L’allaitement maternel est un sujet à la fois universel et profondément personnel, jouant un rôle essentiel dans la vie d'une mère et de son enfant. La Semaine Mondiale de l’Allaitement met en lumière les avantages de ce geste naturel, tout en soulignant les défis que certaines mères peuvent rencontrer. Cet article vise à informer les futures et jeunes mamans sur les avantages, les difficultés potentielles et la manière de concilier allaitement et reprise du travail.
Les Bienfaits de l’Allaitement
L'allaitement maternel offre de nombreux avantages, tant pour le bébé que pour la maman. Il répond aux besoins nutritionnels du nourrisson, renforce son système immunitaire et favorise le lien affectif entre la mère et l’enfant.
Pour le Bébé
Le lait maternel est parfaitement adapté aux besoins nutritionnels de l’enfant. Il contient toutes les vitamines, sels minéraux, oligoéléments, sucres, graisses et protéines nécessaires à sa croissance, en quantités idéales. La composition du lait maternel évolue en permanence pour s’adapter aux besoins du bébé qui grandit, s’enrichissant en graisses à mesure que le sein se vide et que les tétées se rapprochent.
Sur le plan de la santé, le lait maternel offre de nombreux avantages. Il favorise une bonne digestion, sans fatiguer les reins ni le foie, et diminue les gaz. Le bébé bénéficie des anticorps de sa mère, qui lui fournissent une protection contre les microbes. Le lait maternel contribue également à réduire le risque d’allergies chez les enfants ayant des prédispositions familiales. Le lait maternel est bien toléré par le tube digestif fragile de bébé, ses reins et son foie. Le lait maternel contient des anticorps et différents moyens de défense contre les microbes qui apportent une protection contre certaines infections.
Pour la Maman
L’un des principaux avantages est le renforcement du lien mère-enfant, créé par le contact physique et la proximité, renforçant ainsi l’attachement mutuel. L’allaitement a également des effets positifs sur la santé de la mère. La tétée accélère les contractions de l’utérus, lui permettant de reprendre sa place plus rapidement après l’accouchement. Elle contribue à réduire le risque de certaines maladies, notamment le cancer du sein et de l’ovaire, ainsi que l’ostéoporose.
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Il a été prouvé qu’allaiter diminue les risques de développer un cancer du sein. Plusieurs études se sont en effet intéressées à cette question et les résultats s’accordent sur le résultat suivant : plus la durée totale d’allaitement dans la vie d’une femme est longue, plus le risque de développer un cancer du sein diminue. Cela s’explique par le fait que la sécrétion hormonale est modifiée pendant la grossesse puis après l’accouchement lorsque les femmes allaitent. La production de prolactine, l’hormone permettant l’allaitement, provoque une baisse du taux d’oestrogènes pendant toute la durée où la mère allaite. C’est cette baisse du taux d’œstrogènes qui permet de réduire les risques.
Un autre avantage sur la santé concerne les mamans qui ont eu du diabète gestationnel pendant leur grosesse, soit un femme sur 8 en France. Pour rappel, le diabète gestationnel (ou diabète de grossesse) est une intolérance au glucose qui se traduit par une augmentation de la glycémie chez la femme enceinte. Si il disparaît généralement après la grossesse, il peut aussi installer un diabète de type 2 quelques années plus tard. Selon le professeur Peter Hartmann, expert renommé en science de l’allaitement à l’université d’Australie-Occidentale, « l’allaitement réduit considérablement votre risque à long terme de développer une maladie cardiaque ou un diabète de type 2 ». Ce plus faible risque de développer du diabète s’explique car la lactation augmente la sensibilité à l’insuline et améliore le métabolisme glucidique chez les femmes ayant souffert de diabète gestationnel. En effet, la glande mammaire a besoin de glucose pour fabriquer le lactose et ainsi produire le lait.
Toutes les mamans qui ont allaité pourront vous le dire, allaiter son enfant apporte des sentiments particuliers : de la fierté, du bien-être, de la plénitude… Mais surtout, cela favorise le développement du lien d’attachement avec son enfant. Plusieurs études ont démontré que les femmes qui allaitent sont moins sujettes au stress que les autres et lorsqu’elles en subissent un sont mieux à mêmes de le gérer. Une étude américaine réalisée par des médecins de l’Institut national de santé mentale américain a trouvé que les mères qui allaitent produisent moins d’hormones de stress que celles qui n’allaitent pas. Une autre recherche réalisée sur 50 mères à Montreal va dans le même sens et a prouvé que face à des situations stressantes, les mères allaitantes sécrètent moins de cortisol (hormone primaire du stress). Enfin, une étude a démontré que les mères présentant des niveaux plus élevés d’ocytocine avaient moins de symptômes d’anxiété et de dépression.
