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Hormone Lactogène Placentaire et Tolérance à la Grossesse : Un Aperçu Approfondi

Introduction

Le placenta, organe transitoire essentiel au cours de la grossesse, joue un rôle complexe et encore incomplètement élucidé dans le maintien d'une gestation saine. De nouvelles perspectives sur la biologie du trophoblaste, les cellules spécialisées du placenta, ont émergé ces dernières années, mettant en lumière l'importance de l'environnement en oxygène, des protéines d'enveloppe rétrovirales et de l'évolution des fonctions hormonales trophoblastiques. Ces découvertes offrent des perspectives inédites pour le diagnostic et le traitement des troubles d'origine placentaire.

Formation et Structure du Placenta

Une semaine après la fécondation, le blastocyste, ayant épuisé ses réserves nutritives, se différencie en bouton embryonnaire et en trophoblaste. Ce dernier initie, par un processus d'implantation, une structure essentielle au développement de la gestation : le placenta. Le placenta humain se distingue par une invasion majeure du trophoblaste, établissant un contact direct avec le sang maternel (placentation hémochoriale), et par l'intensité et la spécificité de ses fonctions hormonales.

La Villosité Choriale : Unité Fonctionnelle du Placenta

Dès la troisième semaine après la fécondation, l'unité structurale et fonctionnelle du placenta, la villosité choriale, est en place dans sa structure définitive. Cette villosité est constituée d'un axe mésenchymateux, irrigué par des vaisseaux fœtaux résultant d'une angiogenèse et d'une vasculogenèse intenses, et bordée par le trophoblaste. Les villosités peuvent être ancrées dans l'utérus maternel ou flotter librement dans la chambre intervilleuse.

Invasion Trophoblastique et Remodelage des Artères Spiralées

Le trophoblaste extra-villeux, doté d'une capacité d'invasion, pénètre profondément dans la muqueuse utérine, atteignant le tiers supérieur du myomètre. À la base des villosités crampons, les cytotrophoblastes extra-villeux, initialement prolifératifs et groupés en colonne, perdent leur caractère prolifératif et migrent, envahissant l'endomètre maternel. Cette invasion interstitielle se termine par la différenciation en cellules géantes bi-trinucléées.

Un aspect crucial de l'invasion trophoblastique est l'envahissement des artères spiralées utérines par voie endo et périvasculaire. La formation de bouchons trophoblastiques obturant ces artères joue un rôle fondamental en limitant le passage d'un infiltrat sanguin dépourvu d'éléments figurés dans la chambre intervilleuse pendant le premier trimestre, protégeant ainsi l'embryon de taux d'oxygène trop élevés. Cette invasion artérielle permet également la transformation de la tunique élastique artérielle en une paroi fibreuse atone, réduisant la résistance au flux sanguin maternel.

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Le Syncytiotrophoblaste : Interface d'Échange et Tissu Endocrine

Les cellules trophoblastiques villeuses forment une couche de cellules mononucléées prolifératives qui se différencient par fusion cellulaire en un syncytiotrophoblaste, recouvrant l'ensemble des villosités. Ce dernier se régénère tout au long de la grossesse par fusion et différenciation des cellules cytotrophoblastiques sous-jacentes. L'apoptose du syncytiotrophoblaste conduit à la libération de fragments syncytiaux dans la circulation maternelle, contribuant à la présence d'ADN et d'ARN dit fœtal circulant.

Le syncytiotrophoblaste présente à sa surface de nombreuses microvillosités, optimisant sa fonction d'échange. Il s'agit d'un tissu endocrine polarisé, dont l'activité est orientée vers la circulation maternelle. De plus, le syncytiotrophoblaste, partageant le même caryotype que le fœtus, est un tissu endocrine sexué.

Rôle des Rétrovirus Endogènes

Au cours de l'évolution, le génome humain a intégré de nombreuses séquences rétrovirales, représentant environ 8 à 10 % de celui-ci. Un grand nombre de ces séquences sont exprimées préférentiellement au niveau placentaire, influençant la régulation de l'expression de certains gènes. Certaines séquences rétrovirales codent pour la protéine d'enveloppe du rétrovirus, comme les syncytines 1 et 2, impliquées dans la morphogenèse placentaire et la fusion cellulaire, étape limitante de la formation et de la régénération du syncytiotrophoblaste. La syncytine 1 est exprimée dans tout le trophoblaste, tandis que la syncytine 2 est restreinte à quelques cytotrophoblastes villeux.

Environnement en Oxygène et Métabolisme Trophoblastique

La pression partielle d'oxygène dans l'utérus au moment de l'implantation est faible, favorisant le développement embryonnaire préimplantatoire et minimisant la production de radicaux libres dérivés de l'oxygène. La présence des bouchons trophoblastiques maintient une pression d'oxygène relativement basse dans l'espace intervilleux au premier trimestre. À ce stade, le trophoblaste utilise des voies métaboliques anciennes, produisant des polyols qui permettent une glycolyse sans accumulation de lactate.

L'augmentation progressive des pressions intraplacentaires d'oxygène, suite à la disparition des bouchons trophoblastiques, induit l'apparition d'enzymes antioxydantes au sein du trophoblaste. Les fluctuations de l'oxygénation, liées aux constrictions spontanées des artères spiralées non remaniées, peuvent inhiber la formation du syncytiotrophoblaste et accélérer son apoptose, contribuant potentiellement aux pathologies placentaires telles que le retard de croissance intra-utérin et la prééclampsie.

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Fonctions Hormonales du Placenta

Le placenta sécrète en grande quantité des hormones stéroïdiennes (progestérone, œstrogènes) et polypeptidiques. Bien qu'il soit un organe endocrine extrêmement actif, le placenta est incomplet dans les mécanismes de la stéroïdogenèse, étant dépourvu du complexe enzymatique 17α-hydroxylase/17-20 lyase nécessaire à la conversion de la prégnénolone en androgènes, substrat de la synthèse des œstrogènes. Cette étape est réalisée par les surrénales fœtales et maternelles, illustrant le concept d'unité fœtoplacentaire.

Au premier trimestre, ces hormones peptidiques, sécrétées par le trophoblaste invasif, assurent la qualité de la placentation par des mécanismes autocrines et paracrines. Par exemple, le trophoblaste invasif sécrète une forme particulière d'hCG, hyperglycosylée, impliquée dans l'invasion trophoblastique et le remaniement vasculaire. De même, l'hormone de croissance placentaire, produit du gène GH-V exprimé spécifiquement dans le trophoblaste, stimule l'invasion trophoblastique au premier trimestre et prend en charge le métabolisme maternel au deuxième trimestre.

Diabète Gestationnel

La grossesse induit des changements endocrino-métaboliques complexes, exerçant un effet globalement « diabétogène » sur le métabolisme maternel. La sécrétion d’hormone lactogène placentaire, d’hormone de croissance placentaire, de leptine et d’adiponectine par le placenta contribue à ces mécanismes. L'insulinorésistance qui en résulte nécessite une sécrétion accrue d'insuline par le pancréas maternel. Le diabète gestationnel (DG) se caractérise par une hyperglycémie survenant pendant la grossesse, mais à des valeurs inférieures à celles permettant de poser le diagnostic de diabète de type 2.

Dépistage et Diagnostic du Diabète Gestationnel

Le dépistage du DG est recommandé entre 24 et 28 semaines d'aménorrhée en présence d'au moins un des facteurs de risque suivants : indice de masse corporelle > 25 kg/m2, âge > 35 ans, antécédent de diabète gestationnel, antécédent de macrosomie, antécédent du 1er degré de diabète. Le test de référence est l'hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) avec 75 g de glucose, avec mesure des glycémies à 0, 1 et 2 heures.

Risques Associés au Diabète Gestationnel

Le DG est associé à un risque accru d'hypertension artérielle gravidique, de prééclampsie, de césarienne, de récidive du DG lors d'une grossesse ultérieure et de développement ultérieur d'un diabète de type 2. Les conséquences fœtales incluent la macrosomie, augmentant le risque de dystocie des épaules et de paralysie du plexus brachial, ainsi que l'hypoglycémie néonatale.

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Prise en Charge du Diabète Gestationnel

La prise en charge du DG est multidisciplinaire et inclut des mesures hygiéno-diététiques personnalisées, l'autosurveillance glycémique et, si nécessaire, une insulinothérapie. L'objectif est d'obtenir des glycémies à jeun < 0,95 g/L (5,3 mmol/L) et en période postprandiale < 1,20 g/L (6,7 mmol/L) à 2 heures du repas.

