Loading...

L'Invention de la Pilule Abortive : Une Révolution dans l'Histoire de la Contraception et des Droits des Femmes

La pilule, un moyen contraceptif largement utilisé en France, a connu une évolution complexe depuis son invention. Son adoption et son acceptation ont été influencées par des facteurs scientifiques, sociaux, politiques et religieux. Cet article explore l'histoire de la pilule abortive, son développement, les figures clés qui ont contribué à sa création, et les controverses qu'elle a suscitées.

Les Premières Découvertes Hormonales

Les fondations scientifiques de la pilule contraceptive remontent aux années 1920. Les travaux du médecin autrichien Ludwig Haberlandt ont révélé que l'ovulation est bloquée pendant la grossesse en raison de l'augmentation de la sécrétion de progestérone, une hormone féminine. Cette découverte a incité les scientifiques à chercher des moyens de synthétiser cette hormone pour reproduire son effet contraceptif.

Dans les années 1940, l'essor de la chimie a permis de progresser dans cette direction. Russell Marker, un chimiste américain spécialisé dans les stéroïdes, a réussi à synthétiser des hormones féminines à partir de la diosgénine, une substance présente dans une plante locale au Mexique, la cabeza de negro ou barbasco. Après un différend, Marker quitte Synthex et Carl Djerassi, un chimiste autrichien également spécialisé dans la chimie des stéroïdes, prend sa place en 1949.

Gregory Pincus et la Collaboration avec John Rock et Margaret Sanger

Gregory Pincus, un endocrinologue américain d'origine russe, est souvent considéré comme le "père" de la pilule. Pincus a contacté John Rock, un gynécologue américain, pour collaborer sur le projet. Cependant, l'université de Harvard, où travaillaient Pincus et Rock, ne renouvelle pas le poste de Pincus en raison de son caractère conservateur.

En 1950, Pincus rencontre Margaret Sanger, une infirmière et féministe américaine qui militait pour l'accès à la contraception et contre les grossesses non désirées. Sanger a joué un rôle crucial en apportant un soutien idéologique et financier au projet de Pincus.

Lire aussi: Découvrez l'invention du Moteur Fivet

Les Premiers Essais Cliniques et les Défis Rencontrés

En 1953, Pincus et Rock lancent une première étude clinique auprès de patientes volontaires du gynécologue, et celles d’hôpitaux psychiatriques… sans leur consentement. Après un an de recherche, les résultats ne sont pas au rendez-vous. La moitié des volontaires ont mis fin à leur participation en raison d’effets secondaires. Pincus a besoin de fonds privés pour continuer ses travaux. La même année, Margaret Sanger lui présente la milliardaire Katharine McCormick, également militante féministe.

En 1955, un deuxième essai est mené à Porto Rico avec le noréthynodrel, un progestatif plus puissant. Les volontaires, en majorité des étudiantes, abandonnent massivement en raison des effets secondaires. Finalement, Pincus rencontre Edris Rice-Wray, une femme médecin américaine travaillant au planning familial de la capitale. Elle recrute 830 volontaires, qui ignorent qu'il s'agit d'un médicament expérimental et qu'elles font partie d'un essai clinique. La plupart abandonnent en raison des effets secondaires. Seules 130 prennent la pilule pendant un an ou plus. Les résultats sont encourageants : il n’y a pas eu de grossesses enregistrées pendant les 1 279 cycles menstruels. Trois femmes seraient décédées pendant l’essai. Leur mort n’a jamais fait l’objet d’investigation.

La Découverte de la Pilule Combinée et sa Commercialisation

Parallèlement aux travaux de Synthex, le laboratoire Searle entreprend de synthétiser le noréthynodrel. L'équipe de Pincus découvre accidentellement que la pilule fournie par Searle est contaminée par du mestranol, un estrogène synthétique. Ils constatent que l'association estrogène-progestatif est plus efficace que le progestatif seul pour bloquer l'ovulation. Ainsi est née la première pilule combinée.

La pilule est commercialisée sous le nom d'Enovid par Searle en 1957. Elle reçoit plusieurs autorisations de mise sur le marché (AMM) par la Food and Drugs Administration (FDA). Pour faire accepter cette pilule auprès de l’Église catholique, le laboratoire n’a pas présenté initialement Enovid comme un contraceptif, mais comme un médicament destiné à lutter contre les troubles du cycle menstruel, à la condition expresse que soit mentionné, dans les effets secondaires, l’arrêt de l’ovulation.

La Contraception en France : Entre Interdiction et Légalisation

La pratique de la contraception en France a commencé lors de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les couples mariés pratiquaient la méthode du coït interrompu (retrait). Jusqu’au début du XXe siècle, les éponges, les diaphragmes et les douches vaginales avec la popularisation du bidet dans les foyers européens étaient adoptés. La loi du 31 juillet 1920 interdit la propagande et la vente des procédés anticonceptionnels. Cette loi est renforcée en 1939 par la création de sections spéciales de policiers chargées de traquer les « faiseuses d’anges ». En 1942, sous le régime de Vichy, aider une femme à avorter devient un crime contre la sûreté de l’État et passible de la peine de mort.

Lire aussi: Astuces anti-grumeaux pour biberons

En 1956, la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé crée la première association française de contraception « La Maternité heureuse » avec des femmes instruites de la haute société. En 1960, l’association devient le Mouvement français pour le planning familial. À partir de 1961, des centres de Planning familial ouvrent dans la plupart des grandes villes françaises. De plus en plus de médecins, favorables au contrôle des naissances, prescrivent illégalement des contraceptifs importés dont la pilule.

