L'insémination artificielle (IA) est un outil de diffusion génétique essentiel dans les schémas de sélection ovine. Elle permet de maîtriser la saisonnalité des productions et d'améliorer les caractéristiques des races. Cet article explore les différentes facettes de l'IA ovine, des schémas de sélection aux techniques alternatives sans hormones, en passant par les facteurs influençant la réussite de l'insémination.
Rôle central de l'IA dans les schémas de sélection ovine
L'insémination artificielle après synchronisation hormonale des ovulations est l’outil de diffusion génétique sur lequel s’appuient aujourd’hui les schémas de sélection et permet aussi la maîtrise de la saisonnalité des productions dans les filières ovines et caprines. En France, l’insémination artificielle (IA) des brebis et des chèvres joue un rôle central pour le contrôle des accouplements et l’organisation des schémas de sélection. En effet, l'IA permet la multiplication des génotypes, sans multiplier le nombre de reproducteurs mâles du troupeau tout en limitant les risques sanitaires.
Amélioration génétique et diffusion du progrès
Le centre d’Insémination d’OSON, situé à Verdilly dans l’Aisne, met à disposition des éleveurs, les semences des meilleurs béliers des races Ile de France et Texel. Depuis sa création, ce centre sélectionne les meilleurs béliers reproducteurs, afin d’améliorer sans cesse les caractéristiques morphologiques, les qualités maternelles et les qualités bouchères de ces races. Le centre d’insémination de Verdilly propose toute l’année les semences des meilleurs béliers issus de station de contrôle individuel, avec trois types de semences disponibles : AMEL, AMBO et ELITE.
Devenir sélectionneur est une façon de participer au schéma de sélection collectif d’amélioration de la race. Les béliers issus des meilleurs pères du centre d’IA et des meilleures brebis au CLO sont utilisés pour pratiquer des IA dans les élevages sélectionneurs. Cela permettra d’avoir des filles identifiées qui seront contrôlées à leur tour. Ces bêtes sont élevées au centre d’élevage puis revendues aux éleveurs voulant profiter de leur génétique. Le schéma de sélection est fonctionnel et la brebis corse est très performante. Ce tableau montre bien que la génétique couplée à une bonne conduite du troupeau permet d’augmenter le litrage mais aussi le revenu.
Maîtrise de la saisonnalité de la reproduction
Chez les petits ruminants, la saisonnalité de la reproduction conduit à des variations annuelles de la disponibilité et du prix des produits (lait et viande) sur le marché. La maîtrise de la saisonnalité de la reproduction permet de maintenir l’offre en lait ou viande tout au long de l’année. Il s’agit d’un enjeu majeur pour ces filières afin de répondre à la demande des consommateurs et des marchés. Le désaisonnement est fréquent d’après des enquêtes réalisées auprès d’éleveurs dans les principaux bassins de production français.
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Avantages sanitaires
De plus, l’IA apporte des avantages sanitaires en limitant la circulation de reproducteurs (mâles ou femelles) entre élevages.
Techniques d'insémination artificielle ovine
Insémination artificielle après synchronisation hormonale
Depuis les années 1970, les traitements hormonaux d’induction et synchronisation des chaleurs ont montré leur efficacité pour : i) désaisonner la reproduction ; ii) synchroniser la reproduction pendant et hors saison sexuelle dans le cadre de l’IA, de la monte en main ou en lutte naturelle, et iii) avancer, déclencher et synchroniser la puberté des jeunes femelles. Le traitement utilisé en France combine une hormone stéroïdienne de synthèse (FGA : acétate de fluorogéstone) à activité progestative, une hormone glycoprotéique d’origine animale (eCG : gonadotrophine chorionique équine) et, dans le cas de la chèvre, aussi une prostaglandine de synthèse (cloprosténol) à activité lutéolytique. Ce traitement est utilisé majoritairement pour l’IA.
En France, environ 8 % des chèvres, 42 % des brebis laitières et 4 % des brebis allaitantes sont inséminées. La plupart des chèvres et des brebis sont inséminées en dehors de la saison sexuelle. Chez les ovins, 99 % des IA sont pratiquées en semence fraîche conservée quelques heures sur oestrus induit. Les résultats moyens de fertilité se situent entre 60 et 70 %. Chez les caprins, l’IA est réalisée avec de la semence cryoconservée après induction hormonale de l’ovulation seule ou en combinaison avec des traitements photopériodiques. Les taux de fertilité sont en moyenne de 65 %.
Alternatives aux traitements hormonaux
Toutefois les traitements hormonaux sont remis en cause voire interdits dans certaines filières de production comme l’agriculture biologique. Des pratiques alternatives avec moins ou pas d’hormones se développent. La maîtrise de la reproduction sur les agnelles et chevrettes a pour objectifs de réduire leurs périodes improductives, d’améliorer la fertilité à la première mise à la reproduction et de faciliter leur mise à la reproduction à la même période que les adultes. Pour atteindre ces objectifs, diverses pratiques de maîtrise de la reproduction (traitements hormonaux d’induction et de synchronisation des chaleurs, effet mâle, traitements lumineux, mélatonine, lactations longues), sont mises en œuvre (seules ou en combinaison) par les éleveurs selon les modes de production et les spécificités de chaque filière.
L'effet mâle
Chez les petits ruminants, l’effet mâle apparaît comme une solution alternative à l’utilisation d’hormones pour la maîtrise de la reproduction, et notamment pour la mise en œuvre de l’IA. Un mâle sexuellement actif, via des signaux sensoriels (notamment olfactifs), est capable d’induire et de synchroniser les chaleurs et les ovulations chez des femelles anovulatoires (au repos sexuel ou non cycliques). Il s’agit d’un processus naturel qui est observé aussi bien chez les caprins que les ovins. Cet « effet mâle » est une pratique d’élevage d’intérêt pour avancer et synchroniser la puberté des jeunes femelles, mettre en place la reproduction hors saison sexuelle et grouper les mises bas. Cette pratique est mise en œuvre pour une lutte naturelle à contre-saison par environ 30 % des éleveurs caprins en AB et 60 % en AC, dans les principaux bassins de production en France.
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Pendant l’anœstrus saisonnier, en absence de contact avec des mâles, les niveaux plasmatiques de l’hormone gonadotrope FSH (Hormone Folliculo-Stimulante) et de l’estradiol sont au niveau basal, ou bien fluctuent de façon périodique suivant les vagues de croissance terminale des follicules ovariens. La sécrétion pulsatile de l’hormone gonadotrope LH (Hormone Lutéinisante) est minimale (1-2 pulses toutes les 6 h) et le niveau plasmatique de progestérone reste au niveau basal. Les signaux stimulateurs du mâle vont activer des régions spécifiques du système nerveux central (aire préoptique, noyau arqué hypothalamique) impliquées dans l’activité des neurones à GnRH dans l’hypothalamus. Ces évènements vont conduire à la réactivation de l’axe hypothalamo-hypophysaire de la femelle. Ceci se traduit par la stimulation de la sécrétion pulsatile de LH dans les quelques heures qui suivent l’exposition aux mâles ou à leur odeur.
L’augmentation de la sécrétion pulsatile de LH va agir sur les follicules ovariens pour stimuler leur croissance et maturation terminale, et produire de l’estradiol. La production d’estradiol va augmenter jusqu’à déclencher, par rétrocontrôle positif au niveau de l’axe hypothalamo-hypophysaire, un pic préovulatoire simultané de LH et de FSH. Chez la brebis, soit les niveaux plasmatiques d’estradiol augmentent progressivement depuis l’introduction des béliers et restent élevés jusqu’à la décharge ovulante de LH, soit l’individu développe des épisodes (un ou plusieurs) d’augmentation puis de diminution des niveaux d’estradiol avant le déclenchement du pic préovulatoire.
Le pic préovulatoire de LH va induire l’ovulation des follicules ovariens sélectionnés. La première ovulation a lieu 2-3 jours après l’exposition au mâle. Après l’ovulation, les follicules se transformeront en corps jaunes sécrétant de la progestérone et une augmentation des niveaux plasmatiques de progestérone pourra être observée à partir du quatrième jour. Chez certaines femelles, ce premier corps jaune va régresser de façon prématurée (cycle court), puis une deuxième ovulation aura lieu environ 5 à 6 jours après la première, avec la mise en place d’un corps jaune d’une durée de vie similaire de celle observé en saison sexuelle (cycle normal). Chez la brebis, la première ovulation induite par le bélier est toujours silencieuse (pas accompagnée de comportement d’œstrus), qu’elle soit associée à un cycle court ou normal. Lorsque le premier cycle est normal, les chaleurs apparaissent vers 19 jours après l’introduction des béliers, au moment de la deuxième ovulation.
