L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet sensible et complexe, souvent source de débats passionnés. Au-delà des aspects légaux et éthiques, il est crucial de s'intéresser aux conséquences psychologiques potentielles, tant pour les femmes que pour les hommes et les couples. Cet article vise à explorer ces répercussions, en s'appuyant sur des études scientifiques et des témoignages, afin de mieux comprendre les enjeux et d'offrir des pistes d'accompagnement adaptées.
Les Répercussions Psychologiques de l'IVG chez la Femme
De nombreuses femmes rapportent des souffrances psychologiques après une IVG, qui peuvent se manifester par des troubles tels que la dépression, l'anxiété ou des idées suicidaires. Certaines femmes peuvent encore souffrir dix ans après la perte de leur fœtus. Ces traumatismes ne sont pas pris en considération, ou très peu, par l'entourage, la société, et la douleur peut s'enkyster. Il est important de noter que prouver un lien de causalité direct entre l'IVG et ces troubles est scientifiquement difficile, car de nombreux facteurs peuvent entrer en jeu (pauvreté, violence, consommation de drogues, antécédents psychologiques, etc.). Cependant, l'absence de preuve formelle ne signifie pas que ces souffrances doivent être ignorées.
La Culpabilité et le Deuil
Un sentiment de culpabilité peut survenir, même des années après l'IVG. Cette culpabilité peut être inconsciente, même si la femme a des justifications rationnelles ou idéologiques. Une femme peut vivre des émotions multiples et se trouver tiraillée entre des sentiments contradictoires. Par exemple, elle peut d’abord éprouver du soulagement et se sentir « libérée d’un problème » puis ressentir un malaise difficile à exprimer. Une grossesse interrompue peut aussi avoir des répercussions sur le prochain enfant. La femme enceinte peut se retenir de trop investir le futur nouveau-né afin d'anticiper une éventuelle perte. Si la mère n'a pas fait le deuil de l'enfant idéal qu'elle portait, elle peut considérer inconsciemment celui qui le suit comme un enfant de remplacement qui se doit d'être à la hauteur d'un être idéalisé, donc sans défaut.
Le Silence et le Tabou
La société fait face à un silence pesant autour de l’IVG, qui nuit à l’accompagnement des femmes, des couples et des familles. Simone Veil disait : « Personne ne recourait à l’avortement de gaieté de cœur » ; même s’il peut être pratiqué librement en France, c’est dans la société que les tabous persistent. Ce silence peut empêcher les femmes de parler de leur expérience et de rechercher un soutien adéquat. Il est donc essentiel de briser ce tabou et de créer un espace où les femmes se sentent libres d'exprimer leurs émotions sans jugement.
L'Importance de l'Accompagnement Psychologique
Face à ces difficultés, un suivi psychologique adapté est essentiel pour aider les femmes à surmonter ce qui peut être un drame majeur. Il est important de légitimer la douleur morale liée à la perte du fœtus. Dans le cas de fausses couches tardives, de mort in utero, ou d'interruptions médicales de grossesse à partir de 5 mois, il est possible d'inscrire l'être à l'état civil ou sur le livret de famille. Mais il reste à mettre en place des rituels laïques ou religieux pour ceux qui le souhaitent. Dans le cas de fausses couches plus précoces, il faut aider la mère à se détacher de son enfant perdu en lui proposant systématiquement une consultation psychologique.
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Les Conséquences Psychologiques de l'IVG chez l'Homme
Si l'IVG est une épreuve pour les femmes, elle peut aussi l'être pour les hommes. Pourtant, ils sont souvent laissés-pour-compte et ont encore moins le droit à la parole, bien qu’ils puissent trouver des interlocuteurs dans les centres de planification : ils n’en sont tout simplement pas informés, mis à l’écart dans ce moment difficile. 50 % des hommes vivent cette expérience de manière douloureuse. Il est rarement facile de parler d’un avortement, mais les hommes en parlent plus difficilement encore que les femmes. Ainsi, beaucoup d’hommes ne se sentent pas légitimes pour exprimer une souffrance liée à l’avortement.
Le Regret et la Culpabilité
Des hommes regrettent l’IVG de leur compagne, épouse, partenaire, et en souffrent. Ils peuvent ressentir un sentiment de culpabilité, surtout s'ils ont encouragé ou forcé leur partenaire à avorter. Certains hommes ne sont pas responsables de l’IVG qui a été accomplie contre leur volonté. Les hommes peuvent souffrir du regret de l’avortement, qu’ils aient subi la décision de leur femme ou qu’ils aient voulu, voire qu’ils aient imposé cet avortement.
