Introduction
La procréation médicalement assistée (PMA) est un sujet de débat complexe et passionné, qui touche à des questions fondamentales concernant l'éthique, la société, la famille et la liberté individuelle. L'extension de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, ainsi que la question de la gestation pour autrui (GPA), suscitent des controverses et des interrogations profondes. Cet article vise à explorer les enjeux liés à la PMA à travers le prisme de l'idéologie libérale, en tenant compte des arguments pour et contre, ainsi que des implications potentielles pour l'avenir de la société.
PMA, GPA et libéralisation de la science : Le point de vue de Jacques Testart
Le biologiste Jacques Testart met en garde contre le risque de soumettre la science à une logique de marché à travers la PMA et la GPA. Il identifie également ce risque de libéralisation dans le transhumanisme, auquel il a consacré un ouvrage. Selon Testart, la GPA conduit à réduire une femme en esclavage pendant neuf mois, car il s'agit d'un travail rémunéré qui ne tient pas compte du coût humain et mobilise la personne 24 heures sur 24. Il souligne également que ce sont souvent des femmes dans le besoin qui acceptent cette tâche, créant ainsi une forme d'exploitation.
Testart critique également l'eugénisme "mou" associé à la PMA et à la GPA. Il explique que les banques de sperme sont obligées de faire des sélections selon des critères qui ne sont pas toujours clairs, et qu'elles peuvent utiliser des tests génétiques pour éviter la transmission de "maladies". Il estime que l'Agence de biomédecine française devrait faire un état des lieux pour savoir sur quelles bases les banques recrutent leurs donneurs, car ces structures ont d'importants pouvoirs.
PMA et non-discrimination : L'analyse du Conseil d'État
Le Conseil d'État a récemment indiqué que l'accession à la PMA en France n'était pas discriminatoire quant aux couples homosexuels. Selon cette analyse, la discrimination se situe plutôt entre les femmes stériles et les femmes non stériles, car certaines personnes ont besoin d'une assistance médicale pour procréer, tandis que d'autres n'en ont pas besoin. Le Conseil d'État estime qu'il est abusif de dire que l'on discrimine parce que les personnes sont homosexuelles, car les homosexuels et les personnes seules peuvent se débrouiller pour faire des enfants sans faire appel à la médecine.
Les enjeux éthiques de la GPA : Exploitation du corps féminin et marchandisation de la procréation
La GPA est un sujet particulièrement clivant, qui suscite de vives oppositions en raison des enjeux éthiques qu'elle soulève. L'une des principales préoccupations est le risque d'exploitation du corps féminin, car la GPA peut être perçue comme une forme de marchandisation de la procréation, où le corps de la femme est réduit à un simple outil de reproduction. Des intérêts financiers sont nécessairement en jeu, et l'opération a un coût souvent élevé, ce qui soulève la question de savoir si la femme qui porte l'enfant et le couple demandeur appartiennent généralement aux mêmes catégories socio-économiques.
Lire aussi: Conditions d'obtention de la prime d'allaitement
Certains craignent que la GPA n'encourage une idéologie ultralibérale qui tend à réduire toute chose, y compris la personne humaine, à une ressource disponible sur un marché. Ils s'interrogent sur la possibilité d'éviter des formes trop marquées d'exploitation du corps féminin et sur l'impact de la dimension commerciale sur la procréation.
Les arguments en faveur de l'ouverture de la PMA : Liberté individuelle et progrès technique
Les partisans de l'ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes mettent en avant le principe de liberté individuelle. Ils estiment que chacun devrait être libre de décider de la manière dont il souhaite fonder une famille, et que l'État ne devrait pas s'immiscer dans ces choix personnels. Ils soulignent également que le progrès technique offre de nouvelles possibilités en matière de procréation, et que les individus devraient pouvoir disposer librement des fruits de ce progrès.
Selon cette perspective, l'accès à la PMA apparaît comme une évidence : les individus doivent pouvoir disposer librement des fruits du progrès technique, et l'immixtion de l'État ne saurait être justifiée, sauf si elle assure la protection d'un tiers.
