Guy Mardel, de son vrai nom Mordekhaï Elkouby, est une figure emblématique de la scène musicale française. Son parcours est marqué par une ascension fulgurante durant la période yéyé, une carrière diversifiée et un retour aux sources spirituelles.
Des Débuts Prometteurs dans le Jazz et l'Ascension avec "N'avoue Jamais"
Docteur en droit et en sciences politiques, Guy Mardel effectue ses débuts dans un orchestre de jazz en 1960. Cependant, c'est en 1965 que sa carrière prend son envol grâce à la chanson "N'avoue jamais". Il compose la musique de ce titre emblématique, tandis que les paroles sont signées par Françoise Dorin, également connue pour avoir écrit "Que c'est triste Venise" pour Charles Aznavour.
"N'avoue jamais" est sélectionnée pour représenter la France au Concours de l'Eurovision. Bien que la chanson n'ait terminé que troisième, derrière le Royaume-Uni et le Luxembourg, elle a connu un immense succès et a propulsé Guy Mardel sur le devant de la scène. Elle s'est vendue à trois millions d'exemplaires.
L'Eurovision : Une Tremplin vers la Célébrité
Le 20 mars 1965, le jeune Mardel monte sur la scène du concours de l’Eurovision à Naples, en Italie. « Je n’ai pas compris ce qui se passait autour de moi, se rappelle-t-il, mais je tins promesse ; je remportai la troisième place. » Le premier prix est remporté par France Gall, qui représentait le Luxembourg avec une chanson qui devint un tube international : « Poupée de cire, poupée de son » (enregistré également en hébreu) et composée par Serge Gainsbourg. « Elle n’avait alors que 17 ans, une poupée, et je n’avais aucune chance contre elle, affirme Mardel. Lorsque je rentrai à Paris, tout le monde me connaissait, ma vie changea. Je me souviens que je voulais garer ma voiture à une place interdite, et lorsque le policier me reconnut, il me dit que c’était OK, il ne me donna pas de PV. À cette époque, l’Internet n’existait pas et les chaînes de télévision étaient peu nombreuses, tout le monde avait vu l’Eurovision. »
Après le concours, Mardel part pour une nouvelle tournée de concerts avec Claude François, et, par la suite, il représenta la France dans un concours de chansons en Espagne, en Tchécoslovaquie, au Brésil et au Japon. Il se produisit également au Mexique et en Argentine. « J’étais comme une machine », plaisante-t-il.
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Diversification de Carrière : Producteur, Animateur et Restaurateur
Les grincements commencèrent au début des années 70, lorsque la musique rock était dominante dans le monde entier, et en France, les chansons romantiques du style de Mardel devinrent marginalisées. Celui-ci, marié et père de deux enfants à l’époque, décida de quitter la scène et de rejoindre les coulisses en devenant producteur d’émissions télévisées. Il avait totalement renoncé aux projecteurs, mais un jour, il reçut un appel d’un ami qui lui demanda de sauver un créneau du dimanche après-midi sur l’une des chaînes principales. Il accepta la proposition et commença à animer un talk-show qui enregistra un franc succès. « De nombreuses stars de l’époque y apparaissaient : Alain Dalon, Julio Iglesias, Gilbert Bécaud », relate-t-il.
En 1978, alors qu’il est remarié et père de quatre enfants, il ouvre une société de disques et produit des artistes. Huit ans plus tard, il fait un autre changement. « Je remarquai que personne ne m’invitait plus à chanter, je le regrettais, car la chanson était ce que j’aimais. Je décidai que j’avais besoin d’un lieu qui m’appartiendrait et où je serais le boss et je pourrais chanter. Je fondai le restaurant Chorus café, c’était un restaurant ordinaire, mais ouvert seulement le soir. À 22 heures, j’allais chanter avec mon groupe, et tout le monde se mettait debout sur les tables. Mes amis pensaient que j’avais perdu la raison, mais j’étais sûr de moi. Je sentais qu’après la vague de disco des années 70 et 80, les gens avaient la nostalgie pour les vieux tubes des années 60. Et c’est vrai, ça a eu beaucoup de succès. »
Le restaurant était une institution célèbre et fonctionna jusqu’en 2006. Les dernières années, l’intérêt que Mardel y trouvait déclina, jusqu’à ce qu’il décide de le fermer définitivement.
Un Retour aux Sources Spirituelles et à l'Étude de la Torah
Son rapprochement au judaïsme commença au milieu des années 80, à l’époque de l’ouverture du restaurant. « J’ai grandi dans un foyer juif, mais je ne portais pas la Kippa, relate-t-il. J’ai alors commencé à sérieusement apprendre le judaïsme, et peu à peu, ça a pris du poids. J’étais penché sur mon piano à Paris, mais mon esprit était sur la Guémara à Jérusalem. Les premières années, j’ai partagé mon temps entre Paris et Jérusalem ; je gérai également le restaurant à distance depuis Jérusalem, mais cela fait plus de dix ans que je vis uniquement ici, j’étudie dans plusieurs structures. J’étudie en ce moment avec l’un de mes fils chez le Rav Ya'akov Sitruk au Kollel Alef Lédorot.
« La transition que j’ai faite est celle du mensonge à la vérité, et je la fais pas à pas. Lorsque je regarde en arrière je remarque que chaque partie de ma vie, toute rencontre que j’ai faite, faisait partie du programme divin. J’ai rencontré des gens riches et célèbres, à qui tout le monde veut ressembler, mais ils ont un problème : ils ne sont pas heureux, ils veulent toujours ce qu’ils n’ont pas : une nouvelle télévision, une nouvelle voiture, un nouveau frigo. On travaille pour pouvoir acheter encore et encore. La Torah nous a été donnée pour que nous apprenions à être heureux sur terre. »
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Décès et Hommages
M. Guy MARDEL est décédé à l’âge de 84 ans. Ses obsèques religieuses ont été célébrées le mercredi 16 novembre 2016, en l’église Saint-Pierre de Segonzac, suivies de l’inhumation au cimetière de cette même commune.
Mme Bernadette MARDEL, son épouse ; M. Didier MARDELet Nathalie sa compagne, Mme et M. Isabelle JACQUEMINET, ses enfants ; Julien, Justine, Tom, ses petits-enfants ; Léa, son arrière-petite-fille ; Mme Jacqueline BARBAUD, sa sœur ; toute la famille, parents et amis ont remercié toutes les personnes qui, par leurs témoignages d’amitié ou leur présence aux obsèques de M. Guy MARDEL, ont partagé cette douloureuse épreuve.
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