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Avortement en Italie : Législation, Opinion Publique et Défis d'Accès

L'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet complexe et sensible, marqué par des évolutions législatives, des opinions publiques divergentes et des obstacles pratiques. En Italie, comme dans de nombreux pays européens, l'IVG est légalisée, mais sa mise en œuvre se heurte à des défis considérables, notamment en raison de l'objection de conscience du personnel médical et de l'influence croissante des mouvements conservateurs.

Cadre législatif et évolutions en Europe

Sur 25 des 27 États de l'Union européenne, l'IVG est légalisée ou dépénalisée sans besoin de justification de la part de la femme. Les délais varient, allant de 10 semaines d'aménorrhée au Portugal à 24 semaines aux Pays-Bas. En France, l'IVG a été autorisée par la loi Veil de 1975. Le délit d'entrave à l'IVG a été définitivement adopté par le Parlement le 15 février 2017. Le 23 février 2022, le Parlement français a approuvé l'extension du délai légal d'IVG à quatorze semaines de grossesse.

D'autres pays ont également connu des évolutions récentes. Au Luxembourg, la dépénalisation date du 22 décembre 2014, autorisant l'IVG dans un délai de 12 semaines après le début de la grossesse. Chypre autorise l'IVG jusqu'à 12 semaines depuis mars 2018. L'Irlande a légalisé l'avortement le 1er janvier 2019, autorisant l'IVG sans conditions jusqu'à 12 semaines et jusqu'à 24 semaines en cas de risque pour la vie ou de grave danger pour la santé de la femme. La Finlande a légalisé et rendu gratuit l'avortement sur demande au cours des 12 premières semaines de grossesse depuis le 1er septembre 2023. Le 28 juin 2023, le Parlement de Malte a adopté une loi autorisant l'avortement si la vie de la mère est en danger et que le fœtus n'est pas viable.

Cependant, des restrictions persistent dans certains pays. En Pologne, l'avortement n'est autorisé qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère depuis janvier 2021. En Hongrie, bien que l'IVG soit légale jusqu'à la douzième semaine de grossesse, le Premier ministre Viktor Orbán a mis en place des mesures allant à son encontre, notamment en inscrivant dans la Constitution la défense de "la vie du fœtus dès sa conception".

La situation en Italie : entre droit et réalité

En Italie, l'IVG est légale durant les trois premiers mois de grossesse, et au-delà lorsque la santé mentale ou physique de la mère est gravement menacée. Cependant, l'accès à l'IVG est rendu difficile par le nombre élevé de médecins "objecteurs de conscience". Selon les données du ministère italien de la Santé, environ 63 % des gynécologues italiens refusent de pratiquer des avortements pour des raisons éthiques. Certaines régions affichent des taux encore plus élevés, atteignant 80 % dans les Abruzzes et 92 % dans le Molise. Moins de 60 % des hôpitaux pratiqueraient l'IVG dans le pays. Il en résulte entre 12 000 et 15 000 avortements clandestins par an, selon le gouvernement.

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Des témoignages mettent en lumière les difficultés rencontrées par les femmes souhaitant avorter. Linda Feki raconte son expérience à l'hôpital San Paolo de Naples, où un gynécologue a remis en question son choix et insinué qu'elle avait eu des rapports sexuels avec d'autres personnes.

La coalition au pouvoir a adopté une loi autorisant les groupes "pro-vie" à se présenter dans les cliniques qui proposent des consultations pour l'avortement. Giorgia Meloni a insisté pour que les références à l'importance d'un "avortement sûr et légal" soient supprimées de la déclaration finale du sommet du G7.

Obstacles et stratégies d'entrave à l'IVG

Selon la gynécologue Marina Toschi, les gouvernants « ne peuvent pas supprimer la loi, alors ils rendent l’avortement impossible ». À Padoue, on ne retrouve plus que 4 espaces de planning familial, soit 1 pour 52 000 habitants. En Vénétie, 70% des gynécologues invoquent la clause de conscience et refusent d’administrer des services d’avortement, selon Non Una Di Meno.

Des espaces de planning familial sont occupés par des mouvements féministes tels que Non Una Di Meno, qui revendiquent le droit à la santé et à l'autodétermination des femmes. Ces initiatives visent à pallier le manque de services et d'informations sur l'IVG, et à offrir un espace d'écoute et de soutien aux femmes.

Réactions et mobilisations

Face à ces restrictions, des mobilisations féministes se sont multipliées. Le mouvement Non Una Di Meno, né en Italie en 2016, s'inspire du mouvement Ni Una Menos né en Argentine. Il vise à lutter contre les violences patriarcales et à défendre les droits des femmes, notamment le droit à l'avortement.

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Des eurodéputés ont exprimé leur souhait d'inclure le droit à l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE.

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