PMA et risque de dérives : La protection des tiers et la commercialisation du corps humain
Si les partisans de la liberté individuelle défendent l'ouverture de la PMA, ils reconnaissent également la nécessité de protéger les tiers, en particulier les enfants et les femmes qui pourraient être impliquées dans des processus de GPA. C'est cette préoccupation qui conduit certains à refuser l'ouverture de la PMA aux couples d'hommes, car ils craignent que cela ne débouche sur la commercialisation du corps d'une tierce personne.
Ils estiment qu'il est de la responsabilité de la puissance publique de protéger les personnes fragiles qui, pour des raisons financières, pourraient mettre leur santé et leur vie en danger au cours d'une grossesse, pour le seul bien-être de plus fortunés.
Lire aussi: Prévoyance grossesse libérales
L'impact sur la filiation et l'identité de l'enfant : Les inquiétudes de Bertrand Vergely
Le philosophe Bertrand Vergely s'inquiète des conséquences de la "PMA pour toutes" sur la filiation et l'identité de l'enfant. Il souligne que, traditionnellement, pour faire un enfant, il faut nécessairement passer par le couple homme-femme, mais que désormais, avec la PMA pour toutes, cette condition nécessaire n'est plus nécessaire. Il estime que le donneur étant une ombre, le couple homme-femme comme couple fondateur pour donner la vie est enterré.
Vergely met en garde contre les risques liés à l'enfant sans père : la souffrance de l'enfant, le chaos dans la filiation et la violence à l'égard du père et des hommes. Il s'interroge sur la capacité des partisans de la PMA pour toutes à comprendre les besoins et les souffrances des enfants, et il dénonce le caractère glacial, déshumanisé, impersonnel, technique et cynique de cette façon de faire naître la vie.
PMA et marché de la procréation : Les enjeux économiques et la critique du capitalisme libéral
Certains observateurs critiquent la PMA en soulignant qu'elle est avant tout un formidable marché, "boosté" par les ravages de la pollution industrielle sur la fertilité humaine. Ils estiment que le capitalisme libéral provoque de manière criminelle l'infertilité masculine, ouvrant ainsi un nouveau marché dans lequel il compte bien s'engouffrer : celui de l'enfant né de la technique médicale. Ils dénoncent également l'incitation faite aux jeunes femmes à repousser leur projet de maternité de manière à se rendre plus disponibles pour leur "carrière" et donc pour le marché, en leur offrant la perspective technique d'une conservation des ovocytes.
Selon cette perspective, le marché du vivant, ouvert par les techniques d'assistance médicale à la procréation (PMA, GPA, diagnostic préimplantatoire, demain utérus artificiel…), représente le nouveau réacteur du capitalisme mondialisé, et ce marché est sans limite à la mesure de nos désirs ou de nos fantasmes.
Libéralisme, normes et valeurs : La critique du libéral-libertaire
L'expression "libéral-libertaire" est souvent utilisée pour critiquer les partisans de l'ouverture de la PMA et de la GPA, en les accusant de promouvoir une idéologie qui remet en cause les normes et les valeurs traditionnelles. Les critiques estiment que le libéralisme ne peut être dissocié d'un certain nombre de règles de juste conduite, basées sur la morale et le droit naturels, complétés et précisés par les apports judéo-chrétiens. Ils craignent que la "déconstruction" libertaire des règles n'altère les mécanismes sociaux permettant l'auto-organisation de la société et ne débouche sur une anarchie qui justifiera, par réaction, une reprise de contrôle de la société par l'État.
Lire aussi: Soins infirmiers spécialisés pour les enfants
Ils soulignent que les libéraux classiques ont certes critiqué certaines structures sociales traditionnelles paralysantes, mais qu'ils n'ont jamais remis en cause la famille dite nucléaire, composée d'un époux, d'une épouse et des enfants mineurs. Ils estiment que, pour faire exister et vivre une société libre, il faut des hommes libres, c'est-à-dire des citoyens capables d'utiliser les outils de la liberté à bon escient, des hommes rationnels et moralement responsables.
tags: #idéologie #libérale #et #pma