Introduction
La recherche sur les embryons humains est un sujet de débat depuis des décennies. D'une part, elle offre un potentiel immense pour faire progresser notre compréhension du développement humain et traiter des maladies dévastatrices. D'autre part, elle soulève des questions éthiques complexes concernant le statut moral de l'embryon et les limites de l'intervention humaine dans les processus de la vie. Cet article vise à explorer les inconvénients de la recherche sur les embryons humains, en tenant compte des aspects scientifiques, éthiques et sociaux.
Risques et limites techniques
Difficultés inhérentes au clonage
Le clonage thérapeutique, qui consiste à créer des embryons dans le but de produire des cellules souches à des fins thérapeutiques, suscite des débats passionnés. Bien que des scientifiques sud-coréens et britanniques aient réalisé des progrès dans ce domaine, sa faisabilité technique reste un défi. Le clonage reproductif, qui vise à créer un être humain génétiquement identique à un autre, est confronté à des obstacles majeurs. Le taux de réussite est très faible, avec seulement quelques naissances pour une centaine d'ovocytes reconstitués. De plus, les clones présentent souvent des dérèglements du développement et une mortalité post-natale élevée. Ces échecs pourraient être dus à une mauvaise réactivation des programmes génétiques dans le noyau transféré, ainsi qu'à d'autres facteurs liés à l'environnement de l'embryon.
Maîtrise imparfaite de la différenciation cellulaire
La production de tissus par clonage thérapeutique nécessite de mettre en culture des cellules embryonnaires et de les différencier. Cependant, la différenciation in vitro ne donne jamais 100% de cellules d'un même type. Il est donc nécessaire de trier et d'isoler les cellules d'intérêt, ce qui est encore loin d'être parfaitement maîtrisé.
Défis liés à la réparation de l'ADN
Des scientifiques ont découvert que les cellules des embryons humains précoces sont souvent incapables de réparer les dommages causés à leur ADN. Des expériences ont montré que, lorsqu'on tente d'utiliser CRISPR-Cas9 pour corriger des troubles héréditaires chez les embryons humains, la plupart du temps, on n'y parvient pas. Au lieu de corriger les mutations existantes, le processus de réparation introduit souvent des mutations supplémentaires. Dans certains cas, les cassures non réparées des brins d'ADN entraînent la perte ou la duplication de grands morceaux de chromosomes, ce qui impacte la viabilité des embryons et peut entraîner des anomalies congénitales graves si les embryons affectés étaient transférés dans l'utérus.
Préoccupations éthiques
Statut moral de l'embryon
L'une des principales préoccupations éthiques concernant la recherche sur les embryons humains est le statut moral de l'embryon. À partir de quand peut-on considérer un embryon comme une personne ? La recherche sur les embryons humains porte-t-elle atteinte à la dignité humaine en créant des embryons uniquement à des fins thérapeutiques ? Il est délicat de trouver un consensus à ces questions, car elles font écho à des conceptions intimes de la vie.
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Risque de dérives et d'instrumentalisation
L'autorisation de la recherche sur les embryons humains pourrait ouvrir la voie à des dérives et à une instrumentalisation de la vie humaine. Certains craignent que cela ne conduise à la création d'embryons uniquement à des fins de recherche, sans considération pour leur potentiel de développement. D'autres s'inquiètent de la possibilité de sélectionner des embryons en fonction de critères non médicaux, tels que le sexe ou les caractéristiques physiques.
Questions de filiation et de parenté
Le clonage, en particulier le clonage reproductif, soulève des questions complexes concernant la filiation et la parenté. Un clone pourrait avoir cinq mères : la mère donneuse de l'ovocyte, la mère donneuse du noyau, la mère porteuse, la mère qui élèverait l'enfant et la mère génétique. Ces relations de parenté totalement redéfinies pourraient avoir des conséquences psychologiques et sociales importantes pour les clones et leurs familles.
Atteinte à l’intégrité de l’embryon
La loi de bioéthique autorise les recherches sur l’embryon, à condition qu’elles ne portent pas atteinte à son intégrité avant ou après transfert et seulement si le couple y consent. Cependant, certains estiment que toute recherche sur l'embryon, même non destructive, constitue une atteinte à son intégrité et à sa dignité.
Implications sociales
Risque de commercialisation des ovocytes
La recherche sur les embryons humains repose sur l'utilisation de centaines d'embryons humains, dont nous manquons déjà pour la procréation. Si on l'autorise, ne prend-on pas le risque de favoriser l'établissement d'une espèce de trafic d'ovules ? L'obtention d'ovocytes devrait faire l'objet d'un contrôle strict pour éviter un trafic parallèle, rémunérant des femmes donneuses et comblant les demandes de riches malades en attente d'une greffe.
Inquiétudes concernant la modification génétique
La modification génétique de l'Homme, rendue possible par des techniques telles que Crispr-Cas9, suscite de vives inquiétudes. Une modification génétique sur un humain aurait des conséquences sur toute sa descendance. De plus, des dérives pourraient avoir lieu pour améliorer l'espèce, acte incompatible avec l'éthique scientifique. L'annonce de la naissance de bébés génétiquement modifiés a généré une cascade de condamnations de la part des communautés scientifiques chinoise et internationale.
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Perception du public et confiance dans la science
Le public manifeste un rejet vif des OGM en raison d'un manque d'information objective sur leur utilisation, leurs avantages, leurs risques et leurs conséquences économiques. La crise des OGM a été provoquée par une réaction d'indignation de l'opinion publique, qui a eu l'impression qu'on lui imposait une modification importante des procédures alimentaires sans la consulter ni lui en expliquer les tenants et les aboutissants. De même, la recherche sur les embryons humains pourrait susciter des inquiétudes et une méfiance envers la science si elle n'est pas menée de manière transparente et éthique.
Cadre juridique et réglementaire
Interdiction du clonage reproductif
Le clonage reproductif humain est condamné presque à l'unanimité en raison des problèmes techniques et éthiques qu'il soulève. De nombreux pays ont adopté des lois interdisant le clonage reproductif, mais les réglementations concernant le clonage thérapeutique et la recherche sur les embryons varient considérablement d'un pays à l'autre.
Moratoire et autorisation sous conditions
En France, la loi de juillet 2004 a établi un moratoire de cinq ans sur l'interdiction de la recherche sur l'embryon. Par dérogation et sans moratoire, ces recherches sont autorisées si la pertinence du sujet scientifique est établie et si les autres voies ne recourant pas aux embryons humains sont impossibles.
Renforcement des régulations en bioéthique
Suite à l'affaire He Jiankui, la Chine a renforcé ses régulations en matière de bioéthique. Les recherches impliquant les techniques d'édition génétique, de transfert de gènes ou de régulation génétique sont désormais catégorisées comme des technologies à hauts risques et placées sous l'autorité de la Commission Nationale de la Santé.
Alternatives à la recherche sur les embryons humains
Recherche sur les cellules souches adultes
La recherche sur les cellules souches adultes, issues du cordon ombilical et les cellules souches pluripotentes induites, est une alternative prometteuse à la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Les cellules souches adultes présentent l'avantage de ne pas soulever les mêmes questions éthiques que les cellules souches embryonnaires, car elles peuvent être obtenues à partir de tissus adultes sans détruire d'embryons.
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Modèles animaux et simulations informatiques
Les modèles animaux et les simulations informatiques peuvent également être utilisés pour étudier le développement humain et les maladies, réduisant ainsi le besoin de recourir à la recherche sur les embryons humains.
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