La race Bretonne Pie Noir (BPN) a connu un parcours tumultueux, passant d'une des races françaises les plus répandues au début du XXe siècle à une espèce menacée dans les années 1980. Cet article explore l'histoire de la race, les défis auxquels elle a été confrontée, les stratégies de conservation mises en œuvre et le rôle crucial de l'insémination artificielle (IA) dans sa sauvegarde et son amélioration génétique.
Histoire et Déclin de la Bretonne Pie Noir
Au début du XXe siècle, la Bretonne Pie Noir était l'une des races françaises les plus importantes. En 1862, elle était la race la plus répandue en France. Une enquête du ministère de l'Agriculture la considérait comme la « race du pays » dans les cinq départements bretons, où elle recensait 900 000 vaches, soit 14 % de l'effectif national. Elle était présente dans 49 départements et exportée vers des pays méditerranéens et d'Amérique du Sud. De 1900 à 1939, les exportations hors Bretagne se situaient entre 20 000 et 40 000 têtes par an.
Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, la course à la productivité et les effets de mode ont entraîné un déclin rapide de la race. En 1958, les effectifs ont chuté à 400 000 vaches, et le déclin s'est accéléré. Plusieurs facteurs imbriqués ont contribué à cette situation :
- Promotion des races productives: À partir de 1946, le ministère a promu les races les plus productives, estimant que le nombre de races en France était excessif et entravait les efforts de sélection.
- Révolution fourragère: Les progrès techniques ont favorisé la « révolution fourragère » (prairies temporaires, ensilage de maïs), permettant l'exploitation de races plus exigeantes.
- Développement de l'insémination artificielle: Le développement de l'insémination artificielle a facilité le croisement de substitution. La loi sur l'élevage de 1966 a institué les Unités nationales de sélection et de promotion de race (UPRA).
En 1975, il ne restait plus que 15 000 vaches âgées, dispersées dans des troupeaux de Normande ou de Frisonne et dans des zones autrefois réputées pauvres. La courbe d'évolution des effectifs prévoyait la disparition de la race pour 1980.
Le Plan de Sauvegarde et le Rôle de l'Insémination Artificielle
Face à ce risque de disparition, un plan de sauvegarde a été mis en place en 1976, le premier concernant une race bovine française. La Société des éleveurs, en sommeil depuis 1963, a été réactivée en 1975. Quarante-six éleveurs ont accepté de signer un contrat d'adhésion dans lequel ils s'engageaient à garder et à renouveler leurs vaches BPN (au total 277), moyennant quelques subventions spécifiques. Le ministère, la Région Bretagne et les conseils généraux en ont assuré le financement.
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L'insémination artificielle a joué un rôle crucial dans ce plan de sauvegarde. En 1980, la quasi-intégralité des effectifs résiduels a été inscrite au plan de conservation. Cinquante propriétaires possédaient 410 animaux. En 2005, 340 éleveurs disposaient de 1 300 têtes dont 1 000 vaches. En 2016, 450 propriétaires élevaient 3 500 animaux dont 2 600 femelles de souche. En quarante ans (1976-2016), les effectifs éleveurs et animaux ont décuplé.
Amélioration Génétique et Gestion de la Consanguinité
L'ensemble du cheptel Bretonne Pie Noir est actuellement géré par un programme de sauvegarde génétique, du fait de son statut de spécifique de race à très faible effectif. Il n'y a pas de sélection collective à proprement parler. Les mères à taureaux sont choisies dans des élevages dans lesquels on a le plus de connaissances sur les mères ; fiabilité des généalogies, performances (contrôle laitier). Les méthodes utilisées pendant les 40 années de fonctionnement du plan de sauvegarde sont décrites dans le détail.
A partir du début des années 2000, les méthodes utilisées ont fortement évolué. On est passé d’une gestion très simple avec subdivision en familles à une gestion optimisée tenant toujours compte de la situation réelle et basée sur un plus grand nombre de taureaux d’insémination animale (IA).
Les populations de petite taille ont plus de difficultés que les populations de très grande taille à effectuer une sélection efficace sur les caractères très diversifiés qui peuvent intéresser les éleveurs. Avant de mettre cette sélection en place, l’objectif premier est alors de conserver au maximum la diversité de leurs origines, ce qui assure en même temps la conservation de leur type zootechnique original, qui est en quelque sorte leur image de marque. La diversité génétique d’une population de femelles par exemple se mesure par leur coefficient moyen de parenté (moyenne pour tous les couples de femelles prises 2 à 2). C’est donc un critère très synthétique et collectif.