Contrairement à de nombreuses idées préconçues, allaiter n’est pas synonyme de mauvais sommeil. En effet, les femmes qui allaitent sécrètent deux hormones qui jouent un rôle positif sur la qualité du sommeil des mamans : il s’agit de la prolactine et de l’ocytocine. D’après une étude américaine, les mamans des bébés qui tètent le soir et/ou la nuit dorment 40 à 45 minutes de plus que des mamans qui donnent un biberon de lait infantile le soir. Le sommeil est ainsi favorisé grâce à la production d’ocytocine et de prolactine lors de l’allaitement. L’ocytocine a un effet relaxant chez la mère et lui permet de se rendormir plus facilement. Tandis que la prolactine favorise un sommeil profond et plus reposant. Les femmes allaitantes ont donc un sommeil plus qualitatif. Cependant, cela ne garantit pas qu’elles dorment plus longtemps.
Même si généralement on les déteste, nous devrions être plus indulgentes et apprendre à accepter les kilos pris pendant la grossesse. Car ces kilos supplémentaires ont permis de stocker l’énergie nécessaire pour nous et notre bébé et ils servent aussi à préparer des réserves pour l’allaitement. Une femme allaitante ayant des besoins caloriques plus importants, ces quelques kilos vont servir à fournir chaque jour entre 200 et 300 calories . Vous vous demandez donc si l’allaitement fait perdre du poids ? Il est difficile de donner une réponse ferme et définitive. Toutefois des études ont démontré qu’à partir de 6 mois de lactation, une femme allaitante a davantage de chance de perdre plus de poids qu’une femme qui n’allaite pas.
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L’allaitement peut, dans certaines conditions spécifiques, être une méthode de contraception naturelle nommée MAMA, c’est-à-dire « Méthode de l’Allaitement Maternel et de l’Aménorrhée ». Elle constitue une méthode de contraception naturelle, sans effet secondaire et économique et s’explique par le fait que l’allaitement complet entraîne une suppression de l’activité ovarienne. L’allaitement peut ainsi retarder le retour de couches pendant les 6 premiers mois postpartum et permettre une infécondité naturelle. Cette méthode, si elle est correctement menée, permet une protection contraceptive fiable à 98%. En effet, jusqu’à 6 mois, une ovulation fertile avant le retour de couches est très rare, puisque le taux de grossesses est inférieur à 2%. Pour que la méthode MAMA soit efficace, il faut remplir 3 conditions : ne pas avoir eu son retour de couches, allaiter exclusivement et à la demande (aucun autre aliment solide ou liquide excepté le lait maternel donné au sein. Il ne doit y avoir plus de 4h entre chaque tétée le jour et 6h la nuit), le bébé a moins de 6 mois. Si l’une de ces conditions n’est pas respectée méthodiquement, il est nécessaire de prévoir un autre moyen de contraception pour ne pas tomber enceinte. Passés 6 mois, même si l’allaitement est exclusif, le retour de couches ne sera plus le premier signe de fertilité et le risque de tomber enceinte est plus grand.
Les problèmes que l’on peut rencontrer lors de l’allaitement
L’allaitement, bien que naturel, peut parfois s’avérer complexe et présenter des défis.
Les crevasses sont courantes durant le premier mois. Ces petites fissures sur le mamelon sont généralement dues à une mauvaise position du bébé pendant la tétée et peuvent entraîner un arrêt prématuré de l’allaitement. Face à ce problème, l’ajustement de la position du bébé, l’hygiène rigoureuse des mains avant chaque tétée, ainsi que l’aide d’un professionnel de l’allaitement peuvent faire la différence. L’application de colostrum ou de lait maternel sur le mamelon après chaque tétée peut également aider à prévenir les crevasses.
L’engorgement du sein, qui se manifeste par une accumulation de lait dans la glande mammaire, est une autre difficulté courante. Cela peut rendre le sein douloureux et gonflé, compliquant ainsi l’allaitement. Pour surmonter cet obstacle, il est recommandé d’augmenter la fréquence des tétées, d’utiliser un tire-lait ou de masser l’aréole pour faciliter l’écoulement du lait. Des compresses froides entre les tétées peuvent aussi aider à réduire l’inconfort.
Chaque problème a sa solution, et même les cas plus rares comme la mastite, une inflammation du sein généralement due à une stagnation du lait, peuvent être gérés. Il est crucial de continuer à allaiter, en privilégiant le sein atteint. Si l’allaitement est trop douloureux, l’expression manuelle du lait ou l’utilisation d’un tire-lait peut être nécessaire. En cas de mycose du sein ou de muguet chez le bébé, une consultation médicale rapide est essentielle pour un traitement adéquat.
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Dans les cas où le bébé refuse le sein, il est important de rester calme et patient. Offrir la tétée dans un moment de calme et demander des conseils à un professionnel ou à une association de soutien à l’allaitement peuvent être des démarches efficaces. L’allaitement peut être un parcours semé d’embûches, mais la clé réside souvent dans la patience, le soutien et l’accès à des informations et des conseils de qualité.
Bien que l’allaitement soit généralement bénéfique pour la plupart des femmes et leurs bébés, il n’en est pas moins sans risques et complications : certaines femmes ont des engorgements qui provoquent de fortes douleurs ou des crevasses au niveau des mamelons, ce qui rend l’expérience très inconfortable ; lorsque les canaux lactifères sont obstrués, cela peut créer une mastite à la mère qui sera obligée de suivre un traitement médical ; votre bébé peut avoir du mal à téter efficacement, ce qui peut entrainer des problèmes d’alimentation et une prise de poids ralentie ; allaiter peut aussi être une source de stress pour vous, car le bébé vous sollicite tout le temps, ce qui vous épuise quotidiennement.
Allaitement et Travail : Comment concilier les deux ?
La reprise du travail n’implique pas nécessairement l’arrêt de l’allaitement. Avec une bonne préparation et une bonne organisation, il est tout à fait possible de continuer à allaiter votre enfant tout en travaillant. Pour cela, il est essentiel de bien préparer votre projet avec les personnes qui garderont votre bébé et votre entreprise.
Dans la pratique, si votre lieu de travail et celui de garde de votre enfant sont proches, vous pouvez envisager de continuer l’allaitement exclusif en vous absentant pour nourrir votre bébé. Vous pouvez aussi envisager de tirer votre lait sur votre lieu de travail, si vous disposez d’un tire-lait, d’un réfrigérateur pour conserver le lait, et du matériel pour le transporter dans de bonnes conditions. Si l’allaitement exclusif n’est pas envisageable, l’allaitement partiel peut être une solution. Vous pouvez donner des biberons de lait infantile à votre enfant pendant la journée en semaine et l’allaiter le reste du temps (le matin, le soir, le week-end…).
La loi française, à travers les articles L 1225-30 à L 1225-33 du Code du Travail, prévoit de libérer une heure par jour pour tirer votre lait ou allaiter votre bébé, jusqu’au premier anniversaire de l’enfant. Il est important de discuter avec votre employeur pour mettre en place une organisation qui convienne à tous.
Un conseil pratique serait de commencer à faire des stocks de lait congelé avant la reprise du travail. Il n’est pas nécessaire de supprimer des tétées avant la reprise du travail, sauf si vous envisagez de donner des biberons de lait infantile dans la journée. Dans ce cas, ne vous y prenez pas trop tôt pour ne pas tarir votre lactation avant même d’avoir repris votre travail.
Idées reçues et réalités de l'allaitement
Il est essentiel de déconstruire les mythes entourant l'allaitement pour permettre aux femmes de faire des choix éclairés et sereins.
Beaucoup craignent d'abîmer leur poitrine ou de se décalcifier en allaitant. La réalité est que les changements brusques de volume, comme ceux survenant en début de grossesse ou lors d'un sevrage brutal, sont plus susceptibles d'affecter la poitrine que l'allaitement lui-même. Une bonne conduite de l'allaitement, avec une mise au sein précoce, des tétées fréquentes et un sevrage en douceur, est primordiale pour préserver la poitrine. De plus, une étude a montré un retour à une densité osseuse normale un an après le sevrage, contredisant l'idée d'une décalcification durable.
Contrairement à certaines idées reçues, l'allaitement contribue à protéger la mère contre le cancer de l'ovaire et du sein. Des études suggèrent que plus la durée totale d'allaitement est longue, meilleure est la protection.
Il est important de souligner que l'allaitement est un choix personnel, et qu'il est essentiel de ne pas culpabiliser si l'on ne souhaite pas ou ne peut pas allaiter. Les laits infantiles sont adaptés aux besoins nutritionnels des bébés, et le bien-être de l'enfant passe avant tout par un environnement aimant et sécurisant.
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