Le diabète gestationnel, ou « diabète de grossesse », se définit comme tout degré d’intolérance au glucose apparaissant ou diagnostiqué pendant une grossesse. Il fait partie des complications médicales et troubles métaboliques les plus fréquents. Le tabagisme, qu'il soit actif ou passif, expose les fumeurs à de nombreux risques. Associé au diabète, il aggrave considérablement les complications micro et macro-vasculaires.
Prévalence du tabagisme et diabète gestationnel
En termes de prévalence tabagique durant la grossesse, la France continuait d’être un mauvais exemple en affichant encore un score de 16,2% en 2016. Plusieurs études se sont penchées sur le lien entre le tabagisme et le diabète gestationnel, avec des résultats parfois contrastés.
Tabagisme et risque de diabète gestationnel
Une analyse des données du Système de surveillance de l’évaluation des risques de grossesse, concernant plus de 222 400 femmes sur la période 2009-2015, montre que le tabagisme augmente le risque de développer du diabète gestationnel. Plus précisément, l’étude montre que les femmes enceintes qui ne modifient pas leur consommation de tabac, voire qui l’augmentent, ont un risque de développer ce type de diabète majoré de 50% par comparaison avec les femmes qui n’ont jamais fumé ou qui ont arrêté au moins deux ans avant la grossesse.
Une étude a montré que les femmes enceintes qui ont réduit leur nombre de cigarettes mais en consomment encore ont toujours un risque de diabète gestationnel 22 % plus élevé par rapport aux femmes qui n'ont jamais fumé ou celles qui ont cessé de fumer deux ans avant de tomber enceinte.
Résultats contrastés : l'étude du Pr Cosson
L'association entre le tabagisme avant ou pendant la grossesse et le diabète gestationnel est encore un sujet de débat. Pour l'étudier, le Pr Emmanuel Cosson de l'hôpital Avicenne (AP-HP) à Bobigny (Seine-Saint-Denis) et ses collègues ont constitué une cohorte française de 15.801 femmes enceintes, dont 1.234 fumeuses (7,8%) et 624 anciennes fumeuses sevrées (4,5%), ayant accouché entre 2015 et 2018.
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Selon le statut tabagique des femmes, la prévalence de diabète gestationnel a été inférieure chez les fumeuses (12,3%) et chez les femmes enceintes sevrées (15,4%) que chez les non-fumeuses qui ne l'ont jamais été (19,9%). Les fumeuses ont ainsi été associées à un risque réduit de 21% de diabète gestationnel par rapport aux non-fumeuses, mais aucune réduction significative n'a été mesurée chez les anciennes fumeuses.
Même si le niveau de dépistage diffère entre les femmes, avec moins de fumeuses dépistées (75,7%) que de femmes sevrées (88,3%) ou que de non-fumeuses (89,5%), la réduction du risque calculée "ne semble pas lié[e] à un biais de dépistage", précisent les auteurs.
Le tabac : cause et facteur d’apparition du diabète
Sans être une cause unique, le tabagisme actif ou passif serait une des causes possibles et donc un facteur d’apparition du diabète selon les études épidémiologiques. Il favoriserait le développement du diabète de type 2 chez les femmes comme chez les hommes. Le tabagisme actif augmenterait le risque de 37% à 44% de développer un diabète de type 2. En moyenne, les fumeurs ont deux à trois fois plus de risques de développer un diabète de type 2 que les non-fumeurs, avec un risque proportionnel au nombre de cigarettes consommées et le nombre d’années de tabagisme. Le tabac accroît l’intolérance au glucose et réduit la sensibilité à l’insuline. Cette insulinorésistance est favorisée par le tabagisme actif (+ 40 %) mais également par le tabagisme passif (+ 28 %).
Mécanismes d'action du tabac sur le diabète
Bien que les données montrent que le tabagisme augmente la résistance à l’insuline chez les personnes en bonne santé et celles atteintes de diabète, les mécanismes exacts restent à élucider. L’insulinorésistance semble en partie résulter de l’augmentation de la sécrétion de certaines hormones induite par la nicotine. Ces hormones sont le cortisol, les catécholamines et l’hormone de croissance, qui toutes contrecarrent l’action de l’insuline, ce qui entraîne un besoin accru en insuline.
