Introduction
La radiopédiatrie est une branche spécialisée de la radiologie qui se concentre sur l'imagerie médicale des nourrissons, des enfants et des adolescents. Elle requiert une expertise particulière en raison des différences anatomiques et physiologiques entre les enfants et les adultes, ainsi que de la nécessité de minimiser l'exposition aux radiations chez les jeunes patients. Cet article explore l'histoire de la radiopédiatrie, son évolution technologique, ses pratiques spécifiques et son importance dans le diagnostic et la prise en charge des maladies infantiles.
Genèse et évolution de la radiopédiatrie
Les pionniers et la fondation d'une discipline
L'histoire de la radiopédiatrie est jalonnée de figures marquantes qui ont contribué à son développement et à sa reconnaissance en tant que spécialité à part entière. Jacques Lefebvre, considéré comme l'un des pères fondateurs de la radiopédiatrie francophone, a joué un rôle essentiel dans la promotion de l'approche clinico-radiologique et dans la création d'un espace d'échange et de collaboration entre les radiologues et les cliniciens.
En 1948, Jacques Lefebvre devient le chef du service de radiologie de l'hôpital des Enfants-Malades à Paris. Convaincu de l’importance de la clinique dans la pratique radiologique, Jacques Lefebvre suscite des réunions communes avec les équipes médicales et chirurgicales permettant à chacun de progresser. Le mardi soir, une réunion sur dossiers est organisée permettant aux radiologues parisiens de venir soumettre leurs cas difficiles aux spécialistes.
L'idée d'une société européenne de radiopédiatrie a germé suite à la création de la Society for Pediatric Radiology (SPR) à Washington en 1958. L'European Society of Pediatric Radiology (ESPR) a été fondée en 1963, et la première réunion, présidée par Jacques Lefebvre, s'est tenue à Paris en 1964.
Structuration de la radiopédiatrie francophone
L'essor de la radiopédiatrie s'est poursuivi en Europe, notamment en France, où s'est individualisé le Groupe Francophone de la Radiologie Pédiatrique. Ce groupe réunit des radiopédiatres francophones, chaque année à l’automne ou au printemps. Ces réunions sont organisées par un de ses membres en alternance en France, en Italie, en Suisse, en Grèce… Ces réunions scientifiques de grande qualité sont particulièrement conviviales, permettant de créer un lien amical entre les membres et leurs familles.
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Le groupe a connu plusieurs transformations, passant du "Groupe Jacques Lefebvre" (1974-1988) à la "Société Francophone d'Imagerie Pédiatrique Jacques Lefebvre" (1989-2006), puis à la "Société Francophone d'Imagerie Pédiatrique et Prénatale" depuis 2006. Cette dernière évolution témoigne de l'importance croissante de l'imagerie prénatale dans la pratique de la radiopédiatrie.
Lors de la réunion du groupe organisée par Philippe Devred en 1988 à Marseille, celui-ci propose de le faire évoluer en société. Le 21 septembre 1988 les débats portent sur 3 éléments essentiels : conserver une ouverture sans limite géographique, d’où le terme « francophone », accueillir des « non-radiologues » pour entretenir les discussions transdisciplinaires (d’où la possibilité d’être « membre associé »), et assurer un renouvellement régulier du Bureau. Cette nouvelle Société Francophone d’Imagerie Pédiatrique Jacques Lefebvre, dont les statuts sont déposés en 1989, est liée à la Société Française de Radiologie.
La participation de la radiologie pédiatrique lors des Journées Françaises de Radiologie est renforcée par certaines innovations : réunion de consensus (sur la maladie luxante en 1991), séance annuelle de bibliographie (organisée par Patrick Le Dosseur), séances jumelées avec d'autres sociétés (SIT, GETROA…).
