Kévin Fortuné, né le 6 août 1989 à Paris, a grandi dans la banlieue parisienne, plus précisément à Garges-Sarcelles. Son parcours, marqué par des épreuves personnelles et une détermination sans faille, l'a mené des terrains de quartier aux championnats professionnels.
Une enfance dans la banlieue parisienne
Deuxième d’une famille de trois enfants, Kévin a été élevé principalement par sa mère, responsable en cuisine centrale à l’hôpital Cochin. Son père, militaire, est retourné en Martinique trois ans après sa naissance, car il avait le mal du pays. Malgré la distance, ils ont toujours gardé une grande et belle complicité, et il a toujours su tenir son rôle de papa. La figure paternelle était donc incarnée par sa mère, surnommée affectueusement "Tatie" dans le quartier.
Dans son quartier, Kévin est respecté. Sa famille aussi. Quand sa mère a besoin de quelque chose, les jeunes de la cité l’aident. Avec sa grande sœur Sabine, infirmière à l’hôpital de Gonesse, les rapports étaient un peu tendus. C’était très compliqué avec sa sœur. Quand il a quitté le foyer familial pour intégrer le club de Dijon, leur relation s’est améliorée. Entre les garçons, le courant passait mieux. Protecteur, il prenait soin de son petit frère Mickaël, tout en lui apprenant à faire des petites bêtises. Il voulait qu'il s’imprègne des bonnes valeurs que leur mère leur a inculquées. Il le remettait aussi en place quand il le fallait. Quand il a quitté le cocon familial, son frère s’est pris pour l’homme de la maison et a manqué de respect à leur mère. Il a dû revenir exprès au quartier pour lui montrer que c’était bien beau de faire le bonhomme, mais qu’il devait assumer. Aujourd’hui, son frère, boucher dans un supermarché, est un homme droit et responsable.
Kévin a connu les défis de la vie en quartier difficile. A Garges-Sarcelles, dans la cité de la Zone 4, il a dû s’imposer pour ne pas se faire marcher dessus et s’en sortir. Dans un quartier comme celui-ci, on est testé. On veut voir si ce gars-là est un "bolos", un mec faible. Comme il est de nature très gentil, les gens ont pensé qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient de lui. Mais ils se sont trompés. Il a ses limites. Il a dû se faire respecter par la parole et parfois par des gestes un peu brusques. Mais finalement, ils ont compris qu’il n’était pas un petit "bolos". La Zone 4, c’est la délinquance, la vente de substances illicites. Vivre dans un quartier, c’est à double tranchant. Là-bas, c’est soit tu tombes et tu as de mauvaises fréquentations, soit tu fais face et tu montres que tu peux réussir.
Le football comme voie de salut
Ce qui a fait la différence pour Kévin, c’est qu’il avait un but dans la vie : devenir footballeur professionnel. Il s'est donné les moyens. Le foot, c’est sa vie. Il a arrêté l’école à 16 ans. Ses amis sont comme sa deuxième famille. Dans la Zone 4, ils étaient une bonne bande d’amis. Depuis, certains sont partis à l’étranger ou dans une autre région de la France, d’autres sont restés, mais ils ne se sont jamais lâchés ! Il y en a qui viennent le voir à Lens, ce qui permet de se remémorer les bons souvenirs. Il y a surtout Franck Julienne (ancien joueur professionnel de Rennes). Il est comme son frère. Ils se connaissent depuis l’âge de six ans.
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La force de Kévin réside dans les liens forts qu’il noue avec sa famille, mais aussi dans ses origines martiniquaises. Quand il était jeune, il y allait tous les ans, pendant les grandes vacances. Il y retrouvait son père et toute sa famille. Quand il a commencé le football, c’était un peu plus difficile. En juin dernier, il y est allé avec son fils Kalvin. C’était top ! La Martinique, c’est la culture, les origines, la famille, la musique, la nourriture, les fruits, le soleil, la plage à 2 minutes de chez lui, la mentalité… Beaucoup de choses qu’il ne retrouve pas en France. Là-bas, c’est la joie de vivre ! Pas mal de gens y sont en difficulté, mais ils ne le montrent pas. Aux Antilles, la communauté martiniquaise est vraiment soudée. On ne laissera jamais quelqu’un dans la misère. On comprend alors pourquoi Kévin est un vrai rayon de soleil au quotidien. Toujours de bonne humeur, il aime transmettre sa joie de vivre aux autres : dans la douleur, dans les moments difficiles, il ne montre pas sa souffrance. Il a toujours le sourire. Quand vous rencontrez quelqu’un qui ne va pas bien, vous allez lui transmettre votre bonne humeur. C’est bénéfique ! Il est un bon vivant. La religion a aussi une grande place dans l’esprit et le cœur du Chrétien : quand il n’a pas entraînement le dimanche matin, il va à l’église. Il prie souvent et, avant les matchs, il demande au bon Dieu de l’aider.
