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L'Induction de la Lactation chez l'Homme : Mythes, Réalités et Perspectives

Allaiter sans avoir jamais été enceinte est une possibilité qui suscite de plus en plus d'intérêt et de questions. L'induction de la lactation, un processus qui permet de développer une production lactée chez une personne n'ayant jamais vécu de grossesse, est devenue une réalité pour de nombreuses familles, y compris les mères adoptantes, les mères sociales dans un couple de femmes, les parents transgenres et non binaires, et même, dans des cas exceptionnels, des hommes cisgenres. Cet article explore en profondeur les aspects anatomiques, physiologiques, médicaux et sociaux de l'induction de la lactation chez l'homme, en s'appuyant sur des témoignages, des études et des avis d'experts.

Anatomie et Physiologie du Sein Lactant

Pour comprendre les enjeux de la lactation induite, il est essentiel de rappeler quelques éléments d'anatomie et de physiologie du sein lactant.

Stades de Développement de la Glande Mammaire

Le tissu mammaire est déjà en place au stade embryonnaire, ce qui explique pourquoi du colostrum peut s'écouler du mamelon du nouveau-né, masculin comme féminin, sous l'effet de l'imprégnation hormonale maternelle. La glande mammaire reste ensuite en latence jusqu'à la puberté où, sous l'influence des hormones sexuelles féminines, les canaux galactophores se développent. En parallèle, les seins gagnent en tissu adipeux, ce qui leur confère l'augmentation de volume. Les tissus conjonctif et vasculaire croissent également.

Au cours de la grossesse, le tissu glandulaire poursuit sa maturation. Alvéoles et canaux se développent et se multiplient, ainsi que les récepteurs à prolactine. Le sein termine sa maturation au cours de la première lactation.

Le sevrage induit une mort cellulaire progressive. L'involution n'est pas totale, c'est-à-dire que la glande mammaire ne reprend pas tout à fait le stade préconceptionnel. Des cellules agissant comme cellules mémoires persistent, ce qui facilite les lactations ultérieures, ainsi que les relactations.

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Stades de la Lactation

La synthèse du lait par la glande mammaire débute au cours de la grossesse sous l'influence de nombreuses hormones (l'hormone lactogène placentaire et la prolactine notamment, sous contrôle inhibiteur de la progestérone puis des estrogènes). C'est la lactogenèse I.

La lactogenèse II débute après l'accouchement, lors de la chute des taux de progestérone et d'estrogènes, en présence de fortes concentrations de prolactine. La "montée de lait" (aussi appelée activation sécrétoire) survient entre la 30e et la 40e heure après l'accouchement. C'est la phase la plus délicate de la lactation. La sécrétion lactée se modifie (notamment diminution du taux de sodium et de protéines, augmentation de la concentration de lipides et de glucides), puis augmente en volume. Plus l'extraction du lait intervient rapidement de façon efficace et fréquente, plus la lactation peut s'établir avec succès.

Au cours des six semaines suivantes, la production se calibre à la quantité consommée par l'enfant (ou les enfants) ou exprimée par la mère (manuellement ou par l'utilisation d'un tire-lait). C'est donc la demande qui régule à la hausse ou à la baisse le volume de lait produit.

La lactation continue aussi longtemps que cette demande se poursuit. Le sevrage est la période où la production diminue en volume, sans modification de la qualité du lait.

L'Induction de la Lactation : Un Processus Multifactoriel

L'induction de la lactation est un processus d'accompagnement, avec appui médicamenteux ou non, dont l'objectif est l'instauration d'une production lactée chez une personne n'ayant jamais eu de grossesse. La lactation nécessite une glande mammaire - présente chez tous les individus, à des stades plus ou moins développés - ainsi qu'un axe hypothalamo-hypophysaire fonctionnel, dans un environnement hormonal adéquat.

