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L'alimentation des chèvres laitières : Optimisation de la lactation grâce à une formule de référence caprine

L'alimentation est un facteur déterminant pour la santé et la productivité des chèvres laitières. Une ration équilibrée, adaptée aux besoins spécifiques de l'animal, est essentielle pour garantir une lactation optimale et la production d'un lait de qualité. Cet article explore les différents aspects de l'alimentation des chèvres laitières, en mettant l'accent sur l'importance des fourrages, des concentrés et des nutriments essentiels, ainsi que sur les stratégies d'alimentation pour optimiser la production laitière.

Besoins nutritionnels des chèvres laitières

Les besoins nutritionnels des chèvres laitières varient en fonction de plusieurs facteurs, tels que le stade de lactation, le poids, la production laitière et la composition du lait. Il est crucial de comprendre ces besoins afin de formuler une ration adaptée.

Besoins protéiques et PDI

Chez les ruminants, l'essentiel de la digestion a lieu à l'aide de micro-organismes dans le rumen. Les bactéries et protozoaires de cette panse dégradent les aliments en nutriments, et synthétisent des protéines (sous forme d'acides aminés) qui pourront ensuite être assimilées par les animaux via leur intestin. De fait, les besoins protéiques des ruminants sont exprimés en PDI (Protéines digestibles dans l’intestin). L'unité couramment utilisée pour quantifier la teneur en protéines est la MAT (Matière Azotée Totale). Cependant, l'activité microbienne du rumen qui permet de dégrader ces protéines nécessite de l'énergie et de l'azote pour être suffisamment efficace. Chez la vache laitière, les deux acides aminés considérés le plus fréquemment comme limitant la synthèse des protéines sont la lysine et la méthionine. Peu importe le stade de lactation, les besoins sont de 2,5 % des PDIE pour la méthionine et de 7,3 % des PDIE pour la lysine.

Fourrages et concentrés

L'alimentation des ruminants se fait à l'aide de fourrages et de concentrés. Une ration est composée en grande partie de fourrages, aliments bon marché et riches en fibres, et peut être complétée ou non avec des concentrés. Leur valeur alimentaire est calculée à l'aide de différentes caractéristiques. Les valeurs de PDIN et PDIE de ces aliments peuvent être trouvées, sous forme de moyennes, dans les tables d'alimentation développées par l’INRA.

Calcul de la ration

Dans le cadre de l'autonomie protéique, il est fondamental de calculer les rations pour son troupeau afin de déterminer la surface nécessaire à la production des aliments. Une fois les besoins calculés, il faut déterminer les caractéristiques des aliments, et en l'occurrence leur teneur en protéines afin de les apporter dans une ration cohérente pour les animaux.

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Ration équilibrée et Rmic

Dans tous les cas , une ration bien équilibrée aura un apport en PDIE égal aux besoins en PDI du ruminant, et un apport en PDIN égal ou éventuellement supérieur à l’apport en PDIE. En effet, si PDIN<PDIE, il y aura un manque d’azote dégradable pour la flore microbienne du rumen. Un léger déficit, défini à l'aide du Rmic (Ratio microbien), peut cependant être accepté pour chaque espèce et chaque production. Ce rapport Rmic permet de vérifier le bon fonctionnement du rumen. Celui-ci est défini par la formule (PDIN - PDIE)/UF*, et doit être supérieur à une valeur seuil, le Rmin (Ratio microbien minimal), pour assurer un bon fonctionnement de la panse. *UF est l’encombrement fourrager, valeur également consultable dans les tables de l’INRA. Si le rapport Rmic est supérieur à la valeur seuil, la ration est acceptable. Si le rapport Rmic est inférieur au Rmin il faut revoir la ration.

Stratégies d'alimentation

Les stratégies d'alimentation des vaches laitières sont le plus souvent basées sur le fourrage disponible sur l'exploitation complété par des concentrés produits ou non sur l'exploitation aussi, pour couvrir les besoins des animaux. Il faut alors trouver un compromis entre les besoins individuels très différents au sein du troupeau et une simplification de l'alimentation tout en optimisant l'utilisation d'aliments concentrés. Pour cela, différentes stratégies existent.

Ration complète

La ration complète : Cette technique offre à l'éleveur un gain de temps considérable, car elle consiste à mélanger préalablement fourrages et concentrés puis à distribuer ce mélange aux animaux. Il n'y a aucun apport individuel de concentré. Si elle permet aussi un bon fonctionnement du rumen, elle tient compte d'un objectif moyen de production.

Ration semi-complète

Pour éviter cet inconvénient de la ration complète, l'éleveur peut choisir de diminuer la part énergétique de la ration et de distribuer aux vaches hautement productrices un complément concentré. Les vaches à faible production ne seront ainsi par suralimentées.

Complémentation individualisée

Cette fois-ci, l'alimentation est totalement individualisée. Les concentrés sont administrés animal par animal. Cela permet donc un ajustement précis aux besoins de chaque individu.

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Aliment d'allaitement pour chevrettes et chevreaux

Il existe des aliments d'allaitement pour chevrettes et chevreaux sur une base lactosérum. La formule spécifique permet d'assurer un bon démarrage de vos jeunes caprins tout en encourageant l'ingestion précoce de concentrés. Cet aliment d'allaitement contient :

  • Un apport en matières grasses spécifiques, sans huile de palme et enrichi en huile de lin, adapté à la physiologie du jeune animal pour couvrir ses besoins en énergie et acides gras spécifiques.
  • Des levures vivantes agissant comme stabilisateur de la flore intestinale et permettant d’accélérer la mise en place du rumen pour une meilleure croissance.
  • Du fer, zinc et manganèse partiellement sous forme chélatée et du sélénium organique pour une absorption facilitée.

