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L'Évolution du Fœtus en Islam : Statut, Droits et Perspectives Juridiques

Introduction

L'évolution du fœtus en Islam est une question complexe qui suscite de nombreuses interrogations juridiques et éthiques. Cet article explore le statut du fœtus, ses droits et les perspectives juridiques islamiques concernant l'avortement et les agressions prénatales, en s'appuyant sur les textes coraniques, les hadiths et les interprétations des jurisconsultes.

Le Statut du Fœtus dans le Droit Musulman

Afin de pouvoir cerner les caractéristiques relatives au fœtus et son statut dans le droit musulman, on pourrait commencer par exposer le cas de la femme non musulmane décédée et enceinte d’un musulman. En ce qui concerne son lieu d’enterrement, il n’existe pas de consensus entre les juristes musulmans. Les « Hanbalites » considèrent que l’enterrement d’une telle femme ne peut se faire dans un cimetière musulman, mais dans un cimetière particulier et distinct. En effet, non musulmane, elle ne peut être enterrée parmi les musulmans. Un autre point de vue relatif à cette question est attribué au deuxième calife : Omar Ibn al khattab. Il voit que l’enterrement de la non musulmane est possible dans les cimetières réservés aux musulmans étant donné que le fœtus est de souche musulmane. D’autres juristes considèrent que le fœtus ne peut être enterré dans le cimetière réservé aux musulmans si le développement de ce dernier n’a pas atteint les quatre mois de sa gestation. Avant ce terme l’enfant à naître est considéré comme non musulman n’ayant pas encore reçu le souffle de la vie et n’ayant pas encore bénéficié de statut propre. Il ressort de ce premier exemple que les trois interprétations, malgré leur différence, sont d’accord pour considérer que le problème de l’enfant à naître est une question juridique à étudier minutieusement afin de préciser le statut du fœtus et ses droits.

D’autres aspects relatifs au fœtus ont fait l’objet de recherches juridiques et peuvent nous éclairer quant aux principes adoptés par les jurisconsultes. Prenons l’exemple de l’héritage et du testament. Les juristes confèrent un droit au fœtus et considèrent que tant qu’il est en vie après la mort de son testateur il doit faire partie des héritiers et que sa part lui sera conservée. Il arrive même parfois que la quote- part de l’enfant à naître englobe tout l’héritage. C’est le cas où le testateur n’a que des parents éloignés( tante maternelle, oncle maternel). Dans cette situation peu importe que l’enfant à naître soit de sexe masculin ou féminin, ses demi-frères et sœurs de par sa mère n’hériteront pas. Il en va de même pour le testament qui donne un droit plus large au foetus que sa part d’héritage. Nous pouvons remarquer dans ce cas précis que le foetus n’aurait pu obtenir ses droits relatifs à l’héritage, au testament et aux biens de main-morte que parce qu’il a acquis ce que les jurisprudences appellent ‘‘ la capacité légale ’’. Cette aptitude est liée à l’existence du souffle vital dans le corps de l’enfant à naître sans prendre en considération ni son intelligence ni sa possibilité de distinction. D’ailleurs sans ce souffle vital, le foetus ne sera pas en mesure d’endosser ces responsabilités et ne pourra acquérir ses droits. Certains jurisconsultes considèrent que cette capacité légale demeure incomplète tant que le foetus est encore dans le ventre de sa mère. Elle ne sera prise en considération qu’après sa naissance pour se poursuivre jusqu’à sa mort. Mais on ne peut pas dire que le fait que cette aptitude soit incomplète, touche aux droits du foetus. Nous devons souligner que cette capacité vaut pour tous les foetus, la religion et l’âge n’interviennent aucunement.