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Aides Médicamenteuses à l'Induction de la Lactation

En l'absence de pathologie endocrinienne, la grossesse et l'accouchement représentent donc naturellement l'environnement hormonal adéquat, favorable à l'installation d'une production lactée. Leur absence (ou l'accouchement prématuré) a, au regard de cette physiologie, un impact sur la maturation de la glande mammaire et, par effet ricochet, peut impacter la quantité de lait produite. Toutefois, l'installation d'une lactation reste possible, avec ou sans aide médicamenteuse. En effet, le plus puissant levier de production de lait est le drainage du sein.

Pour mimer l'environnement hormonal de la grossesse, il est possible de prendre par voie orale une combinaison d'estrogènes et de progestérone, puis d'arrêter net la prise.

Une Pilule Contraceptive pour Mimer Hormonalement la Grossesse

Le Dr Jack Newman, pédiatre américain, en collaboration avec Lenore Goldfarb, a mis au point trois protocoles de soutien à l'induction de la lactation, basés sur la prise de 1 à 2 mg de progestérone et moins de 0,035 mg d'estrogène en continu, pour une durée variable. Le praticien accompagnant la personne souhaitant induire sa lactation proposera donc, selon la situation (temps disponible avant l'arrivée prévue de l'enfant et fonction ovarienne), le protocole "standard", "accéléré" ou "ménopause". Il est à noter que ces protocoles n'ont pas fait l'objet d'études randomisées et sont le fruit du travail empirique de ce pédiatre renommé.

Une pilule contraceptive, monophasique estroprogestative de 4e génération, et présente actuellement sur le marché français, répond aux taux indiqués par Newman. Le protocole standard propose sa prise pendant six mois, en précisant que « the longer the better, if the mother can start as soon as she knows a baby is on the way it would be great » ("plus c'est long, mieux c'est, si la mère peut commencer dès qu'elle sait qu'un bébé est en route, ce serait formidable"). Le protocole ménopause, à destination des femmes sous traitement hormonal substitutif, propose de remplacer celui-ci par la pilule combinée, tandis que le protocole accéléré adapte la durée de sa prise au temps disponible avant l'arrivée du bébé.

La Dompéridone : Un Antagoniste de la Dopamine Controversé

Parallèlement à cette pilule combinée, Newman et Goldfarb conseillent la prise d'un antagoniste de la dopamine, la dompéridone, en débutant à la posologie de 10 mg, quatre fois par jour pendant une semaine, puis en l'augmentant à 20 mg à la même fréquence journalière.

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Le principe d'action de la dompéridone est lié au climat hormonal : la dopamine joue un rôle inhibiteur de la sécrétion de prolactine (selon un système de rétrocontrôle négatif). Lorsque le taux de dopamine diminue, la sécrétion de prolactine augmente. L'efficacité de la dompéridone pour augmenter le volume de sécrétion lactée en post-partum a été démontrée dans des situations variées, comme la prématurité, les césariennes, un "mauvais départ", etc. Dans la plupart des cas, la posologie testée était de 30 mg par jour. Des posologies supérieures à 60 mg par jour n'ont pas été étudiées.

Cet antiémétique, ainsi détourné de son autorisation de mise sur le marché, est soumis à controverse. Des effets indésirables cardiaques graves à type de trouble du rythme ont été rapportés, dans une population masculine de plus de 60 ans ou chez des personnes ayant des antécédents cardiaques, à posologie supérieure à 30 mg par jour. Au terme de nombreuses études sur la question, le professeur en pharmacie australien Luke Grzeskowiak suggère de mettre en balance ce surrisque avec les bénéfices démontrés de l'allaitement maternel (tant pour la mère que pour l'enfant), et estime les études de cohortes rassurantes chez cette population. Un autre effet indésirable possible de la dompéridone est le syndrome de sevrage (insomnie, agitation, anxiété et troubles de l'humeur) lors de l'arrêt brutal, et ce d'autant plus que la posologie était élevée et le traitement long. En cas de symptôme de ce type, il est conseillé une reprise du traitement, puis une décroissance très progressive par paliers.