Le tabagisme modifie par ailleurs l’équilibre entre hormones mâles et femelles via l’action anti-œstrogène qu’exercent certains composés (alcaloïdes) du tabac, dont la nicotine, avec pour conséquence de favoriser une distribution des graisses de type androïde (répartition de la masse graisseuse dans la partie haute du corps, en particulier au niveau du ventre). Le tabagisme favorise également un état inflammatoire chronique de faible niveau (dit de bas grade), un mauvais fonctionnement des cellules qui tapissent l’intérieur des vaisseaux (dysfonction endothéliale), un stress oxydatif (agressions causées par des molécules dérivées de l’oxygène). Outre les effets du tabagisme sur la résistance à l’insuline, le tabac peut également perturber le fonctionnement des cellules bêta pancréatiques sécrétrices d’insuline.
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Tabagisme parental et risque de diabète chez l'enfant
On sait déjà que le tabac est un facteur de risque du diabète de type 2. Mais le tabagisme des parents pendant la grossesse influence aussi le métabolisme de l'enfant. Il augmente le risque d'apparition de ce diabète à l'âge adulte, en particulier si c'est une fille.
Les résultats montrent que les filles dont les mères ont fumé durant leur grossesse ont 2,4 fois plus de risques de développer un diabète de type 2 à l'âge adulte. Le lien est moins évident lorsque c’est le père qui a fumé. Le poids à la naissance (généralement plus faible lorsque les parents sont fumeurs) n’a aucune influence sur ces résultats et ne préjuge pas d'un risque plus faible de diabète à l'âge adulte. En revanche, les garçons, eux, semblent épargnés par cette augmentation du risque.
Risques accrus pour les personnes diabétiques fumeuses
Le tabagisme chez les personnes atteintes de diabète :
- est la première cause de mortalité
- augmente le risque d’atteintes au niveau des petits et des gros vaisseaux sanguins (complications micro - et macroangiopathiques)
- a un impact sur l’équilibre glycémique
- fumer pendant la grossesse augmente le risque de développer un diabète gestationnel.
Comme le souligne le Professeur Jean-Jacques Altman, diabétologue : “ Les fumeurs diabétiques ont sept à huit fois plus de risques de développer une artérite des membres inférieurs. Les patients à risque d’amputation sont principalement fumeurs.”
Les fumeurs présentent un risque accru de mortalité (toutes causes confondues), de complications touchant les petits vaisseaux sanguins (complications microvasculaires) et des artères principales (atteinte dite macrovasculaire), de cancer et de détérioration de l’équilibre glycémique.
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Complications spécifiques
Des études ont montré que le tabagisme aggrave la dyslipidémie, c’est-à-dire le taux élevé des lipides sanguins, avec une augmentation du LDL-cholestérol (« mauvais cholestérol ») et des triglycérides et une baisse du HDL-cholestérol (« bon cholestérol ») des fumeurs diabétiques, en comparaison avec les non-fumeurs diabétiques. Cette aggravation de la dyslipidémie semble être un des mécanismes par lequel le tabagisme augmente le risque cardiovasculaire chez les sujets diabétiques. D’autres mécanismes sont impliqués tels que des effets directs sur l’endothélium vasculaire, l’activation des plaquettes sanguines, le stress oxydatif, l’inflammation chronique de bas grade.
Des études ont montré que le tabagisme est associé à un risque accru de développer une néphropathie chez les personnes avec un DT1, mais pas chez ceux ayant un DT2. Le tabagisme peut également augmenter le risque d’ulcère du pied. Le tabagisme majore le risque de lésions nerveuses par le biais du stress oxydatif.
En ce qui concerne le risque de cancer, les données proviennent essentiellement de cohortes de patients vivant avec un diabète de type 2. La consommation de tabac chez les sujets diabétiques est associée à un surrisque de survenue de cancer. Une étude taïwanaise a montré que le tabagisme est associé à un excès de mortalité par cancer (+ 46 %) par rapport à des personnes n’ayant jamais fumé. L’existence d’un tabagisme et d’un diabète est associée à une augmentation du risque de développer, et de mourir, d’un cancer du pancréas, d’un cancer du foie (carcinome hépatocellulaire), d’un cancer colorectal.