Les cycles courts induits par effet mâle chez certaines femelles sont à l’origine d’une distribution des chaleurs fertiles (et des mises bas) en deux pics dans le troupeau. La fréquence de femelles qui développent un 1er cycle court ou normal peut varier en fonction de : la race et le moment de l’anœstrus, la proportion des femelles cycliques dans le troupeau, la date d’entrée en anœstrus, l’état nutritionnel des femelles, une supplémentation alimentaire avant l’exposition aux mâles.
Traitements photopériodiques
Le traitement hormonal d’induction et synchronisation des chaleurs a été le seul moyen efficace pour désaisonner la reproduction (notamment chez des races très saisonnées), jusqu’au développement des traitements lumineux dans les années 1990. Néanmoins, les traitements lumineux doivent être associés à une autre hormone, la mélatonine, notamment pour désaisonner la reproduction en période estivale. En France, les traitements lumineux et/ou la mélatonine sont utilisés principalement chez les caprins.
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Protocole combinant effet bélier et IA
Lucie Loubière, conseillère agriculture biologique à Unotec, a mis au point un protocole comprenant deux phases pour le groupage des agnelages. La première période consiste en un effet bélier de deux semaines avec des béliers vasectomisés ou équipés de tabliers empêchant la saillie pour déclencher les chaleurs des brebis. Cet effet bélier est suivi par une période de détection des chaleurs et d’IA chaque jour pendant deux périodes de cinq jours (soit deux semaines hors week-end). Durant cette période, les brebis détectées en chaleur par des béliers équipés de tabliers marqueurs la nuit sont identifiées et inséminées le lendemain. Pendant le week-end où les IA ne sont pas réalisées, les éleveurs font soit de la lutte contrôlée, soit de la monte naturelle classique avec des béliers entiers intégrés au troupeau. Dans la plupart des élevages, le groupage des mises bas est relativement satisfaisant et les résultats de fertilité permettent de conserver tout ou partie du renouvellement issu d’IA.
La coopérative Ovi-Test a mis en place un accompagnement spécifique pour ce protocole. L’objectif est d’aider l’éleveur dans la prise en main et la réussite technique.
Facteurs influençant la réussite de l'insémination artificielle
Une étude a analysé les inséminations artificielles des brebis réalisées en contre-saison durant 3 années successives chez des éleveurs privés afin de déterminer les facteurs influençant la réussite de l’insémination. Les brebis appartenaient à 13 éleveurs adhérant au programme de contrôle des performances de la Direction de l’Amélioration Génétique de l’Office de l'Élevage et des Pâturages. Quatre races autochtones: Sicilo-Sarde (SS), Noire de Thibar (NT), Queue Fine de l’Ouest (QFO) et Barbarine tête noire (BTN) et tête rousse (BTR) ont fait l’objet de cette étude. Après avoir reçu un traitement de synchronisation des chaleurs, ces brebis ont subi une insémination cervicale avec du sperme frais ou refroidi à 15°C environ 55 ± 1 h après le retrait de l'éponge.
Fertilité et type de semence
La fertilité des brebis inséminées en contre saison par la technique IA cervicale variait de 32 à 74 % avec une moyenne de 47,6 ± 9,9 %. L’utilisation de la semence refroidie a réduit significativement le taux de réussite de l’IA à 43,8 ± 7,6 % contre 55,9 % ± 9,6 % en utilisant la semence fraîche.
Effet de la race
L'étude a montré la supériorité de la race SS par rapport aux races à viande Tunisienne.
Contexte tunisien
Le secteur de l’élevage ovin occupe une place prépondérante sur le plan socio-économique à cause de son adaptation à la plupart des agro-écosystèmes, grâce à la résistance des races dominantes et la flexibilité de leurs systèmes de production. En Tunisie, le cheptel ovin présente un effectif total estimé à environ 6,15 millions et dont environ 3,7 millions UF constitué de 4 races principales: Barbarine, Queue Fine de l’Ouest, Noire de Thibar et Sicilo-Sarde.
Dans les conditions tunisiennes, on ne peut pas transformer le calendrier fourrager, cependant, on peut maîtriser la période de reproduction dans le but d'avoir des naissances pendant la période d’abondance fourragère. Le choix de la saison de lutte et sa durée, dépendent du choix de l’éleveur et de la variation saisonnière des facteurs d’environnement.
Souvent, un seul mâle élite peut donner entière satisfaction, alors la consanguinité varie avec le nombre de femelles. Cependant, ce type de consanguinité appliquée, peut entraîner des effets indésirables, notamment la diminution de la variabilité génétique ou encore causer des anomalies génétiques.