Il faudra attendre 1967 pour que la France légalise la pilule sur prescription médicale (loi Neuwirth), non pas en tant que contraceptif, mais pour réguler le cycle menstruel (à l’instar de la première pilule Enovid). La publicité est interdite, sauf dans les revues médicales.

L'Évolution de la Contraception en France après la Légalisation

La légalisation de la contraception et les campagnes gouvernementales permettent la diffusion de la pilule et des DIU prescrits par des professionnels de santé. La contraception devient médicalisée. Le recours au retrait baisse poussant les hommes à être moins impliqués dans le contrôle de la fécondité. Par ailleurs, alors que les femmes disposent d’un large panel de méthodes contraceptives (outre la ligature des trompes, la pilule et le DIU, l'implant, le patch, l'anneau vaginal, le diaphragme, la cape cervicale, l'abstinence périodique) les hommes n’en disposent que de trois : le préservatif masculin, la vasectomie, et le retrait.

Depuis son autorisation en France en 2001, la vasectomie connaît un boom. Même si l’opération reste marginale (0,15 %), en comparaison de cette pratique dans les pays anglo-saxons, le nombre de vasectomies a été multiplié par quinze en douze ans en France, passant de 1 940 interventions en 2010 à plus de 30 000 en 2022. Pour éviter que la charge mentale et financière repose sur la femme, différents travaux encouragent la recherche d'autres contraceptifs masculins.

La "Crise de la Pilule" et les Nouvelles Tendances

En 2012, suite à la médiatisation du dépôt de plainte d’une jeune femme victime d’un accident vasculaire cérébral qu’elle imputait à sa contraception orale de nouvelle génération, la France connaît une « crise des pilules ». Entre 2010 et 2013, on assiste à une baisse de 18 % du recours à la pilule.

Lire aussi: Doudous connectés : Explications

En 2019, la pilule reste le premier contraceptif utilisé en France. Plus de 5 millions de femmes ont eu recours à une contraception orale (CO) remboursée. Cette crise a entraîné le déremboursement des pilules de 3e et 4e générations en mars 2013. Selon Santé publique France et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), « les dernières données de ventes [en 2020] confirment que les femmes et les prescripteurs privilégient les pilules contraceptives qui présentent les risques thromboemboliques veineux (phlébite, embolie pulmonaire) les plus faibles (CO de 1re* ou 2e** génération contenant du lévonorgestrel associé à un dosage faible en estrogènes [20 µg]) ». Le DIU est le 2e moyen de contraception toutes tranches d’âge confondues. Les chiffres de ventes de DIU imprégnés au lévonorgestrel sont stables depuis 2013. L’implant contraceptif progestatif constitue la 3e méthode de contraception remboursée. Le recours à ce contraceptif est également stable depuis dix ans.

Étienne-Émile Baulieu et la Pilule Abortive RU-486

Étienne-Émile Baulieu, décédé le 30 mai, à l’âge de 98 ans, est notamment connu pour la mise au point, en 1982, de la RU 486. Cette pilule abortive révolutionne la vie de millions de femmes à travers le monde en leur offrant la possibilité d'une interruption volontaire de grossesse médicamenteuse. "Peu de Français ont à ce point changé le monde", a réagi Emmanuel Macron. "Nous perdons un éclaireur de courage".

La mifépristone, aussi appelé RU486 est une stéroïde synthétique dont la découverte en 1982 représente une avancée majeure pour faciliter l’avortement. La pilule abortive RU486 permet à des femmes qui sont à moins de sept semaines de grossesse d’avorter de façon purement chimique, en intégrant un protocole médical.

En 1988, ce numéro d’"Arrêt sur image" revient sur la tentative de retrait de cette pilule du marché français quelques mois après sa légalisation. On y entend le professeur Étienne-Émile Baulieu, créateur de la fameuse pilule, mais également le professeur Roger Henrion, la responsable nationale du Planning Familial Catherine Lesterpt, Emmanuel Hirsch, l’archevêque de Lyon Albert Decourtray et des témoignages anonymes.

Controverses et Résistances

Si l’avortement se démocratise peu à peu dans les pays occidentaux dans les années 70 et 80, les procédures restent souvent invasives et désagréables, voire parfois traumatisantes, même pour un avortement en début de grossesse. Loin des tables d’opération, loin de toute anesthésie générale ou des hôpitaux, la pilule abortive RU486 qui s’obtient uniquement sur prescription permet d’avorter de façon médicale dans des conditions familières et plus confortables. Créée par le professeur Étienne-Émile Baulieu en 1982, cette pilule abortive ne sera légalisée qu’en 1988, ayant suscité une levée de boucliers dans les communautés religieuses et pro-vie notamment aux États-Unis. En France, des supposées raisons médicales invoquées pour couvrir un procès moral, sont à l'origine du retrait de cette fameuse pilule.

En 1988, la pilule abortive RU486, alternative médicale à l'avortement, et dont le comité d'éthique a autorisé la commercialisation, est retirée du marché français. Le magazine de la rédaction de France Culture revient sur ce revirement, symbole de la résistance à l'IVG treize ans après la loi Veil.

L'Autorisation du RU-486 aux États-Unis

L'administration sanitaire des États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) vient d'autoriser la commercialisation, aux États-Unis, du RU 486, une pilule abortive. Contrairement à d'autres domaines, les États-Unis sont en retard sur l'Europe en matière de contraception et d'avortement, tant sur le plan médical que juridique. Le débat sur l'avortement y est récurrent et d'une extrême violence (des médecins ont été assassinés pour avoir pratiqué des avortements) du fait d'une minorité très active qui ne reflète pas l'opinion de la majorité de la population.

tags: #invention #de #la #pilule #abortive #histoire

Articles populaires:

Share: