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La Fausse Couche en Islam : Compréhension et Perspectives

La fausse couche, ou perte spontanée de grossesse, est une épreuve douloureuse et malheureusement fréquente. Elle se définit comme l'arrêt du développement embryonnaire ou fœtal avant la 20e semaine de grossesse. L'islam, avec sa perspective holistique de la vie et de la mort, offre un cadre de compréhension et de réconfort spirituel aux parents confrontés à cette épreuve. Cet article explore la perspective islamique sur la fausse couche, en s'appuyant sur les textes sacrés, les avis des savants et les témoignages personnels.

Les Étapes de la Grossesse en Islam : Un Aperçu

Pour comprendre la perspective islamique sur la fausse couche, il est essentiel de connaître les étapes de développement embryonnaire et fœtal telles qu'elles sont décrites dans les textes islamiques. Un hadith rapporté par Ibn Mas’oud (rad) relate les paroles du Prophète Muhammad (saws) :

« La conception de chacun d’entre vous, dans le ventre de sa mère, s’accomplit en quarante jours ; d’abord sous la forme d’une semence (notfa), puis sous celle de « ‘alaqa » (adhérence) pour une même période, puis sous celle de « modgha » (morceau de chair mâché) pour une même période. Enfin, un Ange lui est envoyé, il y insuffle l’âme et reçoit l’ordre d’inscrire quatre choses à savoir : ce qui lui est imparti comme biens, délai de sa vie, actes et condition heureuse ou malheureuse. »

Ce hadith décrit les étapes initiales de la conception :

  • Notfa (semence) : Les 40 premiers jours.
  • ‘Alaqa (adhérence) : Les 40 jours suivants.
  • Modgha (morceau de chair mâché) : Les 40 jours suivants.

Après ces trois étapes, soit environ 120 jours (4 mois), un ange est envoyé pour insuffler l'âme au fœtus.

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D'autres hadiths apportent des précisions sur le développement du fœtus. Le Prophète (saws) dit : « Lorsque quarante-deux jours passent sur la semence, Dieu lui envoie un Ange. Il lui donne forme, lui modèle son ouïe, sa vue, sa peau, sa chaire et ses os. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Mâle ou femelle ? » Dieu décrète alors ce qu’Il veut et à l’Ange d’inscrire. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Son délai de vie ? » Dieu décrète ce qu’Il veut et l’Ange écrit. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Sa subsistance ? » Dieu décrète alors ce qu’Il veut et l’Ange écrit. »

Il est également rapporté que l’Ange se présente à la semence après quarante ou quarante-cinq nuits après sa fixation dans l’utérus en disant : « Seigneur Dieu ! Heureux ou malheureux » Ils sont alors inscrits. Puis, il dit : « Seigneur Dieu ! Mâle ou femelle » Ils sont alors inscrits, ainsi son action, ses traces, son délai de vie et sa subsistance.

Les données scientifiques modernes confirment que la formation des membres se produit au quarantième jour ou sensiblement après (42 ou 45 jours) et que la glande sexuelle (gonade) se développe en ovaire ou en testicule après le quarante-deuxième jour. Ainsi, entre 40 et 45 jours, les membres de l’embryon sont totalement modelés, son cœur bat, et il bouge.

Le Statut Juridique de l'Embryon et l'Avortement

La question du statut juridique de l'embryon en islam est intimement liée à la question de l'avortement. Les savants musulmans divergent sur le moment précis où l'embryon acquiert un statut juridique inviolable.

  • Avant l'insufflation de l'âme (avant 120 jours) : La majorité des savants estiment que l'avortement est interdit, mais certains autorisent l'avortement durant les 40 premiers jours si la grossesse présente un danger pour la santé de la mère. Ceci est l’avis des hanbalites et l’avis prédominant au sein des malikites et shafi’ites.
  • Après l'insufflation de l'âme (après 120 jours) : L'avortement est strictement interdit à l'unanimité des savants, sauf en cas de danger vital pour la mère. La fatwa n° 140 éditée le 20/6/1407H par le comité des grands savants en Arabie Saoudite confirme le respect de la vie de l’embryon dans ses différentes phases.

Les savants estiment que la vie de l’embryon est juridiquement considérée et donc inviolable à partir de la nidation, c’est-à-dire, à partir de la fixation de l’embryon sur la paroi utérine, environ six jours après la fécondation.

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La Fausse Couche : Une Épreuve et une Miséricorde

L'islam enseigne que tout ce qui arrive dans la vie est prédestiné par Allah et qu'il y a une sagesse divine derrière chaque événement, même les plus douloureux. La fausse couche est donc vue comme une épreuve, mais aussi comme une miséricorde d'Allah.

Acceptation du Qadar (destin)

L’islam enseigne que tout dans la vie est prédestiné par Allah. La fausse couche est vue comme faisant partie du plan divin. Accepter le destin ne signifie pas se résigner passivement, mais plutôt faire preuve de patience et de confiance en Allah.

Patience (Sabr)

Allah dit : “Soyez patients, Allah est avec les endurants” (Sourate Al-Baqara, verset 153). La patience est une vertu essentielle en islam, en particulier face à l'adversité. Elle consiste à endurer les difficultés avec foi et à s'en remettre à Allah.

Prières et Invocations (Dou'as)

Il est recommandé de faire des prières et des invocations pour l’enfant décédé, demandant à Allah d’accorder à l’enfant un lieu élevé au paradis. Les parents peuvent également prier pour obtenir la force et la patience de surmonter leur deuil.

