L'inceste, une forme de violence sexuelle intrafamiliale, est un sujet délicat et complexe. Si l'inceste masculin est plus fréquemment abordé, l'inceste commis par des femmes, en particulier les grands-mères, demeure un tabou profondément ancré dans l'inconscient collectif.
La Rareté et l'Impensabilité de l'Inceste Féminin
Dans l'écrasante majorité des cas, les violences sexuelles sont masculines. En France, les hommes représentent 92,6 % des agresseurs dans l'espace familial, selon l'enquête Virage de l'Ined. La violence sexuelle perpétrée par des femmes relève de l'exceptionnel, ce qui explique pourquoi elle est si peu explorée dans le débat public et les sciences humaines. Les agressions sexuelles et incestueuses provenant des femmes sont difficiles à concevoir, car la violence est d'abord associée à la virilité. Les femmes, surtout les mères, sont idéalisées et perçues comme naturellement innocentes, ce qui rend difficile l'acceptation de leur rôle d'agresseur.
Aujourd'hui encore, la croyance collective en un "instinct maternel" infaillible entrave la compréhension de ces actes. Cette idée reçue d'une alchimie bienveillante, naturelle et incontestable entre la mère et son enfant, rend impensable l'idée qu'une mère puisse abuser de son enfant.
Les Spécificités de l'Inceste Maternel
Pour les victimes, il est souvent plus difficile de distinguer une agression sexuelle d'un rapport "normal" avec leur mère qu'avec leur père. De même, il est difficile de s'accepter comme victime d'inceste maternel, car cela revient à accepter un matricide. L'attachement maternel est le premier attachement, et le briser expose à éclater le système familial.
Les femmes incestueuses peuvent exercer les mêmes formes de violence que les hommes, y compris le viol au sens pénal du terme. Depuis 1980, la loi considère comme viol une relation sexuelle imposée par une femme à un homme par pénétration digitale ou avec un objet. Elles peuvent également se livrer à de l'exhibitionnisme ou à des confessions sur leur sexualité.
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Un autre aspect courant est l'hyper maternage comme prétexte à la violence sexuelle. Certaines femmes se servent des gestes quotidiens de soins de façon vicieuse et perverse, allant jusqu'à des toilettages forcés ou des actes intrusifs sur le corps de l'enfant.
La Complicité et la Transmission Intergénérationnelle
Il est important de noter la complicité possible de l'autre parent dans l'inceste perpétré par des femmes. Selon une étude de Franca Cortoni, un tiers des agresseuses agissent seules, tandis que les deux autres tiers sont accompagnées par un homme violent. Dans certains cas, il s'agit d'un inceste par délégation, où un membre de la famille est mis en situation de violer l'enfant.
La transmission intergénérationnelle de l'inceste est également une réalité. Souvent, les agresseuses ont elles-mêmes subi des violences sexuelles dans leur passé, parfois au sein de leur propre famille. Les violences incestuelles se reflètent ainsi tout au long de la vie des survivants et de leurs descendants.
Les Motivations et les Profils des Femmes Incestueuses
Les motivations des femmes incestueuses sont complexes et liées à leur dynamique psychologique. On retrouve souvent des cas de "fragilité identitaire", où la mère a des difficultés à distinguer sa propre identité de celle de son enfant. Elles peuvent avoir des idées contradictoires sur leur schéma familial et considérer leurs enfants comme une extension d'elles-mêmes.
Des études, comme celle de Véronique Wyck dans son autobiographie "Une enfant de trop", mettent en lumière des cas de grossesses non désirées et des traumatismes de guerre dans l'histoire familiale, qui peuvent expliquer le passage à l'acte.
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Les Conséquences et les Difficultés de la Parole
Les violences incestuelles ont des conséquences désastreuses sur la vie des survivants. Troubles dans la vie professionnelle, amoureuse et familiale, troubles alimentaires, peur de réitérer des pulsions sexuelles envers leurs propres enfants, autant de maux qui témoignent de vies chamboulées.
Parler en tant que survivant d'inceste féminin reste une tâche difficile, notamment à cause des stéréotypes de genre qui rendent les femmes coupables impossibles. Les hommes survivants peuvent également être confrontés à une approche viriliste de l'éducation qui les encourage à garder pour eux ce qu'ils ont subi.
Même lorsque les survivants prennent la parole et portent plainte, les instances policières et judiciaires ne sont pas toujours bien préparées au phénomène. Les plaintes peuvent être minimisées, les dossiers perdus, et les remarques désobligeantes sont fréquentes. Selon la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, 70% des plaintes de violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite, pour faute de preuve.
Un Cas Particulier : L'Inceste Grand-Mère
L'inceste commis par une grand-mère est une forme particulièrement tabou et déroutante de violence sexuelle. Plusieurs cas ont été médiatisés, comme celui d'une septuagénaire condamnée à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, pour des agressions sexuelles commises sur son petit-fils. Les faits se seraient produits lorsque l'enfant était âgé de deux à six ans, alors qu'il était gardé par sa grand-mère.
Dans ces affaires, la vérité est souvent difficile à établir. L'enfant peut avoir du mal à exprimer ce qu'il a subi, et la grand-mère nie généralement les faits. Cependant, les témoignages concordants de l'enfant et de son père, qui a parfois été victime de violences similaires dans son enfance, peuvent permettre de faire éclater la vérité.
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