Au regard des risques d'effets secondaires, les recommandations françaises en termes de prescription de dompéridone sont d'un maximum de 30 mg par jour, idéalement sur une durée maximale de sept jours. Il convient donc, avant toute prescription de dompéridone pour induire ou augmenter la production lactée, y compris chez une femme jeune, de réaliser un interrogatoire rigoureux, d'informer par écrit la patiente des risques encourus et de mettre en place une surveillance régulière de l'électrocardiogramme (ECG) tout au long du traitement. Un accompagnement au sevrage progressif doit également être prévu.

Côté bébé, la quantité de dompéridone ingérée via le lait est très faible (moins de 0,1% de la dose maternelle), et aucun événement particulier n'a été signalé chez les très nombreux nourrissons concernés.

Soutien Non Médicamenteux

Pour mimer l'accouchement, la pilule estroprogestative est arrêtée net et les stimulations des seins débutent : massages, expression manuelle, sessions au tire-lait. Pour Newman, cette mise en route devrait intervenir environ six semaines avant la date prévue d'arrivée du bébé.

Importance du Drainage des Seins

Quel que soit le contexte, avec ou sans soutien médicamenteux, le principal moteur de l'établissement d'une lactation est le drainage fréquent des seins. Dans le cas de l'induction d'une lactation, il est recommandé de débuter par une séance de tire-lait électrique double pompage toutes les trois heures, y compris la nuit. Le repère de "huit sessions par 24 heures dont au moins une la nuit" est moins rigide ou stressant pour, finalement, un compte similaire. Certaines sessions peuvent ainsi être rapprochées, d'autres plus espacées, en tentant de ne pas dépasser quatre heures sans drainage des seins.

Les programmes préétablis d'initiation de la lactation sur certains modèles de tire-lait dernière génération sont très intéressants. La séquence d'expression combinant massages, tire-lait et expression manuelle dans le but d'augmenter la production lactée en cas de prématurité fait également tout à fait sens dans le cadre d'une lactation induite. D'une manière globale, les conseils habituels à destination des mères allaitantes dépendantes d'un tire-lait sont aussi parfaitement adaptés à l'accompagnement de celles souhaitant induire une lactation, et sont ainsi à transmettre.

Lorsque le bébé est là, et dès la salle de naissance le cas échéant, les tétées au sein peuvent débuter. Elles seront le plus fréquentes possible, à la demande, et on veillera à leur efficacité. En parallèle, tant que la production n'est pas stabilisée à un volume correspondant au projet parental, mieux vaut compléter chaque tétée par une courte session de tire-lait. Newman conseille de poursuivre la dompéridone jusqu'à l'établissement d'une production suffisante - ou que la mère soit prête à sevrer son bébé du sein. L'arrêt doit être progressif, tant pour le risque de sevrage que celui de diminution du volume de lait produit.

Plantes Galactogènes : Un Soutien Traditionnel

Dès l'obtention de lait, la prise de plantes réputées galactogènes peut être envisagée. Il est à préciser que celles-ci n'ont pas d'efficacité prouvée (l'effet placebo pouvant être la raison de l'impression répandue de leur efficacité) ni de données scientifiques prouvant leur innocuité. Il reste rassurant que ces plantes soient pour la plupart utilisées depuis des siècles sans danger apparent. La prudence dans l'utilisation des préparations à base de plantes est néanmoins recommandée, en raison de doses non standardisées, de possible présence de contaminants, de leur potentiel allergisant et des éventuelles interactions médicamenteuses.

Accompagnement et Soutien

La base de l'accompagnement des familles est l'individualisation, et le soutien d'une induction de lactation ne déroge pas. Il est essentiel de toujours partir du projet parental et non de ce qu'on projette être "bon", "correct" ou "idéal" pour cette famille. La première étape consiste donc à définir, ensemble, le contexte (durée avant l'arrivée de l'enfant et éventuelle notion d'urgence, soutien de l'entourage, allaitement unique ou partagé avec le coparent, etc.) et les objectifs (allaitement exclusif ou partiel, durée souhaitée, etc.).

L'Allaitement Masculin : Mythes et Réalités

Si l'image de la mère allaitant son nouveau-né est bien ancrée dans les esprits, l'allaitement masculin, bien que rare, est une réalité attestée par des récits historiques et des études scientifiques.