Pâturage et ingestion

La gestion de l’alimentation des chèvres est un point de vigilance majeur en élevage caprin, particulièrement au pâturage où la ration n’est pas connue précisément. Comment les chèvres laitières, au comportement de tri élevé, s’adaptent, et combien ingèrent-elles en conditions de pâturage rationné sur prairies temporaires sous l’effet des différents facteurs de conduite ?

Estimation de l'ingestion au pâturage

Contrairement à l'auge où il est possible de mesurer directement l'ingestion des animaux par pesée des quantités offertes et refusées et de leur teneur en Matière Sèche (MS), il est très difficile de mesurer ou d'estimer avec précision l'ingestion individuelle au pâturage. Au vu de l'expérience accumulée à INRAE (PEGASE) sur les vaches laitières au pâturage, nous avons choisi d'estimer l'ingestion des chèvres à partir de la méthode classique basée sur la définition de la Digestibilité (D), qui permet de calculer l'Ingestion (I) à partir de D et de la quantité de Fèces excrétée (F), suivant la formule (Penning, 2004 ; Pérez-Ramírez et al., 2012) : I = F/(1 - D)

Activités de pâturage

Les activités de pâturage des chèvres ont été enregistrées grâce à des appareils portatifs, les Lifecorder Plus (LCP, Suzuken Co. Cet accéléromètre uni-axial est basé sur une note d'intensité d'accélération de 0 à 9 calculée toutes les 4 secondes, et seule la note d'activité moyenne observée par tranche de 2 min est stockée en mémoire et exportée. Les accélérations de la tête sont très synchrones des activités de pâturage, et le pâturage peut donc être simplement défini comme toute activité dont le seuil d'activité est supérieur ou égal à 0,5.

Adaptation au pâturage

En mars 2015, un troupeau de 90 chèvres de race Alpine de la ferme expérimentale de Méjusseaume, conduit depuis plusieurs générations en bâtiment avec une alimentation à base de fourrages conservés secs (foins, déshydratés, concentrés), est sorti au pâturage pour la première fois. Le premier jour, aucune chèvre n’a pâturé pendant les deux premières heures d’accès, mais 30 % des chèvres ont commencé à pâturer à la 3ème heure. Le deuxième jour, environ 20 % du troupeau a pâturé dès l’arrivée sur la parcelle, et jusqu’à 50% des chèvres ont pâturé simultanément en cours de journée. Le temps total passé à pâturer a rapidement et fortement augmenté, pour atteindre 6h30 pour un temps d’accès de 8 h dès la troisième semaine. Les chèvres ont donc montré une très bonne capacité à s’adapter rapidement à un passage d’une alimentation à base de fourrages conservés en bâtiment à du pâturage, sans doute grâce à leur curiosité naturelle et leur instinct d’imitation, dans des conditions d’herbe appétente et de prairies multiespèces.

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Effets du temps d'accès au pâturage

Trois essais réalisés entre 2015 et 2017 à la ferme INRAE de Méjusseaume (Le Rheu, Ille-et-Vilaine) ont permis de déterminer les effets du temps d'accès journalier au pâturage sur la production et la composition du lait, l'ingestion d'herbe et le comportement alimentaire des chèvres laitières Alpine. Dans les conditions de nos études, c'est-à-dire avec des prairies multiespèces de très bonne qualité, mais un niveau de complémentation relativement modeste (600 g brut de concentré/jour, avec ou non 400 g de fourrages déshydratés), nous avons observé que le temps d'accès est limitant pour l'ingestion et la production laitière en-deçà d'un seuil de 6 h par jour. Des variations de temps d'accès au-delà de ce seuil ne semblent pas affecter la production ni la composition du lait.

Mécanismes d'adaptation

L'étude de la durée d'ingestion (ou temps de pâturage), exprimée en heures par jour, ou en pourcentage du temps d'accès passé à pâturer, ainsi que de la vitesse d'ingestion d'herbe, a permis de mettre en évidence les deux mécanismes principaux d'adaptation des chèvres à la restriction du temps d'accès. Le premier mécanisme est une concentration des activités de pâturage dans le temps disponible, et ce jusqu'à 80, 90 voire 100 % du temps disponible lorsque celui-ci devient très court (4-5 h/jour). Le second mécanisme, observé seulement lorsque le temps d'accès est inférieur à 8 h/j, est une compensation partielle de la baisse de durée d'ingestion par une augmentation très significative de la vitesse d'ingestion (+ 20-30 %). Il semble donc qu'il existe un point d'inflexion autour de 8 h/j d'accès, avec une amplification des mécanismes d'adaptation comportementale des chèvres en-deçà de ce seuil.

Facteurs à considérer

Certains fourrages ou graines de protéagineux ont la particularité d'être météorisants et assez peu digestibles par les ruminants. C'est un facteur à prendre en compte lors du choix des espèces qui entreront dans la ration. Il existe néanmoins des solutions techniques pour remédier à ce problème, notamment via les technologies de traitement thermique telles le "toastage", ou encore "l'extrusion", qui ont pour but d'augmenter la dégradabilité dans le rumen et la digestibilité dans les intestins de ces aliments.

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