Les diabétiques fumeurs actuels présentent également un risque plus élevé d’hospitalisation pour infection en comparaison aux diabétiques non-fumeurs. Une large étude prospective conduite à Hong Kong a montré un risque augmenté de 32 % du risque d’hospitalisation pour une infection, tous sites confondus.
Une étude américaine a rapporté que le tabagisme est associé à un risque de développer un trouble dépressif majeur ou mineur. Il existe une relation entre le nombre de cigarettes fumées et l’intensité des symptômes dépressifs.
Une étude allemande a rapporté que le tabagisme maternel fait plus que tripler le risque de mortalité périnatale et de malformations congénitales chez les femmes enceintes présentant un diabète avant la grossesse.
Arrêter de fumer : bénéfices et accompagnement
À l’inverse, l’arrêt du tabac montre une courbe de risque en diminution progressive en fonction du nombre d’années sans tabac. Et plus l’arrêt est précoce, plus la diminution du risque est importante. Arrêter de fumer pendant de nombreuses années consécutives (entre 5 à 20 ans suivant les études et les profils) ramènerait même le risque à un niveau comparable à celui des non-fumeurs. Autre intérêt majeur : arrêter de fumer n’augmente pas les risques de développer un diabète à moyen et long terme, et ce, malgré une prise de poids.
Il n’y a pas de petit tabagisme sans risque ; éviter toute consommation de tabac est bénéfique pour prévenir le diabète de type 2. De nombreuses méthodes de sevrage tabagique existent pour vous aider.
Bénéfices immédiats de l'arrêt du tabac
Les bénéfices sont immédiats : amélioration de la respiration, de la qualité du sommeil, et de l’alimentation, ainsi qu'une réduction du stress. Des avantages supplémentaires incluent une activité physique facilitée, un meilleur odorat et un goût retrouvé, moins de nervosité et une concentration accrue.
Accompagnement et solutions
Des solutions et des outils existent pour vous accompagner dans votre démarche d’arrêt du tabac. Le site www.tabac-info-service.fr vous apporte des conseils pratiques sur les méthodes d’arrêt du tabac, des témoignages et des astuces pour ne pas craquer. En France, le ministère de la Santé recommande les approches psychologiques et comportementales chez la femme enceinte fumeuse, soit un ensemble de techniques basées sur la discussion et sur des exercices simples lors d’une consultation avec un professionnel de santé. « La prescription de substituts nicotiniques est autorisée pour les femmes enceintes qui ne parviennent pas à arrêter de fumer. Leur utilisation doit cependant se faire sous contrôle médical pour les femmes enceintes ou les mamans qui allaitent », précise l'Inpes sur le sujet.
L'importance de la formation des professionnels de santé
« La formation des personnels médicaux et paramédicaux à l’aide au sevrage tabagique est un pilier essentiel pour une bonne prise en charge des patients diabétiques fumeurs », déclare la docteure Anne-Laurence Le Faou, présidente de la Société Francophone de Tabacologie. « La communication dans ce domaine est donc aujourd’hui considérée comme prioritaire tant en direction des soignants que des patients.
Interventions psycho-comportementales et aide pharmacologique
Les experts s’accordent pour considérer que l’on peut transposer chez les diabétiques fumeurs les interventions utilisées en population générale non-diabétique fumeuse. Ils estiment ainsi que des interventions psycho-comportementales (intervention brève, entretien motivationnel, activité physique, programmes d’éducation thérapeutique) devraient être associées à une aide pharmacologique. Selon eux, ceci augmenterait de 70 % à 100 % les chances de succès du sevrage tabagique par rapport aux seules interventions comportementales. Et de plaider pour « une prise en charge thérapeutique du sevrage tabagique chez les patients diabétiques », tout en estimant qu’« une sensibilisation et une formation à l’aide au sevrage tabagique des équipes éducatives diabétologiques sont par ailleurs indispensables ».
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