Loading...

La Congélation des Ovocytes aux États-Unis: Prix, Accessibilité et Considérations Éthiques

Introduction

La congélation des ovocytes, autrefois considérée comme une procédure expérimentale, est devenue une option de plus en plus populaire pour les femmes aux États-Unis. Cette technique leur permet de préserver leur fertilité et de repousser le moment de la maternité pour diverses raisons, qu'elles soient personnelles ou médicales. Cependant, l'accès à cette technologie et les coûts associés varient considérablement, soulevant des questions d'équité et d'éthique.

L'Essor de la Congélation d'Ovocytes aux États-Unis

La congélation d’ovocytes existe depuis les années 1980. Mais jusqu’en 2012 aux États-Unis, on a considéré qu’il s’agissait d’une procédure controversée et expérimentale. Cette année-là, la Société américaine de médecine de la reproduction l’a approuvée pour les femmes sur le point de se voir administrer des traitements toxiques contre les cancers susceptibles de réduire leur fertilité à néant. Ce n’est que deux ans plus tard, après la publication de recherches rassurantes sur la bénignité et l’efficacité de la pratique, que l'American Society for Reproductive Medicine (ASRM) a donné son aval pour un déploiement plus général de la congélation d’ovocytes.

Depuis lors, c’est devenu une option de plus en plus populaire auprès des femmes qui repoussent le moment où elles vont avoir des enfants pour des raisons personnelles.Selon une étude publiée dans la revue Fertility and Sterility, de 2019 à 2021, on a constaté une augmentation de 39 % des congélations d’ovocytes à des fins non médicales aux États-Unis. Selon une étude de 2022 parue dans la même revue, la pratique s’est encore davantage démocratisée durant la pandémie, lors de laquelle de nombreuses femmes de 21 à 45 ans se sont ouvertes à l’idée de congeler des ovocytes pour elles-mêmes.

Motivations et Raisons de la Popularité Croissante

À l’heure actuelle, deux motivations principales poussent les femmes à congeler leurs ovocytes. La première a trait à des raisons d’ordre médical : la chimiothérapie ou les radiations peuvent endommager les ovocytes, certaines femmes subissent une ablation des ovaires, etc. La seconde motivation est de repousser le moment auquel elles vont avoir des enfants tout en préservant leurs chances d’en avoir en se servant de leurs propres ovocytes à un moment ultérieur.

Après tout, la fertilité d’une femme, que l’on définit comme l’aptitude à tomber enceinte, n’est jamais si élevée qu’entre la fin de l’adolescence et la fin de la vingtaine, selon l’Association américaine des gynécologues-obstétriciens (ACOG). Dès l’âge de 30 ans, la fertilité d’une femme commence à décliner, et après 35 ans ce déclin s’accélère. Pour cette raison, certains spécialistes avancent que la période idéale pour commencer à congeler ses ovocytes se situe avant l’âge de 35 ans.

Lire aussi: Sachets de congélation pour le lait maternel

De plus, le sujet de la congélation d’ovocytes s’est fait une place dans le débat public, notamment par l’intermédiaire de célébrités qui ont documenté leur parcours de congélation d’ovocytes. Grâce à ce procédé, les femmes peuvent « figer leurs ovocytes à l’âge qu’ils ont et préserver la fertilité qui est la leur à cette période jusqu’à ce qu’elles veuillent s’en servir », explique Sandra Ann Carson, endocrinologue de la reproduction et gynécologue-obstétricienne de l’Université Yale. Autrement dit, le procédé suspend la fertilité d’une femme dans le temps et prévient le déclin en quantité et en qualité des ovocytes qui se produit naturellement avec le vieillissement.

Le Processus de Congélation des Ovocytes

Quand une femme décide de faire congeler ses ovocytes, les premières étapes à effectuer sont une échographie vaginale, afin d’évaluer sa réserve ovarienne, et de mesurer ses taux d’hormones.

Les ovocytes sont stockés dans les ovaires et ne sont libérés qu’à condition de recevoir une stimulation hormonale suffisante. Le médecin réalise donc un prélèvement sanguin et cherche à y dépister trois hormones clés : l’hormone folliculo-stimulante (FSH), qui déclenche la croissance des follicules ovariens avant l’ovulation ; l’œstradiol, qui est principalement produit par les ovaires et reflète leur activité ainsi que la qualité des ovocytes ; et l’hormone de régression müllerienne (HRM), qui est corrélée au nombre d’ovocytes que possède une femme. En connaissant le taux auquel sont présentes ces hormones, le médecin peut calculer le potentiel de fertilité d’une femme et déterminer le dosage adéquat du traitement de stimulation ovarienne qu’elle devra suivre.

Ensuite, à partir du deuxième jour de ses menstruations, la femme s’auto-administre des injections d’hormones à domicile pendant dix à douze jours afin de faire mûrir un groupe d’ovocytes dans les ovaires. Durant cette période, la femme devra passer une échographie pelvienne ainsi qu’effectuer des prises de sang tous les deux ou trois jours afin de surveiller la réaction de son corps aux hormones. En général, au bout de huit à quatorze jours, elle s’administre une injection dite « déclencheuse » contenant de la gonadotrophine chorionique humaine ou bien du Lupron (un médicament) pour aider les ovocytes à parachever leur processus de maturation. Environ 36 heures plus tard, la femme subit une intervention chirurgicale sous anesthésie au cours de laquelle une aiguille guidée par ultrasons est insérée dans le vagin et jusqu’aux ovaires afin d’aspirer les ovocytes ; idéalement dix ou plus. Afin de préparer les ovules à la congélation, le cumulus molletonneux de cellules qui les entoure est retiré. Ensuite, les ovules sont vitrifiés et conservés à une température de -196° C.

Ce n’est toutefois pas une entreprise sans difficultés. Tout au long de ce processus d’un mois, une femme peut ressentir de la fatigue ou être ballonnée et/ou avoir des maux de têtes ou des sautes d’humeur, en particulier pendant deux semaines après le prélèvement des ovocytes, précise Sarah Cascante, endocrinologue de la reproduction au Centre de fertilité Langone de l’Université de New York et enseignante-chercheuse spécialiste de l’infertilité.

Lire aussi: Lait maternel : conservation et sécurité

Coûts et Financement de la Congélation d'Ovocytes

La congélation d’ovocytes aux États-Unis est nettement plus onéreuse. « Selon l’endroit où vous vous trouvez dans le pays, cela peut varier de 5 000 à 17 000 dollars », déplore Joseph Hill, endocrinologue de la reproduction et spécialiste de la fertilité aux Centres de la fertilité de Nouvelle-Angleterre qui possèdent des établissements dans le Massachussetts, dans le New Hampshire et dans le Maine.

Pour de nombreuses personnes, ces frais ne seront pas pris en charge. Mais certaines polices d’assurance américaines couvrent désormais la congélation d’ovocytes dans le cadre des services liés à la fertilité qu’elles proposent, rappelle Kristin Bendikson, endocrinologue de la reproduction à Los Angeles et vice-présidente du développement clinique chez Kindbody, un réseau national de cliniques spécialisées dans la fertilité. « Et c’est un avantage que de nombreuses jeunes femmes aimeraient se voir octroyer par leur employeur. » (Ndlr : Aux États-Unis, l’assurance santé des employés d’entreprises de plus de cinquante salariés peut être prise en charge par l’employeur.)

En outre, il existe désormais des programmes communs de congélation des ovocytes qui viennent financièrement en aide aux femmes lorsqu’elles donnent une partie de leurs ovocytes à d’autres femmes qui ne peuvent utiliser les leurs. Cofertility, une start-up américaine fondée par Lauren Makler, ancienne cadre d'Uber, et Halle Tecco, investisseur dans le domaine des technologies de la santé, propose aux femmes de congeler gratuitement leurs ovocytes si elles acceptent de « donner » la moitié des gamètes prélevés.

Congélation d'ovocytes: un avantage social en entreprise

Pour s’occuper pleinement de leur carrière sans se soucier de leur horloge biologique, de grandes entreprises américaines proposent de plus en plus à leurs salariées de congeler leurs ovocytes. C’est une pratique qui prend de l’ampleur outre-Atlantique. Sur les réseaux sociaux ou dans les médias, de plus en plus de femmes expliquent avoir congelé leurs ovocytes pour se concentrer sur leur carrière, avec l’appui de leur entreprise, qui propose de prendre en charge une partie ou la totalité du coût de cette opération permettant de repousser la maternité, explique le journal Le Monde. D’après les statistiques de la Society for Assisted Reproductive Technology («Société pour les technologies de procréation assistée»), la congélation des ovocytes chez les femmes américaines aurait grimpé de 60% entre 2015 et 2020.

Si le processus de congélation des ovocytes existe depuis les années 1980, il était jusqu’à récemment réservé à une population plus aisée. D’après Le Monde, l’opération coûterait entre 20 000 et 30 000 euros. Mais il semble désormais se démocratiser : plus l’entreprise est grande, plus l’employeur serait disposé à participer aux frais. En 2023, 19% des sociétés de plus de 500 salariés proposeraient une prise en charge. Elles seraient 27% à le proposer lorsque l’entreprise a plus de 5 000 salariés, et même 33% (soit une entreprise sur trois) pour les groupes de plus de 20 000 personnes, d’après le consultant Mercer.