Anatomie et Hormones : Les Hommes ont-ils le Potentiel d'Allaiter ?

D'un point de vue anatomique, les hommes cisgenres ont tout ce qu'il faut pour pouvoir donner le sein à leurs enfants. Bien avant la grossesse et même la puberté, c'est pendant la vie embryonnaire que la possibilité de produire du lait est déterminée chez chaque individu. Si biologiquement le fœtus s'avère être une fille, le corps va se préparer hormonalement à développer des seins pour pouvoir un jour allaiter si besoin. Au moment de la puberté, vers les 12 ans de la petite fille (mais parfois plus tôt ou plus tard), la glande mammaire va se développer sous l'influence d'hormones, les œstrogènes et la progestérone. Avant cette période, il y a peu de différences entre les garçons et les filles. Si on devait faire une comparaison, on pourrait dire que les hommes ont les seins d'une femme qui n'aurait pas connu la puberté.

Les femmes cisgenres n'ont pas le monopole des hormones de lactation : les hommes aussi produisent de la prolactine et de l'ocytocine grâce à leur hypophyse. D'un point de vue hormonal, ils pourraient donc allaiter. Ce qui bloque l'allaitement chez les hommes, c'est la production de dopamine en quantité importante. En effet, ce neurotransmetteur inhibe l'augmentation du taux de prolactine, empêchant ainsi la fabrication du lait.

Récits Historiques et Cas Contemporains

Des récits d'hommes allaitant existent bel et bien, et ils datent parfois de plusieurs milliers d'années. Dans son article « L'allaitement et la société », l'essayiste féministe Yvonne Knibiehler raconte la légende de Saint Mammès, martyre du IIIe siècle de notre ère, qui aurait réussi à allaiter un bébé abandonné dans un buisson par ses parents. Plus récemment, au début du XIXe siècle, dans Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent, le naturaliste allemand Alexander von Humboldt raconte l'histoire d'un jeune Vénézuélien qui aurait été capable d'allaiter son bébé pendant la maladie de sa femme. À la même époque, l'explorateur Sir John Richardson, au cours d'une expédition dans le grand nord canadien, aurait aussi observé le cas d'un père qui se serait mis à allaiter son enfant après le décès de la mère. Aussi, en 2002, l'Agence France Presse a rapporté l'histoire de B. Wijeratne, un père de famille Sri Lankais qui s'est mis à produire du lait pour nourrir sa fille aînée après le décès de la mère : « Habituée au lait maternel depuis sa naissance, elle rejetait le lait en poudre que je lui offrais. À force de l'entendre pleurer, j'ai fini par lui offrir mon sein.

Ces différents récits sont une nouvelle démonstration du pouvoir que peut avoir le subconscient sur le corps. Animés par le besoin vital de leurs enfants de se nourrir, ces pères auraient réussi à sécréter assez de prolactine pour pouvoir produire du lait. Un traitement hormonal ne serait donc pas toujours nécessaire pour qu'un homme puisse donner le sein. L'expérience de Ragnar Bengtsson, un étudiant suédois, corrobore ces paroles : en 2009, il a tenté de prouver que les hommes cisgenres pouvaient produire du lait uniquement en stimulant leurs tétons. Pour ce faire, il a vissé un tire-lait sur ses mamelons plusieurs fois par jour pendant trois mois.

L'Allaitement Masculin dans Différentes Cultures

En Afrique centrale, les Aka, un peuple nomade de pygmées, sont connus pour leur répartition quasi égalitaire des tâches liées à la parentalité : selon les recherches de l'anthropologue américain Barry Hewlett, ils consacrent 47% de leur temps à s'occuper de leurs enfants, et lorsque les mères partent à la chasse, ils n'hésitent pas à jouer du téton pour faire patienter les petits avant la prochaine tétée. Une découverte qui, en 2005, a encouragé le journal britannique The Guardian à élire les Aka les « meilleurs pères du monde ». « Le sein, c'est la nourriture, mais c'est aussi le réconfort, et ce serait dommage de l'oublier », conclut la sage-femme.

