L'élevage ovin est une activité complexe où la gestion de la lactation joue un rôle crucial dans la rentabilité et la santé du troupeau. Cet article explore la durée optimale de la lactation chez les brebis, les facteurs qui l'influencent, et les stratégies pour optimiser cette période.
Introduction
La lactation est une période déterminante dans la vie d'une brebis, influençant directement la croissance de l'agneau et la production laitière. La gestion de cette période, incluant sa durée, est un levier important pour l'éleveur.
Durée Optimale de la Lactation : un Compromis Économique et Biologique
Un sevrage vers 70-80 jours apparaît comme une solution optimale pour limiter les charges d’alimentation des mères et de leurs agneaux. Le lait maternel reste l’aliment le moins cher pour l'agneau. Cependant, prolonger la lactation peut se traduire par une augmentation des charges, surtout si les brebis sont alimentées en bergerie. En effet, les économies d’aliments concentrés réalisées chez les agneaux ne compensent pas toujours les consommations supplémentaires de leurs mères.
Facteurs Influencant la Durée de la Lactation
Plusieurs facteurs influencent la durée idéale de la lactation :
- État corporel de la brebis : Les brebis doivent présenter un état corporel correct pour continuer à produire du lait après 6 semaines de lactation. Si ce n’est pas le cas, il peut être utile de sevrer les agneaux à 60 jours (agnelles, etc.).
- Rythme de reproduction : Les brebis dont le rythme de reproduction est accéléré (moins d’un an entre deux mises à la reproduction) sont généralement taries après 60 à 70 jours de lactation. Une période de repos de deux mois entre le tarissement et la mise à la reproduction suivante est nécessaire afin de ne pas pénaliser les résultats de la prochaine lutte.
- Contexte économique : Prolonger la lactation des brebis en bergerie au-delà de 70 jours n’apparaît pas judicieux compte tenu du contexte de prix des aliments. Une ration de brebis tarie coûte 2 à 3 fois moins chère qu’une ration après 70 jours de lactation.
- Race et potentiel laitier: Si les agneaux disposent de suffisamment de lait, la complémentation sous la mère n’est pas indispensable. L’économie se situe entre 15 à 25 kg d’aliment concentré par agneau avec des croissances peu affectées à condition que les brebis soient laitières et présentent un état corporel correct. Dans le cas contraire, il est préférable d’apporter une complémentation.
Optimisation de l'Alimentation Pendant la Lactation
L'alimentation des brebis laitières est basée sur leur stade physiologique et sur les aliments disponibles dans l’exploitation (les apports extérieurs sont limités). Les éleveurs distribuent classiquement deux fois par jour une ration équilibrée. Elle est composée de fourrages (foin, enrubannage, ensilage) et de céréales ou d’aliment complet.
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Importance du Premier Mois d'Allaitement
Pour les agneaux, le premier mois d’allaitement est déterminant. Tout se joue au cours de cette période, y compris les quantités de concentré qu’ils consomment jusqu’à l’abattage. Il est donc primordial de bien alimenter les brebis au cours de cette période au risque de distribuer encore plus de concentré aux agneaux.
Gestion des Luttes et Économie d'Aliment
La durée des luttes est la principale source d’économie d’aliment. Une brebis qui met bas deux mois après les premières du même lot consomme trois fois plus de concentré (entre 30 et 40 kg) que les autres en fin de gestation.
Pour rappel, les durées de lutte préconisées sont les suivantes :
- Lutte de printemps et d’été : 54 jours ou 14 jours avec béliers vasectomisés + 35 jours avec les béliers de lutte.
- Lutte d’automne : 35 jours.
Attention : si les brebis sont habituées à des durées de lutte plus longues, il est impératif de vérifier la répartition des mises-bas de la précédente lutte. Si moins de 80 % des brebis gestantes ont mis bas sur les deux premiers cycles sur les luttes de printemps, soit un mois, il faut raccourcir la durée progressivement sous peine de contre-performances. C’est une des règles d’or en élevage ovin : constituer des lots d’animaux avec des besoins alimentaires équivalents afin d’adapter la ration au mieux et ne pas gaspiller d’aliment.
Opportunités d'Aliments Moins Chers
Les opportunités d’aliments moins chers restent peu courantes mais existent néanmoins. Par exemple, cela peut être le cas des aliments complets pour brebis en remplacement d’une céréale et d’un complémentaire azoté. Le coût de la ration est diminué de l’ordre de 20 %. Pour calculer l’intérêt économique, il suffit de demander les valeurs UF et PDI des aliments complets à votre distributeur d’aliments et de comparer. Une attention particulière doit être portée aux aliments humides (pulpes surpressées, drêches humides…).