En 1992 et 1993 est mis en place, avec l'aide de Jean-François Chateil, Jean-Nicolas Dacher et Dominique Sirinelli et la collaboration de tous les responsables universitaires de radiologie pédiatrique, un enseignement inter-universitaire des DES ayant pour thème la Radiopédiatrie pour palier la difficulté d’enseigner cette spécialité. Cet enseignement concerne toutes les facultés, sauf Paris où le nombre d’enseignants permet une prise en charge de qualité. Les étudiants et les enseignants convergent alors vers un lieu commun pour des séminaires de 3 jours. Cet enseignement est gratuit pour les DES, mais ne peut être réalisé qu’en 1992 et en 1993. Le DIU de radiopédiatrie est mis en place en 2013 par Catherine Adamsbaum, Jean-François Chateil, Hubert Ducou Le Pointe et Philippe Petit.
Les avancées technologiques et leur impact sur la radiopédiatrie
L'essor de l'échographie et du scanner
À partir de 1970, le scanner et l’échographie bouleversent la quiétude de la radiologie. Malgré la qualité médiocre des premières images d’échographie, incompréhensibles pour la majorité des médecins correspondants, cette technique trouve immédiatement une place privilégiée en radiologie pédiatrique et obstétricale. Son innocuité et ses performances chez l’enfant, couplée à une réglementation très restrictive pour l’implantation des scanners, favorise rapidement son développement. L’apparition de l’imagerie en « temps réel » et du Doppler, puis l’amélioration de la qualité des images rendent accessibles presque tous les territoires anatomiques.
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Pendant la même période, le scanner s’impose immédiatement pour l’exploration du cerveau (Charles Raybaud, Nadine Girard, Francis Brunelle) rendant accessible la neuroradiologie à l’ensemble des radiologues. Tous les secteurs anatomiques, en particulier le parenchyme pulmonaire (Denis Lallemand, Philippe Baudin) et l’os (Madeleine Labrune, Gabriel Kalifa) bénéficient de l’apport de cette nouvelle technique. Mais l’attribution parcimonieuse des autorisations d’installation, la difficulté de la sédation chez l’enfant jeune et la dosimétrie ralentissent sa diffusion en dehors de la neuroradiologie.
L'avènement de l'IRM et de l'imagerie basse dose
En 1988, lors de la dernière réunion du Groupe Jacques Lefebvre à Marseille, une session dédiée à « l’imagerie nouvelle » en radiologie pédiatrique aborde les différents apports potentiels de l’IRM en pédiatrie (Michel Panuel, Denis Lallemand, Philippe Baudain) et la radiologie interventionnelle en neuropédiatrie (Pierre Lasjaunias). De 1989 à 2006, l’activité scientifique de la nouvelle SFIP donne une large part à ces deux nouveaux domaines.
L’innocuité de l’IRM (tempérée par la nécessité d’une parfaite immobilité pendant les examens, et donc d’une sédation) et la richesse potentielle de ses informations anatomiques et fonctionnelles placent cette nouvelle méthode au centre des travaux scientifiques, d’abord en neuro-imagerie, imagerie ORL et ophtalmologique (Charles Raybaud, Nadine Girard, Monique Elmaleh, Catherine Adamsbaum, Jean-François Chateil, Lucie Hertz-Pannier, Nathalie Boddaert), en imagerie musculo-squelettique (Guy Sebag, Michel Panuel, Christiane Baunin, Philippe Petit), puis rapidement à toute la pathologie viscérale, notamment en urologie où elle va rapidement faire disparaître l’urographie intra-veineuse (JN Dacher, Pierre-Hugues Vivier), mais aussi en imagerie hépatique (Danièle Pariente, Stéphanie Franchi, Philippe Petit), digestive (JP Pracros), pelvienne.
La radiologie conventionnelle bénéficie également d’une évolution technologique majeure avec les écrans radioluminescents à mémoire (ERLM) puis les capteurs plans numériques qui permettent de réduire significativement la dose délivrée. Suite à l’invention de la chambre à fil par Georges Charpak, Prix Nobel de physique 1992, la société EOS développe dès 1994 un nouveau système d’imagerie ostéo-articulaire basse dose.