Lire aussi: Guide complet sur la congélation d'ovules en Belgique

Taux de Réussite et Utilisation des Ovocytes Congelés

Lorsqu’une femme finit par décider d’utiliser ses ovocytes, ceux-ci doivent être décongelés et fécondés avec du sperme dans une boîte de Pétri ; il s’agit d’une fécondation in vitro (FIV). Trois à cinq jours après la fécondation, l’embryon est transféré dans l’utérus de la femme. Sarah Cascante fait observer que si une femme fait congeler ses ovocytes à l’âge de 34 ans, ses chances de tomber enceinte seront comparables au taux de réussite par FIV qu’elle aurait eu à l’âge de 34 ans, qu’importe qu’elle ait vieilli.

Mais parfois, certaines femmes ne viennent pas récupérer leurs ovocytes congelés, un phénomène que les spécialistes du domaine quantifient par un « taux de non-utilisation ». Un article de synthèse publié en 2022 dans la revue Reproductive Biology and Endocrinology a mis en évidence le fait que seules 40 % des personnes faisant congeler leurs ovocytes pour des raisons non médicales et moins de 10 % de celles le faisant pour des raisons médicales se servaient de leurs ovocytes congelés. « Beaucoup de femmes qui font congeler leurs ovocytes ne reviennent jamais les utiliser, que ce soit parce qu’elles tombent enceinte naturellement ou bien parce qu’elles décident de ne pas avoir d’enfant », explique Sarah Cascante.

Idées Fausses et Considérations Importantes

Comme c’est souvent le cas avec tout ce qui a trait à la fertilité, il n’est pas rare que l’on entretienne des idées fausses au sujet de la congélation d’ovocytes. Certaines femmes ne se rendent par exemple pas compte que « la congélation d’ovocytes ne garantit pas que vous allez avoir un bébé, mais que cela garantit le potentiel pour avoir un bébé », fait remarquer Joseph Hill. Elles peuvent ne pas avoir pris conscience du nombre d’étapes que cela implique. Fort heureusement, grâce à la dernière méthode de congélation en date, la vitrification, qui est une technique de refroidissement ultra-rapide qui empêche la formation de cristaux de glace néfastes, les ovocytes ont un taux de survie plus élevé que les autres méthodes, fait observer Joseph Hill.

Quand vient le moment de les utiliser, les ovocytes doivent être décongelés, puis fécondés ; après cela, ils doivent se diviser et former un blastocyste volumineux (un amas de cellules qui se divisent rapidement) prêt à être transféré dans l’utérus, explique Joseph Hill. Des complications peuvent survenir à n’importe quelle étape, raison pour laquelle les experts préconisent aux femmes de congeler plusieurs ovocytes chaque fois qu’elle effectuent ce processus. Ainsi, le choix sera plus étendu. « Il y a de l’usure à chaque étape », rappelle Amanda Adeleye, endocrinologue de la reproduction et gynécologue-obstétricienne à l’Université de Chicago. « Pour chaque naissance, il faut [congeler] quinze à vingt ovocytes. »

Autre incompréhension fréquente : certaines femmes craignent que le processus de congélation d’ovocytes ait un effet nocif sur leur fertilité à long terme. Mais foi de spécialiste, cela n’est pas vrai. « [La congélation des ovocytes] ne peut pas entraîner de réduction du nombre d’ovocytes, car nous ne faisons que secourir ceux qui allaient de toute façon disparaître ce mois-là », explique Amanda Adeleye. Cela est tout à fait normal et est dû à une mort cellulaire programmée biologiquement qui fait partie intégrante de la fonction ovarienne humaine.

On considère que l’âge optimal pour faire congeler ses ovocytes se situe avant 35 ans, car c’est en général avant cette période que les ovocytes d’une femme ont la meilleure santé et que les ovaires répondent le plus à la stimulation. Il n’y a toutefois pas d’âge qui soit unanimement considéré comme trop élevé pour congeler ses ovocytes. « C’est une décision au cas par cas qui dépend de la réserve ovarienne de la personne, indique Amanda Adeleye. « Les bénéfices diminuent au début de la quarantaine, car la proportion d’ovocytes normaux d’un point de vue chromosomique est moindre. »

Selon Kristin Bendikson, lorsqu’elles décident de congeler leurs ovocytes, il est important que les femmes réfléchissent au nombre d’enfants qu’elles veulent avoir et au moment où elles veulent commencer à essayer de tomber enceinte. « Si vous en voulez plus d’un, il est préférable de congeler à l’âge de 30 ans ». Mais même si vous n’en voulez qu’un, ajoute-t-elle, « impossible de déterminer le moment optimal pour le faire. »

Cependant, des recherches suggèrent que les femmes qui font congeler leurs ovocytes avant l’âge de 34 ans ont le plus de chances de donner naissance à un bébé (plus de 74 % de chances). En revanche, plus une femme est âgée quand elle fait congeler ses ovocytes, plus les chances sont faibles.

tags: #la #congélation #des #ovocytes #états #unis

Articles populaires:

Share: