L'avortement au Maroc est un sujet complexe, entouré de lois restrictives, de tabous sociaux et de défis cliniques. Cet article explore la situation actuelle de l'avortement au Maroc, en mettant en lumière les aspects légaux, les réalités sociales et les enjeux de santé publique.
Le contexte légal marocain
Au Maroc, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est illégale, sauf si la vie de la mère est en danger. L'article 453 du code pénal punit d'un à cinq ans d'emprisonnement l'avorteur et de six mois à deux ans la femme qui s'avorte elle-même. Cette législation répressive pousse de nombreuses femmes à recourir à des avortements clandestins, souvent dans des conditions dangereuses.
En 2015, suite à un reportage télévisé sur les ravages des IVG à risque, le roi Mohammed VI avait ouvert une réflexion sur l'avortement. Un projet de loi avait été adopté en Conseil du gouvernement en 2016, visant à élargir les cas de force majeure où l'avortement pouvait être pratiqué aux situations de viol, d'inceste, de malformations et de maladies incurables du fœtus. Cependant, ce projet de loi est resté bloqué au Parlement.
La réalité des avortements clandestins
Face à l'interdiction de l'IVG, de nombreuses femmes au Maroc se tournent vers des avortements clandestins. Ces avortements sont pratiqués par des herboristes, des "faiseuses d'anges" ou, plus fréquemment, dans des cliniques et cabinets de gynécologie. Le professeur Chafik Chraïbi, gynécologue au CHU de Rabat et président fondateur de l'Association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin (Amlac), estime qu'entre 600 et 800 avortements sont pratiqués illégalement chaque jour au Maroc.
Les avortements clandestins présentent des risques importants pour la santé des femmes. Les méthodes utilisées peuvent entraîner des blessures de l'utérus, des hémorragies internes, des infections et, dans les cas les plus graves, la mort. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les avortements clandestins sont responsables de la mort de 47 000 femmes par an dans le monde.
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Les enjeux sociaux et les inégalités
L'interdiction de l'avortement au Maroc a des conséquences sociales importantes. Les femmes qui tombent enceintes hors mariage sont souvent rejetées par leur famille et leur communauté. Les mères célibataires sont assimilées à des prostituées et sont confrontées à la stigmatisation et à la discrimination. Selon l'Institut national de solidarité avec les femmes en détresse (Insaf), 24 nourrissons sont abandonnés chaque jour dans les rues du royaume.
L'accès à l'avortement clandestin est également inégalitaire. Les femmes qui ont les moyens financiers peuvent se rendre dans des cliniques privées ou à l'étranger pour avorter dans des conditions plus sûres. Les femmes les plus pauvres sont, quant à elles, contraintes de recourir à des méthodes dangereuses et de mettre leur vie en danger.
Le débat sur la légalisation de l'avortement
La question de la légalisation de l'avortement au Maroc fait l'objet d'un débat passionné. Les défenseurs de la légalisation mettent en avant les arguments suivants :
- Le droit des femmes à disposer de leur corps : Chaque femme devrait avoir le droit de décider si elle souhaite ou non poursuivre une grossesse.
- La santé publique : La légalisation de l'avortement permettrait de réduire le nombre d'avortements clandestins et de protéger la santé des femmes.
- La justice sociale : La légalisation de l'avortement permettrait de réduire les inégalités d'accès à l'avortement et de protéger les femmes les plus vulnérables.
Les opposants à la légalisation de l'avortement mettent en avant les arguments suivants :
- Le droit à la vie : L'avortement est un acte qui met fin à une vie humaine.
- Les valeurs morales et religieuses : L'avortement est contraire aux valeurs morales et religieuses de la société marocaine.
- Les conséquences psychologiques : L'avortement peut avoir des conséquences psychologiques négatives pour les femmes.
Le rôle des gynécologues
Les gynécologues jouent un rôle central dans la question de l'avortement au Maroc. Certains gynécologues pratiquent des avortements clandestins, en prenant des risques importants. D'autres refusent de pratiquer des avortements, en raison de leurs convictions personnelles ou de la peur des sanctions pénales.
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Le professeur Chafik Chraïbi est un gynécologue qui se bat depuis les années 80 pour que l'avortement soit dépénalisé au Maroc. Il estime que l'avortement est un acte médical qui nécessite d'être encadré et que la légalisation de l'avortement permettrait de protéger la santé des femmes.
Le cas de Hajar Raissouni
L'affaire Hajar Raissouni a mis en lumière la situation de l'avortement au Maroc. Hajar Raissouni, une journaliste marocaine, a été arrêtée en 2019 et condamnée à un an de prison ferme pour "avortement et débauche". Cette affaire a suscité une vague d'indignation au Maroc et à l'étranger.
Hajar Raissouni a toujours nié avoir avorté. Elle a affirmé qu'elle s'était rendue à la clinique pour une hémorragie et que les rapports médicaux confirmaient ses dires. Elle a également dénoncé un examen gynécologique "particulièrement humiliant et violent" pratiqué contre son gré après son arrestation.
L'affaire Hajar Raissouni a été perçue par certains comme une affaire politique, visant à intimider le journal pour lequel elle travaillait, Akhbar Al Yaoum, qui est critique envers le pouvoir.
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