L'imagerie prénatale : une spécialisation croissante
Quelques radiopédiatres dont François Didier (Nancy), Danièle Eurin (Rouen) et Freddy Avni (Bruxelles) s’investissent dans l’imagerie périnatale et créent très tôt, dès 1980, le Groupe Radiopédiatrique de Recherche en Imagerie Fœtale (GRRIF). Ce groupe présente régulièrement ses travaux dans les réunions du Groupe Jacques Lefebvre puis de la SFIP avec ultérieurement Laurent Guibaud, Catherine Garel, Guillaume Gorincour, Marie Cassart, Myriam Chami, Patricia Hornoy, Marie Brasseur.
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En 1992 les premières publications françaises en IRM fœtale de Marie-Pierre Revel (CHU Antoine Béclère, Clamart) et Nadine Girard (CHU La Timone, Marseille) sont centrées sur l’imagerie cérébrale. Elles sont rapidement suivies par celles de Catherine Garel, Monique Elmaleh et Hervé Brisse (CHU Robert Debré, Paris) et Catherine Adamsbaum (CHU Saint-Vincent-de-Paul, Paris), assorties de corrélations aux données foetopathologiques et postnatales. D’autres équipes développent les applications et recherches en IRM foetale pour le thorax (Françoise Rypens, Chantal Durand), l’appareil digestif (Magalie Saguintaah, Olivier Prodhomme de Montpellier, Guillaume Gorincour à Marseille) ou encore l’appareil urinaire (Marie Cassart et l’équipe de Bruxelles et Katia Chaumoître à Marseille). Le scanner basse-dose vient s’ajouter au début des années 2000 à l’éventail des techniques utilisées, les premières publications francophones sont issues des équipes de Marc Molho (CH Poissy-Saint-Germain), François Diard (CHU Bordeaux) et Marie Cassart (Bruxelles).
En 2006, du fait de l’implication grandissante des radiopédiatres en imagerie fœtale, le Bureau de la SFIP décide d’ajouter un second « P » pour “prénatal” au nom de sa société. Les travaux du GRRIF se poursuivent, modèles de rigueur scientifique, de partages d’expériences et d’ouverture vers les jeunes radiologues souhaitant s’investir dans la discipline.
Les spécificités de la pratique radiopédiatrique
Une approche clinique centrée sur l'enfant
Si le terme “radiopédiatre” existe, et non celui de “radiologue pédiatrique” comme chez nos amis anglo-saxons, ce n’est pas par souci de simplification linguistique. L’emploi du terme “pédiatre” témoigne du caractère très clinique de la discipline, du souci constant d’une prise en charge globale de l’enfant (et de sa famille), tant pour la réalisation des actes que pour l’interprétation des images. De fait, avant la création du DES de Radiodiagnostic et Imagerie Médicale, nombre de radiopédiatres étaient issus de la filière pédiatrique de l’internat et se spécialisaient ensuite en radiologie durant leur clinicat. Ils ont ainsi transmis cette culture essentielle de l’approche clinico-radiologique, la plus performante et la moins invasive possible pour l’enfant.
La radioprotection : une préoccupation constante
La radioprotection est une préoccupation majeure en radiopédiatrie en raison de la sensibilité accrue des enfants aux effets des radiations ionisantes. Les radiopédiatres mettent en œuvre des stratégies pour minimiser l'exposition aux radiations, telles que l'optimisation des paramètres d'acquisition, l'utilisation de techniques d'imagerie alternatives (échographie, IRM) lorsque cela est possible, et l'application du principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable).
