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Corticostéroïdes en médecine vétérinaire : risques liés à la lactation et considérations importantes

Les corticostéroïdes sont une classe de médicaments largement utilisés en médecine vétérinaire pour leurs propriétés anti-inflammatoires, immunosuppressives et antiallergiques. Cependant, leur utilisation, en particulier pendant la lactation, nécessite une évaluation minutieuse des risques et des avantages potentiels. Cet article vise à fournir un aperçu complet des corticostéroïdes utilisés en médecine vétérinaire, en se concentrant sur les risques associés à la lactation et sur les considérations importantes pour garantir une utilisation sûre et efficace.

Identification des médicaments vétérinaires

Plusieurs médicaments vétérinaires contiennent des corticostéroïdes, notamment :

  • BIOMETHASONE® : Solution injectable contenant de la dexaméthasone.
  • PREDNICORTONE® 5 mg : Comprimé pour chiens et chats contenant de la prednisolone.

Composition et propriétés pharmacologiques

Les corticostéroïdes sont des hormones stéroïdiennes de synthèse qui imitent les effets du cortisol, une hormone naturelle produite par les glandes surrénales. Ils agissent en se liant aux récepteurs des glucocorticoïdes dans les cellules, ce qui entraîne une cascade d’événements qui suppriment l’inflammation et modulent la réponse immunitaire.

Dexaméthasone

La dexaméthasone est un puissant glucocorticoïde de synthèse possédant une faible activité minéralocorticoïde. Elle possède une activité anti-inflammatoire dix à vingt fois supérieure à celle de la prednisolone à dose molaire équivalente. La dexaméthasone peut diminuer la réponse immunitaire en inhibant la dilatation des capillaires, la migration des leucocytes et la phagocytose. Les glucocorticoïdes ont un effet sur le métabolisme en accroissant la néoglucogenèse. Après administration intramusculaire, la dexaméthasone est absorbée rapidement, donnant une réponse d'action rapide et de courte durée. Le Tmax chez les bovins, les caprins, les chevaux, les porcins, les chiens et les chats est atteint dans les 30 minutes après administration intramusculaire. Le T½ (temps de demi-vie) varie selon l'espèce entre 5 et 20 heures.

Prednisolone

La prednisolone est un anti-inflammatoire stéroïdien de synthèse appartenant à la famille des glucocorticoïdes. Les principaux effets de la prednisolone sont ceux des glucocorticoïdes :

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  • Action anti-inflammatoire : La prednisolone inhibe la phospholipase A2, provoquant une diminution de la synthèse de l'acide arachidonique, précurseur de nombreux métabolites pro-inflammatoires. Elle a également un effet de stabilisation membranaire, notamment au niveau des lysosomes empêchant la libération d'enzymes hors du sac lysosomial.
  • Action immunosuppressive : La prednisolone diminue la production d'anticorps et inhibe plusieurs facteurs du complément.
  • Action antiallergique : La prednisolone inhibe la libération de l'histamine par des mastocytes.

Après administration orale, la prednisolone est rapidement et presque totalement résorbée dans le tube digestif (80 %). Elle se lie fortement (90 %) et réversiblement aux protéines plasmatiques.

Indications d’utilisation

Les corticostéroïdes sont utilisés pour traiter une variété d’affections chez les animaux, notamment :

  • États inflammatoires et allergiques
  • Choc
  • Cétose primaire (acétonémie, toxémie de gestation) chez les bovins et les caprins
  • Induction de la parturition chez les bovins
  • Affections ostéo-articulaires chez les équins
  • Maladies d’origine immunologique

Contre-indications

Les corticostéroïdes sont contre-indiqués dans les cas suivants :

  • Diabète sucré
  • Hyperadrénocorticisme
  • Insuffisance rénale et insuffisance cardiaque
  • Ulcères gastroduodénaux
  • Maladies infectieuses (à moins qu’une thérapie anti-infectieuse appropriée soit administrée au même moment)
  • Hypersensibilité à la substance active ou à l’un des excipients
  • Infections virales ou mycosiques non contrôlées
  • Ostéoporose
  • Ulcères cornéens
  • Brûlures
  • Glaucome
  • Gestation (sauf indication spécifique chez les ruminants)

Précautions et mises en garde

L’administration de corticostéroïdes nécessite une évaluation minutieuse et le respect de certaines précautions :

  • Espèces cibles : Chez le cheval, la dexaméthasone ne doit être utilisée qu'en début de maladie lors de fourbure.
  • Fin de gestation : L'administration des corticostéroïdes en fin de gestation peut entraîner, chez les ruminants, une mise-bas prématurée ou un avortement.
  • Maladie sous-jacente : Excepté dans les indications d'acétonémie et d'induction de la parturition, la fonction des corticostéroïdes est d'apporter une amélioration plutôt qu'une guérison. Par conséquent, il est conseillé de diagnostiquer et de traiter la maladie sous-jacente.
  • Choc : Lors d'utilisation pour traiter un choc, des solutés intraveineux doivent être administrés pour maintenir la circulation, un bilan acido-basique doit être effectué.
  • Insuffisance surrénale : Aux doses pharmacologiquement actives, la prednisolone peut entraîner une insuffisance surrénale. Cet effet peut être particulièrement manifeste après l’arrêt du traitement par corticostéroïde. L’insuffisance surrénale peut être limitée au maximum en instituant le traitement un jour sur deux, si cela est réalisable.
  • Catabolisme protéique : Les corticoïdes, tels que la prednisolone, exacerbent le catabolisme protéique. Par conséquent, le médicament vétérinaire doit être administré avec précaution chez les animaux âgés ou dénutris.
  • Autres affections : Les corticoïdes tels que la prednisolone doivent être utilisés avec prudence chez les animaux souffrant d'hypertension, d'épilepsie, de brûlures, de myopathie stéroïdienne, chez les animaux immunodéprimés ainsi que chez les jeunes animaux les corticostéroïdes pouvant induire un retard de croissance.
  • Vaccination : Le traitement avec le médicament vétérinaire peut interférer avec l’efficacité de la vaccination. Une immunisation active ne devra pas être réalisée durant la période de traitement et jusqu'à deux semaines après administration des glucocorticoïdes.
  • Insuffisance rénale : Une surveillance particulière est requise chez les animaux présentant une insuffisance rénale. Utiliser uniquement après évaluation du rapport bénéfice/risque par le vétérinaire responsable.

Risques liés à la lactation

L’utilisation de corticostéroïdes pendant la lactation présente des risques potentiels pour la mère et le jeune allaitant :

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  • Excrétion dans le lait : Les corticostéroïdes sont excrétés dans le lait, ce qui peut entraîner une exposition du jeune allaitant à ces médicaments.
  • Troubles de la croissance : L’exposition aux corticostéroïdes peut entraîner des troubles de la croissance chez les jeunes animaux allaitants.
  • Immunosuppression : Les corticostéroïdes peuvent supprimer le système immunitaire du jeune allaitant, le rendant plus susceptible aux infections.
  • Diminution de la production laitière : Chez les bovins et les caprins, l’utilisation de corticostéroïdes peut entraîner une diminution temporaire de la production laitière.

Utilisation en cas de gravidité, de lactation ou de ponte

  • Gestation : L’usage des corticoïdes chez les femelles gestantes n'est pas recommandé, sauf chez les ruminants pour induire la parturition au cours du dernier tiers de la gestation. Les études menées chez les animaux de laboratoire ont mis en évidence des effets embryotoxiques. La prednisolone n’est pas recommandée chez les animaux gestants. Son administration en début de gestation chez les animaux de laboratoire est connue pour provoquer des anomalies fœtales. Son administration en fin de gestation peut provoquer une mise-bas prématurée ou un avortement.
  • Lactation : Les glucocorticoïdes sont excrétés dans le lait et peuvent conduire à un retard de croissance chez les jeunes animaux qui tètent leur mère. L’utilisation au cours de la lactation ne doit se faire qu’après évaluation du rapport bénéfice/risque établie par le vétérinaire responsable.

Interactions médicamenteuses

Les corticostéroïdes peuvent interagir avec d’autres médicaments, notamment :

  • Vaccins : Les corticostéroïdes pouvant réduire la réponse immunitaire à la vaccination, la dexaméthasone ne doit pas être administrée en même temps que des vaccins. La prednisolone ne doit pas être utilisée en même temps que des vaccins ni dans les deux semaines suivant une vaccination.
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : L'administration concomitante de médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens peut augmenter le risque d'ulcération du tractus gastro-intestinal. L’utilisation concomitante de ce médicament vétérinaire et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens peut exacerber les ulcères gastroduodénaux.
  • Glucosides cardiotoniques : L’administration de prednisolone peut induire une hypokaliémie et donc augmenter le risque de toxicité des glucosides cardiotoniques.
  • Diurétiques hypokaliémiants : Le risque d’hypokaliémie peut être majoré si la prednisolone est administrée en association avec des diurétiques hypokaliémiants.
  • Phénytoïne, barbituriques, éphédrine et rifampicine : Ces médicaments peuvent accélérer la clairance métabolique des corticostéroïdes, entraînant une réduction des concentrations sanguines et des effets physiologiques du médicament.
  • Antidopaminergiques : L’apparition de vomissements peut amener à l’administration d’antidopaminergiques tels que le métoclopramide (Emeprid®), qui inhibe l’action de la cabergoline.