Lieu et contexte de l'étude en Tunisie
Ce travail a été réalisé dans le cadre de l’intervention de la direction générale d’amélioration génétique (DAG, OEP) Sidi-Thabet pour l’amélioration génétique des races ovines autochtones. La DAG a en charge l’identification des animaux qui permet à la fois de contrôler la productivité et la traçabilité des mouvements du cheptel et former une base solide pour la sélection des géniteurs les plus performants. La DAG renferme un centre de collecte de semence des petits ruminants et assure l’IA comme outil nécessaire pour l’amélioration du patrimoine génétique auprès des éleveurs adhérant au programme de contrôle des performances des animaux.
L’objectif de ces interventions est l’amélioration de la productivité à travers la création d’une base de données zootechniques nationale.
Choix et caractéristiques des brebis en Tunisie
Le travail a porté sur les résultats des 3 campagnes d’IA réalisées par la DGA entre 2017 et 2019. Un total de 3765 brebis réparties sur 8 gouvernorats du nord et du centre et de différentes races autochtones du pays. Les brebis appartenaient aux éleveurs du secteur privé (n=13) adhérant au programme de contrôle des performances de la DAG.
Les brebis choisies doivent répondre à un certain nombre de critères afin de bénéficier d’un traitement d’IA cervicale. Entre autres, elles doivent être saines et indemnes des problèmes de reproduction, fertiles, âgées de 2 à 5 ans et ayant un bon état corporel (score d’état corporel entre 3 et 3,5). Toutes les femelles ont subi des traitements de préparation à la mise à la reproduction (tonte, bain antigaleux).
Traitements et synchronisation des chaleurs en Tunisie
Les 3 campagnes d’IA ont été programmées pendant la lutte du printemps. Toutes les brebis ont été synchronisées moyennant des éponges vaginales (Chronogest ® - Intervet) imbibées de 30 mg d’Acétate de flurogestone pendant 14 jours. Une injection intramusculaire 400 UI de PMSG (Pregnant Mare Serum Gonadotropin) (Syncro-Part®-Ceva) a été réalisée au moment du retrait de l’éponge. L’IA a été réalisée à 55 ± 1 h après retrait de l’éponge.
Collecte de semence et conditionnement en Tunisie
La collecte de la semence se fait par vagin artificiel, à raison de 2 éjaculats par semaine. La collecte se fait manuellement en utilisant une brebis (en chaleur ou pas) en boute en train.
Après collecte, chaque prélèvement est analysé pour déterminer le volume, la concentration et la mobilité de la semence. La motilité massale est estimée sous microscope, une microgoutte de sperme déposée sur une lame et le mouvement global des spermatozoïdes est apprécié en fonction de l’intensité des vagues observables. Une note de 0 (aucun mouvement) à 5 (tourbillons rapides) est attribuée à l’échantillon observé. Seuls les spermes notés de plus de 3 sont acceptés.
La concentration exprimée en nombre de spermatozoïdes par ml de semence est déterminée par un spectrophotomètre calibré pour le sperme des béliers. La concentration est déterminée en ajoutant 10 μl de semence fraîche + 3990 μl de sérum physiologique (9 g NaCl /1000). Seuls les éjaculats ayant une concentration supérieure ou égale à 3 milliards de spermatozoïdes par millilitre sont conservés. Le volume de dilueur, le nombre de paillettes à préparer sont ainsi calculés (volume de 0,25 ml et concentration d’environ 400 10⁶ spermatozoïdes par paillette). La semence est utilisée à l’état frais si l’insémination se produit dans les 5 à 6 h qui suivent, sinon elle est refroidie à 4°C et utilisée dans 24 h à 15°C.
Analyses statistiques en Tunisie
Les données obtenues ont fait l’objet d’une analyse statistique moyennant la procédure GLM du programme SAS (version 9.0) afin de tester l’effet des différents facteurs sur le taux de réussite de l’IA.
Fertilité en Tunisie
La fertilité des brebis inséminées en contre saison par la technique IA cervicale oscillent entre 32 et 74% avec une moyenne de 47,6 ± 9,9 %. Le taux de fertilité moyen des races ovines tunisiennes est relativement plus faible et avec un écart plus important que les valeurs enregistrées chez les brebis inséminées par IA cervicale en France.
Effet de l'année en Tunisie
Durant les années de l’étude, le taux de fertilité n’a pas varié significativement.
En moyenne, la fertilité des brebis inséminées en contre saison durant les trois campagnes est de 47,5 ± 9,95 %. Cette moyenne étant dans les normes des valeurs rapportées en littérature pour l’IA des ovins en contre saison par voie exo-cervicale.