Le Sentiment d'Impuissance
Les hommes peuvent se sentir impuissants face à la décision d'IVG, surtout si elle a été prise par leur partenaire sans leur consentement. Ils peuvent avoir l'impression de ne pas avoir eu leur mot à dire et de ne pas avoir pu protéger leur enfant.
L'Importance de la Reconnaissance de la Souffrance
Il est crucial de reconnaître que les hommes peuvent également souffrir après une IVG et de leur offrir un soutien adapté. Il est loin d’être systématique que les hommes regrettent leur IVG, ou qu’ils présentent des symptômes de trouble de stress post-traumatique après un avortement. Pouvoir parler est un premier pas essentiel pour se libérer de la souffrance du regret de l’avortement. Les hommes confrontés à l’IVG peuvent avoir peur d’en parler dans leur entourage ou leur famille, peur de décevoir, de causer de la souffrance, ou de rencontrer de l’indifférence. Un suivi psychothérapeutique peut parfois être vraiment utile. L’association Agapa se consacre à l’accompagnement de personnes, hommes et femmes, souffrant de la perte d’un enfant in utero, qu’il s’agisse d’accidents ou d’interruptions volontaires de grossesse.
Les Répercussions Psychologiques de l'IVG sur le Couple
L’interruption volontaire de grossesse (IVG) peut fragiliser le couple. Si c’est une épreuve pour les femmes, cela peut aussi l’être pour l’homme. Quant au couple, il peut en pâtir et parfois mener à la rupture. Il est donc important de parler ensemble afin de trouver la meilleure solution pour le couple.
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Le Manque de Soutien au Couple
Aucun accueil au couple est prévu. Il est donc important de parler avec son compagnon avant et après l’IVG pour ne pas laisser s’installer des incompréhensions et que cela devienne un sujet tabou qui mènera inévitablement à la rupture. Parler du jour en question, des émotions ressenties est primordial.
Les Incompréhensions et les Tensions
L'IVG peut entraîner des incompréhensions et des tensions au sein du couple, surtout si les partenaires n'ont pas la même vision de la situation ou s'ils ne communiquent pas ouvertement sur leurs émotions.
L'Importance de la Communication
Pour préserver la relation, il est essentiel que les partenaires communiquent ouvertement et honnêtement sur leurs sentiments, leurs craintes et leurs besoins. Il peut être utile de consulter un thérapeute de couple pour faciliter cette communication et résoudre les conflits éventuels.
Les Enfants Nés Après un Avortement
Naître après qu'une mère ait subi un avortement peut avoir un impact profond et souvent méconnu sur l'enfant qui suit. Bien qu'invisible et non verbalisé, ce contexte particulier peut imprégner l'inconscient de l'enfant de sentiments de vulnérabilité et de peurs liées à la survie et à la sécurité.
L'Ombre Inconsciente d'un Prédécesseur
Les individus nés dans ces circonstances peuvent porter en eux un sentiment d'insécurité existentielle, se traduisant par une peur persistante d'être en danger. Cette sensation peut osciller entre se percevoir comme une victime potentielle et adopter des comportements de défense, parfois en se positionnant dans un rôle de bourreau, comme mécanisme de survie face à l'angoisse profonde d'être vulnérable.
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Vivre avec un Conflit Intérieur
Ce conflit intérieur peut se manifester par divers symptômes, tels que l'anxiété, une méfiance accrue envers autrui, et des difficultés à établir des relations stables et sécurisantes. Ces manifestations sont souvent le reflet d'un combat intime pour trouver sa place et se sentir en sécurité dans un monde perçu comme menaçant.
Le Rebirth Intra-utérin : Un Nouveau Départ
Face à ces défis complexes, Valérie Grumelin, psychanalyste spécialisée en thérapies cognitives et comportementales, suggère son approche thérapeutique novatrice : le Rebirth intra-utérin ou Orius. Sa méthode vise à replacer l'individu dans le contexte de sa gestation, lui offrant l'opportunité de revivre sa naissance mais cette fois-ci, dans un cadre déconditionné et exempt de traumas, tout en intégrant les éléments positifs de son existence actuelle.
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