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IVG et oubli de pilule : Comprendre les risques et les solutions

La question de la grossesse non désirée suite à un oubli de pilule contraceptive est une préoccupation majeure pour de nombreuses femmes. En France, l'évolution des pratiques contraceptives, notamment depuis la crise des pilules de troisième et quatrième générations en 2013, a conduit à une modification des comportements et à une augmentation des recours à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Cet article vise à explorer les liens entre l'oubli de pilule, le risque de grossesse et les solutions existantes, en mettant notamment l'accent sur l'intérêt des schémas continus.

Évolution des pratiques contraceptives en France

Depuis 2013, la prescription de pilules de troisième et quatrième générations est de plus en plus rarement utilisée. La crise médiatique et le déremboursement de certaines d’entre elles ont incité beaucoup de femmes à changer de contraception et à se tourner vers d’autres méthodes. Une étude menée sur des Françaises et des médecins a confirmé la baisse continue de l’utilisation de la pilule entre 2000 et 2013. Cette diminution est particulièrement vraie chez les plus jeunes (moins de 30 ans).

Parallèlement à la baisse de l’utilisation de la pilule, les recours à l’IVG n’ont cessé de progresser. La France reste le pays européen où le nombre d’IVG est le plus élevé. Cette augmentation est très importante et très inquiétante. La perte de confiance vis-à-vis des pilules peut expliquer ces mauvais chiffres.

Oubli de pilule : une cause majeure de grossesse non prévue

Dans près de la moitié des cas, une erreur d’utilisation de la méthode contraceptive générerait une grossesse non prévue. Ainsi, l’oubli de pilule, et donc la mauvaise observance, serait la deuxième cause d’IVG, derrière l’absence de contraception. Sur les 5 millions de françaises qui prennent la pilule, seulement un tiers n’a jamais oublié de la prendre. Plus de 2 sur 10 l’oublient une voire plusieurs fois par mois. Cet oubli de pilule est inévitablement responsable d’IVG mais aussi de recours à la contraception d’urgence. Il arrive en général au premier jour ou à la première semaine de prise (cas le plus fréquent) et entraîne une disparition de l’efficacité contraceptive et un arrêt de la contraception hormonale. De plus, après un oubli, les femmes ont tendance, dans 13,9% des cas, à arrêter purement et simplement leur moyen de contraception.

Il est essentiel de souligner que l'efficacité théorique des moyens de contraception les plus utilisés, comme la pilule, peut être compromise par une mauvaise utilisation. En cas de problème avec votre moyen de contraception, il existe une contraception d’urgence permettant d’éviter le risque de grossesse non prévue.

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Que faire en cas d'oubli de pilule ?

Le premier réflexe est de jeter un coup d’œil à la notice de sa pilule qui peut être trouvée sur internet. Si la prise peut être faite sous le délai maximal de 12h, il est possible de prendre immédiatement le comprimé oublié. Si la prise dépasse le délai maximal de 12h, il faut prendre le comprimé oublié, puis le suivant à l’heure habituelle. Mais attention, il n’y a plus de protection contre les grossesses ! Si le comprimé oublié était l’un des 7 derniers de la plaquette, il est plus prudent de finir celle-ci normalement et d’enchainer avec une autre sans attendre. Selon la marque, il y a des comprimés placebo les 7 derniers jours de la plaquette. Pas besoin d’aller voir le/la médecin en cas d’oubli de moins de 12h. S’il a duré plus de 12h et qu’il y a eu un rapport sexuel dans les 5 jours qui ont précédé cet oubli, attention il y a un risque de grossesse non désirée. On peut prendre alors une contraception d’urgence. La plus connue est la pilule dite du lendemain qui peut être prise dès le rapport jusqu’à 5 jours après. Plus c’est tôt et plus elle est efficace ! Il existe aussi le DIU pour Dispositif Intra-Utérin ou stérilet, qui peut être posé dans les 5 jours suivant un rapport à risque et est disponible en pharmacie sur ordonnance du/de la médecin.