En 1989 est créé le groupe du Lake Starnberg à l’initiative d’Helmut Fendel (Université de Munich) et sous l’égide de l’ESPR. Ce groupe est à l’initiative du premier guide européen sur les critères de qualité en imagerie pédiatrique. Clément Fauré, Jean-Philippe Montagne et Noemi Perlmutter sont moteurs dans ce domaine à l’échelon européen. Le groupe Radioprotection de la SFIPP s’inscrit dans cette longue tradition en radiopédiatrie. Patrick Le Dosseur, Gabriel Kalifa, Hervé Brisse, Dominique Sirinelli, Jean-François Chateil et Hubert Ducou le Pointe y participent activement, et contribuent dès la fin des années 90 à la diffusion des recommandations (mise en place de la formation réglementaire suite à la déclinaison en droit français de la directive européenne 97/43, premiers Niveaux de Référence Diagnostiques pédiatriques publiés en 2004).
Les groupes d'étude et les RCP : mutualisation des connaissances et expertise collective
Ce groupe d’étude sur les Maladies Osseuses Constitutionnelles a été créé en 2007 en marge de la SFIPP, à l’initiative de Gabriel Kalifa avec Michel Panuel, Philippe Clapuyt, Jean François Chateil, Hubert Ducou Le Pointe, Valérie Merzoug, Catherine Garel et Solène Ferey. Son but est de centraliser les dossiers et donner un avis sur ces pathologies rares. Une très bonne coordination avec les généticiens s’est créée. Ce groupe est mis en place à l’initiative de Catherine Adamsbaum et Michel Panuel. Les principales orientations des travaux concernent les implications médico-légales de la détermination radiologique de l’âge osseux, en particulier dans le cadre de l’usage qui peut en être fait vis à vis des populations migrantes ; et la description des lésions observées dans le cadre des traumatismes non accidentels pouvant être infligés à l’enfant. Ceci concerne notamment les lésions osseuses et les lésions intracrâniennes, avec le tableau spécifique du bébé secoué.
Les réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) regroupent des professionnels de santé de différentes disciplines afin de discuter les situations complexes d’un patient et de prendre une décision collégiale accordant la meilleure prise en charge diagnostique et thérapeutique possible en fonction de l’état de la science. Plusieurs types de RCP sont en place dans la filière MCGRE. Elles sont à visée diagnostique ou thérapeutique, et peuvent avoir différents périmètres géographiques (de locales à nationales, voire internationales). Certaines RCP nationales sont gérées via un outil spécifique appelé SKEMEET et mis en place avec l’aide de la filière. Cet outil est sécurisé et agréé pour l’hébergement de données de santé. Il est couplé à l’outil de webconférence Zoom qui permet une participation aux RCP à distance.
Formation et avenir de la radiopédiatrie
La formation en radiopédiatrie est un processus continu qui commence par une formation de base en radiologie, suivie d'une spécialisation en imagerie pédiatrique.
Le Bureau élu en 2017 est présidé par Hervé Brisse, le secrétariat général est assuré par Guillaume Gorincour et Marianne Alison, et la trésorerie par Valérie Merzoug. Ils ont réuni une équipe motivée et sympathique, représentative des différentes régions, pays et sous-spécialités. La tradition des réunions annuelles est maintenue ainsi que les groupes de travail. L’implication dans l’enseignement reste essentielle, au travers du DIU, des EPU, de la Radioprotection, des séances pédagogiques en congrès, et plus récemment avec le développement de l’e-learning pour les DES et la FMC, en lien avec le CERF et la SFR. L’enseignement de l’imagerie prénatale se développe également en partenariat avec les radiologues libéraux. De nombreuses bourses sont offertes aux juniors pour inciter les internes et assistants à intégrer cette belle spécialité, en constant développement.
La SFIPP contribue à structurer l’expertise pédiatrique, notamment sur les maladies osseuses constitutionnelles, les dossiers médicaux-légaux, la neuropédiatrie et l’oncologie, en lien avec les sociétés savantes pédiatriques et les tutelles (HAS).
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