Le deuil périnatal, sujet encore trop souvent tabou, représente une réalité douloureuse pour de nombreux parents. Hélène Gérin, auteure du livre "Dans ces moments-là", s'intéresse de près à ce deuil spécifique, défini comme le décès d'un bébé avant, pendant ou après la naissance. Son ouvrage se veut une passerelle entre les parents endeuillés et leur entourage, offrant des pistes pour mieux comprendre et accompagner cette épreuve.
Spécificités du Deuil Périnatal
Le deuil périnatal se distingue des autres formes de deuil. Contrairement à la perte d'une personne plus âgée, il s'agit d'un deuil de l'avenir, et non du passé. Bien que les étapes émotionnelles (colère, déni, acceptation) soient similaires à celles d'un deuil classique, la spécificité réside dans le fait que l'entourage a rarement, voire jamais, rencontré le bébé. Il arrive même que le prénom de l'enfant ne soit pas connu de tous. Ce manque de familiarité peut engendrer un sentiment de désarroi chez les proches, menant parfois au silence.
Hélène Gérin, forte de son expérience en tant que thérapeute et accompagnante à la naissance (doula), a été témoin de la "double peine" vécue par les parents : la douleur de la perte elle-même, exacerbée par le manque de compréhension et de soutien de leur entourage.
Créer un Pont entre Parents et Entourage
L'objectif principal du livre d'Hélène Gérin est de créer un pont entre les parents endeuillés et leurs proches. Elle souhaite donner à l'entourage les moyens de rejoindre les parents dans leur douleur, en leur offrant des pistes concrètes pour se connecter et communiquer. Un deuil est une expérience personnelle, mais qui se vit au contact des autres : la famille élargie, l’entourage amical, les collègues.
L'auteure refuse la fatalité qui pousse certains à penser qu'il n'y a rien à faire ou à dire. Elle souligne l'importance de la fonction sociale de l'entourage : de la même manière qu'un bébé né est inscrit à l'état civil et intégré au monde des vivants, un bébé décédé a besoin d'être reconnu et inscrit dans l'histoire familiale. Lorsque l'entourage valide ce vécu, les parents peuvent se concentrer sur leur travail de deuil, plutôt que de se battre pour faire reconnaître leur souffrance.
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Rituels et Symboles : Inscrire le Bébé dans l'Histoire Familiale
Dans ces moments-là, le besoin de rituels est grand ! Hélène Gérin propose des idées de rituels pour aider les parents à faire vivre le souvenir de leur enfant : planter un arbre, installer un petit autel, allumer une bougie. Ces gestes symboliques permettent de continuer à faire vivre cet enfant, sans déni de la mort. Un autre rituel me semble intéressant : celui de l’arbre généalogique. Ces rituels ont un sens : c’est pour cette raison qu’il peut être utile de prendre les marques du passage de ce bébé sur terre (photos, empreintes, mèche de cheveux…), car il n’y aura pas d’autres souvenirs.
Ces rituels ont un sens profond : ils permettent de prendre les marques du passage de ce bébé sur terre (photos, empreintes, mèche de cheveux…), car il n’y aura pas d’autres souvenirs. Ils inscrivent l'enfant dans l'histoire familiale et perpétuent sa mémoire.
Les Mots Qui Font du Bien
L'ouvrage d'Hélène Gérin délivre des pistes à l’entourage qui ne sait bien souvent pas quoi dire, ni comment être présent. Il y a des mots qui vont blesser et d’autres qui peuvent faire du bien. Présenter ses condoléances permet de valider le vécu. Féliciter les parents, leur dire que le bébé est très beau. Reconnaître les parents dans leur statut de parents, surtout si c’était leur premier enfant. Il y a aussi l’importance des dates anniversaire : pour la date du décès du bébé, on peut envoyer un mot, faire une balade, envoyer juste un texte, une carte… Pour les fêtes des pères ou des mères, on peut se manifester - surtout s’il n’y a pas eu d’autre enfants après ou avant. Les grandes fêtes de famille sont des moments très douloureux pour les parents ayant perdu un petit. On peut alors mettre une bougie sur la table, mettre une décoration au sapin qui symbolise cet enfant.
L'auteure insiste sur l'importance de briser le silence, même maladroitement. Quand on est maladroit, on peut s’excuser. Le silence, lui, ne se transforme pas en parole. Bien sûr, on peut briser le silence, mais s’excuser est infiniment plus simple. Maladroit, on le sera toujours à un moment ou à un autre.
L'Autocompassion et le Partage de la Douleur
Avoir un entourage accompagnant et validant permet l’autocompassion. C. A. Tiedge disait : « Les joies partagées sont démultipliées, les peines partagées sont amoindries. » Le chagrin peut être extériorisé donc transformé.
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Le témoignage poignant de Mérédite, relayé par Anna Latron, illustre la force de l'amour et de l'espoir face à la perte. Son récit, bien que bouleversant, témoigne de la possibilité de transformer la douleur en une force pour avancer et honorer la mémoire de l'enfant perdu.
Le Deuil Périnatal : Une Réalité Silencieuse
Bien que touchant près de 10 000 personnes par an, le deuil périnatal reste largement silencieux et tabou. En France, on compte chaque année environ 6 000 décès de bébés survenus en cours de grossesse, après cinq mois. En y ajoutant les interruptions médicales de grossesse, ce chiffre atteint près de 10 000 pertes périnatales par an. C’est présent et ce sujet fait peur. Il existe, de manière plus large, une invisibilisation des nouveaux-nés, comme s’ils n’étaient pas encore tout à fait des êtres à part entière.
L'expérience d'Émeline, qui a perdu son bébé Sacha, témoigne de la difficulté de surmonter cette épreuve et du poids de la culpabilité. En créant une boutique d'objets pour bébés et en échangeant avec des mamans qui ont vécu le même traumatisme, Émeline a réussi à remonter la pente.
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