De Dijon à l'Iran : un parcours atypique
Après le quartier, Kévin a connu le football en club. A l’âge de 17 ans, il a tout quitté pour rejoindre Dijon. C'est le 31 janvier 2007. Il était 17h. Il était dans le RER pour rentrer chez lui lorsque le DFCO l’a appelé. Quand il est arrivé, sa mère a cru à une blague. Une nouvelle aventure s’offrait à lui avec de nouveaux repères à trouver : il a dû laisser sa mère dont il est très proche, sa famille, son quartier… Le premier jour, il n’a fait que pleurer. Il quittait son chez lui pour une chambre de 9 m². Mais il y était ! Ce dont il avait toujours voulu. S’il y a bien trois hommes que Kévin n’oublie pas, ce sont Rachid Aloui, Moulay Azzeggouarh et Xavier Collin. Le premier est celui qui a fait signer Kévin à Dijon. Le deuxième était son coach formateur pendant deux ans à Dijon : il était constamment sur son dos, mais c’était pour son bien. Il était chauffeur de bus à mi-temps. Quand il allait en ville et qu’il le voyait, il baissait la vitre et criait « Kevin ! Rentre chez toi ! Tu n’as rien à faire dehors ! ». Quant au dernier, c’était son coach à Béziers : il lui sera reconnaissant à vie ! Il lui a fait confiance, il a toujours cru en lui. Il l’engueulait, beaucoup même.
Non conservé au Tractor SC pour des raisons plus politiques que sportives - « Après mon arrivée, le club a été vendu et les nouveaux actionnaires ne voulaient pas de joueurs étrangers dans l’équipe », souligne-t-il -, Kévin Fortuné retrouve refuge en France et en Ligue 2, à l’AJ Auxerre. A priori, le « fit » entre l’attaquant racé et le parangon du beau qu’est Jean-Marc Furlan est parfait. Il ne le sera pas du tout. Barré par Mickaël Le Bihan, qui enfile les buts comme les perles, Fortuné joue peu et pas à son poste de prédilection, exilé côté gauche. Pire, il finira la saison au placard. Une expérience douloureuse et incompréhensible pour l’intéressé : « Quand vous êtes écarté, c’est difficile, encore plus pour quelqu’un comme moi qui marche à l’affectif. Car je ne sais même pas pourquoi on m’a mis de côté, le coach n’est jamais venu me voir pour m’expliquer le pourquoi du comment. Pourtant, je n’avais rien fait de mal ».
Fidèle à ses racines
Même professionnel, Kévin reste toujours le Kevin que sa cité a connu. Il est un être humain comme tout le monde. Il a galéré comme les gars de la Zone 4. Il a gardé celui qu’il portait à Tours où il a d’ailleurs marqué son premier but en pro. Il ne l’a pas lavé et il est encadré chez lui. Il écoute beaucoup de musiques : antillaise, zouk, dance hall, kompa. Ça lui fait penser à ses racines. Il aime bien jouer à Football Manager pour se sentir comme un coach pendant quelques heures. Il joue souvent en réseau contre son frère histoire qu’il n’oublie pas que, même à distance, c’est lui le boss. Il joue à FIFA. Mais il ne prend pas souvent la même équipe. Son jeu vidéo préféré est NBA2K, un jeu de basket.
Il adore le basket ! Il a déjà assisté à des matchs de l’équipe de Pro A de Dijon. Il aimerait bien aller aux Etats-Unis pour voir un match de NBA. Il y a du spectacle avant et pendant le match, de l’ambiance, des célébrations, des checks. Il y a beaucoup de flow et d’intensité sur le terrain. Les joueurs ont des physiques hors normes. Ils enchaînent. Il se serait bien vu basketteur, il a le flow pour ! Il a fait son premier tatouage à l’âge de 19 ans. C’était son prénom. Le premier de 15 autres qui représentent sa famille.
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Un homme marqué par le deuil
En 2016, Kévin Fortuné, alors joueur du RC Lens, a vu sa fille Giulia-Rose, alors simplement âgée de 17 mois, décéder brutalement. « Elle est morte d’une maladie génétique rare dont on n’a toujours pas trouvé le remède aujourd’hui. Comme elle est rare, les fonds accordés à la recherche ne sont pas énormes », explique ce père de deux autres enfants, forcément marqué à vie par ce tragique épisode. « C’est tombé sur ma fille, malheureusement, dit-il avec pudeur. Depuis, moi et mes autres enfants, on doit faire un bilan annuel pour évaluer les risques. ».
En ce début de saison, Kévin Fortuné a connu un drame familial. Le joueur lensois a dû surmonter cette terrible épreuve alors qu’une nouvelle saison débutait. Un moment assez difficile à vivre pour toute personne, mais Kévin Fortuné a su trouver la force de se concentrer et être totalement disponible pour jouer cette rencontre : « Oui, parce que depuis la perte de ma fille, je lui ai fait une promesse : c’est que je me battrai à chaque match pour elle, que je serai tous les jours irréprochable sur le terrain. Là, c’était un moment difficile, mais je me suis dit : « même si les larmes coulent, ce n’est pas aujourd’hui que je vais lâcher » . Parce que je sais que de là-haut, elle me regarde. Kévin Fortuné évoque également la préparation étrange qu’il a vécue suite à ce drame : « On devait reprendre fin juin. Lundi matin, tout allait bien. Mais en l’espace de 3 heures, son état s’est aggravé. Ma compagne m’appelle pour me dire qu’il faut que je descende à Toulouse, parce que c’est là qu’elle avait été hospitalisée. Pendant 3 jours, nous sommes restés à l’hôpital auprès d’elle. Le mercredi, il y avait un bon regain de forme. Le jeudi, son état a rechuté, et elle est partie vendredi matin… J’ai été obligé de reprendre un peu plus tard, par rapport au choc, je n’avais pas la force nécessaire. Après, avec la promesse que j’avais faite à ma fille, je devais reprendre. J’en avais besoin, même. Parce que rester chez moi comme ça, je n’aurais pas tenu le coup… Le fait de revoir les coéquipiers, de reprendre le contact avec le ballon, ça m’a beaucoup aidé. La première semaine, c’était un peu difficile.
Un discours poignant
Cette soirée du 20 janvier 2024, les joueurs de l’US Orléans ne l’oublieront probablement jamais. Malgré leur défaite face au PSG, en 16ème de finale de la Coupe de France, ils ont effet tenu la dragée haute aux stars parisiennes. Il débute son discours ainsi : « On a montré qu’on était des vrais hommes, on a fait ce qu’on pouvait. Malheureusement, on tombe sur une grosse équipe mais je ne veux voir personne baisser la tête parce qu’on a fait un gros match », s'est félicité le joueur. « C’est la première fois que j’ai senti une crampe. J’étais mort, j’ai fait les efforts avec vous, ce n’est pas passé mais on ressort de là avec la tête haute » a-t-il insisté. Avant de laisser passer un silence et de reprendre son discours, la voix chevrotante. « Quelque chose qui me tient à cœur, je ne l’ai pas montré cette semaine et je vais peut-être plus le montrer ces prochains jours. La semaine prochaine c’est l’anniversaire de ma fille que j’ai perdue » a-t-il confié, en fondant en larmes. Il évoque sa fille Giulia-Rose, décédée à l’âge de 17 mois en 2017. Ses coéquipiers se sont alors rués vers lui pour le réconforter et ont formé un cercle autour de leur buteur.
Un nouveau chapitre à Châteauroux
D’aucuns ont déjà glosé sur sa venue à Châteauroux en National. Pré-retraite, pente descendante… Kevin Fortuné connaît la chanson et ne prête pas attention aux mauvaises langues. « Cela a plus gêné les autres que moi-même, scande-t-il. Quand on voit le projet qui est mis en place ici, National ou pas, c’est un beau challenge. Et puis quand vous avez un club qui vous montre de l’affection et l’envie de vous avoir, il ne faut pas hésiter. J’ai foncé direct. » Droit dans une nouvelle aventure qui n’a qu’un seul but, Kévin Fortuné le sait : « On va tout mettre en œuvre pour remettre Châteauroux là il doit être ».
Conclusion
Le parcours de Kévin Fortuné est celui d'un homme qui a su surmonter les obstacles grâce à sa détermination, son amour du football et le soutien de sa famille. Son histoire est une source d'inspiration pour tous ceux qui rêvent de réaliser leurs ambitions, quelles que soient les difficultés rencontrées. Toujours souriant, il est un exemple de résilience et de positivité, tant sur le terrain que dans la vie.
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