Allaitement au Masculin : Comment s'y Prendre ?

Selon Véronique Darmangeat, consultante en lactation, les glandes mammaires des hommes ne sont pas prévues pour l'allaitement, a contrario des femmes dont le corps se prépare tout au long de la grossesse à la mise au sein. De plus, si les hommes sont bels et bien pourvus de glandes mammaires et d'hypophyse (qui secrète l'ocytocine, favorisant l'éjection du lait), ces derniers ne peuvent spontanément répondre à la demande d'un bébé affamé. En effet, leur production de dopamine aurait pour effet d'empêcher ce phénomène lacté. Néanmoins, il semble possible - toujours selon notre professionnelle - que dans certains cas plutôt rares, les hommes puissent stimuler leur lactation à l'aide d'un tire-lait ou d'une succion du mamelon par la bouche du bébé. Les conséquences ? « Les seins des hommes se développent, et leurs hormones se féminisent. Sont-ils prêts à faire ces concessions ? » s'interroge Véronique Darmangeat.

Allaitement au Masculin : Quid de la Confusion des Genres ?

Pour Hubert Montagner, professeur de psychologie et ancien directeur de recherche à l'Inserm, il est nécessaire d'établir une frontière entre le psychique et le physiologique dans le domaine de l'allaitement au masculin. « Si le phénomène existe bel et bien, il ne faut pas que les papas se prennent pour des mamans. Ces hommes qui tentent l'expérience en donnant le sein sont dans une ambivalence père-mère et envoient une information floue à leurs petits », souligne-t-il. Selon notre spécialiste, cette confusion des rôles ne permet pas au bébé de s'installer dans des « relations accordées » où la singularité de chaque parent est respectée. A travers cette conception, les hommes (encore rares) qui souhaitent allaiter et vivre cette fusion avec bébé doivent dépasser de nombreux obstacles et préjugés pour mener à bien leur désir. A savoir, le regard de la société et les barrières psychologiques culturelles, qui veulent que seules les femmes soient détentrices de ce pouvoir… nourricier.

L'Induction de la Lactation chez les Personnes Transgenres et Non Binaires

La lactation ne concerne pas uniquement les femmes cisgenres, ni même les personnes assignées femmes à la naissance. Si le climat hormonal féminin - et a fortiori celui d'une grossesse - est favorable, des organes génitaux féminins fonctionnels ne sont pas requis pour la seule production de lait. Ainsi, l'induction de la lactation peut se faire chez une femme cisgenre n'ayant ni utérus ni ovaires (quelle qu'en soit la raison), mais aussi chez une femme transgenre (assignée homme à la naissance, porteuse ou non d'organes génitaux masculins). La lactation est également possible chez les hommes trans.

Spécificités de l'Accompagnement des Personnes Transgenres et Non Binaires

Afin de soutenir au mieux toutes les familles dans leur projet d'allaitement, quel qu'il soit et quelle que soit la composition familiale, il convient de s'informer (voire de se former) en amont sur les particularités de l'accompagnement des personnes queer. Un des principaux points de difficulté est l'accès aux soins, en lien avec les discriminations et refus de soins. L'inclusivité est d'ailleurs souvent à l'épreuve aussi dans les écrits professionnels. Enfin, la communication directe avec le personnel soignant, qui peut, intentionnellement ou non, les mégenrer (utiliser les mauvais pronoms, noms, etc.) représente une fréquente source de stress, de dysphorie de genre. Par quels pronoms s'adresser à cette personne ? Ce parent souhaite-t-il être nommé "papa", "maman", ou autrement ? Le meilleur moyen de ne pas se tromper est encore de demander.

