Introduction
L'histoire de l'avortement est complexe, marquée par des évolutions législatives, des pratiques clandestines et des luttes pour les droits des femmes. Cet article explore cette histoire en s'appuyant sur des sources variées, allant des archives judiciaires aux témoignages de militantes féministes.
L'Avortement Avant la Loi Veil : Clandestinité et Risques
Des pratiques variées et souvent dangereuses
Avant la loi Veil de 1975, l'avortement était illégal en France, contraignant les femmes à recourir à des pratiques clandestines, souvent dangereuses et réalisées dans des conditions précaires. Dans la Bretagne du XIXe siècle, par exemple, face à une grossesse non désirée, les femmes se tournaient vers diverses solutions, souvent risquées. Paradoxalement, dans cette région réputée très religieuse, l’avortement était une option envisagée par nombre d’entre elles.
Les recours aux "matrones" et aux remèdes traditionnels
Faute d'alternatives sûres, les femmes rurales se tournaient vers les matrones de village et les "empiriques". Elles recouraient également, de façon massive, aux remèdes traditionnels : plantes, saignées et sangsues. Sans préjuger de l’efficacité de ces thérapeutiques, il convient de rappeler qu’elles ont échoué pour la majorité des femmes qui ont été mises en accusation pour infanticide.
Le rôle des professionnels de santé
On recense quelques réseaux d’avortement associant professionnels de la santé et rabatteurs, mais les avortements opérés par des professionnels à l’aide de moyens mécaniques sont à la fois très chers et très dangereux, car ils font intervenir des instruments perforants.Les avorteurs qui pratiquent de manière régulière et organisée appartiennent en majorité au milieu médical. Parmi eux figurent un pharmacien, deux sages-femmes, trois officiers de santé. Il convient d’y ajouter un médecin relaxé, faute de preuves.
Les risques encourus
Les avortements pratiqués par des professionnels se faisaient souvent à l’aide d’instruments perforants. Le pharmacien Regnault utilisait à la fois des moyens mécaniques et des drogues. L'utilisation d'instruments engendrait d'importants risques d'infection.
Lire aussi: Jacques Brel : Enfance et Famille
Tolérance et Répression : Une Justice Sélective
Une tolérance relative au début du XIXe siècle
Malgré l'illégalité de l'avortement, une certaine tolérance semblait exister dans les premières décennies du XIXe siècle. Ce n’est qu’à partir de 1850 qu’Agnès Fine, pour la Haute-Garonne, constate une nette augmentation des accusations. Elle y voit un « changement d’attitude de la justice à l’égard de l’avortement et peut-être dans la pratique de l’avortement elle-même3 ».
La répression sélective
Gemma Gagnon signale une égale tolérance pour la Seine-Inférieure. « Il n’y a guère, écrit-elle, que les avorteurs qui finissent par succomber à la vindicte, après de nombreuses années de pratique, lorsque leurs bavardages peuvent devenir gênants pour une partie de la commune. La répression judiciaire s’exerce d’une façon sélective, pour limiter la publicité des actes, empêcher leur prolifération au vu et au su de tous et, pour un nombre non négligeable, en sanctionner les dérapages. »
Des motivations économiques et sociales
L'avortement serait toléré par les élites, qui y verraient « les signes d’une bonne gestion, par les classes laborieuses “évoluées”, de leur comportement sexuel5 ».
Les Acteurs de l'Avortement Clandestin
Les professionnels de santé
En Bretagne, la majorité des procès (11 sur 18) ont impliqué des professionnels ou quasi-professionnels : hommes et femmes appartenant aux métiers de la santé ou ayant fait de l’avortement une profession. Les autres accusations mettaient en scène des gens du peuple ayant usé avec plus ou moins de bonheur de divers remèdes. Parmi les accusées d’infanticide plusieurs ont réussi un avortement et innombrables sont les femmes qui se sont essayé, par des moyens plus ou moins violents, aux techniques abortives.
Les "faiseurs d'anges"
À ces hommes de l’art et sages-femmes, il convient d’adjoindre plusieurs femmes qui ont fait de l’avortement un véritable métier.
Lire aussi: Chant, humour et collants noirs : L'épopée des Frères Jacques
Des tarifs élevés et négociables
Les avortements effectués par des professionnels se caractérisaient par des tarifs élevés. Prosper Regnault exigeait une rémunération variant, selon la fortune de ses clients, de 80 à 300 F. En raison du caractère particulier et clandestin de ces prestations, les tarifs paraissent négociables.
L'Après-Veil : Une Lutte Continue pour les Droits des Femmes
La loi Veil et ses avancées
Cette loi qui dépénalise l’IVG depuis 1975 est une vraie avancée. En effet : "Chaque femme en situation d’IVG va vivre ce choix différemment".
Un accès inégal aux soins
Un parcours qui reste toujours inégal selon qu'on vit en ville ou en milieu rural : "Il reste difficile à assurer par le planning familial qui voit ses subventions fluctuer au bon vouloir des politiques élus", ajoute cette dernière. "Il n’y a pas un accès égal aux soins sur le territoire français. Des centres IVG ont fermé durant les 15 dernières années. Les centres doivent fixer un rendez-vous dans les 3 à 5 jours selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé.
L'importance de la formation et de l'accompagnement
Isabelle Asselin est gynécologue retraitée, présidente de l'association ASSUREIPSS et aussi formatrice en santé sexuelle : "Il faut de la formation dans les cursus initiaux des professionnels et les former à la santé sexuelle". Elles pointent notamment du doigt la question de l'accompagnement de ces femmes : "Par exemple, l’entretien psychologique n’est plus obligatoire pour les femmes majeures depuis 2001 lors d’une demande d’IVG, à part pour les femmes mineures. Lors de la démarche, les femmes ont deux entretiens pré-IVG : "Durant ces rendez-vous, s'ils sentent une vulnérabilité, il faut pouvoir les orienter, leur conseiller de voir un psychologue. Des femmes sont fragilisées, car elles ont vécu des choses, parfois traumatisantes, dans leur vie, leur enfance. L'acte ne provoque pas de traumatisme en soi si l’accueil de l’équipe a été chaleureux, non jugeant". Pour cette dernière, il faut aussi miser sur l'éducation sexuelle dès le CP : "Il faut respecter les trois séances par an, renouvelées tous les ans.
L'IVG, une liberté constitutionnelle
Depuis son inscription dans la Constitution, l'IVG est devenue bien plus qu'un droit, c'est une liberté. De quoi rappeler ces mots de Simone Veil : "Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
Lire aussi: L'influence durable de Jacques Callot sur l'art : histoire et héritage.
Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir : Un Combat Féministe
Une rencontre déterminante
À vingt-trois ans, en 1949, Gisèle Halimi découvre, comme tant d’autres femmes de par le monde, Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir tout juste paru avec, écrit-elle, « un mélange d’émerveillement et de stupeur. Car c’était vraiment incroyable : un livre mettait des mots sur mon vécu, ma révolte initiale, mon indignation permanente concernant l’indépendance et l’humiliation des femmes.
L'affaire Djamila Boupacha
Pour rendre public la cause de cette jeune femme, Gisèle Halimi a besoin que Simone de Beauvoir écrive un article dans la presse pour exiger une enquête. Elle accepte, comme elle le fera par la suite pour nous soutenir, nous les féministes du MLF, dix ans plus tard.
Le procès de Bobigny
À Bobigny, où Simone de Beauvoir doit témoigner en dernier, nous n’arrivons pas entrer dans la salle du tribunal. Finalement, le jeune policier près de la porte me laisse passer, me chuchotant : « Vous savez, ce n’est pas parce qu’on est face à vous, qu’on est contre vous. Nous aussi, nous avons des femmes dans notre vie. » La salle est déjà pleine de policiers en imperméable gris, ressemblant tous à l’inspecteur Colombo, en moins sympathique. Aussitôt, lorsque les juges entrent, une vérité nous saute à la figure. Des hommes, que des hommes, jugent des pauvres femmes. Ces magistrats se révèlent méprisants et odieux lors de tous les témoignages. Mais voilà qu’arrive, après deux heures de procès et de fort mauvaise humeur, Simone de Beauvoir. Les juges rougissent, baissent les yeux dès qu’elle commence de s’exprimer. Assise sur une chaise, elle lève la tête vers eux, avec insolence et colère, et leur fait la leçon : « On exalte la maternité parce que la maternité c’est la façon de garder la femme au foyer et de lui faire faire le ménage. » Elle continue ainsi un long sermon féministe.
La création de l'association Choisir
Gisèle Halimi fondera l’association Choisir, dont Simone de Beauvoir sera présidente, pour venir en aide à d’autres femmes.
tags: #Jacques #Bouteille #avortement #histoire