L'intérêt des schémas continus

Face à ce constat, afin de tenter de limiter au mieux le nombre d’IVG, de plus en plus de gynécologues se tournent vers la prescription de pilules à schéma continu. En systématisant la prise, il permet de limiter les risques d’oubli. Le schéma continu, avec l’administration de comprimés actifs et inactifs, permet de systématiser la prise de la pilule. Les femmes n’arrêtent pas leur pilule entre deux plaquettes. Sans intervalle libre, la prise devient un réflexe. Et le risque d’oubli diminue. Certaines femmes sont également contentes et soulagées de ne plus à avoir à compter les jours.

L’étude Coraliance a montré que les oublis pouvaient être moins nombreux lorsque les femmes passaient d’une plaquette de 21 comprimés actifs à une plaquette de 28 comprimés (21 actifs et 7 inactifs). Le fait de ne pas interrompre la prise entre deux cycles pourrait être bénéfique puisque le moment de la reprise de la plaquette, après un arrêt de plusieurs jours, serait bien la période critique d’oubli. Avec le schéma continu, cette période difficile est gommée. Ce schéma continu créée un automatisme et limite ainsi les oublis, notamment à la reprise de la plaquette, période où le risque d’ovulation est très élevé.

En pratique, le Dr Lydia Marié-Scémama propose le schéma continu 28 jours à toutes ses patientes qui prennent la pilule pour la première fois. Lors d’une première prescription, elle propose d’emblée à la jeune fille un schéma continu. Cela limite ainsi le risque d’oubli. Sa prise est plus facile à expliquer et il a l’avantage d’être remboursé. Elle s’assure, avec le schéma continu, qu’elles prennent correctement leur pilule. A la fin de la consultation, elle leur parle des applications, gratuites, qui existent sur leur téléphone (de type Optipill). Pour les patientes moins jeunes déjà sous pilule, la prescription du schéma continu est également utile. Après une IVG consécutive à un oubli de pilule, elle passe tout de suite au schéma continu, même si la femme tente de justifier son oubli.

Exemples de pilules en schéma continu

Il y a d’abord Optilova 20 qui associe Ethinylestradiol (20μg) et Lévonorgestrel (100μg). Remboursée à 65%, elle se prend tous les jours, en schéma continu 21 + 7. Mais aussi Optidril 30: Ethinylestradiol (30μg) et Lévonorgestrel (150μg), là aussi remboursée à 65% et en schéma continu 21 + 7. Optimizette vient compléter la gamme Opti. Il s’agit d’une pilule micro progestative (désogestrel 75 microgrammes), premier et seul générique de Cérazette à être remboursé à 65% par la Sécurité sociale.

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La consultation : un moment clé

La première consultation ne peut pas se faire entre deux portes, dans un couloir. Elle nécessite un discours adapté à la femme qui est en face de nous. Avant toute prescription, les éventuelles contre indications doivent être recherchées. Age, poids, diabète, tabagisme, alcool, antécédents personnels et familiaux sont quelques uns des thèmes à aborder. Il est très important de connaître sa patiente. La première consultation est primordiale. Pour mieux connaître sa patiente, le médecin peut lui faire remplir en amont un questionnaire, dans la salle d’attente. Ces questions peuvent fournir des informations personnelles et permettent de poser des questions directes. Après cet interrogatoire sérieux et poussé, nous pouvons passer au choix de la pilule.

La décision se prend toujours en fonction de la patiente, de ses éventuelles pathologies ou risques. Les médecins doivent surtout détecter les femmes qui risquent d’oublier leur pilule et leur proposer un schéma continu. Les médecins doivent aussi aborder les risques d’oubli et leurs conséquences. Beaucoup de messages à faire passer, de données scientifiques à expliquer et d’idées reçues à combattre.

Idées reçues sur l'IVG

Il demeure encore bon nombre d’idées préconçues sur l’IVG en France. Voici quelques exemples :

  • "L'IVG rend stérile ou diminue la fécondité" : FAUX. L'avortement (IVG), réalisé dans de bonnes conditions n'a pas d'impact sur la fertilité de la femme. La fertilité revient rapidement après un avortement, c'est pour cette raison que l'utilisation d'une contraception doit être envisagée dès le premier jour de l'interruption de la grossesse, si besoin.
  • "L’IVG produit un dérèglement hormonal." : FAUX. Le système hormonal se régule rapidement après une IVG, et les règles reviennent dans un délai de 4 à 6 semaines.
  • "L'avortement provoque des troubles psychiques" : FAUX. Il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG.
  • "L'IVG est utilisée seulement par les femmes qui n'ont pas de moyen de contraception" : FAUX. Au contraire, dans un peu plus de deux cas sur trois, les femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné (rupture de préservatif, oubli de pilule, etc.).
  • "Les mineures doivent demander l'accord de leurs parents" : FAUX. En France, une femme mineure, enceinte et qui souhaite interrompre sa grossesse, peut demander une IVG auprès d'un médecin ou d'une sage-femme.
  • "L'IVG médicamenteuse est une méthode plus simple que l'IVG instrumentale" : FAUX. Pas pour toutes les femmes. En effet, chacune des méthodes présente des avantages et des inconvénients qui seront à discuter avec le professionnel de santé.

Que faire en cas de grossesse non prévue ?

Lors d’une grossesse non prévue, plusieurs options sont possibles. Parlez-en avec votre professionnel de santé.

Quelle est la contraception la plus fiable ?

La contraception la plus fiable est celle qui vous convient le mieux et qui s’adapte à votre mode de vie. Pour les personnes qui seraient (vraiment) tête en l’air et pour qui, la gestion de la pilule devient plus un poids qu’autre chose, il existe plein d’autres types de contraception. Et pour en discuter en tout anonymat, il y a le tchat ou le numéro de téléphone du planning familial bien évidemment !

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Contraception d'urgence

Préservatif qui craque, oubli de pilule, anneau vaginal expulsé… En cas de problème avec votre moyen de contraception, il existe une contraception d’urgence permettant d’éviter le risque de grossesse non prévue. Deux possibilités existent : les pilules d’urgence ou la pose d’un DIU par un médecin dans les 5 jours. La méthode la plus utilisée est le "Norlevo" ou son générique "Levonorgestrel", efficaces pendant 3 jours. "EllaOne" est efficace pendant 5 jours après le rapport sexuel non ou mal protégé. La contraception d’urgence dépanne mais ne remplace pas une contraception régulière.

Où se la procurer ?

Pour les mineures : dans les infirmeries scolaires ou gratuitement en pharmacie, au Planning Familial, dans un centre de planification, sur simple déclaration d’âge et sans justificatif. Il n’est pas nécessaire de consulter un médecin, d’avoir une ordonnance ou de faire un examen gynécologique. Pour les majeures : en pharmacie, au Planning Familial ou dans un centre de planification, sans ordonnance (env. 7 €).

Quand la prendre ?

Le plus tôt possible car elle est d’autant plus efficace ! Dès les premières heures après le rapport mal ou non protégé et jusqu’à 3 jours pour Norlévo et 5 jours pour EllaOne. S’il s’agit d’un oubli de pilule et que vous avez eu des rapports dans les 5 jours avant cet oubli : vous prenez le dernier comprimé oublié dès que vous vous en apercevez ET la pilule d’urgence ET vous continuez votre plaquette jusqu’à la fin. Si vous avez un rapport sexuel pendant les 7 jours suivant l’oubli, mieux vaut utiliser une autre méthode de contraception (préservatif masculin ou féminin par exemple).

Est-ce dangereux ?

La pilule d’urgence n’est pas dangereuse, ne rend pas stérile et peut être prise chaque fois qu’il y a un risque de grossesse non prévue, même si elle peut parfois perturber le cycle. Elle peut être moins efficace en cas de prise répétée au cours d’un cycle. Sa fiabilité relative nécessite un test de grossesse 3 semaines après le rapport non protégé. Les tests de grossesse urinaires, gratuits en centre de planification, sont accessibles en pharmacie (7 à 10 € environ). Un médecin peut faire une ordonnance pour un test de grossesse par prise de sang.

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