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La Production Laitière Spécifique : l'Exemple du Roquefort
La production laitière pour la fabrication du fromage de Roquefort connaît un cycle annuel basé sur la période d’ouverture des laiteries à partir du 15 novembre et jusqu'au 31 août. La reproduction est donc caractérisée par une seule mise-bas par campagne : à l’automne. Une majorité des éleveurs conduisent leurs brebis selon ce calendrier.
Calendrier de Reproduction et d'Allaitement pour le Roquefort
La lutte a lieu en mai-juin pour les adultes, et souvent un mois plus tard pour les agnelles qui sont alors âgées de 8 mois. La durée de gestation est de 147 jours. La période de reproduction d'un troupeau est réduite afin de grouper les mises bas et l'entrée en traite de l'ensemble des brebis. L’agnelage des brebis est centré sur les mois de novembre - décembre pour les adultes et décembre - janvier pour les agnelles.
Les agneaux pèsent environ 4 kg à la naissance (pour les nés de portée simple) et sont allaités par leur mère pendant a minima 28 jours, selon un accord interprofessionnel. Ils sont sevrés à un poids moyen de 13 à 15 kg. Les agnelles sont choisies au sevrage à l’âge de 4 semaines. Le taux moyen de renouvellement d'un troupeau est de 28% au sein de la race.
Particularités de la Lactation pour le Roquefort
Pendant le premier mois de lactation, les brebis sont simultanément allaitantes et traites car le potentiel laitier dépasse les besoins d’allaitement des agneaux (durant cette période le lait n’est pas commercialisé). La traite effective intervient après le sevrage des agneaux et dure de 6 à 8 mois. Dans le système "Roquefort" brebis sont classiquement traites deux fois par jour à environ 12 heures d’intervalle.
Comprendre l'Agnelage : Préparation et Déroulement
L'agnelage est l'acte qui marque la fin de la gestation de la brebis. Il aboutit à l'expulsion du ou des fœtus, au terme de son passage d'une position intra-abdominale (dans la corne de l'utérus, qui se situe dans le ventre de la brebis) à l'extérieur. La gestation de la brebis dure au total 5 mois (149 jours), bien qu'il y ait de légères variations selon les races ovines. En particulier, les brebis des races très prolifiques, comme les Romanov, ont des durées de gestation plus brèves que cette moyenne (2 jours de moins).
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C'est explicable si on comprend que le fœtus effectue l'essentiel de sa croissance pendant la seconde moitié de la gestation : le poids du futur agneau double au cours du 5ème mois de gestation. Dans la nature, comme dans les élevages extensifs (en extérieur), la brebis qui est prête à donner naissance à un agneau s'écarte du troupeau, ou bien elle s'immobilise et le troupeau la laisse en arrière au fur et à mesure qu'il s'éloigne en broutant. Elle cherche à s'isoler dans un endroit où elle peut construire un "nid", de préférence avec des herbes sèches (fourrage).
En bergerie, l'éleveur fait attention à fournir de la paille en suffisance et à laisser les futures mères tranquilles. La température de la brebis chute de 0,5° C dans les 48 heures qui précèdent la mise-bas. Dans certains pays, les éleveurs estiment que si la température d'une brebis gestante chute sous 39,2° C, c'est qu'elle va donner naissance dans les 2 jours suivants. Cette méthode est jugée efficace à 80 %. Mais, surtout, la brebis arrête de brouter dans l'heure qui précède l'agnelage.
Déroulement de l'Agnelage
Les contractions utérines deviennent coordonnées dans les 12 heures qui précèdent la naissance. Mais elles sont encore de faible amplitude. Elles vont devenir plus intenses et rapprochées dans les deux heures qui vont précéder le travail véritable.
Dans un premier temps, la future mère est anxieuse : elle se lève et se recouche à diverses reprises. Puis, quand les premières contractions utérines coordonnées se produisent, elle s'allonge pour de bon. Le travail commence quand le premier agneau engage sa tête dans le "tunnel" qu'est la filière pelvienne. Mais la "poche des eaux" étant plus près de la sortie que l'agneau lui-même, le début du travail va être marqué par l'apparition de cette poche à l'extérieur. À ce moment-là, la brebis se relève et tourne plusieurs fois sur elle-même, afin de faire éclater la poche, qui libère alors des liquides légèrement gluants.