Femmes Transgenres

La seule différence entre une femme cisgenre et une femme transgenre dans l'induction de leur lactation (en dehors d'une grossesse, donc) est la nécessité d'un bloqueur androgénique chez ces dernières. Généralement, il s'agit d'un traitement quotidien de 100 mg de spironolactone. Le passage lacté étant très faible (l'enfant reçoit 1 % de la dose maternelle), celui-ci est tout à fait compatible avec l'allaitement. La prise d'estrogènes, soit au début du protocole d'induction, soit en amont au cours de la transition, permet à la glande mammaire de se développer.

Hommes Transgenres

La lactation est également possible chez les hommes trans. En revanche, l'arrêt des androgènes est nécessaire, car ceux-ci diminuent les taux sériques de prolactine. En l'absence de grossesse (pour cette lactation ou précédemment), une prise d'estroprogestatifs peut faciliter la production de lait, mais accroître la dysphorie de genre. Lorsqu'une chirurgie de masculinisation de la poitrine a déjà eu lieu, l'allaitement "sur le torse" (chestfeeding) peut être aidé par l'utilisation d'un dispositif d'aide à la lactation (DAL), associé si nécessaire à un protège-mamelon en silicone.

Défis et Considérations Spécifiques

Les mères appartenant à la communauté LGBTQ+ qui désirent allaiter peuvent se retrouver en difficulté tant sur le plan psychologique que physique. Les personnes de la communauté LGBTQ+ ont souvent été sujettes à une stigmatisation et une discrimination par le corps médical, essentiellement par manque de connaissance, ou parfois par jugement de valeur. La personne appartenant à la communauté LGBTQ+ doit créer son propre cheminement entre son sexe (l'aspect anatomique), son genre (le rôle social), et son identité de genre (comment la personne se perçoit). Le langage utilisé d'un point de vue anatomique peut parfois mettre mal à l'aise ou engendrer une dysphorie, ou recrudescence de la dysphorie de genre. Il est préférable pour tous les professionnels entourant la périnatalité et l'accompagnement à l'allaitement, de demander à la personne si cette dernière désire un emploi de langage spécifique.

Lors de l'allaitement, la prise de testostérone ne sera pas reprise chez les hommes transgenres. Il n'y a pas de consensus scientifique sur le fait qu'elle soit délétère lors de l'allaitement, tant pour la lactation (avec l'interférence d'hormones liées à la lactation comme la prolactine, l'insuline et l'hydrocortisone) que pour le passage hormonal dans le lait maternel et donc de l'incidence potentielle pour le bébé. La personne n'ayant pas eu recours à la chirurgie mammaire pourra être pressée d'avoir recours au binder / serre-poitrine (acte de se bander les seins par compression). La dysphorie peut impliquer un sevrage précoce de l'allaitement. C'est pourquoi il est important d'apporter un soin tout particulier aux hommes transgenres allaitants afin d'adapter le projet d'allaitement selon l'état émotionnel.

Les hommes transgenres qui ont fait une chirurgie de masculinisation de la poitrine peuvent avoir des difficultés lors de l'allaitement. Le degré de difficulté peut être corrélé à la nature de l'intervention. Il faudra s'assurer que la glande mammaire a été préservée et que la zone aréolaire n'a été ni modifiée ni déplacée. La zone péri-aréolaire sollicite les nerfs qui sécrètent des hormones liées à la lactation. De plus, sous la zone mamelonnaire se trouve l'ensemble des canaux galactophores, dont il faut s'assurer qu'ils ne sont pas lésés, voire sectionnés. Bien que certains chirurgiens garantissent un résultat optimal pour la préservation de la glande mammaire, il n'est pas possible de prédire le résultat final. Il faut savoir que chaque grossesse permet une régénérescence cellulaire et nerveuse, donc même si la glande mammaire ou la zone nerveuse a été lésée, l'allaitement reste envisageable. Il ne le sera peut être pas de façon exclusive et nécessitera peut-être des compléments de lait artificiel qui pourront être donnés grâce à un DAL (dispositif d'aide à la lactation) pour favoriser la mise au sein, ou dans un autre contenant. Il sera aussi nécessaire d'être attentif aux risques d'engorgements, ce qui peut induire une incitation à l'auto-palpation et à l'écoute des sensations dans la poitrine.

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