Effets indésirables

Les corticostéroïdes peuvent provoquer divers effets indésirables, notamment :

  • Immunosuppression
  • Hypercorticisme
  • Polyuropolydipsie
  • Augmentation de l'incidence de la rétention du placenta
  • Boulimie, redistribution des réserves lipidiques corporelle
  • Viabilité réduite de la progéniture
  • Hyperadrénocorticisme (iatrogène)
  • Polyurie
  • Polydipsie, polyphagie (boulimie)
  • Trouble du système immunitaire (immunodépression)
  • Mortalité périnatale
  • Rétention placentaire
  • Diminution de la production laitière
  • Excitation
  • Pancréatite
  • Syndrome de Cushing
  • Diabète sucré
  • Hépatomégalie
  • Augmentation du taux sérique de phosphatase alcaline (PAL)
  • Élévation des enzymes hépatiques, éosinopénie, neutrophilie, lymphopénie, hypokaliémie, thyroxine (T4) basse
  • Faiblesse musculaire, perte de masse musculaire
  • Atrophie cutanée, calcinose cutanée
  • Ulcères gastroduodénaux
  • Diminution de l’aspartate transaminase (ASAT), diminution de la lactate déshydrogénase (LDH), hyperalbuminémie, tri-iodothyronine (T3) basse, augmentation de la concentration des hormones parathyroïdiennes (PTH)
  • Inhibition de la croissance longitudinale des os, ostéoporose
  • Retard de cicatrisation, rétention hydro-sodée, altération du métabolisme des lipides, prise de poids
  • Insuffisance surrénale, atrophie corticosurrénale
  • Triglycérides élevés
  • Hypocortisolémie
  • Troubles du comportement, excitation, dépression
  • Concentration élevée de parathyroïde (PTH), diminution de la lactate déshydrogénase (LDH), diminution de l'aspartate aminotransférase (AST), hyperalbuminémie, hypernatrémie
  • Infection opportuniste
  • Amincissement de la peau

Il est important de notifier les effets indésirables. La notification permet un suivi continu de l’innocuité d’un médicament vétérinaire.

Posologie et administration

La posologie et la voie d’administration des corticostéroïdes varient en fonction de l’espèce animale, de l’affection traitée et du médicament utilisé. Il est essentiel de suivre les recommandations du vétérinaire et d’utiliser la dose efficace la plus faible possible pour minimiser les risques d’effets indésirables.

  • BIOMETHASONE® :
    • Porcins, bovins, caprins : 0,037 à 0,075 mg de dexaméthasone/kg, soit 2,5 à 5 mL de médicament vétérinaire/100 kg.
    • Vache (Induction de la mise-bas) : 20 mg de dexaméthasone (13 mL).
  • PREDNICORTONE® 5 mg :
    • Dose initiale : 0,5 - 4 mg de prednisolone par kg de poids corporel par jour.
    • Traitement plus durable : lorsque, à l’issue d’une période d’administration quotidienne, l’effet recherché a été obtenu, la dose doit être réduite jusqu’à atteindre la plus faible dose efficace. La réduction de la dose doit être effectuée au moyen d’un traitement alterné un jour sur deux et/ou en divisant la dose par deux à intervalles de 5 à 7 jours jusqu’à atteindre la plus faible dose efficace.

Temps d’attente

Les temps d’attente pour la viande et le lait doivent être respectés afin de garantir la sécurité des produits destinés à la consommation humaine. Les temps d’attente varient en fonction du médicament utilisé et de la voie d’administration.

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  • BIOMETHASONE® :
    • Bovins :
      • Viande et abats : 8 jours
      • Lait : 3 jours
    • Caprins :
      • Viande et abats : 8 jours
      • Lait : 3 jours
    • Equins :
      • Viande et abats : 6 jours
      • Lait : 3 jours
    • Porcins :
      • Viande et abats : 6 jours

Lactation de pseudo-gestation chez la chienne

La lactation de pseudo-gestation ou “lactation nerveuse” (présence de gynécomastie, galactorrhée et/ou expression du comportement maternel) a longtemps été considérée comme physiologique. Il se pourrait que son utilité ancestrale ait été d’offrir la possibilité de nourrir des chiots aux femelles non saillies dans les groupes de canidés sauvages. L’intérêt du traitement est discutable chez les animaux présentant peu de signes cliniques. Néanmoins, plusieurs études montrent une prédisposition au développement de tumeurs mammaires chez ceux atteints de lactation de pseudo-gestation à répétition. Le cycle sexuel de la chienne est semblable, qu’elle soit gravide ou non. La raison pour laquelle certaines chiennes expriment des signes cliniques et d’autres non reste inconnue. La durée des signes cliniques est variable (avec une persistance parfois jusqu’à 6 semaines). Les dopaminergiques (cabergoline : Galastop®, Lactovet®) et les anti-sérotoninergiques (métergoline : Contralac®) sont les antilaiteux les plus prescrits.

Une administration inappropriée des “antilaiteux” ou une persistance de la sécrétion de prolactine due à une stimulation de la lactogenèse sont les causes les plus fréquentes d’un échec du traitement. Cependant, une lactation réfractaire peut aussi être un signe d’appel d’une maladie endocrinienne telle que l’hypothyroïdie ou l’hyperœstrogénisme. La supplémentation avec des extraits thyroïdiens reste une aide en cas de lactation réfractaire aux antilaiteux d’origine inconnue.

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