Joann Sfar, né à Nice en 1971, est une figure incontournable de la bande dessinée francophone, mais aussi un cinéaste, romancier et chroniqueur de sa propre vie à travers ses romans graphiques. Son œuvre, riche et variée, explore de nombreux genres, des histoires pour la jeunesse aux récits érotiques, en passant par l'heroic fantasy et l'introspection. Il est le père de trois enfants.
Un Parcours Influencé par les Arts et la Philosophie
Après des études de philosophie et aux Beaux-Arts de Paris, Sfar fréquente l'atelier Nawak et y rencontre des artistes tels que Lewis Trondheim, Emmanuel Guibert et Christophe Blain. Ces rencontres marquent le début d'une carrière prolifique, avec la publication de sa première bande dessinée en 1994. Il signe par la suite plus de 130 titres, parmi lesquels Petit Vampire, Pascin, Donjon et Klezmer.
Sfar lui-même rappelle qu’il est avant tout un dessinateur, et que du dessin naissent ses récits et ses perspectives. "Le dessin est une science humaine", affirme-t-il. Les techniques d’observation du dessin engendrent une connaissance du monde, des hommes et des choses, fondée paradoxalement sur la capture d’un rythme.
Un Œuvre Protéiforme
L'œuvre de Joann Sfar est protéiforme. Elle s'affirme en 1998, avec la série Donjon, parodie de l'univers des récits de Tolkien, créée avec Lewis Trondheim, et l’année suivante, Professeur Bell, qui prend pour thème les aventures d'un chirurgien occultiste. En 1999, il commence également la série pour enfants Petit Vampire, à l'humour gentiment macabre; elle connaîtra une adaptation en dessins animés en 2004 et un film d’animation en 2020. De 2000 à 2005, il publie les sept volumes de Pascin, biographie fantasmatique du peintre du Montparnasse des années 1920. Il révèle son intérêt pour l'histoire du judaïsme avec le scénario des Olives noires (trois tomes parus de 2001 à 2003), qui retrace le cheminement intellectuel d'un jeune garçon dans la Palestine occupée par l'armée romaine (dessins d'Emmanuel Guibert). En 2002 débute la publication de ses Carnets, sorte de bloc-notes en textes et en images, dans lesquels - quitte à être accusé de narcissisme - il se met lui-même en scène et raconte des événements de sa vie.
Dans une activité où la plupart des auteurs dits « complets » (c'est-à-dire à la fois scénaristes et dessinateurs) ne publient au plus qu'un album par an, une telle production peut surprendre. C’est que Sfar dessine beaucoup - de cinq à douze heures chaque jour - et déborde d'idées de scénarios. Tout ce qu'il a produit n'est bien sûr pas du même niveau, mais rien ne laisse indifférent. En outre, son aisance à s'exprimer en public et à tenir des propos originaux sur toutes sortes de sujets a fait de lui un des auteurs français de bande dessinée les plus médiatisés (Mathieu Amalric lui a d'ailleurs consacré un documentaire en 2010). En 2016, Joann Sfar est nommé chevalier de la Légion d’honneur et devient professeur à l’École des beaux-arts de Paris, dont il démissionnera en 2023.
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Influences et Thématiques
L'œuvre de Sfar est marquée par de nombreuses influences, allant de Hugo Pratt à Albert Cohen, en passant par Chagall et Clément Rosset. Il explore des thématiques variées, telles que l'identité juive, l'antisémitisme, la nostalgie, la mort et la résilience. Ses récits se déroulent souvent dans des univers surréalistes, où se côtoient les morts et les vivants, le tragique et le comique.
À l’image de l’histoire du canari que l’on emmenait dans les mines de charbon pour être prévenu d’un danger, si on le voyait s’évanouir, les histoires de juifs ne sont pas présentées comme concernant (seulement) les juifs. Il ne s’agit pas non plus d’une curiosité anthropologique, comment vivent-ils, que mangent-ils, quelle est leur conception du monde et quelle est leur recette du panier aux amandes, veulent-ils dominer le monde ou marier leur fille ? Ces questions mises à part, les récits d’histoires juives-non-juives sont des aventures qui illustrent de manière condensée comment les aléas de l’Histoire sont absorbés, détournés, remaniés, avec un peu de sagesse populaire et quelques névroses utiles. Tout ceci pour continuer à exister, et avoir sa part de soleil, à Sétif, dans un kibboutz, ou une maison hantée de Nice.
Famille et Enfance
Joann Sfar est né dans une famille de tradition juive, orphelin de mère à trois ans et demi. Il est issu d'une famille juive séfarade de Sétif, en Algérie, du côté de son père, et ashkénaze ukrainienne laïque et anticonformiste, du côté de sa mère. Toute la famille du grand-père maternel a été déportée durant la Seconde Guerre mondiale. Sa mère, Liliane née Hoftel dite Lilou (1948-1974), est chanteuse pop. Sa mère meurt quand il a trois ans mais on lui dit qu'elle est « partie en voyage ». Il est élevé par son père, dont la vision du judaïsme est, plus que celle de sa famille maternelle, pratiquante et traditionaliste, ainsi que par son grand-père maternel (ancien résistant, médecin dans la brigade Alsace-Lorraine puis rabbin anticlérical), qui occupe avec sa grand-mère maternelle une villa au cap d'Antibes.
Sfar est père de trois enfants : une fille de 20 ans et un fils de 17 ans issus d'une précédente union, et un petit dernier âgé de quelques mois. Il décrit une paternité heureuse, où il se sent bien dans ses baskets de papa. Il n'est pas un père autoritaire, et préfère laisser un maximum de choses accessibles à ses enfants.
Engagement et Polémiques
Joann Sfar est connu pour son engagement contre l'antisémitisme et les positions d'extrême droite, qui trouve ses racines dans son histoire familiale. Ses positions sur le conflit israélo-palestinien ont également suscité des polémiques, notamment lors de l'émission de France Culture consécutive aux Attaques du 7 octobre 2023. Il a par la suite déclaré que « l'antisémitisme est le pire ennemi de la cause palestinienne ».
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