La lactation longue chez les vaches, une approche alternative à la gestion traditionnelle des troupeaux laitiers, suscite un intérêt croissant. Cette méthode consiste à prolonger la période de lactation des vaches au-delà du cycle conventionnel de 12 à 13 mois, en réduisant la fréquence des vêlages. Si elle offre des avantages potentiels en termes de réduction du travail et d'amélioration du bien-être animal, elle présente également des défis économiques et techniques. Cet article explore en détail les avantages et les inconvénients de la lactation longue chez les vaches, en s'appuyant sur des données scientifiques et des témoignages d'éleveurs.
Réduction de la charge de travail et flexibilité
Traire, matin et soir, est la principale astreinte en production laitière. La première motivation du passage en vêlages groupés, c’est la réorganisation et l’allègement du travail. Certains éleveurs optent pour la lactation longue afin de gagner en souplesse dans l’organisation de leur travail. La réduction du nombre de vêlages permet de limiter la démultiplication des tâches quotidiennes, offrant ainsi une meilleure qualité de vie à l'éleveur. Pour diminuer la charge de travail et donner de la liberté à l’éleveur, plusieurs combinaisons permettent de jouer sur la fréquence et les horaires de traite : monotraite un jour par semaine (le plus souvent le dimanche), sur plusieurs jours par semaine (le week-end ou en rythme 3 traites/ 2 jours) sur une période plus ou moins longue (d’une semaine à quelques mois) ou tout au long de l’année. La monotraite, suivant la situation de chaque élevage, peut donc être mise en œuvre quelques jours, plusieurs mois, voire toute l’année.
Guillaume Houitte, éleveur laitier en Ille-et-Vilaine, témoigne de l'intérêt de la saisonnalité marquée dans son élevage, qui limite la démultiplication des tâches et permet une pause appréciable. Pour fermer la salle de traite cet été, des veaux croisés ont été élevés sous les vaches vides afin de les maintenir en lactation longue.
Impact sur la production laitière et la qualité du lait
La mise en place de la monotraite impacte les taux, le niveau cellulaire et le volume de production et potentiellement les effectifs. La perte de production laitière est alors proportionnelle au nombre de traites supprimées dans l’année. A la ferme expérimentale de Trévarez (29), des essais de monotraite annuelle ont donné comme résultats à l’échelle d’une lactation : - 24 % de lait produit, + 2,7 points de Taux Butyreux, + 2,5 points de Taux Protéique. Si la simple suppression de la traite du dimanche soir a un impact économique faible, la monotraite annuelle génère à effectif troupeau constant une baisse de l’ordre de 20% du chiffre d’affaires.
Si la technique s’adapte à toutes les races, il est possible de sélectionner les femelles qui réagissent le mieux à la monotraite. La Jersiaise est en tête de toutes les races laitières pour la richesse en protéine de son lait. La qualité de la protéine du lait de Jersiaise est à souligner avec un variant B de la Kappa Caséine présent en forte proportion (86%) qui permet un meilleur caillage et un meilleur rendement fromager. En plus du variant B de la Kappa Caséine, les dernières analyses génomiques Danoises sur 600 vaches ont permis de découvrir que 67% d'entre elles portaient le variant A2A2 de la Béta caséine. Ce variant A2 permet une meilleure digestibilité des protéines du lait.
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Considérations économiques
La marge sur coût alimentaire doit être nécessairement optimisée pour faire face à la baisse de chiffre d’affaires. Une ration économe basée sur le pâturage et des quantités faibles de concentrés permet de limiter l’impact économique de la baisse des volumes livrés.
Estimer la perte de lait est crucial, surtout si le troupeau n’a pas une persistance optimale. C’est le lait livré chaque jour par le troupeau qui rémunère l’éleveur, pas les vaches gestantes. Lors de l’allongement de la lactation de 60 jours, la production est de 20 kg en moyenne (situation B). Lors de la reprise de la lactation en situation A, la production est de 45 kg en moyenne sur 60 jours.
Santé et bien-être animal
Une bonne maîtrise des facteurs de risques de mammites est un préalable indispensable à la monotraite. En effet, la suppression d’une traite par jour entraine fréquemment une nette élévation des taux cellulaires et quelques mammites durant les trois semaines qui suivent la mise en oeuvre. Il est donc important de démarrer avec une situation cellulaire la plus saine possible et mettre en place des mesures préventives. Un démarrage lorsque les vaches dorment en pâture au printemps évitera les pertes de lait dans le bâtiment.
Prolonger les lactations diminue le nombre de vêlages par année et donc les phases à risques et les stress pour les vaches et l’éleveur, résume Richard Eicher. L’objectif peut aussi être de réduire les problèmes de peripartum, de ne plus devoir tarir des vaches qui donnent encore beaucoup de lait au tarissement, ou encore de diminuer le nombre de veaux mâles à faible rentabilité.
Les résultats de plusieurs études semblent prometteurs quant à la longévité des vaches lorsque les lactations sont prolongées. Le moindre nombre de vêlage entraîne aussi moins de problèmes de peripartum et moins de traitements métaboliques et d’utilisation d’antibiotiques.
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Vêlages groupés et saisonnalité
Depuis quelques années, Guillaume est passé en vêlages groupés d’automne, avec des mises-bas de mi-septembre à début décembre. Depuis 2 ans, le tarissement estival lui permet de fermer la salle de traite pendant 2 mois. Avoir une saisonnalité marquée dans son élevage limite la démultiplication des tâches à accomplir chaque jour. Cela permet également de limiter l’astreinte à certaines périodes.
Un intérêt de la pratique trop souvent oublié selon Guillaume : le vide sanitaire que cela permet. Pendant les deux mois de tarissement, bâtiments et salle de traite sont vides. Si les besoins en fourrage sont limités en période estivale, ils sont au plus haut en hiver. En vêlages groupés d’automne, il est important de produire des stocks de qualité. Plusieurs types d’enrubannage plus ou moins fibreux permettent d’assurer une ration équilibrée. Par ailleurs, le pâturage hivernal est privilégié et la période en ration 100% stock limitée au maximum.
Reproduction et progrès génétique
Dans la grande majorité des élevages, la stratégie classique est de faire vêler les vaches tous les 12-13 mois pour bénéficier chaque année d’un pic de lactation par vache. « Comme le potentiel de production des vaches tend à augmenter, cet objectif est de plus en plus difficile à atteindre et les statistiques de reproduction tendent à diminuer » constate Richard Eicher, vétérinaire à l’Université de Berne en Suisse.
Quelques inséminations et/ou injections d’hormones en moins ne compensent jamais les pertes de production laitière. La stratégie ''un veau par vache par année'', qui augmente le nombre de vaches en début de lactation, reste la stratégie la plus rentable dans la plupart des exploitations.
Adaptation aux conditions locales
La ferme se trouve sur des terres profondes peu séchantes, mais la pousse de l’herbe ralentit de plus en plus tôt dans la saison. Guillaume observe un avancement d’un mois par rapport à son installation il y a 15 ans. La saisonnalité des stades physiologiques du troupeau limite le stress thermique des animaux.
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Avec le maïs présent dans les élevages, il y a la possibilité de pâturer des dérobées Ray Gras/trèfle l’hiver. On profite de la pousse printanière pour maintenir la lactation sans compléments. L’été les vaches ont moins de besoin : du pâturage de millet/trèfle, de stocks sur pied de 50-60 jours et du foin. Ma crainte ce sont les fortes chaleurs pour les gestantes qui souffrent un peu. Je trouve le travail moins contraignant avec la période calme estivale. Ça me permet d’avoir plus de temps pour moi et la famille. Il y a le pic de travail à l’automne avec les vêlages et les semis, mais en travaillant à plusieurs je le vis bien !
Sur-traite
Chez la chèvre, la glande mammaire présente une citerne particulièrement développée. La plus grande partie du lait est transférée dans l'intervalle des traites des alvéoles vers la citerne où il est stocké jusqu'à la traite. A l'issue de la traite, il persiste toujours un peu de lait résiduel que l'on a tendance à vouloir récupérer en prolongeant la traite, en massant la mamelle, en procédant à un "égouttage" ou encore en rebranchant la chèvre ("repasse").
La surtraite a surtout des effets sensibles lorsqu'elle est associée à d'autres facteurs de risque tels que : un niveau de vide élevé, un défaut de pulsation, des manchons inadaptés. Elle aggrave les lésions des trayons. Elle altère les structures du canal du trayon et peut donc diminuer l'efficacité de cette barrière naturelle. Elle favorise les entrées d'air, augmente la probabilité des phénomènes d'impact et augmente par conséquent les risques de pénétration des bactéries dans le canal du trayon. Elle expose les animaux à des risques accrus d'infections mammaires. Elle a un impact plus marqué dans les élevages dont la fréquence des infections mammaires est élevée. Une surtraite longue et/ou chronique (répétée) doit être évitée.
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