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Traditions et Rituels de la Grossesse et de la Naissance dans le Sud de l'Inde : Une Exploration Culturelle

Savez-vous combien de bébés naissent tous les jours en Inde ? Plus de 77 000. Le chiffre reste imprécis car un pourcentage relativement important de naissances ne seraient pas enregistrées. Grossesse, accouchement, premiers jours du nouveau-né, chaque étape fait l’objet de recommandations, d’habitudes et de pratiques qui nous surprennent, nous émeuvent et nous interrogent. Cet article explore en profondeur les rites et traditions spécifiques qui entourent la grossesse, l'accouchement et les premiers jours de vie d'un enfant dans le sud de l'Inde, en particulier en ce qui concerne les rites placentaires et l'importance des arbres dans ces pratiques.

La Maternité : Un Statut Sacré

La maternité dans le cadre du mariage confère à la femme indienne son véritable statut, de femme mariée et mère, la « kattukkalutti » en Tamoul. L’arrivée d’un enfant fait l’objet de règles et rituels particuliers, dès le début de la grossesse. La médecine ayurvédique considère même que ces règles s’appliquent dès qu’il y a projet de conception, c’est-à-dire dès le mariage. Celui-ci a le devoir sacré de faire un enfant, particulièrement un garçon. Lorsqu’aucune grossesse ne vient, la stérilité supposée apparait comme la pire des choses. Elle est parfois interprétée comme la conséquence de fautes commises au cours de cette vie ou dans une vie antérieure.

Purifier la Graine et la Matrice

Faire naitre un enfant en bonne santé commence par « purifier la graine et la matrice ». L’approche holistique de la médecine indienne qui prend en compte la personne dans sa globalité associe systématiquement l’état d’esprit de la mère et le caractère du futur enfant. La mère doit être toujours positive, ne pas pleurer (l’enfant aurait alors des problèmes de vision). Pour les Hindous, l’âme existe dès la formation de l’embryon. Elle vient d’un être décédé qui se réincarne. C’est l’âme du mort qui choisit son embryon. La médecine ayurvédique propose différents traitements préventifs et curatifs tout au cours de la grossesse.

Le Valaikappu : Une Cérémonie de Bénédiction

Au septième mois de grossesse, se déroule le Valaikappu, la cérémonie des bracelets. Valaikappu est le terme Tamoul, mais le même rituel existe dans la plupart des autres provinces sous des appellations différentes. Il s’agit d’annoncer officiellement la future naissance, de bénir la mère et l’enfant et d’éloigner les mauvais esprits.

Déroulement du Valaikappu

À l’origine, seules les familles brahmanes pratiquaient le Valaikappu. Aujourd’hui, beaucoup de familles célèbrent le Valaikappu dans une salle louée pour l’occasion et donnent à la fête autant d’importance qu’une réception de mariage. Le jour est choisi en fonction des astres et un prêtre organise les rituels. La femme enceinte est assise en face d’un brasero, entouré de bols de riz, sésame et ghee, symboles de prospérité et longévité. Des fleurs, des fruits, des noix de coco, des feuilles de bétel et de la pâte de santal complètent le décor. Les femmes amies et proches attachent les cheveux de la future maman avec une guirlande de fleurs. On récite des mantras et chante des textes qui font souvent référence aux héros de la mythologie hindoue. La future maman reçoit en cadeau un grand nombre de bracelets en verre, de toutes les couleurs. Le son provoqué par les bracelets doit apporter de la joie au futur bébé.

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Accouchements par Césarienne : Une Tendance Croissante

Pourquoi aujourd'hui le taux d’accouchements par césarienne dépasse-t-il les 50 % en Inde ? Plusieurs raisons à ce chiffre hors norme ; Tout d'abord, la césarienne est source de profit pour les cliniques. Par ailleurs, dans un contexte où la péridurale est mal vue, la césarienne est une réponse à la peur de la douleur. Enfin, la césarienne permet une naissance à un jour et une heure déterminée, ce qui est important pour certaines familles hindoues attachées aux prédictions des astres.

Rituels Post-Natal : Cordon Ombilical, Bain et Alimentation

Quand la naissance arrive, il est bon de masser le ventre de la maman avec de l’huile de sésame. Le cordon ombilical fait l’objet d’une attention particulière. Autrefois, il était brulé avec le placenta dans la cour de la maison. Aujourd’hui, un petit morceau est conservé dans un Thayathu, sorte d’amulette accrochée aux hanches de l’enfant, pour chasser les mauvais esprits. Un nouveau commerce se développe également autour du stockage des cordons ombilicaux des nouveaux nés.

Premiers Jours de Vie

Traditionnellement, le premier repas du bébé est composé de miel et de ghee. Il tête ensuite le sein droit de sa mère. A son retour de la maternité, il reçoit son premier bain, enrichi d’essence de Ficus ou de Cinnamomum. Le corps des petites filles est enduit de poudre de curcuma. La maman devra attendre au moins dix jours après l’accouchement pour prendre elle aussi un bain. Auparavant, son corps n’est pas pur. Elle ne peut pas participer aux prières et se rendre au temple. Le bébé est exclusivement nourri au lait maternel pendant les six premiers mois de sa vie. L’allaitement est encouragé au-delà de cette période. Il est possible aujourd’hui pour la maman de se soustraire à cette obligation sociale en achetant sur catalogue le lait d’une autre femme, choisie selon des critères de beauté et d’origine familiale.

Évolution des Accouchements et Mortalité Maternelle

Aujourd’hui, plus de 80 % des accouchements dans le Tamil Nadu se déroulent à l’hôpital. Le Tamil Nadu a toujours été en tête des états où les accouchements étaient les plus médicalisés. Encore récemment, dans les zones rurales, les matrones se chargeaient d’accompagner les femmes à donner naissance. Le nombre de femmes qui décèdent à l’accouchement ou à ses suites a fortement baissé depuis 2010 (Aujourd’hui, un décès sur 7700 accouchements). L’Inde reste donc encore parmi les pays du monde où les mortalités maternelle et infantile sont élevées. Les causes sont multiples, parmi lesquelles le mauvais état de santé et la malnutrition de nombreuses femmes, le manque de professionnels de santé qualifiés et dans certaines régions, la mauvaise gestion des services publics de santé.

Le Placenta : Rites et Pratiques

Autrefois, le cordon ombilical était brulé avec le placenta dans la cour de la maison. Aujourd’hui, un petit morceau est conservé dans un Thayathu, sorte d’amulette accrochée aux hanches de l’enfant, pour chasser les mauvais esprits. Dans plusieurs peuples d’Amérique du sud, le placenta est brulé pour s’en débarrasser rapidement, et éviter ainsi que les esprits mauvais s’en prennent à lui pour atteindre le bébé.

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La Placentophagie : Une Pratique Controversée

Le mot savant pour parler de manger son placenta s’appelle « placentophagie ». Pourquoi certaines femmes le font-elles ? Comment s’y prendre ? Qu’en penser ? Avant toute chose, précisons qu’en France, la loi ne permet pas de récupérer son placenta après l’accouchement. Outre les stars américaines qui font fréquemment le récit de leur consommation de placenta, le sujet concerne donc surtout les femmes qui accouchent à la maison (pour rappel, moins d’1 % des naissances en France). Mais celles qui accouchent en maternité peuvent toujours formuler une demande à l’équipe qui les suit (avant la naissance)… D’après plusieurs témoignages, il arrive que des membres du personnel médical acceptent de donner le placenta aux parents « en sous-main » !

Consommer son placenta, c’est surtout, d’après les adeptes, profiter de ses bienfaits santé. Marie Mahé-Poulin, psychologue clinicienne et co-autrice du « Mois d’Or » (1) les détaille pour nous : « On prête au placenta de nombreuses vertus sur le plan de la récupération en post-partum. Il agirait comme un coup de boost hormonal et favoriserait l’attachement avec le bébé, l’équilibre émotionnel. Il réduirait même les douleurs des fameuses « tranchées » et favoriserait la lactation. Même si aucune étude scientifique ne le prouve, les arguments abondent et parmi eux, le fait que tous les mammifères (à part les dauphins et les baleines) mangent leur placenta après la naissance ! Même les herbivores ! À moins que ça ne soit pour éloigner les prédateurs ?

Cela va de préparation crue (comme dans un smoothie) à des formes cuites (recettes sucrées ou salées de toutes sortes). Ces « recettes antiques » sont nombreuses à circuler sur les réseaux et étonnent parfois par leur originalité. Si cela nous semble trop « animal », on peut demander que notre placenta soit réduit en poudre (après avoir été déshydraté) puis mis en gélules ou en granules homéopathiques qu’on prend en une ou plusieurs fois. Dernière technique homemade : la teinture mère qui consiste à faire macérer le placenta dans de l’alcool. Bref de bien belles idées mais qui manquent pour le moment cruellement de confirmation scientifique et d’encadrement sanitaire pour se lancer sans danger !

Les Arbres : Symboles de Vie et de Fertilité

En Jamaïque, le placenta et le cordon ombilical sont récupérer après la délivrance puis enterrés dans le sol. Amis et famille des nouveaux parents y plantent ensuite un arbre, dont le futur enfant devra prendre soin pour apprendre la notion de responsabilité. Traditionnellement, le premier repas du bébé est composé de miel et de ghee. A son retour de la maternité, il reçoit son premier bain, enrichi d’essence de Ficus ou de Cinnamomum. Les arbres, en particulier le Ficus et le Cinnamomum, sont donc symboliquement liés à la naissance et à la prospérité de l'enfant. L'arbre planté sur le placenta symbolise la croissance, la vie et le lien entre l'enfant et la terre.

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