Effet de la conservation de la semence en Tunisie
Comme attendu, les résultats ont montré que l’utilisation de semence refroidie réduit significativement le taux de réussite de l’IA des brebis. Les brebis inséminées par une semence fraîche avaient un taux de mise bas significativement plus élevé 55,9 % ± 9,6 % que celles inséminées par une semence refroidie 43,8 ± 7,6 %. L’avantage de l’utilisation de la semence refroidie est de faciliter le déplacement de la semence et étendre la période d’application. Néanmoins, le refroidissement de la semence provoque le raccourcissement de la demi-vie des spermatozoïdes à cause des changements fonctionnels et structurels de leurs membranes.
Effet de la race et l'état de semence en Tunisie
Vu que l’IA a été réalisée auprès des éleveurs privés, la répartition spatiale des races n’était pas équilibrée et le choix de l’utilisation de la semence fraîche ou réfrigérée a été principalement lié à la distance parcourue pour réaliser l’IA. Les résultats obtenus ainsi, sont à la fois dues à un effet race et d’état de la semence.
En comparant les taux de mise bas enregistrés chez les brebis en fonction de leur origine génétique et l’état de la semence utilisée, on note une légère supériorité de la race Sicilo-Sarde comparée aux races à viande. Les taux de fertilité les plus faible sont été enregistrés chez la race BTR et BTN en utilisant la semence refroidie avec respectivement 40% et 38,2%.
Les brebis de race QFO ont présenté un taux de fertilité de 55,3% et de 40% respectivement avec semence fraîche et refroidie.
Témoignages d'éleveurs
Bénéficiant dès le départ de doses de semence pour l'insémination provenant de béliers de qualité disponible grâce au travail des sélectionneurs, Pierre Glisia a choisi de rejoindre ces passionnés de génétique. « Dès mon installation, j’ai adhéré au contrôle laitier simplifié génétique pour réaliser 35 % d’insémination artificielle (IA) dans mon troupeau », explique-t-il. « La génétique m’a toujours intéressé : travailler avec d’autres éleveurs pour le développement d’une race, décider des critères de sélection communs, c’est important pour progresser collectivement ! »
En 2020, voyant l’éleveur motivé et le taux d’IA dans le troupeau progresser, le CDEO propose à Pierre de devenir sélectionneur pour la race basco-béarnaise. « À mon installation, au moment de constituer mon troupeau, j’ai pu bénéficier de nombreuses doses d’IA de béliers de qualité qui ne m’appartenaient pas », rappelle Pierre. « Devenir sélectionneur et participer au schéma de sélection collectif d’amélioration de la race basco-béarnaise, en quelque sorte, c’est une façon de renvoyer l’ascenseur ! »
Aujourd’hui, une centaine de brebis sur les 250 qui constituent le troupeau sont inséminées chaque année autour du 10 juin. La lutte naturelle se fait lors de la transhumance avec des béliers améliorateurs. Les éleveurs font ensuite des assignations de parenté pour connaître la filiation de chaque animal né. En 2025, la fertilité à l’IA a atteint 71 %, « nous travaillons avec nos techniciens pour améliorer les résultats de fertilité pour toutes nos races pyrénéennes, et ça porte ses fruits ! », s’exclame l’éleveur.
S’il est facile de connaître les paternités des agnelles nées d’IA, ce n’est pas le cas pour toutes les agnelles de renouvellement. « Je fais des assignations de paternité pour les agnelles nées des retours », explique Pierre. Cette technique, basée sur la comparaison de l’ADN des béliers et des agnelles, permet d’avoir des généalogies les plus complètes possible pour gagner en fiabilité sur les index génétiques des brebis et limiter la consanguinité. Grâce à une préparation minutieuse des brebis avant la lutte (flushing et apport de minéraux), les résultats d'insémination peuvent dépasser les 70 % de réussite.
La race basco-béarnaise n’y a pas échappé : en plus de la quantité de lait, ce sont progressivement la richesse du lait, les cellules somatiques du lait et la morphologie de la mamelle qui ont été intégrées à l’Isol. « En 2025, nous avons ajouté la résistance au parasitisme car c’est un problème important chez nous et nous n’avons pas de traitement disponible pendant la période de traite », rappelle l’éleveur. « Le but c’est d’avoir des brebis qui résistent aux strongles gastro-intestinaux pour les traiter le moins possible. »
Aujourd’hui administrateur au CDEO, Pierre est convaincu de la force du collectif pour faire avancer la sélection des brebis des races pyrénéennes. « Il y a des bonnes brebis dans tous les troupeaux !
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