Actes de Charité (Sadaqa)

Les parents peuvent accomplir des Sadaqa en mémoire de leur enfant décédé. La charité est un acte méritoire en islam qui peut apporter des bienfaits à la fois au donateur et au destinataire.

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Interdiction de la Plainte contre Allah

En islam, il est interdit de se plaindre contre la destinée divine. Cela ne signifie pas qu'il est interdit d'exprimer sa tristesse ou sa douleur, mais plutôt qu'il est interdit de remettre en question la sagesse d'Allah.

Que Faire Après une Fausse Couche ? Aspects Pratiques et Rituels

Lorsqu'une femme subit une fausse couche, plusieurs questions pratiques et rituelles se posent.

Les Saignements Post-Fausse Couche

Si la fausse couche survient durant les deux premières étapes de la grossesse (avant 80 jours), et qu'un écoulement sanguin est constaté, il ne s’agit pas de lochies. La femme est alors considérée atteinte de métrorragie (istihada). Elle doit donc faire les ablutions avant chaque prière.

Si la fausse couche survient après l’insufflation de l’âme (après 120 jours), le sang qui s’écoule se considère comme lochies. La femme ne pourra donc pas jeûner ni prier pendant toute la période de l’écoulement du sang.

Le Lavage du Fœtus (Ghusl) et l'Enterrement

Ad Dusuqiy dit dans sa hashiyah consacrée à sharh al kabir : « sa parole [comme le fœtus] veut dire qu’il est aussi détesté de laver le fœtus (mort). Le chaykh ‘Illish dit : « [comme] le lavage du [fœtus] qui est sorti mort ou vivant mais non viable [2] est détesté, même s’il est accouché au bout de neuf mois. Il sera recommandé de laver son sang et il sera obligatoire de l’envelopper d’une couverture et de l’enterrer. »

La législation française permet de récupérer le fœtus, de le déclarer et de l’enterrer quelque soit sa durée de gestation. En l'absence de certificat médical attestant que l'enfant est né « vivant et viable », l'officier d'état civil n'établit qu'un acte d'enfant sans vie. La circulaire n° 2001-576 du 30 novembre 2001 relative à l'enregistrement à l'état civil et à la prise en charge des corps des enfants décédés avant la déclaration de naissance précise que cette procédure s'applique, d'une part, aux enfants nés vivants, mais non viables, et, d'autre part, aux enfants mort-nés après un terme de 22 semaines d'aménorrhée ou ayant un poids d'au moins 500 grammes. L'enfant, qui n'acquiert pas la personnalité juridique et n'a pas de nom de famille, peut être mentionné sur le livret de famille si les parents le souhaitent. Il peut recevoir un prénom. De plus, les parents disposent de dix jours pour réclamer le corps et organiser des obsèques.

En revanche, un enfant mort-né avant 22 semaines d'aménorrhée et ayant un poids de moins de 500 grammes a le statut de « pièce anatomique ». Il fait l'objet d'une simple déclaration administrative. Aucun acte d'état civil n'est établi, l'établissement de soins pouvant néanmoins fournir aux parents qui le souhaitent un certificat d'accouchement d'un enfant né mort et non viable. Le corps est incinéré par l'établissement médical, à moins que les parents ne le réclament pour le faire inhumer ou incinérer.

Témoignages et Expériences Personnelles

Le témoignage de Safiya, une jeune femme de 21 ans, illustre la douleur et la foi qui peuvent accompagner une fausse couche. Après avoir appris qu'elle était enceinte, elle a subi un traumatisme physique et émotionnel qui a finalement conduit à la perte de son bébé. Malgré sa douleur, Safiya a trouvé la force dans sa foi pour accepter la volonté d'Allah et prier pour le bien-être de son enfant dans l'au-delà.

Safiya raconte : "J’étais malheureuse, mille et une idées me sont passées par la tête à ce moment-là, astarfighuLlah, je pleurais, j’ai maudit la personne qui m’avait frappé au ventre quelques mois auparavant, persuadée qu’elle en était la cause, mais hamduliLlah j’avais ma foi qui renforçait mon coeur, me forçait à rester calme pour laisser une chance à mon bébé de grandir sans ressentir ma tristesse."

Elle ajoute : "Les médecins m’ont annoncé qu’il était effectivement en souffrance et qu’ils étaient obligés de provoquer mon accouchement. Ils voulaient que je prenne une pilule pour arrêter le coeur du bébé (pour le tuer). AstarfighuLlah j’étais en colère. Je leur ai dit que ce n’était pas à moi de décider du droit de vie ou de mort de mon bébé. La décision appartient à Allah. Al hamduliLlah mes dou’as ont été entendues, mon petit prince s’est endormi tout doucement dans mon ventre et est né sans vie. C’est Allah ta’ala qui donne et qui reprend. Qu’Allah nous préserve toutes et malgré les épreuves qu’Il nous accorde ici-bas une descendance pieuse, douce, et intelligente et le paradis dans l’au-delà inchAllah."

Soutien et Compassion

L’islam reconnaît la douleur et le deuil qui accompagnent la perte d’un enfant. La fausse couche est une expérience dévastatrice, mais l’islam offre un cadre de compassion, de patience et de soutien spirituel pour les parents qui font face à cette perte. Il est important de rechercher le soutien de sa famille, de ses amis, de sa communauté et de professionnels de la santé si nécessaire.

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