irlandais, du gallois et de l'allemand alsacien entre 1960 et 2000. La convergence ne résulte pas d'un cadre juridique commun puisqu'elle a été lancée avant les mesures prises par la Commission européenne ou le Conseil de l'Europe. Au contraire, les politiques européennes, telles que la convergence, découlent du désir fondamental des nationalistes d'être reconnus.
Lire aussi: La langue maternelle : un aperçu
Paradoxes et Instrumentalisation Politique
Si marginaux qu’ils soient du point de vue quantitatif dans le contexte culturel de l’Irlande, le gaélique et le scots d’Ulster sont pourtant considérés comme des vecteurs politiques de la première importance, dont la nature et l’ampleur dépassent très largement les considérations linguistiques. C’est bien le premier paradoxe du contexte irlandais que d’offrir une dissymétrie manifeste entre la présence très faible des langues minoritaires et leur très grande importance culturelle et politique.
Le gaélique et le combat politique pour la nation irlandaise ont donc été étroitement liés. La politisation du scots d’Ulster est un phénomène beaucoup plus récent. Dans les deux cas, il est clair que la langue n’a fait que servir des enjeux politiques qui, au moins pour les plus importants, étaient déjà définis. On peut donc parler d’instrumentalisation politique du gaélique et du scots d’Ulster, sans que cela, bien évidemment, diminue l’intérêt qu’on doit leur porter.
tags: #langue #maternelle #irlandaise #définition