La parenté entre la femelle 1 et la femelle 2 est le pourcentage de chances pour qu’ayant tiré au hasard un gène à un endroit du génome de la femelle 1 et un gène au même endroit chez la femelle 2, on tire en fait deux copies d’un même gène ancestral (peu importe le degré d’éloignement de cet ancêtre). Ceci peut se calculer avec des méthodes spécialisées à partir des généalogies, même très compliquées. Plus la parenté moyenne est élevée, moins il y a d’ancêtres de base représentés et plus on s’éloigne de la population de base. La consanguinité d’un animal est la parenté entre son père et sa mère. Il faut éviter que cette consanguinité soit trop élevée car au delà d’un seuil d’environ 7%, elle a un impact défavorable sur les caractéristiques de l’animal, notamment sa robustesse en élevage (fait bien connu dans le monde animal). Le choix des accouplements peut en partie freiner la consanguinité. En partie seulement, car s’il existe déjà un fort coefficient moyen de parenté entre les pères possibles et les mères, il ne sera pas possible d’éviter une forte consanguinité moyenne chez les descendants.
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Évolution des Méthodes d'Insémination Artificielle
La période de 1977 aux inséminations de 2003 a été marquée par des lignes très simples. Ayant à disposition au départ 8 taureaux d’IA peu apparentés, on a divisé les femelles en 8 lignées. Pour une lignée de femelle donnée, on préconisait d’utiliser le taureau le moins apparenté à la lignée puis tous les deux ans, pour cette lignée, on changeait le taureau recommandé, en veillant à ce qu’il soit peu apparenté au premier. On constatait malheureusement que les effectifs de femelles par lignée devenaient de plus en plus déséquilibrés, ce qui conduisait à un fort déséquilibre dans l’utilisation des taureaux, fait préjudiciable au maintien de la diversité génétique. A partir de 2003, cette approche, simple mais largement sous-optimale, a été abandonnée. On a mis à profit les avancées méthodologiques réalisées au niveau mondial à partir des années 90 dans le domaine de la gestion de la variabilité génétique.
Les éleveurs de Bretonne Pie Noir, ne disposant pas d’informations suffisantes sur la génétique du cheptel, ne peuvent appréhender correctement les conséquences de leurs choix d’accouplement (taureaux d’IA ou de monte naturelle). C’est évident pour l’estimation de la consanguinité résultant d’un accouplement (qui peut ne pas leur apparaitre s’ils remontent seulement sur 2 ou 3 générations). C’est encore plus vrai pour la parenté moyenne 2 à 2, critère collectif, entre l’ensemble des femelles et l’ensemble des mâles choisis par tous les éleveurs concernés. On en arrive à la conclusion qu’il est préférable d’indiquer à chaque éleveur les accouplements qui sont les plus intéressants tant du côté du maintien de la diversité génétique que de l’évitement de la consanguinité. S’il les adopte, il contribue à conforter l’avenir de la population à laquelle ses vaches appartiennent et il évite les soucis liés à la consanguinité. La diversité génétique résultant d’un système d’accouplements provient non seulement des parentés moyennes mâle-mâle, mâle-femelle mais surtout de taux d’utilisation individuels de ces mâles. Ceux-ci sont donc optimisés par une méthode numérique spécialisée. On vise à remplacer chaque taureau actif par 2 fils, dans le but d’augmenter le nombre total de taureaux disponibles. On en avait ainsi 15 en 2016. En pratique, chaque année, 1 à 2 taureaux dits pères à taureaux sont choisis parmi ceux dont le stock de semence commence à s’épuiser puis on choisit 60 à 80 mères à taureaux qui sont peu apparentées aux autresfemelles. Puis, ayant choisi un taux d’utilisation de ces taureaux, on optimise les accouplements entre pères à taureaux et mères à taureaux de manière à ce que non seulement les produits soient peu consanguins mais aussi, et surtout, peu parents en moyenne avec les taureaux existants. De cette manière, on entretient au mieux la variabilité génétique. Parmi tous les fils nés d’un même père à taureau, une commission d’éleveurs fait un choix définitif en vue de la constitution d’un stock d’environ 3000 doses en centre d’insémination artificielle (entreprise de mise en place).
Bilan des Programmes et Résultats Génétiques
Le graphique 1 indique la croissance des effectifs à partir du lancement du programme. Le graphique 2 indique le nombre de générations connues. Le graphique 3 indique la parenté moyenne 2 à 2 pour les femelles nées la même année et le graphique 4 leur consanguinité moyenne. Les naissances de 1978 à 2003 correspondent au premier programme et les naissances de 2003 à 2014 correspondent au second programme. Ce résultat peut paraitre honorable mais il est nettement moins bon que celui observé pour le second programme, qui trouve donc sa justification a posteriori. En effet, ce programme a permis de stabiliser parenté et consanguinité, notamment grâce à l’utilisation d’un plus grand nombre de taureaux et à la mise en œuvre de méthodes performantes.
Caractéristiques et Aptitudes de la Bretonne Pie Noir
La BPN est une race à double aptitude, viande et lait, avec une prévalence de la production laitière. Elle produit environ 3 600 kg de lait par lactation, d'un lait riche en matière grasse (43 g/l) et en protéines (34,9 g/l). Cette production est importante rapportée à la taille de l'animal. Elle est rustique et bien adaptée aux sols granitiques de la Bretagne. Elle est aussi appréciée pour sa facilité de vêlage. Même avec des races à viande, le veau nait facilement (grande capacité de relâchement des ligaments du bassin). Cette aptitude pourrait être utilisée en croisement si la population en race pure ne nécessitait pas d'être augmentée. L'élevage actuel concerne des petites exploitations avec des quota laitiers faibles. La vente des produits se fait souvent en vente directe. Une marque a été déposée pour le gros lait: gwell.
La robe est pie noir (tachetée noire et blanche) avec des taches bien délimitées. Les muqueuses sont claires. Les cornes sont de longueur moyenne, et de couleur blanche avec les pointes sombres. C'est une vache de petite taille, la plus petite des races bovines françaises. La femelle a une hauteur au garrot de 1,17 m en moyenne pour un poids moyen de 350 à 450 kg.
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Gestation et Besoins Spécifiques
La durée de gestation d’une vache représente la période entre l’accouplement ou l’insémination artificielle et la mise bas. La gestation d’une vache désigne la période pendant laquelle une vache femelle, aussi appelée génisse, porte un fœtus en développement dans son utérus. Le temps de gestation d’une vache est en moyenne de 283 jours, soit l’équivalent de neuf mois.
Plusieurs facteurs peuvent influencer la durée de gestation d’une vache. L’un des principaux facteurs est la race, car différentes races ont des périodes de gestation distinctes. De plus, l’âge et la santé de la vache jouent un rôle dans la détermination de la durée de gestation, tout comme son environnement direct. Ainsi, le stress, l’alimentation et les variations saisonnières peuvent contribuer à de légères variations. Ainsi, les gestations avec un veau unique durent en moyenne quelques jours de plus que celles avec des veaux multiples.
La gestation des vaches commence par la fécondation de l’œuf par le sperme d’un taureau. Cet œuf fécondé, désormais appelé fœtus, commence à se diviser et à former un embryon. Il s’agit de la plus longue des trois étapes, d’une durée d’environ 200 jours. C’est une période cruciale de croissance et de développement pour le veau. À mesure que la date de mise bas approche, le développement du veau s’accélère. Au cours des trois derniers mois, le veau prend rapidement du poids, passant d’environ quatre kilogrammes à une quarantaine de kilogrammes. Dans le même temps, le corps de la vache se prépare à l’accouchement. Au fur et à mesure que la vache approche de la fin de sa gestation, certains signes indiquent que la mise bas est imminente. Lorsque l’heure du vêlage arrive, la vache entre en travail. Comme chez l’humain, cette étape s’accompagne de périodes de contractions. Les agriculteurs et les soignants doivent être attentifs pendant cette période pour garantir un processus de vêlage sans encombre et le bien-être de la vache et du veau. Après le vêlage, il faut encore prodiguer des soins appropriés au jeune veau. Cela inclut de s’assurer qu’il reçoive rapidement (dans les 12 heures suivant le vêlage) son premier lait, appelé lait de colostrum. Riche en vitamines et en immunoglobuline, il est essentiel pour renforcer son système immunitaire.
Le processus de gestation chez les vaches est une pierre angulaire de l’industrie agricole. Elles fournissent en effet non seulement de la viande, mais sont également des sources précieuses de lait et d’autres produits laitiers. En tant qu’éleveur, il est donc essentiel de veiller à leur apporter ce dont elles ont besoin durant cette période importante. Durant la gestation, la vache a des besoins spécifiques à sa condition. Pour lui apporter tout le confort nécessaire, une complémentation peut être utile. Les oligo-éléments et vitamines jouent ainsi un rôle essentiel dans nombre de réactions hormonales, notamment en ce qui concerne le maintien de la gestation. Le manganèse contribue par exemple à éviter les fausse-couches en permettant la nidation de l’embryon et sa survie au début de la gestation. L’iode favorise la synthèse des hormones thyroïdiennes, qui passent à travers le placenta et sont transférées au fœtus pendant la gestation via le colostrum. En fin de gestation et en début de lactation, certains aliments complémentaires comme les bolus Rumitop, à base de cobalt, de levures et de niacine, peuvent également contribuer à la relance de la rumination. La période de gestation d’une vache dure, comme chez l’humain, environ neuf mois. Comprendre sa durée et ses étapes est essentiel pour les agriculteurs, les chercheurs et tous ceux qui s’intéressent aux animaux. Pour les éleveurs, cela permet également de prendre soin le mieux possible des membres du troupeau.
