Les jeux de ficelle, un savoir-faire ancestral, se manifestent sous diverses formes à travers le monde. Cet article explore l'univers des jeux de ficelle, en mettant l'accent sur les instructions pour réaliser des figures à quatre mains et en retraçant leur histoire et leur signification culturelle.
Introduction aux Jeux de Ficelle
Un jeu de ficelle est une forme d'expression graphique qui permet la production rapide, mais éphémère, d'une quantité virtuellement infinie de motifs géométriques. Cette pratique consiste à appliquer à une boucle de fil une succession d'opérations effectuées avec les doigts, mais aussi parfois en impliquant les dents, les poignets ou les pieds, de manière à obtenir une figure. Chaque motif final porte le nom d'un objet (animal, plante, ustensile, situation, etc.).
L'appellation « jeux de ficelle » met en avant l’indéniable caractère ludique de cette activité. Pourtant, on a très rapidement remarqué ses liens avec certaines pratiques rituelles ainsi que leur rôle de support mnémotechnique et d’illustration de chants, de mythes ou d’autres récits. Dans certains contextes, on mentionne aussi des liens avec les rites de fertilité, avec la transmission de souvenirs d’évènements passés, ou encore avec l’acquisition ou le renforcement de la dextérité technique et d’aptitudes cognitives comme la motricité fine, les qualités d’observation et la mémorisation.
Instructions pour un Jeu de Ficelle à Quatre Mains : "La Tortue et le Lièvre"
Voici les instructions pour réaliser une figure à quatre mains représentant la célèbre histoire de la tortue et du lièvre :
Préparation : Deux joueurs, D1 et D2, sont nécessaires. Une ficelle de longueur appropriée est requise.
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Étapes :
- Premier Berceau.
- 1 passe au-dessus de 2 et prend par en-bas 5v et l.
- Double Navajo 1, traitant les deux boucles supérieures 1 comme une seule. (Faire passer la deuxième boucle en première position et faire navajo).
- D1 et D2 saisissent les deux ficelles de G5 (près de la base du doigt). Pivoter G5 vers vous, vers le bas, loin de vous et de retour là où il a commencé, deux fois.
- 3 relève par en-haut 5v.
- D1 et D2 saisissent les deux ficelles de G1. Libérer G1. D1 et D2 font passer par en-bas la boucle G1 à travers la boucle G3. Puis D1 et D2 remettent la boucle G1 sur G1. Faire de même sur la main D.
- Libérer 3 et 2.
- La figure s'étend merveilleusement bien.
Histoire associée :
- "Un lapin sort. Le lapin dit : 'Salut, tortue ! Tu es très lente.'"
- "La tortue et le lièvre sont maintenant côte à côte."
- "Le lièvre dit : 'Laisse-moi me reposer. Ça ira car la tortue est si lente. Zzz, zzz, zzz… Oh!'"
- "La tortue va plus vite, la tortue gagne !!!"
Variations et Interprétations :
Les jeux de ficelle sont souvent accompagnés d'histoires ou de comptines qui donnent un sens à la figure créée. L'histoire de la tortue et du lièvre est un exemple classique, mais d'autres histoires peuvent être utilisées pour accompagner la même figure, ou des variations de la figure peuvent être créées pour représenter différentes étapes de l'histoire.
Histoire et Anthropologie des Jeux de Ficelle
Depuis le début du XXe siècle, un effort important a été réalisé pour élaborer une méthode de notation et de comparaison des nombreux jeux de ficelle pratiqués dans divers endroits du monde. Il s’agissait à l’origine, dans le cadre de la pensée diffusionniste, de chercher des ressemblances, comme autant d’indices d’emprunts techniques pouvant aider à la compréhension des contacts entre groupes humains.
Dans le cadre du diffusionnisme naissant, Tylor (1880) suggérait que l’étude de la distribution géographique des jeux en général et des jeux de ficelle en particulier serait particulièrement intéressante pour aider à la compréhension des parcours migratoires et des contacts passés entre groupes humains. L’ample répartition de cette pratique ainsi que la diversité des techniques et des motifs géométriques qu’elle permet de produire en firent un objet de choix pour les tenants de l’approche diffusionniste. En partant de l’hypothèse qu’il était rare de rencontrer des motifs identiques dans des régions distantes les unes des autres et qu’il était très improbable qu’un même motif ait pu être inventé dans différents endroits de manière indépendante, les retrouver dans deux groupes autorisait à postuler soit une migration, soit un emprunt culturel.
Certains pionniers de l’étude des jeux de ficelle ont commencé à consigner les méthodes de construction des différents motifs. Lors de son travail ethnographique chez les Inuits, Boas (1888) s’est intéressé aux jeux de ficelle et fut le premier à publier la description complète de méthodes de construction. Quelques années plus tard, Rivers et Haddon (1902) soulignèrent l’importance de la collecte des méthodes de construction, qui peuvent être distinctes pour l’élaboration d’un même motif, tout en proposant une méthodologie et une nomenclature permettant leur notation.
Aujourd’hui, les jeux de ficelle suscitent l’intérêt des mathématiciens, des linguistes et des anthropologues, qui se penchent toutefois sur d’autres aspects de cette pratique. Comme le signale Daria Hoenigman (2020), plutôt que de s’attacher à décrire les méthodes de construction, les anthropologues contemporains cherchent à comprendre la pratique d’un point de vue sociologique, en analysant par exemple ses associations avec d’autres pratiques artisanales, avec la mythologie, la cosmologie et, plus largement, avec les connaissances relatives à l’environnement.
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Les Jeux de Ficelle en Amérique du Sud et dans le Chaco
Concernant l’Amérique du Sud, les premières publications ont porté plus particulièrement sur la région des Guyanes et celle du Chaco. Les jeux de ficelle d’Amérique du Sud semblent pourtant avoir été répandus de manière continue depuis la côte caraïbe jusqu’à la Patagonie parmi les populations indigènes des basses terres.
Le Chaco est la région d’Amérique du Sud pour laquelle on dispose de la plus grande quantité d’informations bibliographiques sur les jeux de ficelle. C’est également la seule région pour laquelle l’étude des jeux de ficelle a pris la forme d’une spécialisation thématique qui perdure jusqu’à nos jours.
Les premières mentions de jeux de ficelle dans la région du Chaco datent de la fin du XIXe siècle. Dans son journal de terrain, le peintre-ethnographe italien Guido Boggiani témoigne de cette pratique chez trois groupes voisins (les Sanapana, les Chamacoco et les Caduveo) et le missionnaire anglican Seymour Hawtrey (1901, p. 285) s’étonne de l’ingéniosité et de l’habileté déployées par les Lengua - aujourd’hui connus sous le nom d’Enlhet ou Enxet - pour réaliser des figures parfois complexes.
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