Prééclampsie

La prééclampsie est une complication majeure de la grossesse, définie par l'association d'une hypertension artérielle et d'une protéinurie significative après la 20e semaine d'aménorrhée. Elle met en jeu le pronostic maternel et fœtal.

Physiopathologie de la Prééclampsie

La physiopathologie de la prééclampsie implique plusieurs étapes successives :

  • Un défaut initial de placentation, caractérisé par un défaut d'invasion trophoblastique et de remodelage des artères spiralées utérines, induisant une diminution de l'afflux sanguin maternel vers le placenta.
  • Un terrain maternel prédisposé, incluant des facteurs génétiques et environnementaux modulés par les adaptations métaboliques à la grossesse.
  • Un stress oxydant secondaire aux fluctuations des concentrations en oxygène, induisant un dysfonctionnement généralisé du syncytiotrophoblaste placentaire et la libération de fragments syncytiaux apoptotiques dans la circulation maternelle. Ces derniers induisent une inflammation généralisée de l'endothélium maternel, conduisant aux signes cliniques de la maladie.

Bases Moléculaires de la Prééclampsie

La prééclampsie est une pathologie complexe et polygénique, avec une héritabilité estimée à plus de 50 %. Des variants génétiques de gènes cibles, tels que les gènes codant les facteurs 2 et 5 de la coagulation, l'angiotensinogène et son récepteur, ou l'enzyme de conversion de l'angiotensinogène, impactent le risque de développer une prééclampsie. Des études ont également mis en évidence l'implication de facteurs épigénétiques, tels que la méthylation de l'ADN et les microARN.

Bases Immunologiques de la Prééclampsie

La régulation immunologique joue un rôle fondamental au cours de la grossesse. La prévalence des cas de prééclampsie chez des femmes primipares ou lors d'un changement de paternité suggère un lien entre la prééclampsie et l'exposition aux antigènes paternels. De plus, la combinaison d'un génotype maternel AA de KIR et d'un HLA-C2 fœtal est associée à un risque accru de prééclampsie.

Stress Oxydant et Prééclampsie

L'augmentation du stress oxydant dans la prééclampsie est bien documentée. Le défaut du remodelage des artères spiralées restreint l'afflux de sang maternel au fœtus, produisant des fluctuations de la concentration d'oxygène à l'origine d'épisodes d'ischémie-reperfusion et de la production d'espèces réactives de l'oxygène (ERO) et de l'azote (ERA). Ces perturbations induisent une apoptose trophoblastique et la libération de débris cellulaires et de facteurs anti-angiogéniques dans la circulation maternelle, provoquant une inflammation et une dysfonction systémique de l'endothélium maternel.

Microbiote et Grossesse

Une équipe israélienne a rapporté que le diabète gestationnel s'accompagne, dès le premier trimestre de la grossesse, de modifications significatives de la composition du microbiote intestinal. Des taux sanguins élevés de cytokines ont été détectés chez les femmes avec DG, tandis que les taux de deux AGCC dits ramifiés, l'isovalérate et l'isobutyrate, étaient significativement diminués. Ces résultats suggèrent que le diabète gestationnel pourrait être associé à une inflammation induite par le microbiote.

Suites de Couches (SDC)

Le terme Suites De Couches (SDC) caractérise la période qui s’étend de la délivrance au retour de couches (ou retour de la menstruation). L’utérus se rétracte, se contracte et involue rapidement après la délivrance. Cette involution sera favorisée par la lactation immédiate après l’accouchement grâce aux taux circulants élevés d’ocytocine. Son volume diminue rapidement ainsi que son poids (d’1,5 kg après l’accouchement à 70 g au 8ème jour, c’est-à-dire la taille d’une orange). L’involution est très rapide les deux premières semaines, puis beaucoup plus lente. Durant l’involution, le segment inférieur disparaît et le col se reconstitue pour retrouver sa consistance et sa longueur en une semaine environ. En l’absence de lactation, elle peut s’observer à partir du 45ème jour. La vulve peut rester béante quelques jours mais reprend sa tonicité et perd son aspect congestif dès le 2ème jour. Les muscles périnéaux et les releveurs reprennent leur tonus en six à huit semaines s’ils n’ont pas été lésés pendant l’accouchement. Pendant la grossesse, les alvéoles mammaires prolifèrent sous l’action de l’Hormone Lactogène Placentaire (HLP) avec une prolifération intense des canaux galactophores et des acinis.

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