La Protection du Fœtus : Report de Châtiments Corporels

Le troisième cas qu’on peut évoquer est relatif à la punition de la femme enceinte ayant commis un vol ou un adultère et donc passible de châtiments corporels. Une convergence existe entre les différentes écoles juridiques concernant le renvoi de l’application du châtiment jusqu’à ce qu’elle mette au monde son enfant. Assurer la protection de l’enfant à naître doit devancer tout autre souci de punition car le foetus reste un être respectable qu’il soit le fruit d’un adultère ou d’un acte légal. Il existe aussi des divergences entre les jurisconsultes concernant le châtiment. Certains voient qu’il faudrait mettre en prison la femme adultère jusqu’à ce qu’elle enfante et d’appliquer par la suite la sentence. D’autres estiment que l’application immédiate de la sentence ne pourrait se faire que dans certains cas uniquement. Mais, de façon générale, un consensus entre les différents jurisconsultes est trouvé pour ce qui concerne la remise de l’application de la sentence concernant la femme enceinte et cela afin d’éviter au foetus des complications. ‘‘Pour celle qui a commis l’adultère, l’application du châtiment corporel sera différée jusqu’à ce qu’elle enfante afin d’éviter à l’enfant, un être respectable, la mort. Des Hadiths attribués au prophète Mohammad ont pu guider certains juristes dans cette perspective. Dans un Hadith on présente le cas d’une femme qui avoue au prophète son acte d’adultère et qu’elle serait enceinte.

L'Enfant comme Don Divin et Responsabilité Parentale

Ce principe de la responsabilité individuelle apparaît clairement dans le discours coranique à la lumière de l’usage fait du verbe ‘‘donner’’. Il met en exergue la nature de la relation liant les parents à l’enfant à naître dont la naissance leur incombe. « Béni soit Ton nom, Seigneur, Toi qui m’as donné Ismaël et Isaac. » (Coran XIX- 39.) « Dieu est le souverain Maître des cieux et de la terre. IL a créé tout à Sa guise. IL accorde à qui IL veut des filles ; IL donne à qui IL veut des enfants mâles. A d’autres IL donne des enfants des deux sexes, garçons et filles. Ces exemples coraniques convergent vers une conception évidente qui confirme que l’enfant est un don de Dieu et non un droit des parents. Et si la procréation dans le texte coranique est un désir humain et légitime, ceci ne suppose en aucun cas que l’enfant devienne un droit acquis du père ni même de la mère. Il est plutôt un don de Dieu offert aux parents de la même manière que les autres dans tel l’ouïe et la vue. La notion de don implique la responsabilité qui doit être partagée entre les parents et la société sous forme de remerciements à Dieu pour ce bien qui leur a été offert.

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Agression contre le Fœtus : Mort du Fœtus et Avortement

En mettant l’accent sur les spécificités relatives au foetus, on a pu surtout constater que l’acquisition de la spécificité musulmane va de pair avec la filiation paternelle. Afin de concrétiser cet aspect, le droit musulman expose avec beaucoup de détails la question de l’agression contre le foetus en distinguant deux types d’agressions :

Agression contre la Mère Entraînant la Mort du Fœtus

Sur ce cas précis les juristes ne sont pas arrivés à un consensus. La majorité prétend que la mort du foetus suite à l’agression contre sa mère n’entraînerait pas nécessairement l’application de la loi du talion envers l’agresseur. Cependant une sanction moins sévère est exigée. L’agresseur doit être puni pour le tort qu’il a causé envers Dieu et envers la société. Pour la première faute il doit faire pénitence qui se concrétise par la libération d’un esclave. Pour le second délit il y a pénalité qu’on peut appeler « prix du sang » et dont la valeur représente le prix de cinquante chameaux. Ce choix a été désapprouvé par les malékites et les littéralistes qui ont maintenu le châtiment corporel contre l’agresseur. Toutefois on pose pour le maintien de ce châtiment deux conditions : (1) L’âge du foetus doit dépasser les quatre mois. (2) Sa famille doit réclamer expressément le châtiment corporel.

L'Avortement

Si le but principal de l’agression est de se débarrasser de l’enfant à naître, les juristes musulmans sont unanimes et condamnent cet acte en le considérant comme péché grave. Ceci au cas où le foetus aurait reçu le souffle de la vie. Si par contre l’âge du foetus est en dessous de quatre mois certains juristes condamnent tout de même l’avortement et principalement certains Malékites. Alors que les Hanafites, eux, le tolèrent avant l’âge de quatre mois et sans l’accord préalable du père. Chaque école juridique, suivant ses principes de base, a arrêté le mode de châtiment qui lui a paru le plus convenable envers celui ou celle des parents qui approuve l’avortement. On peut distinguer deux formes de sanctions : L’un est représenté par « le prix du sang », déjà mentionné, tout en tenant compte du sexe du foetus. L’autre intéresse le droit de Dieu et consiste à ce que le coupable doit racheter ses péchés. Il faut souligner que la question de l’avortement a fait l’objet d’un vaste et douloureux débat. Ceci est dû en partie à la pratique très ancienne et d’ailleurs autorisé par le prophète Mohammad, à savoir la pratique du coït interrompu. Certains juristes considèrent le fait d’empêcher les spermatozoïdes d’arriver au fond du vagin au moment des relations sexuelles comme une forme d’avortement.

Indices Coraniques et Responsabilités Sociales

Nous avons souligné auparavant qu’il existe dans les textes coraniques des indices précis concernant le foetus : sa conception, les étapes embryogéniques et ceci dans un contexte de preuve de l’existence d’un dieu unique. Cependant dans d’autres textes coraniques, on trouve une corrélation entre ces indices et les conditions sociales et les responsabilités qui en découlent. On peut citer deux exemples liés à notre thème et à l’engagement sociétal que nous voulons souligner : « Nous avons expressément recommandé à l’homme ses père et mère : Sa mère s’était doublement exténuée, le portant puis le mettant au monde, son sevrage n’ayant lieu qu’au bout de deux ans. Sois reconnaissant, lui fut il prescrit aussi bien vers Moi qu’envers tes père et mère ! C’est vers Moi que vous serez ramenés. » (Coran XXXI- 14) « Nous recommandames à l’homme d’être bon envers ses père et mère. Sa mère le porte dans la douleur et l’enfante dans la douleur. Gestation et allaitement se poursuivent pour elle trente mois durant, jusqu’à son sevrage. Il ressort de ces textes qu’il existe dans les principes coraniques un lien entre le « naturel » ( la grossesse) et le culturo-religieux ( l’obéissance aux parents). C’est grâce à ce lien que se fonde les relations sociales et les obligations civiques et existentielles. Les jurisconsultes ont réglementé selon les textes coraniques, les droits du foetus en fixant par la même avec cette réglementation la toile de fond qui prévalait à travers les coutumes, les us et des institutions dans la péninsule arabique avant l’apparition de l’islam ou dans les régions conquises par les musulmans.

Le Blocage Culturel et Sociétal

Cette instauration, à partir de là, prit une forme de fixisme qui va frapper le droit musulman en matière sociale. On continuait à considérer des types de rapports( entre les parents et leurs enfants, entre les garçons et les filles …) comme faisant partie de la religion alors qu’elles ne sont qu’une partie de la toile de fond socio-culturelle de l’époque ante-islamique. En fait ce système de pensée juridique constituait un puissant frein à toute évolution ou dépassement dans la vie sociale, économique et politique. Ainsi, depuis que le droit de l’enfant à naître a été institué ( notamment en matière de filiation, d’héritage, de droit à ‘‘ la nationalité’’, de droit de main morte) l’esprit du suivisme va l’emporter dans les institutions qui encadrent l’enfant, créent sa pédagogie et modèlent sa pensée et ses rapports. Il devient tout ‘‘naturel’’, donc religieux et juridique, que l’enfant suive sans changement les systèmes établis à partir d’un héritage culturel dans le domaine juridique concernant le social et l’éducationnel. C’est le triomphe des droits et des privilèges de la communauté et ceux qui la dirigent au détriment du droit de la personne. Les juristes n’ont pas pu dépasser ce blocage culturel et sociétal.

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La Croyance en une Grossesse Prolongée

La croyance est quasi générale en islam que les grossesses peuvent se prolonger bien au-delà de neuf mois, et que l’enfant peut être porté par sa mère durant des périodes de deux à sept ans selon les régions et les écoles.

Les malékites fixent à cinq ans la période maximale de grossesse, et se réfèrent volontiers au fait que le fondateur de cette école, le Médinois Mâlik ibn Anas, aurait été lui-même porté trois ans par sa mère. Ils renvoient par ailleurs explicitement à une pratique coutumière (‘urf) qui semble avoir été plus particulièrement répandue à Médine. C’est, au reste, de Médine qu’est issu al-Shâfi‘î, le fondateur de l’école chaféite, qui fixe une durée maximale de quatre ans, en tentant de rapporter cette croyance à la « tradition » prophétique. En fait, les fondements scripturaires sont faibles : le Coran ne donnant d’indications, indirectes, que sur la durée minimale de la grossesse (six mois), ce sont quelques hadith (traditions rapportées) qui sont invoqués à l’appui de cette croyance.

C’est au Maghreb, région où Joël Colin a poursuivi son enquête, que cette idée d’un allongement de la durée de la grossesse au-delà de la période normale est la plus forte. Le Mi‘yar, recueil de fatwa rassemblé au milieu du XIVe siècle, à Fès, par Ahmed al-Wansharîsi, cite plusieurs exemples de grossesse de sept ans, celle, par exemple, de l’épouse d’un homme tué à la bataille de Tarif en 1340. La croyance s’appuie sans nul doute sur l’influence malékite dominante au Maghreb, mais aussi, relève l’auteur, sur des représentations locales préislamiques, vraisemblablement berbères. Elle prend un tour particulier : l’idée d’un « enfant endormi » (bû mergûd) pour une période plus ou moins longue dans le ventre de sa mère.

Représentations et Embryogenèse

On se trouve donc devant un ensemble de représentations qui renseignent plus généralement sur la conception et l’embryogenèse. La transformation du sang menstruel en sang nourricier, dans la tradition de Galien, est cohérente avec la vision coranique de l’embryogenèse à partir de la croissance d’un caillot de sang. L’idée du sperme nourricier est exprimée clairement, à Médine, à travers la notion de ghayla, interdiction de la mise en nourrice, le lait nourricier véhiculant des apports masculins extérieurs, alors que les rapports sexuels sont autorisés, voire conseillés, durant l’allaitement et la grossesse. Il est intéressant de rapprocher cette notion des représentations médinoises de la grossesse prolongée qui inspirent le malékisme et le chaféisme. Il est notable aussi, à travers le débat sur la ghayla engagé par le Prophète lui-même, qu’à La Mecque cette notion soit traitée à l’inverse - permission de mise en nourrice, interdiction des rapports sexuels pendant l’allaitement et la grossesse -, ce qui témoigne de la complexité des représentations en ce domaine.

Le Développement Embryonnaire dans le Coran et la Science Moderne

Le développement embryonnaire est mentionné à plusieurs reprises dans le Coran. Ces versets décrivent les étapes de la création de l'homme d'une manière qui, selon certains, concorde avec les découvertes scientifiques modernes en embryologie.

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Les Étapes de la Création

Le Coran décrit les étapes de la création de l'homme comme suit :

  1. Noutfa (goutte) : Une petite quantité de liquide. Le zygote se forme par l’union d’un mélange du sperme et de l’ovule.
  2. Alaqa (adhérence) : Quelque chose qui s'accroche, comme une sangsue. C’est une description appropriée de l’embryon humain du 7ème au 24ème jour lorsqu’il s’accroche à l’endomètre de l’utérus, de la même façon qu’une sangsue s’accroche à la peau. Tout comme la sangsue tire le sang de l’hôte, l’embryon humain tire le sang de la région déciduale ou de l’endomètre d’une femme enceinte. Il est remarquable de voir comment l’embryon de 23-24 jours ressemble à une sangsue.
  3. Moudghah (morceau de chair mâchée) : Une substance mâchée. Vers la fin de la 4ème semaine, l’embryon humain ressemble quelque peu à un morceau de chair mâchée. L’apparence mâchée est due aux somites qui ressemblent à des marques de dents. Les somites représentent les apparitions ou les régions organogénétiques des vertèbres.
  4. Formation des os et des muscles : À partir du stade du morceau de chair mâchée, les os et les muscles se forment. Ceci concorde avec le développement embryologique. D’abord, les os se forment comme des modèles de cartilage et ensuite les muscles (chair) se développent autour d’eux à partir du mésoderme somatique.

Interprétation Scientifique

Ces descriptions coraniques ont été interprétées à la lumière de la science moderne. Par exemple, le terme "alaqa" est considéré comme une description précise de l'embryon au stade de l'implantation, où il s'accroche à la paroi utérine. De même, le terme "moudghah" est considéré comme une description appropriée de l'embryon à un stade ultérieur, où il commence à ressembler à un morceau de chair mâchée.

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