Tendances Actuelles en Insémination Artificielle
La campagne d'inséminations sur femelles laitières 2021-2022 enregistre une progression plus lente cette année des inséminations en croisement viande comparé aux années précédentes. Sur cette campagne, plus d'un quart des inséminations sur femelles laitières ont été réalisées avec une dose de taureau allaitant (26%). Cela représente un volume de 1 486 000 inséminations totales en croisement viande. L’évolution entre les deux dernières campagnes semble tendre à se stabiliser : l’augmentation en volume et proportion est plus lente que les années précédentes : + 14 500 IAP croisées viande entre 2020-2021 et 2021-2022 contre environ + 40 000 IAP en moyenne d’évolution entre campagne depuis 2012-2013.
À l’échelle nationale, toutes races laitières confondues, 20% des IAP sur femelles laitières ont été réalisées en croisement viande. On note une progression de + 1% par rapport à la campagne 2021, cela correspond à environ + 14 500 IAP croisées viande sur cette nouvelle campagne. Le graphique ci-dessus permet de constater intra-race l’évolution de la part des IAP croisées viande. Depuis la campagne 2013, la Prim’holstein et la Montbéliarde sont les races qui ont connu la plus forte progression sur ce type d’insémination. La race Abondance semble avoir toujours pratiqué une proportion forte d’IAP croisées viande. Pour les races Abondance et Montbéliarde, on constate une évolution plus modeste sur les dernières années, ce qui pose la question d’un palier atteint ?
Depuis 2014-2015, corrélé avec l’utilisation en forte croissance de la semence sexée, on observe un ébranlement des habitudes. On note à la fois une augmentation générale du volume d’IAP croisées et des changements de représentation des races de femelles laitières utilisées. D’après le graphique, on constate que ce sont principalement les IAP sur femelles Prim’holstein qui ont influencé ces changements.
Les races Montbéliarde, Simmental, Abondance et Tarentaise, présentent notamment en région Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est sont majoritairement inséminées avec des taureaux de race Charolaise. Les taureaux Blanc-Bleu sont majoritairement utilisés chez les femelles Prim’holstein, Pie rouge, Jersiaise et croisées. Les taureaux Inra95 connaissent du succès auprès des femelles des races Brune et Pie-rouge notamment. La part de taureaux Limousins est importante chez les femelles Vosgiennes, Pie-rouge, Jersiaises. On note chez les femelles Jersiaises une part plus importante de taureaux de races Angus.
Ces dernières années, certaines races de taureaux allaitants se sont fortement développées et leur popularité a croît de manière exponentielle. En 2013, la somme des inséminations mises en place par des taureaux Charolais et Limousins représentaient 55% des inséminations en croisement viande sur femelles laitières. Ces deux races historiques ont perdu du terrain face notamment aux taureaux Blanc Bleu. Sur la dernière campagne, leur contribution est descendue à 35% des IAT croisées viande sur femelles laitières. Parmi les races moins utilisées en volume, on constate que la part des taureaux de race Blonde d’Aquitaine diminue progressivement.
Centres de Production de Semence
Il existe plusieurs centres de production de semence autorisés pour conduire des programmes d'évaluation et de sélection en races bovines. Ces centres sont répartis sur le territoire français et sont spécialisés dans différentes races, notamment :
- Race prim'holstein
- Race montbéliarde
- Race normande
- Race simmental française
- Race pie rouge des plaines
- Race brune
- Race tarentaise
- Race abondance
- Race charolaise
- Race limousine
- Race blonde d'Aquitaine
- Race INRA 95
- Race Aubrac
- Race gasconne
- Race Maine-Anjou
- Race parthenaise
- Race salers
- Race créole
- Race blanc bleu
- Race armoricaine
- Race Aure et Saint-Girons
- Race béarnaise
- Race bordelaise
- Race corse
- Race ferrandaise
- Race froment du Léon
- Race mirandaise
- Race lourdaise
- Race maraîchine
- Race nantaise
- Race Villard-de-Lans
- Race brave
- Race vosgienne
- Race bazadaise
- Race bleue du Nord
- Race bretonne pie noire
L'union régionale des coopératives d'élevage de l'Ouest, dite URCEO, sise au 69, rue de la Motte-Brulon, Rennes (Ille-et-Vilaine) est un des centres de production de semence autorisés pour la race bretonne pie noire.
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