La brebis se recouche alors et commence le travail d'expulsion du ou des agneau(x). Ces fluides ont en effet une odeur attractive pour la brebis : la naissance a lieu là où ces fluides ont été expulsés. Les agneaux naissent le plus souvent tête et pattes avant en premier, ce qui s'appelle une "présentation antérieure". L'agneau s'engage dans le passage du bassin les pattes avant allongées à plat sur le plancher de ce "tunnel". Deux types de contractions vont permettre l'expulsion de l'agneau :
- Les contractions utérines, qui sont involontaires - c'est l'organisme de la brebis qui décide - et douloureuses, commencent dès le début du travail. Elles augmentent en intensité et en durée au fur et à mesure que le fœtus progresse vers l'extérieur.
- Les contractions abdominales commencent plus tardivement. Elles viennent par réflexe, à partir du moment où la tête de l'agneau quitte le tunnel du bassin pour arriver dans le vagin. Elles sont très efficaces car elles se produisent au moment où les contractions utérines sont maximales. En plus, lorsque la tête de l'agneau est dans le vagin, son thorax est dans la filière pelvienne. Sa cage thoracique étant la partie la plus encombrante de l'agneau, ces contractions supplémentaires sont bienvenues pour le guider vers l'extérieur.
Quand la tête de l'agneau sort du tunnel (elle se trouve alors dans le vagin), l'expulsion devient donc très rapide. Une fois sa croupe sortie à l'extérieur, ses pattes postérieures, étendues vers l'arrière de l'agneau, sortent sans effort supplémentaire de la part de la brebis. La durée de la mise-bas est très variable, mais est en général de 15 à 20 minutes. Lorsque deux jumeaux naissent, cela dure le plus souvent moins longtemps que lorsqu'un seul agneau, plus volumineux, doit être expulsé. À la naissance, un agneau pèse de 3 à 5 kg. Le plus souvent, la brebis donne naissance à un ou deux agneaux, mais certaines races sont connues pour être particulièrement prolifiques. Les Romanov, par exemple, donnent plus souvent des triplés. Mais en élevage, il est exceptionnel d'obtenir des portées plus grandes car les agneaux sont alors très chétifs et leur survie est inconstante.
Comportement Post-Partum de la Brebis
La plupart des brebis sont debout dans la minute qui suit la naissance de l'agneau. La brebis commence à lécher vigoureusement son petit, immédiatement après son expulsion. Ce faisant, elle avale les enveloppes fœtales qui le drapent encore. Plusieurs fonctions sont attribuées à ce comportement (placentophagie) : un rôle d'hygiène (léchage du nombril), une stimulation du jeune à se lever et une façon pour la mère de "marquer" olfactivement son petit. Enfin, ce "léchage" aurait aussi un rôle social, en établissant et maintenant un lien entre la mère et son agneau.
Cette période est cruciale pour la reconnaissance du nouveau-né par sa mère : s'il lui est retiré dès la naissance, puis rendu 6 heures plus tard, elle le rejettera le plus souvent. En moyenne, un agneau est capable de se lever sur ses pattes dans les 15 minutes qui suivent sa naissance. Au bout d'une heure ou deux, la brebis lui autorise l'accès à la mamelle.
Lorsqu'il y a deux agneaux, le second est souvent plus chétif que le premier. La brebis s'occupe plus fortement du premier, ce qui laisse plus de temps au second pour s'alimenter sans gêne à la mamelle. Entre une et trois heures après la naissance du dernier agneau, de nouveaux efforts se produisent : ils permettent d'expulser les enveloppes qui étaient restées dans l'utérus (la délivrance). Elles sont aussi souvent "broutées" par la brebis.
Stratégies d'Élevage et Autonomie Alimentaire
Dans certaines situations, il peut être envisagé de diminuer le chargement pour gagner en autonomie. Cependant si vous envisagez de diminuer la taille de votre troupeau, il est vivement conseillé de ne pas diminuer le taux d’agnelles de renouvellement. Les brebis de réforme se vendent bien et il vaut mieux être un peu plus sévère sur les réformes.
Les cours des engrais azotés et leur faible disponibilité actuelle sur le marché limitent considérablement les achats. Le principal risque est de manquer de stocks si le printemps n’est pas favorable à la pousse de l’herbe sur les prairies à base de graminées. Sous réserve que vous puissiez encore en trouver, sachez qu’avec de l’engrais azoté à 1300 € la tonne, la tonne de matière sèche de foin récolté en plus coûte 100 € la tonne.
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